‹ Histoire générale de la réformationChapitre 34 sur 80 · CHAP. II. L* ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHAP. II. L* ALLEMAGNE

pape, c'est-à-dire quand il parle dans les canons, ou qu'il prend un arrêté. 4e concert avec un concile, niais non quand il parle d'après sa tête: Si je faisais autrement, ne. devrais-je pas dire avec cfeux qui ne connaissent pas Je* sus-Christ, que les horribles massacres de chrétiens dont Jules II s'est souillé , ont été les bienfaits d'un pieux berger envers les brebis du Seigneur ! > — c II est impossible » , dit-il encore , c qu'un homme soit chrétien sans avoir Christ; et s'il a Christ, il a en même temps tout ce qui est à Christ. Ce qui donne la paix à nos consciences , c'est que par la foi nos péchés ne sent plus à nous, mais à Christ, sur qui Dieu les a tous jetés; et que, d'autre part, toute la justice de Christ est à nous , à qui Dieu l'a donnée. Christ pose sa main sur nous et nous sommes guéris. Il jette sur nous son manteau, et nous sommes couverts ; car il est le Sauveur de gloire béni éternellement *. Et ailleurs : c Je veux dire la chose en peu de mots et hardiment : l'Eglise a besoin d'une réformation. Et ce n'est l'œuvre ni d'un seul homme, comme le pape, ni de beaucoup d'hommes, comme les cardinaux et les pères des conciles , mais du monde entier, ou plutôt c'est une œuvre qui appartient à Dieu seul. Quant au temps où une telle réformation doit commencer, celui-là seul le sait qui a créé les temps. . . La digue est enfoncée , et il n'est plus en notre pouvoir de retenir les flots qui se précipitent avec impétuosité (i). j» C'est à peu près là ce qu'il écrivait aussi à Tévêque de Brandeboqrg dans la juridiction duquel il était, et même à Léon X, quoiqu'on s'adressant à ce dernier, il demeurât dans les termes du respect le plus profond et

(1) Merlb d'âubignê, vol. I, p. 407:409.

dô HISTOIRE DE LA RRFORMATlON. Ur^ I.

qvTil mit de grands tnénagemente dans la manière dent il lai parlait des indulgences. Bn même iemps, rom ce qu'il disait à son ami Staupitt, par Tintermédiaire duquel il Sai^ sait passer ses lettres au pape et bt f évèque : < Quant à ceux qui me menacent, je n'ai k leur répondre que le mot deRuchtin: cLepauTfen'a rien h crsûndre, car il n'ari^i à perdre. » Je n'ai ni bien ni argent, et je n'en demanêe pas. Si j'ai eu autrefois quelque honneur et quelque bonne renommée, celui qui a commencé a me les ravir achève son œuvre. Il ne me reste que ce misérable coips affaibli par tant d'épreuves ; qu'ils le tuent, par ruse ou par force, à la gloire de Dieu ! ils abrégeront ain^ pèut-^re d'une heure ou deux le temps de ma vie. Il me suflft d'avoir un précieux rédempteur, un puissant sacrificateur, mon Seigneur Jésus-Christ. Je le louerai tant que j'aurai un souffle de vie. Si quelqu'un ne veut pas le louer avec moi, que m'importe (1) î >

Un homme qui, au commencement du XVI* sîéete, entretenait de tels sentiments, ne pouvait se flatter d'échapper à la vengeance de Rome. Aussi Forage amoncelé depuis quelque temps sur sa tête était-il près d'éclater. On lui avait donné soixante jours pour se rendre devant ses juges. Et ces juges qui étaient-ils? Des hommes qui s'étaient déjà prononcés ouvertement contre hii, entre autres l'inquisîteur-général Priérias. Bien plus, on était tellement décidé à le condamner que, sans attendre l'issue du procès , l'électeur de Saxe avait reçu Tordre de lui refuser sa protection, par le motif qu'il soutenak des hérésies subversives de la sainte Mère-Eglise. Tfeut cela montrait une telle partialité , que le corps universi*-

(i) Mkrlk d*Aubignè, vol. I, p. 415.

