‹ Histoire générale de la réformationChapitre 37 sur 80 · JUSQU'A LA MORT DE CLÉMENT VII · texte numérisé non relu

JUSQU'A LA MORT DE CLÉMENT VII

Tandis que Luther était ainsi , pour un temps , séques* tré de tout commerce du monde , il eut la joie d'apprendre que la grande cause à laquelle il dévouait sa vie» gagnait du terrain , non-seulement en Saxe et en d'autres lieux de l'Allemagne , mais en Suisse , en France et dans la Grande-Bretagne. Les Augustins de Wittemberg» entre autres, avaient réformé plusieurs points de leur culte , supprimé les messes basses et commencé de don*-^ ner la coupe aux laïques.

Quand on voit l'alarme que jetèrent alors dans toute l'Europe catholique les doctrines de Luther, on ne peut douter qu'elles n'eussent acquis déjà une multitude de partisans. L'Université de Paris prononça un décret formel contre les livres de Luther, les déclarant hérétiques. Henri VIII, roi d'Angleterre , écrivit une a|>ologie des sept sacrements , en réponse a l'ouvrage du Réforma-;

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teur, intitulé : la Captivité de Babylone ; et cet écrit du monarque lui procura de la part du pape le titre pompeux de « défenseur de la foi. > Luther n'hésita pas à entrer en lutte avec ses illustres antagonistes. Ses réponses aux docteurs de Paris et au monarque théologien se ressentirent de l'indignation qui Tanimait. Il ne demeura pas , on doit l'avouer, dans le ton convenable ; mais il faut dire aussi, pour son excuse, qti'otî ne l'avait pas faiblement provoqué.

En 1522, Luther crut voir dans les circonstances de l'Eglise un appel du Seigneur à reparaître sur la scène. Il avait appris avec une vive peine que quelques amis de la Réformation en Saxe , Garlostadt à leur tête , avaient , par quelques actes inconsidérés, occasionné des mouvements tumultuaires , qui compromettaient sérieusement l'œuvre sainte qu'il avait tant à cœur. Vivement ému de ces nouvelles , il quitta brusqilem^t sa retraite de la Wartboùrg , sans en prévenir son protecteur, Frédéric de Saxe, ou du moins sans attendre son consentement.

Dans leur zèle contre Rome , Garlostadt et quelques autres réformateurs avaient envahi un t^ple catholique, et, brisant les images et les crucifix, ils s'étaient eoaportés à des excès qui ne pouvaient d'aucune manière 9»vir les intérêts de la Réforme. L'arrivée subite de Luther à Wittemberg mit un frein salutaire à ces violences. Garlostadt , au témoigtiagè de Moshe4n!i , était un homme fort savait, qui avait , comme Luther, déchiré le voile dont les superstitions romaines recouvraient la vérité. Par cette raison , le chancelier Eck avait obtenu qu'on l'excïût aussi de la communion de l'Eglise. Poussé par un zèle désordonné , Garlostadt excitait les passons de la multitude, au lieu de les adoucir ; et c'est à cela

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que Luther vint s'opposer, avec une forcé et une dignité remarquables. « Commencez , > disait-il , c par éclairer les masses ; dissipez les erreurs du peuple» et les idole? tomberont d'elles^^nèmes ; tandis qu'en suivant la mar-*. che contraire , vous n'amènerez rien à maturité. >

Le docteur Maclaine , mécontent de Téloge que Mosheim fait de la modération de Luther, prétend que s'il prit parti cootre Garlostadt , c'est qu'il ne pouvait souflrtr qu'un autre lui ravit l'honneur de mettre les masses en mouvement. Mais cette inculpation ne saurait se sou^ tenir devant la lettre où Luther explique à l'électeur les motifs de son départ de la Wartbourg, Voici les termes méàies dans lesquels il s'exprime :

c Le règne de l'Antéchrist, > selon la prophétie de Daniel , < doit tomber sans mains ; o c'est-à-dire , que les Ecritures seront comprises toujours mieux et que chacun fimra par écrire et parler contre la tyrannie papale en s'appuyant sur la Parole de Dieu ; jusqu'à ce que l'homme de péché se voie abandonné par tous ses ad-» hérents et qu'il meure de lui-tnème. Telle est la manière toute chrétienne de le détruire , et il n'y en a pas d'autre. C'est de ce côté-là <|ue nous devons diriger nos efforts ; c'est dans ce but qu'il faut affronter toute espèce de dangers et s'exposer aux plus cruels sacrifices. >

