‹ Histoire générale de la réformationChapitre 33 sur 80 · DB 1547 A · texte numérisé non relu

DB 1547 A

Nous voici à la veille même de la Réformation. Si Rome avait usé de quelque retenue, elle eût pu retarder la crise. Mais en pratiquant le mal on y acquiert de la teirdiesse ; puis on trouve sa punition dans les excès mêmes auxquels on se livre. La doctrine des indulgences , qui , depuis longtemps, se prêchait avec plus ou moins de ferveur, prit tout à coup, par l'effet des circonstances, une gravité particulière. Il y avait trois ans que Léon X occupait le trône pontifical. Ses désordres épuisaient rapidement les sommes qu'il recueillait de tous les points de son domaine. L'église de Saint-Pierre à Rome, commencée par Jules II, n'était pas encore achevée et l'on manquait des fonds nécessaires. En général, Léon n'était pas d'une extrême délicatesse dans les moyens qu'il em-

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ployait pour arriver à ses fins. 11 fallait remplir le trésor par quelque mesure financière un peu efficace. Pour achever le monument splendide qu'érigeait Toi^eil des papes, plus que leur piété, ils durent recourir à cet abominable trafic des indulgences qui les couvrit de honte et leur enleva la moitié de leurs adhérents. C'est un fait qu'on ne saurait assez admirer. Le pape émit donc une bulle qui sanctionnait la vente des indulgences, et on la publia dans tous les pays de TEurope. Partout, la cour de Bome eut d'avides agents à qui elle confia cet indigne commerce, et l'Allemagne fiit un de leurs marchés les plus productifs.

Pour assurer le débit de leur marchandise, ils avaient soin d'en faire grand étalage. Jamais les moines ne s'étaient présentés au peuple avec une telle pompe. Sur un char magnifique, escorté de trois cavaliers et traîné par des chevaux richement caparaçonnés, on voyait le vendeur des indulgences faire son entrée triomphale dans les villes où il s'était fait annoncer. Le clergé et les moi* nés en grand costume allaient à sa rencontre ; et après avoir échangé les salutations officielles de la sainte mère l'Église, on se rendait en procession à la cathédrale ; la bulle de grâce du pontife était portée en avant sur un coussin de velours, ou sur un drap d'or. Le chef des marchands d'indulgences venait ensuite , tenant en main une grande croix rouge; et toute la procession che* minait ainsi au milieu des diants, des prières et de la fîimée des parfums. Le son des orgues et une musique retentissante recevaient dans le temple le moine débitant et ceux qui l'accompagnaient. La croix qu'il portait était érigée devant l'autel ; on y suspendait les armes du pape, et pendant tout le temps qu'elle demeurait plantée, le

clergé du Ueu« les pëniteiu^rs et les sous-commissaires venaient chaque jour, après les vêpres ou avant le salut, lui rendre solennellement honneur, tenant en mains de petits hâtons blancs (1).

Tout était , comme on voit, calculé pour produire de Teffet sur rimagination ; l'ignorance et la superstition devaient faire le reste. Il est probable que l'imposture n'aurait pas trop mal réussi, n'eût été i'impud^içe d'un homme qui, sans Je vouloir assurément, doiina le branle à la Réformalion. C'était le fameux Tetzel, né à Leipzig. 11 avait étudié pour l'église et appartenait k l'ordre des Dominicains. Rome l'avait comblé de ses faveurs : titres, offices^ émoluments , tout lui avait été accordé. Il cumulait les dignités de bachelier en théologie, de prieur de son ordre , de commissaire apostolique , d'inquisiteur , et par dessus cela, il était accrédité auprès des églises pour la vente des indulgences. Il recevait un salaire de quatre-vingts florins par mois, outre ses frais de voyage. Mais, bien qu'au service particulier du pape, Tetzel n'en avait pas p[ioîns la réputation d'un méchant homme; ses crimes l'avaient fait condamner par l'empereur Maximilien à être mis dans un sac et jeté à la rivière. Il n'avait du la vie qu'à l'intervention de l'électeur Fré* déric.