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taire dont Luthw étsài membre, cottramcu du pérH qu'r! courrait à Rome, obtint dn pape que les doctrines incul* pées ftissent jugées dans le pays même où elles avaient pris naissance. La cour de Rome remit toute Taffatre entre les mains dn cardinal Gajetan, qui était Dominicain, ami déclaré de Tetzel , et non moins ennemi de Luther. Au mois d'octobre, celui^d fut sommé de se rendre à Augsbourg devant le cardinal ; et après avoir reçu de Fempereur un sanf-condnit , il obéit avec joie à la sommation.

D'abord , Tartiflcleux prélat fit à Luther Faccue?! le plus gi^eieux ; maid quand il vit que les faveurs de la cour romaine ne pouvaient ébranler un homme qui s'appuyait sur le rocher des siècles , changeant tout à coup de manières, Q invita formellement Luther à se rétracter, s*îl ne voulait pas être puni comme il le méritait. Le Réformateur avait déjà pris sa position. Retranché derrière la Parole de Dieu , il ne consentit à rétracter de ses opinions que celles dont on lui démontrerait l'opposition avec les Saintes-Ecritures. A Toute de ces paroles, le cardmal et ses acolytes s'irritent contre Luther et le traitent avec tant de violence, qu'il échappe brusquement à leur tribunal, laissant après lui un appel au pape et demandant à être jugé par la règle infaillible de la Parole de Dieu.

Là-dessûs l'électeur Frédéric reçut l'invitation de livrer Luther à la merci de Féglise. Mais il aimait le Réformateur, il admirait Ses talents et ses vertus ; il refusa de complaire à la demande de ses ennemis.

Quand Léon eut appris ce qui se passait en Allemagne, il publia contre Luliier une bulle, où Fon peut voir la justice même de la cause que le Réformateur avait embras-

sée. Le souverain pontife y élève aax nues le mérite des indulgences ; il ordonne à tous les clu'étiens de les révérer ; il prononce malédiction , pour le temps et pour Téternité , sur ceux qui se permettraient d'en gêner la vente, à la fois si salutaire et si lucrative. Il était aisé de voir aussi, par cette proclamation du pape, quelle terrible tempête se formait sur la tête du moine de Wittemberg. Rien de plus sûr que Rome ne se disposât à faire les derniers efforts pour le priver de la liberté, si ce n*est de la vie. Aussi Luther, déployant dans celte circonstance toute son énergie , en appela directement à un concile imiversel, dont il déclarait l'autorité supérieure à celle du pape et de ses cardinaux.

La position de Léon X devenait difficile, et il le sentait bien. Il ne pouvait douter que Frédéric ne favorisât Luther, et il avait à cœur de ne pas s'aliéner l'esprit de ce sage prince. Il se détermina donc à lui envoyer, comme ambassadeur , un noble saxon son chambellan , nommé Charles Miltitz, qui était en grande faveur à la cour. Bien qu'adonné à la boisson , Miltitz était d'une habileté consommée et de manières très-insinuantes. On dissimula sous quelque prétexte le but de sa mission, et Rome attendait prodigieusement de cette démarche. Elle espérait que, si Miltitz ne parvenait pas à ramener Luther, il gagnerait au moins les amis les plus influents du Réformateur. On savait même qu'il y avait quelque hésitation dans l'esprit de l'électeur , et l'on se flattait que le délégué du pape le déterminerait dans le bon sens. Il ne fallait pas un faible talent de diplomatie ; mais l'ambassadeur paraissait tout à fait au niveau de son mandat.

A mesure qu'il approchait du centre de ses opérations futures, Miltitz comprit^ par l'état des esprits, que Luther

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occupait un poste dont il ne serait pas aisé de le débu&« quer. L'agent du souverain pontife ne s'en était vrai"» ment pas fait une idée. A sa grande douleur, il vit que les Saxons parlaient tous du Réformateur avec enthoo-^ siasme. Pour un individu qui reconnaissait enccKre la souveraine autorité du pape , il y en avait bien trois qui la traitaient avec dédain. Cependant les hommes réfléchis n'apprirent pas sans émotion l'arrivée de Miltitz. Hélanchton et quelques autres avec lui craignaient que la trahison ne fît tomber Luther entre les mains de ses ennemis; et nul doute que, si Miltitz eût obtenu de Frédéric qu'il lui livrât le Réformateur, il n'eût trouvé le moyen de le transporter à Rome* Il avait dans sa poche soixante et dix lettres apostoliques qui devaient lui servir de passeport. Les affaires prenaient donc une tournure fort menaçante , bien que le rusé légat mit dans son ton et dans ses manières les appariées de la plus grande douceur.