Il demeure donc avéré que le grand Réformateur de l'Allemagne se prononça contre l'emploi de la force brutale et des armes chamelles. Pour renverser l'erreur et ses symboles , il ne voulut qu'éclairer les esprits et leur enseigner à se débarrasser eux-mêmes des superstitions et des idolâtries romaines. Par ses conseils , à la fois fermes et prudents , non moins que par la sagess» soutenue de son exemple , il arrêta des excès qui ne

pouvaient être utiles qu'aux ennemis de la Réforme. Cependant son ardeur ne s'aJQTaiblîssait point. De concert avec Mélanchton et quelque^ autres ^savants , il acheva ja version des Ecritures , dont nous avons déjà parlé ; œuvre qui , à elle seule , fit pour la Réformation plus que tout<îe qu'on put entreprendre^'ailleurs. A mesure ' que l'ouvrage avançait , on le livrait au public par frag- * ments détachés ; et en se répandant ainsi graduellement parmi le peuple , la Bible produisit soudainement des effets vraiment incroyable^ , comme le remarque Mosheim. Elle arracha branche après. branche, et jusqu'à la racine, les principes faux et lés doctrines superstitieuses de l'église romaine , chez des milliers d'individus ; tant est grand le pouvoir de la Parole écrite, lorsqu'elle est accompagnée de la démonstration de l'Esprit (1). >

• Ce qui permit à Luther de poursuivre , presque sans interruption , son grand travail , ou , pour le dire d'une manière pi ti s générale, ce qui facilita singulièrement la Réformation, ce furent les grands embarras où se trouva Charles-Quint dès le commencement de son règne. C'est une histoire fort instructive pour le moraliste que celle du temps qui nous occupe ; mais, à l'exception de ce que fit la Providence dans l'intérêt de l'affranchissement de l'Eglise , elle n'offre guère que le triste spectacle de l'intrigue des cours et de la lutte des ambitions. Elle nous montre, hélas ! sous un jour bien sombre, l'état où l'Europe était tombée par la domination et par l'influence religieuse d'une église décidément incapable de redres-

(1) Ceux qui voudraient avoir sous les yeux un tableau complet des tictoires que remporta la Bible de Lutber, peuvent consulter le récit qu'en a fait Mayer, dans un écrit publié à Hambourg, Tan 17(H.

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ser les désordres de la société. Mais tandis que les puis« . sauces de la terre se faisaient une guerre à mort / elles ' laissaient se propager un mouvement contre leqpel les chefs de l'Eglise n'eussent pas manqué , sans cela , d' jp« yoquer avec succès leur ministère. Charles.se vit aux * prises tantôt avec le pape , tantôt avec le roi de France , puis avec le Grand-Turc ; et ce qui pouvait ne paraître aux uns que des événements politiques tout ordinaires , était le moyen dcmt Dieu se servait pour protéger la Réformation faible encpre.

Pendant que Luth|r avait le cœur plein de joie , en voyant la pure Parole de Dieu entre les mains de ses concitoyens, toujours plus empressés de l'étudier, il survint un événement de nature à produire une pro« fonde sensation dans toute la chrétienté. Au faite de son pouvoir et de sa gloire , et lorsque , grâce à l'alliance qu'il avait contractée avec le plus illustre souverain de son temps , ses projets ambitieux semblaient près de se réaliser, Léon X mourut. Les historiens français assu« rent que sa mort fut occasionnée par les transports de joie qu'il ressentit en apprenant les victoires de Charles sur les armes de la France. Qu'il y ait là de l'exagération, ou non , il n'en est pas moins vrai que Léon fut frappé d'une mort prompte et inattendue , laissant un nouvel exemple du peu de valeur qu'ont les grandeurs humaines, lorsqu'elles sont séparées des qualités morales et de la piété , qui seules répandent quelque charme sur la vie et quelque lustre sur les dernières heures d'un mortel. Cependant , il faut avouer que Léon , avec tous ses défauts , valait mieux que la plupart de ses conseillers ; ce qui n'empêche pas que ses efforts constants , bien qu'infructueux , contre la réforme des abus de l'Eglise ,

ne soient une tadie à sa méaioire. Il fut , sans doute , le proteçteftr des arts et Tami des gens de ietires ; mais il faut rappeler aussi son amour du plaisir et soli despo* tispie religieux. Personne, en un mot, ne fut plus destitué de Te^prit de Christ, que ce prétendu vicaire de Jçsus-Christ; 1