Il n'est pas étpnnant que, dans l'exercice de ses fonc^ tions, un tel homme ait c(Hnmis des exc^ propres à le perdre, et avec lui ceux qui l'employaient. La doctrine des indulgences, vue sous son jour le plus favorable, appai'tient, quoi qu'on fasse, au mystère d'iniquité; mais

(I) Ipiiruolicm» de l'areheTèque de Jtfàyeoce, dans VHittoire de la RéformcUion^ de Merle d'Aubigné, vol. I, p. 26ô.

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exploitée par ua Tetzel, elle prend im caraotère hideux^ dont Rome elle-même est contrainte de rougir.

Le savant hislorien Seckendorf nous donne en ces termes la forme de^ Fabsolution que yendait cet homme abominable :

« Que notre Seigneur Jésus-Christ ait pitié de toi et t'absolve par les mérites de sa très-sainte passion ! Et moi, par son autorité, par celle des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, et par l'autorité du Très-Saint- Père, selon la commission que j'en ai reçue, je t'absous, premièrement de toutes censures ecclésiastiques, quelle que soit la faute qui te les ait attirées ; puis, de tous tes péchés et de toutes tes transgressions, même les plus énonnes, sans excepter ce qui est réservé à la connais* sance du saint-siége ; et , dans la limite du pouvoir des clefs que possède la sainte Église, je te remets les peines du purgatoire que tes péchés t'ont méritées. Je te restitue d'ailleurs le saint-sacrement de l'Église ; je te réintègre dans l'unité des fidèles et dans l'innocence et la pureté que tu reçus h ton baptême ; ensorte qu'à ton décès, les portes de l'enfer te seront fermées et celles du paradis s'ouvriront devant toi ; et si tu ne meurs pas bientôt, la grâce que je te confère aura son plein effet au moment de ta mort. >

£t voilà ce que de misérables dupes achetaient avec empressement» Mais il faut savoir aussi de quel ton le vendeur d'indulgences recommandait sa marchandise :

* Yeneai, et je vous donnerai des lettres munies de sceaux, par lesquelles les péchés mêmes que vous auriez envie de faire à l'avenir vous seront tous pardonnes.

M Je ne voudrais pas échanger mes privilèges avec ceux de saint Pierre dans le ciel ; car j'ai sauvé plus d'à-

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mes avec mes indulgences, que l'apdtra avec ses discours.

» Il n'y a aucun péché assez grand que l'indulgepce ne puisse remettre ; et même si quelqii'un, ce qui est impossible sans doute, avait fait violence à la Sainte Vierge Marie, mère de Dieu, qu'il paie, qu'il paie bien seulement, et cela lui sera pardonné.

M La repentance même n'est pas nécessaire.

3 Mais il y a plus ; les indulgences ne sauvent pas seulement les vivants, elles sauvent aussi les morts.

> Prêtre! noble! marchand! femme! jeune fille J jeune homme ! entendez vos parents et vos autres amis défunts, qui vous crient du fond de l'abîme : < Nous en- > durons un horrible martyre ! une petite aumône nous M délivrerait ; vous pouvez la donner, et vous ne le vouc loz pas ! >.

> A l'instant même où la pièce de monnaie retentit au fond du coflfre-fort, l'âme part du purgatoire et s'envcrfe délivrée dans le ciel.

* Savez-vous pourquoi notre très-saint Seigneur disr tribue une si grande grâce? Il s'agit de relever l'église détruite des saints Pierre et Paul , en sorte qu'elle n'ait pas sa pareille dans l'univers. Cette église contient les corps des saints apôtres Pierre et Paul et d'une multitude de martyrs. Ces corps saints, par l'état actuel de l'édifice, sont maintenant, hélas ! continuellementbattus, inondés, souillés, déshonorés, réduits en poussière par la pluie, par la grêle... Ah ! ces cendres sacrées resteraient-elles plus longtemps dans la boue et dans l'opprobre » (1) ?