Sur ces entrefaites, il plut à Dieu de retirer de ce monde l'empereur Maximilien , événement destiné à placer Luther sous une protection désormais plus puissante , et à favoriser les succès d'une causé qui lui était plus chère que sa propre vie. D'après la constitution germanique, la mort de l'empereur faisait passer entre les mains de rélecteur de Saxe l'administration provisoire de l'empire; en sorte que Frédéric eut dès lors beaucoup moins à redouter les nonces du pape, tandis que celui-ci pouvait avoir à briguer sa faveur. En effet , il ne lui convenait pas que Charles d'Autriche, déjà roi de Naples, obtint la couronne impériale, et il sentit combien il lui importait de mettre l'électeur de son parti. Mais il fallait,* pour cela, laisser dormir la querelle des indulgences. Ici

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donc la pofitiqiie vint iadiresiteBidiit an mcoors: d^ La^ ther; et ce qui le servit mieux e&cwe, €e ftit la fermeté avec laquelle Tëlecteur peraiit qu'on prêchât les doc<» ihuiieB évan^Kques , par où les peuples se préparai^it à recevoir sans effroi les anatfaèmes de Rome.

Maximilien mourut le 12 janvier 1519 ; mais dëjà Mii« iit£ était depuis quelques jours au terme de son voyage. Dès son arrivée , il avait voulu voir Spalatip son ancien ami. A peioe eut*il commencé l'exposition de ses griefs oontre Luther, que Spalatinlui fit, en termes sévères, mais vrais, le tableau des iniquités de Tetzel. Par un mé^ lange de sagesse et de ruse , le légat du pape suspend aussiti^ Taffaire de Luther, et somme Tetzel de venir lui iM^ndre compte de sa conduite. Hélas! ce malheureux avait dû cacher sa honte dans les murs du collège de St- Paul à Leipsig. La sommation de Miltitz lui causa la plus vive angoisse , et il répondit qu'il se mettrait volontiers en route s'il le pouvait avec sûreté; mais que Martin Luther avait ameuté contre lui tous les hommes puissants de l'Allemagne.

Cependant, Miltitz désirant avoir une entrevue avec celui qui était l'objet réel de son ambassade , Spalatin leur prêta sa maison , et Luther s'y rendit le 2 janvier. Le légat de Rome mit en oeuvre toute son adresse. II complimenta le Réformateur sur sa bonne mine , sur sa science, sur sa réputation, sur l^effetde ses écrits, et en m^e temps il couvrit de reproches le nom de Tetzel. C'était , à l'entendre , un homme plein de superstitions, qui avait compromis le pape par la manière dont il avait distribué ses indulgences ^n Allemagne. Flattant ainsi l'orgueil de Luther» tout en se donnant l'air de partager quelques*unes de ses vues sur la grande question, il

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ai€h€f?â <le rïtisiniier éàns son esprit par oêB paroles habiles : < LaLsMs-vous persu^^d^ de bouder la plaie ^m TOUS avez G&ite à TEglise, et que vous sewl pouvez guérir. Gardezovou^, je voas en prie, d^exeher une tempête qui serait la niiBe de rhumanitë » (!)•