Il eut pour suo^esseur Adrien VI , homme d'un caractère plus conciliant , élevé au trône pontificat par Tinflu^ice de Charles-Quin^;, dont il avait été le |vrécepteur. Le nouveau pontife vit clairement qu'il fallait aeodrder à l'esprit du siècle quelque réforme dans les aBEkîres ecclésiast^ues. Le premier acte public de son pontificat fut d'envoyer un légat à la diète de Nuremberg (1522), en lui domiant pour instruction de pacifier les diffél'ends de l'Allemagne. Le légat demanda bien, il est vrai, qu'on exécutât sans délai la sentence prononcée à Worms contre Luther et ses adhérents; mais il protnetlàit, de la part du pape , le prompt redressement des abus contre lesquels on sp récriait avec justice. Adrien semblait prêt ' à tout accorder, pourvu qu'on livrât à sa vengeance le grand perturbateur du repos des papes.

L'empereur était alors en Espagne. Les princes qui formaient la diète , sans prendre aucune décision au sujet du Réformateur, mais au contraire encouragés à la fois par les promesses de réforme qu'on leur faisait et par l'absence du chef de l'empire , soulevèrent la question d'im concile national , qui eût charge de refondre entièrement l'organisation de l'Eglise. Ils en vinrent même à dresser un cahier de leurs griefs , au nombre de cent, et ils y caractérisèrent en termes fort sombres la conduite si étrange de la cour romaine. Fiiis , ils défendirent toute hinovation ultérieure en matière de reli-

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gkm , jusqu'à ce (pi'uu concile général eût pris les mesures propres à calmer les esprits. Il ne faut pas croire assurément qu^ oes princes eussent tous fort à cœur le» principes de la Rëformation et les doctrines de TBvangile , maïs ils mettaient tous un haut intérêt à poser enfin des bornes aux prétentions exorbitantes du clergé.

Adrien, dont l'avènement avait réjoui l'Eglise, ne posséda pas longtemps sa dignité. li mourut au bout d'un an, et fot remplacé par Clément VU, homme d'intentions malfaisantes , d'une circonspection toute jésuitique et pleme d'artifice. A peine fut-il intronisé qu'il déploya confere Luther une activité infatigable.

En 1524, il envoie à la diète de Nuremberg son légat Campège, avec une note qui ne respirait que menace et destruction.il y censurait la mdiesse que les princes allemands avaient itaise dans cette affaire ; et il se gardait bien d'ailleurs de reproduire les promesses de spn prédécesseur. L'empereur, par un message spécial, appuyait les demandes du pape , et invitait formellement la diète à exécuter l'édit de Worms.

Malgré ce ton décidé , les princes ne firent au légat qu'une réponse évasive. Promettant de donner cours à la sentence , autant que la chose serait possible , ils demandèrent expressément la réforme qu'Adrien avait promise ; puis ils insistèrent sur la nécessité de convoquer un coïieile général , et renvoyèrent la suite de ces débats à la prochaine diète de Spire. On conçoit que tout cela ne contenta guère le légat du pape. Aussi se retirat-il immédiatement à Rati^onne, avec les évêques et les seigneurs qui s'étaient prononcés contre 4a Réformatîon. Dans ce conciliabule , il fut arrêté qu'on emploierait

tout son pouvoir à exécuter contre Luther et les siens l'édit qui les avait condamnés.

. En attendant, notre illustre Réformateur avançait d'un pas ferme , sans trop s'inquiéter des débats auxquels son nom et ses exploits s'associaient. Il avait pour lui , contre la révoltante corruption de l'Eglise , l'opinion géàérale de ses concitoyens , et chaque jour son âme faisait de nouveaux progrès dans la connaissance et dans la liberté de l'Evangile. Plus il étpdiait la Parole de Dieu , en regard de la papauté , plus il se pénétrait de la pensée que celleci portait le cachet de la déchéance , ou plutôt de l'apostasie. Quoi qu'il pût en arriver, il éprouvait le besoin de protester par des faits eontre les erreurs pratiques du romanisme. Il savait depuis longtemps quelles abominations enfante le célibat des prêtres ; il y voyait le signe caractéristique de l'Antéchrist (1), un empiétement tyrannique sur la liberté individuelle, et il ne pouvait ignorer que, sous le prétexte d'une plus grande sainteté, le célibat du prêtre répandait l'immoralité dans le sein des familles. Il se résolut donc à se mettre personnellement au-dessus de cet abus déplorable. En mai 1525 , à l'âge de quarante-deux ans , il contracta les liens sacrés du mariage avec Catherine Bore , qui avait quitté le voile et avec laquelle il goûta dès lors, sans interruption, les douceurs de la vie de famille. En écrivant sur ce sujet à son ami Spalatin, il s'exprime en ces termes : < Prie Dieu de nous bénir. Selon quelques-uns j'ai commis un acte qui doit me rendre méprisable ; néanmoins , j'ai l'assurance qu'il a fait la joie des anges et le désespoir des démons. Il m'a paru convenable de confirmer par mon

(1) I Tira. IV, 3.