(1) Pour plus de détails» voyez Merlk d'Adbigné, Histoire de la Réformatùm, vol. i, p. 269 et suiv.

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Est-ce doue que le bon seȉ du public ne se soulevait

pas coBtre une imposture si éhontée ? Eu quelques cas, sans doute, le poison portait avec lui son antidote ; mais hélas ! le romanisme avait f^it plus qu'endormir et b^aéter Jes consciences. Le monde était comme ensorcelé. L'Eglise inspirait une crainte qu'elle seule pouvait calmer. Elle tenait en ses mains les destinées présentes et futures des mortels ; et il y avait peu d'hommes qui eussent reçu du ciel assez de lumières pour se sentir émancipés, et pour dévoiler les fourberies d'une église qui régnait sans rivale. Mais à mesure que Tetzel croissait en audace, la portion pensante du peuple germanique se mit à éplucher les étonnantes assertions du vendeur d'indulgences. De ce moment il rencontra des adversaires de deux sortes : les uns, jaloux de la gloire de Dieu, prenaient le parti de la vérité si grossièrement insultée ; les autres, s'armant du ridicule, n'épargnaient ni les prêtres, ni leurs superstitions. Tous servirent la bonne' cause, en excitant l'indignation publique contre l'avarice du clergé et l'iniquité croissante de l'église. On commençait à se dire que si le pape avait le pouvoir de retirer les àmeft du purgatoire moyennant une pièce de monnaie, il fallait qu'il (ut un monstre de cruauté pour ne pas les sauver toutes par pure compassion.

On ne manqua pas non plus de jouer au moine quelques tou^s plaisants , malgré sa croix rou§e. Un gentilhomme saxon qui l'avait entendu à Leipzig, vivement indigné de ses mensonges, se rend auprès de lui et lui demande s'il a le droit de pardonner les péchés que l'on a l'intention de commettre. < Assurément, répond Tetzel, « j'ai reçu pour cela du pape un plein pouvoir. «Eh bien! > reprend le chevalier, « je voudrais exercer

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sur Tun de mes enneoiis une petite veageaiiee, sattsporter atteinte à sa tie. Je vous donne dix éct» si vous von-

lez me remettre une lettre d'indulgence qui m'en justifie pldnement*:» Tetzel fit des difficultés ; ils tombent d'accord pour trente écus. Bientôt après , ie moine marchand qmitlB Leipzig. Le ^ntilhomme, accompagné de ses va« lets, l'attend dans un bots entre Juterbock et Treblin, fond sur lui, lui fait donner quelcpies coups de bâton, et emporte la riche caisse des indulgences qne l'inquisiteur avait arec lui« Tetzel crie à la violence, et porte sa plainte devant les tribunanK. Mais le gentilhomme montre la lettre, signée de Tetzel lui-même, qui l'exempte à Tavance. de toute responsabilité. Le duc Georges, que cette action avait d'2Jc>ord fort irrité, ordonna sur cet écrit que l'on renvoyât l'accusé absous (i).

Mais Tetzel devait se voir à de plus rudes épreuves. U allait enfin susciter contre lui un esprit que tout le pourvoir et tous 1^ slratagèmes de Borne ne parviendraient pas à conjurer. C'était l'esprit de Luther, qui, en 1516 déjà, entendant parler de ce misérable, s^écria dans son langage éi^ergique : c Si Dieu le veut , je ferai un trou à son tambour. > Les doctrines de Luliier s'étaient si •bien accréditées en Saxe, que les princes de cette contrée avaient courageusement interdit à Tetzel leur territoire. Il n'osa pas enfreindre l'ordre ; mais il s'approcha le phi s qu'il put denifrontières, et de là il tentait les âmes des simples. Il s'aventura même jusqu'à ll^terbock, qui était à la porte de Wittemberg, et comme dit Luther, < cet habile honune, qui savait battre les bourses à la manière des batteurs en grange, se mit à battre ^fdiment le