Luther ne demeura point insensible à ces avances et à ces soHicitatioîis; Les manières aimables et respec* toeuses du légat avaient trouvé le chemin de son cœur. Il déclara que , si rarehevêque de Mayenoe et les autres s'y fussent prisdecetle manière, au commencement de la hitte, les choses eussent tourné différemment. Il se montra donc très-disposé à laisser dormir sa plomeySiren oi>^ tenait de «es ennemis un silence pareil. Mais il se refusa positivement à rétracter quoi que ce fût dé ses écrits» ou à s'avouer coupable d'aucmie sorte. Le chambellan du pape, voyant ^'îl n'y avait rien à prétendre de ce c6té, proposa de remettre toute raff&ire à rari>itrage d'uo ar* dievéque. « Volontiers, dit Luther, pourvu que le pape y consente. > H Ait donc convenu entre partie$ que tout d^at publie caserait dès cette heure, et que le pape nommerait un évèque auquel serait remis le soin d'ap-« paiser ces différends. Ravi du résultat qu'il avait obtenu, Mîltiiz combla Luther de caresses. Âpres un repas qu'il lui avait offert, il le serra dans ses bras. «Baiser de Judas , » dit Luther à son ami Staupitz. On voit qu'il ne se fiait pas aux apparences. En effet, il eût été bien sur« prenant que la vérité de Dieu fut arrêtée dans sa marche puissante par les manières courtoises et l'habileté d'un diplomate.

Cependant, Mihitz, tout fier de son triomphe, se rend

(1) HiêUnrà de ia RéformaUon, par Merle d'Aubigné, Vol..lf,p. te.

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à Leipsig» pour, décharger sa colère sur Tetzel. Oo avait la preuve des malversatkms de cet homme ; et ce qui irritait si fort coatre lui , c'était moins peut-être la ma* uière dont il avaii joué son rôle, que le parti qu'il en avait tiré pour son propre intérêt. Mais en poursuivant maintenant celui qui avait été son haut commissaire , Rome eût dû comprendre que, s'il s'était rendu coupable envers elle de fraudes indignes , elle avait bien plus de reproches à se faire devant Dieu , elle qui , au nom du Rédempteur sans défaut et sans tache, séduisait le monde entier par ses impostures. Quoi qu'il en §oit, le malheureux Tetzel, qu'on avait soutenu tant que son trafic alla bien, mourut abandonné de tous, sous le poids, dit-on, de la honte et de la douleur.

Cependant Luther adressait au pape une lettre où il exprimait librement ses opinions , mais en des termes qui prouvent combien il y avait encore d'obscurité dans son esprit , au sujet de Rome et de son chef. Il faut dire pourtant que, s'il y protestait de sa soumission à l'Eglise et au souverain pontife , il refusait catégoriquement de rétracter rien de ce qu'il avait fait jusque-là. Soit que Léon fat trop occupé d'autres choses , ou qu'il jugeât prudent d'attendre des temps meilleurs , il garda momentanément le silence. Luther, de son côté, profita de l'armistice. Il reprit avec une nouvelle vigueur s^ études théologiques , non dans les livres de l'école, mais dans la Bible. L'histoire de l'Eglise aussi vint occuper ses pensées , et il y apprit ce qu'avaient été jusqu'à ce jour la politique et la doctrine des papes. Une lettre à son ami Spalatin nK>ntre les doutes qu'il commençait à concevoir sur les mérites de la papauté, c Je lis les décrets des pfmtifes, et (je te le dis à l'oreille) je ne sais si le

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pape est TAntechrl^t lui-même , ou s'il est son apôtre, tellement Christ y est dénaturé et crucifié (1). m Pourtant, il se rattachait toujours à TEglise, qu'il espérait voir se réformer ; il reculait avec dSroi devant l'idée de s'en séparer : € Quoique tout s'y trouve maintenant en un hien triste état, ce n'est pas un motif , dit-il , pour se séparer d'elle. Au contraire, plus les choses y vont mal, plus on doit lui demeurer attaché ; car ce n'est pas par la séparation qu'on la rendra meilleure » (2).

On conçoit que cette manière ambiguë de se déclarer pour l'Eglise tout en la condamnant, ne pouvait plaire au délégué du pape. Luther avait promis de se soumettre à la décision d'un archevêque. En conséquence, Miltitz et Devio son collègue s'adressent à l'archevêque de Trêves ; et après avoir obtenu son consentement , ils demandent à l'électeur d'envoyer Luther au lieu fixé pour la conférence. Mais Frédéric était bien résolu de ne permettre que ce qui pouvait se concilier avec la sûreté personnelle du Réformateur. Et comme Luther était persuadé que, s'il répondait à l'invitation des légats, c'en était fait de lui , l'électeur déclina la juridiction de l'archevêque, et remit toute l'affaire à la prochaine diète. D'ailleurs, il avait été convenu qu'on se procurerait préalablement l'adhésion du pape, et celui-ci n'avait encore rien dit. C'est ainsi que Luther échappa à la gueule du lion ; car il est bien probable que, s'il se fût aventuré dans un pays soumis à un prince ecclésiastique, il n'en serait sorti qu'après avoir donné pleine satisfaction à l'Eglise.