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exemple la doctrine qne j'ai enseignée ; car j'en Tois qui demeurent pleins de pusillanimité, nonobstant Técla* tante lumière de TEvangile. *

Mais tandis que Luther avançait à pas de géant dans la Réforme, et que des milliers de personnes subissaient riofluence des vérités divines, il s*éleva, parmi les réformafeurs eux-mêmes, une déplorable dispute qui mit an temps d'arrêt dans la noble entreprise où ils s'étaient engagés par la volonté de Dieu. L'objet en litige était rSucharistie , et ce fut entre Luther et son ami Carlostadt que surgit d'abord la difficulté. L'un et l'autre rejetaient la monstrueuse doctrine de la transsubstantiation ; mais ils ne s'accordaient pas sur le sens à donner aux paroles que notre Seigneur prononça dans l'institution de la Cène, ni, en conséquence, sur le but mén^ de l'institution. Luther repoussait l'idée papiste que, en vertu de la consécration, le pain et le vin devenaient réellement le corps et le sang, et encore la divinité de Christ, par une sorte de métamorphose (1) ; mais il ne laissait pas de prétendre, chose étonnante, que les fidèles, et les fidèles seuls , en prenant la Cène du Seigneur, recevaient, avec les éléments du pain et du vin , le corps et le sang réel de Jésus-Christ. < Il essayait, > dit le docteur Maclaine, < d'expliquer sa doctrine de la présence réelle^ tout absurde et contradictoire qu'elle était, et il le faisait dans un jargon absolument dépourvu de sens. > t Comme dans le fer chauffé rouge, il y a, » disait-il, c deux substances difierentes intimement unies, le fer

(i) Métamorphose où rien n'est changé extérieurement ; ce qui veut dire un changement sans changement. Ce n'est pas ainsi que notre Seigneur changea Teau en vin, et la mort en vie, {Traducteur,)

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» et le feu /ainsi le corps de Christ se joint^tl au pamde 1 rEucharistie (1). > Je cite ceci, ajoute Maclaine, dans le seul but de montrer à quelles absurdités l'esprk de système peut entraîner les plus beaux génies.

Carloistadt, quant à lui, tenait Topinian qui fut au fcmd celle de Zwingle, de GaWin et des autres chefs de la Réformé. IL ne pensait pas que la chair et le sang de^rist fussent réellement présents dans oo avec TËucharistie. Le pain et le vin n^étaient pour lui que les signes e:s:térieurs ou les symboles du sacrifice de Christ, destinés à rappeler au cœur des fidèles la mémoire de la mort et des ^uffrances du Sauveur, et les grâces qui découlent de la propkiation qu'il a faite pour les péciiés d^ ceux qui le reçoivent par la foi. Les discussions auxquelles donnèrent lieu ces diflBérentes manières de voir, prirent un caractère si grave qu'elles divisèrent en deux camps ceux dont l'union contre l'ennemi commun eût été si importante; La controverse qui s'était d'abord agitée entre Luther et Garlostadt fut l'origine d'une séparation permanente entre les Réformateurs allemands et les suisses. Mais k pnésent que la chaleur des passions s'est calmée, il est peu d^ protestants qui nereoonnaiBsent que , en dernière aiialyse , ces dii^putes ne furent pas sans utilité. C'est à elles que ttouTs devons, a^ sujet de la sainte Cène , la simple doctrine qui trace une des grandes lignes de démarcation entre le papisme et la foi protestante.

L'année suivante , la Réfofrmation reçut un nouvel échec par la guen^e des paysans, qui éclata presque tout à la fois en Souabe, en Alsace, en Lorraine, en Franco-

(1) Ncie sur Mosheim, t. IV.