(1) MBRLK D'AUBIfiHÉ, VOi. I, p. ti

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pays> et Fai^^t dé sxnter, de reboaAretdé sonner dams sa ea»se. i»

Le R^brmaiear ne tatxla pas à voir de ses yeux leS effets d^opalisants de la *y ente des indulgences. Un joiir qu'il était ao cenfessionnal, plnsieors |)ers0nnes TÎnr^t kd rëT^er d'énormes crimes, sans paraître en éptùê^^ef la inoindre repentance , ni vouloir y renoncer, donnant pour raison les lettres d'indulgences que Tetzel leur avait dëlitrëeB, et dont le terme n^était point expiré. Vivemesit indigné , Luther leur déclare que , s'ils ne se convertissent, ils périront, et il se refuse à leur accorr der Tabsolution, aussi longtemps qu'ils recourront à ces funestes indulgences^. On voit, pour le dire en passant^ que si, par anticipation, nous avons donné k Lu4llar le iiom de Réformateur, il était encore à cette époque asdet bon catholique , puisqu'il confessait et qu'il accordait Tabsolution après pénitence.

Cependant on s'empresse de rapporter à Tetrel là con* duite de Luther. Le délégué du pape éculne de colère, il jure, il maudit. De la chaire où il monte, (mTentend menacer du feu , comme hérétiques , ceux qui attaquent le mérïte des indulgences ; et, pour mieux agir sur les esprits, il fait allumer un bûcher dans la grande place de Jiiterbock. C'en était trop pour Luther. Aussi, le 50 septembre t51T, il prêcha, dansison église de Wittemberg, un sermon où il détournait le peuple des indulgences, lui montrant avec une grande force ce qu'dies avaient de contraire à la doctrine de la justification gratuite par la grâce de Dieu. Ce discours énergique ne fut pas sans effet ; mais \» tnal était trop enraciné pour céder au pre* mier choc. Cependant le coup était porté , et la hache avait pénétré assez avant pour encourager Luther à de

Qouveaux efforts. 11 osa remontrer à Tarchevêque de Magdebourg TeiTronterie et la honteuse cupidité des tra« fiquants d'indulgences ; mais, hélas ! à son grand déplaisir, il vit rintérèt personnel triompher des arguments le& plus forts, comme des textes les plus précis de TEcriture, et des réclamation&du simple bon sens. Le commerce allait trop bien pour qu'on s'inquiétât de ce qu'il avait d'immoral.

Mais le combat était commencé, et Luther n'avait garde de battre en retraite. La fête de la Toussaint api»*ochait. C'était un grand jour pour l'église nouvellement bâtie à Wittemberg. Des milliers de pèlerins allaient s'y rencontrer , et Luther se promit de ne pas laisser échapper l'occasion. Il dresse donc un manifeste contenant quatrevingt-quinze propositions contre les indulgences, et il les envoie à son métropolitain, sans s'inquiéter du mépris qui les accueillera. Mais comme il veut absolument provoquer la discussion , il affiche ses thèses aux portes de l'église , la veille même du jour où la foule des pèlerins doit s'y rendre pour la fête. Il défie tous les savants de l'Allemagne de le réfuter, et les invite à une dispute publique dont il désigne l'époque. Personne n'ayant accepté le défi, Luther fait imprimer ses thèses contre les indulgences. De Wittemberg, elles se répandent rapidement par toute l'Europe, et réveillent l'attention des grands et des petits, surtout dans les contrées avec lesquelles le Réformateur était le plus en relation.