(f) Merle d'âubignè, voL II, p. 17.

(â) Ibid.

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Au milieu de ces luttes, la réputation de Luther et celle de rUniversité de Wittemberg grandissaient de jour eil jour. On venait de tous les pays de l'Europe recevoir les enseignements du Réformateur , et ses écrits se ré^ pandaient rapidement en France, en Suisse, dans les Pays-Bas, en Espagne et jusqu'en Italie. Froben, impri* meur à Baie, publia la collection de ses œuvres, et il déclara que jamais il n'avait fait une meilleure spéculation. Il n'est pas nécessaire de dii^e combien tout cela servit à répandre les doctrines évangéliques de la Réforme, ou du moins à y préparer les esprits.

Depuis que Luther eut reftisé de joindre Miltit2 à Trêves, il jouissait de la paix la plus entière. L'électeur s'était franchement déclaré son ami, et ses premiers adversaires se taisaient. Ce calme , en se prolongeant, ancrait pu devenir funeste à la cause de la Réformation ; mais la lutte devait bientôt recommencer.

Il y eut, à cette époque, une vive dispute entre les docteurs Eck et Garlstadt ou Carolsladt, sur le libre arbitre. Eck ne comprenait rien à la doctrine évangélique ; Carolstadt était plus ardent que sage. Après une guerre de plume, où ils ne montrèrent ni l'un ni l'autre de la mode* ration, le docteur Eck invita son antagoniste à une dispute publique dans les murs de Leîpsig. Carolstadt accepta volontiers. Mais ce n'était pas là tout ce que voulait le champion du romanisme. Il avait cueilli maints lauriers dans plusieurs universités de l'Europe, et il se croyait en mesure d'humilier Luther. Pour le provoquer, il publia donc, avant la dispute, quelques thèses où il soutenait la haute antiquité de la suprématie papale ; et cette publication produisit l'effet qu'il voulait. Luther, s'envisageant comme attaqué , se résolut aussitôt à figurer dans

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la iUspute aoùoncée* Ses ami&^ qui cônnàisssdeiit Thabî* leté et le savoir de Eck^ n'étaient pad sans inquiétude ^ur les résullâts; mais quant à lui, persuadé qu'il aooompi^ sait un devoir, on le vit s'adieminer plein de coiirage et se jeter avec confiance dans les bras du Dieu de la vérité. L'assemblée fut d'un édat extraordinaire , à raison du grand nombre d'hommes illustres i^ar leur rang et par leur science , qui s'y rencontrèrent. Durant dix jours consécutifs, Luther soutint la dispute avec un calme et Un sérieux qui étonnèrent ses amis et confondirent ses ennemis. U démontra que , pendant les quatre premiers siècles de Tare chrétienne, l'église de Bome n'avait ré^ damé aucune prééminence sur les autres églises ; il con^ danma ses orgueilleuses prétentions, en s'appuyant à la fois sur la Parole de Dieu et sur les écrits des Pères ; il peignit avec de vives couleurs la présomptueuse arro*^ gance de ses évéques; et il prouva par les décrets du premier concile de Nicée que l'autorité despotique qu^ils prétaidaienl exercer sur l'Eglise universelle , était une inventicm des temps modernes*

Eck, modèle achevé éb suffisance, se vanta partout de son tricHuphe, sauf pourtant avec ses amis intimes. Quant à Luther, cette dispute le plaça dans une situation toute nouvelle. Non-seulement elle accrut ses connaissances et son amour pour la vérité ; mais encore elle accrédita rofânion , parfaitement juste , que , dans une discussion regulii^e sur la théologie et l'histoire ecclésiastique, per^ sonne n'était capable de lui tenir tète. Elle eut encore pour effet de gagner à la cause de la Réformation Taimable et savant Mélanchton , qui rendit à Luther et aux triomphes de la vérité des services inappréciables. Par sa pradaice e^ par son esprit conciliant , autant que par

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