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nie, dans k Thuringe et dans la Basse-Saxe /Cette dëpk> rable luXte fut l'effet de l'enthousiasme d'une part, et d'une autre part de la tyrannie, c Les gens de la campagne géiAissaient sous une dure oppressâo» ; princes, sei« gnéurs^ et cleiigë, leur imposaient des taxes qu'ils étaient hors d'état d'acquitter. Dépourvus d'ailleulns de toute éducation et de tons principes re%ietix, ils voulurent se rendre jnstîce à eux-mêmes (1 ) . » •

An point de départ ce tut un mouvement dans lequet la réligrou li'a^itrait pour rien ; mais à mesure qu'il fit des progrès, il se modifia par l'accession d'un misérable enttioosiàste nommé Munzer, qui, se prétendant en re« lations immédiates avec le ciel, et prêchant la doctrine de l'égalité absolue et de la communauté des biens, se nnt à la tête d une foule de gens aroiés. Sous la conduite de ce fanatique, la révolte prit un as{>ect formidable. 11 i^nit ses dupes au nombre de quarante mille ; et cc^xime il pèirtint à séduire quelques amis de la Réformation, ce fut par lui que Satan réussît le mieux à déshonorer l'œuvre de Dieu. Munzer fut enfin complètement battu pdr le landgrave de Hesse, qui lui tUa 7,000 hommes. Lé chef delà révolte fut fkit prisonnier et publiquement exécuté à Mulhouse .

Mais s'il y eut dans ces terribles conltnotions de quoi détourner bien des âmes pieuses et réjouir lès ennemis de toute religion, Luther lui-même n'en ressentit personnellemerit aucun dommage. Il se hâta de désavouer hautement la faction des enthousiastes, et condamnant sans réserve leurs actes coupables, il exhorta les princes

(1) D< BABPril, BîHiHre C^rak, p. 337.

à prendre les armes dans l'intérêt de la paix et de la liberté de Tempire. ^ ^ [

Cependant Luther eut à cette époque une l^ien grande affliction par la mort de Frédéric-le-Sage , électeur- de Saxe, qui s'était toujours montré son anii dans cette terrîble lutte avec Rome. Ce prince, d'un caractère bienveillant et d'un cœur vraiment sage, entra dans l'éternité l'an 1525. Mais Dieu sait toujours à qui confier les intérêts de sa miséricorde. Frédéric eut pour successeur dans l'électorat son frère Jean, surnommé à juste titre le Constant, prince qui allait épouser la Réforme d'une manière plus efficace que ne l'avait fait le premier ami de Luther, même lorsqu'il avait montré le plus de hardiesse.

On ne saurait douter que Frédéric n'eût un vif attachement pour le Réformateur , et il donna plus d'une fois la preuve qu'il approuvait sa marche ; mais soit par timidité, soit afin de se conserver de l'influence en même temps sur Tempereur et sur le pape , il avait peu fait pour réaliser les principes de la Réformation dans les églises de son ressort. Jean, au contraire, se mit à la brèche de prime-saut, se déclarant sans détour en faveur de Luther et de la Réforme. Le parti que prit avec tant d'énergie le nouvel électeur, produisit une sensation semblable à un tremblement de terre. Rome en fut remuée jusqu'au fond des entrailles. Elle comprit qu'il fallait agir avec vigueur ; en conséquence, on convoqua sans retard la diète de Spire, dans le ferme espoir qu'elle onodérerait le zèle et le courage du puissant allié de Luther. Mais, malheureusement pour Rome, la diète décida que les princes prendraient librement chez eux toutes les mesures ecclésiastiques qu'ils jugeraient con-

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venables, en attendant qu'nn concile gënà*al eût pro^ nonce sur les différends qui agitaient l'Eglise.

A son retour de la diète» l'électeur se fit dresser par Ltttber et par Mélanchton, un code de lois ecclésiàs^ tiques, pour régler tout ce qui concernait Tordre du culte, les fonctions et le salaire du clergé; et. Tan 1527, cet acte du pouvoir politique fut publié dans les domaines de l'électeur. Non content de cette mesure législative , il fit tout ce qui dépendait de lui pour donner aux églises des ministres dignes de leur charge; et il y eut bon nombre de mercenaires qui, chassés de leur cure , se virent retirer l'office sacré qu'ils déshonoraient par leur ignorance ou par leurs mauvaises mœurs. Plusieurs princes de la Confédération germanique suivirent le noble exemple de l'électeur; ceux entre autres de Hesse, de Brunswick et d'Anhalt. Résolus à secouer l'indigne joug du pontife italien, ils adoptèrent une nouvelle forme de culte et de discipline , et purifièrent la plupart de leurs églises des principales superstitions de l'idolâtrie romaine.