Comme on doit bien le penser , vu l'état même des convictions de Luther à cette époque, ses thèses renfermaient un mélange de vérité et d'erreur ; mais en tenant compte de ce qu'il y avait encore de romanisme dans son âme, c'est un document d'un rare intérêt et d'un

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prix infini. S'il n'y condamne pas fonnellement le pape, on y voit percer les sentimenls du Réformateur s\xr ce point épineux de la question. < Espérer, dit«-il dans la cinquante-troisième proposition, espérer de se sauver I)ar les indulgences, c'est espérer dans le mensonge et le néant, quand même le commissaire d'indulgences, et pour tout dire , le pape lui-même , mettraient leur âme en gage par manière de garantie. i Et à la trente-deuxième thèse : t Ceitx qui s'imaginent être sûrs de leur salut par les indulgences , iront au diable, avec ceux qui leur enseignent cette doctrine. »

Mais ce qui fait surtout la beauté de cet écrit, c'est la clarté avec laquelle il expose la divine méthode du salut, € Chaque vrai chrétien, mort ou vivant, participe à toutes les richesses de Christ ou de l'Egh'se, par le don de Dieu et sans qu'il ait besoin d'une lettre d'indulgence > (Thèse 57®). « Le véritable et précieux trésor de l'Eglise est le saint Evangile de la gloire et de la grâce de Dieu > (62®). c II faut exhorter les chrétiens à s'appliquer à suivre Christ, leur chef, à travers les croix, la mort et l'enfer > {94«).

Luther ne se doutait guère du terme où aboutissaient ces doctrines , ni du chemin qu'elles lui feraient faire ; mais elles s'étaient emparées de son âme, et, laissant à Dieu les conséquences, il les proclamait courageusement. Fidèle à la lumière qu'il avait reçue, il verra bientôt pai* son expérience la vérité de cette promesse : c Si quelqu'un fait ma volonté, il connaîtra ma doctrine. >

Parmi ceux qui se réjouirent intérieurement de ce qu'un homme entin protestait de la sorte contre la corruption générale, il y avait des individus remarquables par leur savoir, par leur rang et par leur piété. Tous ceux, d'ui^e

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autre part, <|ut vitaieiit des firaits de la duperstitîon, res^ scmtàient contre Luther une violente colère. En BWte que Toii conçoit très-bien les perplexités par lesqueUes il passa dans ce t^(np»-la ? c J'ai commence cette affaire, dit-ii, avec une grande crainte et un grand tremblement. Qui étais-je alors ? Pauvre , misérable , méprisable frère, plus semblable à un cadavre qu'à un homme ; qui étaisje, pour m'opposer à la majesté du pape, devant laquelle tremblaient non -seulement les rois de la teite et le monde entier, mais encore, si je puis ainsi parler, le ciel et Tenfer, contraints d'obéir au signal de ses yeux?. . . Personne ne peut savoir ce que mon coetir a souffert dans ces deux premières années, et dans quel abattement, je pourrais dire dans quel désespoir, j'ai été souvent plongé. Ils ne peuvent s'en faire une idée, ces esprits orgueilleux qui ont ensuite attaqué le pape avec une grande hardiesse ; bien qu*avec toute leur habileté ils n'eussent pu lui faire le moindre mal, si Christ ne lui eût déjà fait par moi, son faible et indigne instrument, une blessure dont il ne guérira jamais... Mais tandis qu'ils se contentaient de regarder et me laissaient seul dans le péril, je n'étais pas si joyeux, si tranquille et si sûr de l'affaire. Car je ne savais pas alors beaucoup de choses que je sais maintenant, grâces à Dieu. Il se trouva, il est vrai, plusieurs éhrétîens pieux à qui mes propositions plurent fort, et qui en firent grand cas. Mais je ne pouvais les reconnaître et les considérer comme des organes du Saint-Esprit ; je ne regardais qu'au pape, aux cardinaux, aux évêques, aux théologiens, aux jurisconsultes, aux moines, aux prêtres... C'était de là que je m'attendais à voir souffler FEsprit. Cependant, après être demeuré victorieux, par rEcriture, de tous les arguments contraires , j'ai enfin