On ne s'attend pas sans doute que la conduite décidée de l'électeur de Saxe et de ses amis pût avoir pour effet de rendre la paix au monde. Us avaient déclaré franchement la guerre à Rome, et Rome ne manquait ni de puissance, ni de malice. Aussi longtemps que Frédéric avait formé comme une espèce de tiers-parti entre les deux opinions en présence , Rome conserva quelque modération ; mais à présent que son frère , plus déterminé , venait d'enlever au pape une portion des églises de la Germanie, la papauté tout entière s'émut contre les réformateurs. Les princes allemands se rangèrent en

deux camps ennemis ; d'un côté les apologistes et les

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fauteurs de Tantique superstition , et de Tautre les amis et les défenseurs de la R^rine. D'où Ton vit en même temps, Rome menacer d'écraser par la force» des doctrines qu'elle n'avait pu vaincre autrement, et les princes réformés se préparer à soutenir vigoureusement leurs droits contre la tyrannie rcmiaine. Une guerre eût éclaté sans faule , si les affaires de l'empereur, en France, en Espagne, en Italie, n'eussent alors été dans la position la plus délicate.

Le pape régnant , Clément VII , ne pouvait guère compter sur la coopération de Charles -Quint. Après la bataille de Pavie , le pontifie , craignant Tinfluence que l'empereur acquérait en Italie, s'était ligué contre lui avec la France et les Vénitiens. Dans son ressentiment, Charles se décida. Tan 1527, à abolir la suprématie du pape sur les églises de l'Espagne. Déclai*aut la guerre au souverain pontife , il assiège la ville impériale , enferme le pape dans le château de Saint-Ânge et le traite sans plus de façon que le moindre prisonnier de guerre. Cette phase étrange dans la carrière politique de Charles, sans rien diminuer de la fureur de Rome contre Luther et ses amis, fut toutefois le moyen admirable par lequel la Providence couvrit de sa protection l'enfance de la Réforme, dans le moment le plus critique pour elle. Les princes réformés eurent ainsi le temps de mârir et de consolider leurs desseins, et lorsqu'on finit par les attaquer, on les trouva mieux préparés à la lutte.

Les armes de l'empereur ayant donc été victorieuses, il eonclttl avec le pape un traité de paix, puis il tourna son attention sur l'Allemagne. On eût pu croire que, édâiré par sa propre expérience sur ce qu'il y avait à attendre de Romp> il se serait enfin décidé à protéger la ii«

GHAP. IV. L^ALLEMAGn. Hff

berté desftéformatears, mais il en arriva tout autrement. Le fait est que Charles n'étsdt point un homme pieux. Ne voyant la religion cpie sous son point de vue poli« tique , il lui était indifférent de soutenir le pape ou les Ré£[H*matenrs, suivant les intérêts de son pouvoir. Or, il lui convenait d'arrêter l'émancipation des princes allemands, et il ne lui en feUut pas davantage. La tranquillité dont Luther et les princes réformés avaient joui pendant envircHi deux ans allait donc prendre fin. Depuis la pre« mière diète de Spire , en 1 526 , ils s'étaient librement occupés à formuler la foi qu'ils voulaient professer au milieu du monde et en dépit des anathèmes de Rome ; peu s'en fedlait maintenant qu'ils ne fussent d'accord sur les formes du culte et de la discipline ; mais les voilà tout à coup itraités comme une faction ennemie , qu'on dévoue publiquement à la proscription.

Par l'ordre de Charles-Quint , il se tint à Spire , en mars 1529, une diète impériale où les décisions de la précédente diète furent, à une grande majorité, déclarées nulles et non avenues. On frappa d'illégalité tout changement dans la doctrine et dans le culte de l'Eglise, jusqu'à ce qu'un concile général l'eût sanctionné, et promesse fut faite aux princes d'en convoquer un au plus tôt. Les princes réformés, plus résolus que jamais de se soustraire à la tyrannie romaine , manifestèrent hautement leur indignation contre un décret arraché par la promesse trompeuse d'un concile. Us plaidèrent avec une chaleureuse éloquence en faveur de leurs libertés menacées; et voyant qu'il n'y avait rien à attendre (fe Ferdinand, frère de l'empereur, qui présidait la diète, ni des aveugies soutiens du joug papal , dont les émissaires de Rome excitaient la fureur, ils s'unirent solen*

14^ Histoire de là ttépôRMÂTtON. tiv. t.

nellemait, le 19 avril 1529, i^onv protester contre le nouveau décret de la diète, et pour demander à Tempereur et au concile général le redressement de leurs griefs. Six princes de Tempire signèrent cette noble protestation : rélecteur de Saxe, le marquis de Brandebourg, Ernest et François ducs de Lunébourg, le landgrave de Hesse, et le prince d'Anbalt. Les députés de quatorze villes impériales eurent la gloire de s'associer à ces noms honorables.

C'est à cet acte solennel que le titre de Protestant rattache son origine ; et dès lors on s'en est toujours servi pour désigner ceux qui résistent aux prétentions tyranniques de l'église romaine et qui répudient ses doctrines corrompues. Ce terme, très-expressif et parfaitement convenable, pourrait d'ailleurs s'appliquer aux hommes de tous les temps , qui, depuis les apôtres, ont pris le parti de la vérité de Dieu, en opposition aux nombreux antechrists qui ont paru dans le monde. Quant aux princes décorés les premiers de ce beau nom , l'on ne saurait étudier sans admiration le caractère sublime de leur démarche. On y voit comment la conscience triomphe de tous les intérêts de la terre , et de quel courage la force d'en Haut revêt les hommes qui , d'un cœur honnête et bon , sont déterminés à lutter contre quiconque s'oppose au Dieu vivant.

Maisles princes protestants ne montrèrent pas seulement du courage, ils déployèrent aussi beaucoup de prudence et de sagesse dans l'accomplissement de leurs pieux desseins. Il était juste que Charles sût exactement ce qui venait de se passer en diète , et qu'il apprît des princes eux-mêmes leurs véritables sentiments. Or, à cette époque, l'empereur était parti d'Espagne et s'approchait de l'Italie.

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Les auteurs de la protestation lui envoyèrent donc des députés, pour lui représenter la nature réelle de leur position et pour réclamer de son bras la protection qui leur était due. Les députés s'acquittèrent de leur mission d'un ton ferme, respectueux et modéré tout à la fois ; mais l'orgueil et le ressentiment de Charles l'emportèrent dans son cœur, et , ne se possédant pas de colère, il fit mettre aux arrêts les représentants des princes réformés. Ceux-ci comprirent , par ce fait , que leur sûreté personnelle, leur liberté politique et leurs privilèges religieux couraient, tous à la fois , les plus grands dangers. Us résolurent donc, sans délai, de se liguer dans l'intérêt même de leur conservation. Ils eurent diverses conférences à Rot, à Nuremberg, à Smalcalde et ailleurs encore. Ils se consultèrent, non point sur la manière d'attaquer l'ennemi commun, mais sur les prépaiatifs de défense à organiser contre un monarque dont ils connaissaient maintenant la furie. Us n'aspiraient qu'à maintenir leur indépendance politique, et à reconquérir la liberté religieuse que leur avait ravie l'église envahissante qui tenait l'Europe sous son joug.

Le plus grand obstacle que rencontra l'unité de leurs conseils, pour ce qui tient du moins aux articles de la foi , ce fut la différence qui existait entre les Réformateurs au sujet de l'eucharistie. D'accord pour résister aux prétentions de Rome ; d'accord sur la nécessité de se défendre à main armée contre une croisade politicoreligieuse ; d'accord dans presque tous les points de doctrine et de discipline , les diversités d'opinions relativement à la Cène les séparaient en partis bien tranchés, et ce fut vainement qu'ils s'efforcèrent de rédiger un symbole propre à concilier toutes les divei^ences. .

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Jaloux de voir entre les esprits ith rapproch^nent de charité, et désireux de servir la cause de la Réforme, que ces décisions ccHupromettaient manifestement, Philippe, landgrave de H esse , invita Luther et Zwingle à se rencontrer à Marbourg, en 1529, avec les principaux moteurs de cette controverse. Ce fut ainsi que Luther se trouva en présence d'QEcolampade et Mélanchton, en présence de Zwingle. Des deux parts , on déploya beaucoup d'ardeur et de talent ; mais, comme il arrive d'ordinaire, aucun des partis n'abandonna ses convictions. Cependant, la conférence ne fut pas inutile, puisqu'il demem*a convenu de part et d'autre qu'on se supporterait mutuellement, et qu'on attendrait de nouvelles lumières des Saintes-Ecritures •