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surmonté , par la grâce de Christ , avec beaucoup d'angoisses^ de travail , et à grand'peine, le seul ai^ment qui m'arrêtât enccore , savoir, c qu'il faut écouter l'église; i> car j'honorais, et du fond du cœur, l'ëglise du pape comme la véritable Eglise ; et je le faisais avec bien plus de sincérité et de vénération que ne le font ces bon* teux et iftf&mes corrupteurs qui , pour s'opposer à moi, la prônent si tort maintenant. Si j'avais méprisé le pape, comme le méprisent dans leur cœur ceux qui le louent tant des lèvres , j'eusse tremblé que la terre ne se fftt entr'ourrerte à Theure même , et ne m'eût englouti tout vivant, comme Coré el tous ceux qui étaient avec lut t (1). On volt donc- que ce fut comme en tremblant que Luther fit la démarche pleine de hardiesse qui était destinée à réveiller dans toute l'Europe Fesprit d'examen. Au premier instant, ceux qui auraient pu lui répondre ne firent pas semblant de l'avoir entendu ,- cependant le bruit que Ht ta publication des thèses contre les indulgenees ne permit pas aux avocats de Rome de rester dans rinactîoi]. Tetzel, Priérias et le docteur Eck se présent^ent successivement dans l'arène. Mais combien leur manière de raisonner différait de celle de Luther ! Celuici en appelait presque exclusivement à la saine raison et à la Parole de Dieu ; eux, au contraire, mettaient en avant les dogmes des scolastîques , l'autorité du droit canon et les décrets des papes. Heureusement pour le Réformateur, le peuple commençait à voir l'insuflisance de tels guides. Aussi ne se choqua-t-il point quand Luther prononça ces paroles significatives : « Si le pape et les cardinaux ont les mêmes opinions que mes opposants, et

(I) KfitRLi 0*AtjiiiGNÉ, vol. I, p. 93*.

^ HISTOIRE D& LÀ fiÉFORMATION. LIV. I.

s'il^ se permettent d'invôqiier contre la Bible une autorité quelconque , alors plus de doute qpe Rome ne soit te siège de T Antéchrist, et bienheureux sont les pays qui se séparent. d'elle. > . '

Du reste, Rome ne prit nullement garde aux premières attaques de Luther. Léon X jugeait le trône pontifical trop solidement établi pour avoir quelque chose à redouter d'un moine allemand. Il s'occupait beaucoup plus de ses plaisirs que de querelles théologiques. Mais les ennemis que Luther avait eh Allemagne n'entendaient pas que le pape demeurât spectateur indifférent de ce qui se passait à Wittemberg. Ils lui représentèrent avec chaleur les dangers que courait l'Eglise, et l'importance qu'il y avait à terminer promptement ces débats. L'empereur Maximilien lui-même suppliait Léon d'interposer son autorité, et de faire rentrer dans l'ordre les éléments qui annonçaient une si terrible tempête.

Enfin, le souverain pontife ne pouvant résister davantage aux sollicitations qu'on lui adressait de toutes parts, consentit à sortir de sa voluptueuse quiétude, pour faire éprouver la force de son bras à la Réformation naissante. Luther fut sommé, le 15 août 1518, à comparaître dans la cité impériale, afin de voir prononcer sur les doctrines qui avaient mis l'Allemagne en feu. Quand on pense à ce qu'était alors l'église de Rome, on ne s'étonne nullement de la crainte qu'inspiraient ces doctrines. Ck)mmettt digérer les expressions dont Luther s'était servi dans le développement de ses thèses : c Je ne m'embarrasse pas de ce qui plait ou déplaît au pape. Il est un homme comme les autres hommes. Il y a eu plusieurs papes qui ont aimé non -seulement des erreurs et des vices, mais encore des choses plus extraordinaires. J'écoute le pape comme

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