Luther et les pasteurs protestants étaient sur le point d'envoyer aussi une députation à l'empereur , lorsqu'on apprit qu'il était en route pour l'Allemagne, où allait se réunir la diète d'Augsbourg. Il avait trop de sagacité pour ne pas voir qu'il était temps de prendre quelque parti décisif. Dans tout le territoire de l'empire, des éléments de discorde présageaient une guerre civile ; Rome ne cessait de crier vengeance contre ceux qui avaient troublé son repos; et d'un autre côté, les princes protes^ tants étaient pressés d'obtenir des sûretés pour la foi réformée. Charles n'oubliait pas qu'on avait solennellement promis la convocation d'un concile ; c'est pourquoi, dans une visite qu'il fit au pape, à Bologne, il insista sur la nécessité de remplir les engagements qu'on avait pris envers les sujets de l'empire. Clément VII reçut avec un profond resped; cette communication, mais sans trop se montrer prêt à y obtempérer. Au contraire , il tint fort haut la prérogative pontificale et ne craignit pas de tan-

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cer le moBarque pour la douceur dont il avait usé à l'égard des hérétiques. Mais si Clément parut ne pas faire grand cas des avis de l'empereur, celui-ci de son côti^ ne se laissa guère toucher par le dogmatisme du pape« Il ne pouvait se résoudre à châtier de bons citoyens , avant de les lavoir soumis au jugement d'un tribunal qu'ils regardaient alors comme compétent. Si le pape se souciait peu des formes de la justice, Charles ne don^* nait pas encore à pleines voiles dans les mesures arbi« traires.

Cependant l'empereur se plaignit de ce que les Réformateurs n'avaient fait nulle part une exposition codiplète de leur foi ^ mesure qu'il estimait nécessaire afin qu'on vit , d'un coup d'œil, ce qid distinguait les doctrines de Luther d'avec celles du romanisme. Pour sa* tisiaire à ce vœu, et pour affermir en même temps la Réformation , l'électeur de Saxe invita Luther et quelques autres savants à dresser une confession authentique de leur croyance. Us s'en occupèrent sans retard , et bientôt Luther soumit à l'électeur soixante-dix arti* clés de foi et de discipline, arrêtés à Sulzback en 1529, et connus dans l'histoire sous le nom à* Articles de Torgau, ville où se trouvait l'électeur quand ils lui furent présentés. A la réquisition des princes protestants, le savant Mélanchton développa plus tard ces articles, et, sous sa plume habile, ils deviiir^it le document célèbre a»mu sous le nom de Confession d'Augsbourg.

Le 13 juin 1530 , Charles arriva dans cette ville , une des plus anciennes, des plus riches et des plus édairées de l'Allemagne. On y était encore extérieurement attaché au romanisme ; mais , comme dans tout le reste de l'empire, i& s'y trouvait uu nombre croissant d'm*

152 niSTOIAB DB LA* RÉFORMATION. LI^. 1.

dividus , dont les sympathies étaient acquises aux chefs de la Réformation. L'empereur fit son entrée avec grande pompe , accompagné de son frère Ferdinand et du cardinal Gampegio. Une foule de princes, de députés et d'ecclésiastiques l'attendaient pour lui rendre hom* mage. Parmi eux on remarquait, près de l'électeur Jean de Saxe, Mélanchton, Spalatin et Juste Jonas, que, d'un accord unanime, les Protestants avaient choisi pour défendre , contre les attaques des docteurs de Rome , la confession de la foi réformée. Ce fut un auguste spectacle , et un moment solennel dans les destinées de l'humanité.

La conscience et le courage des Réformateurs ne tardèrent pas d'être mis à une forte épreuve. Charles étant arrivé peu de jours avant l'une des principales fêtes de l'égUse romaine , exprima le désir que le parti protestant ajoutât, par sa présence , à l'éclat de la cérémonie. Mais , avec .une grandeur d'âme digne de leur noble cause , les princes et les théologiens réformés répondirent que leur conscience ne leur permettait pas de condescendre au vœu de l'empereur. Ce fut en vain qu'on renvoya la fête de quelques jours. Bien loin de sanctionner les usages superstitieux d'une église dont ils s'étaient formellement séparés, ils se réunirent à part pour rendre à Dieu le culte évangélique et pour entendre la prédication des théologiens éminents qui s'étaient rendus à Augsbourg. Il est vrai que Charles avait exprimé le désir que les prédicateurs protestants n'y exerçassent pas leur ministère , pendant la diète ; •mais, en dépit de lui, ces hommes. intrépides ne laissèrent pas de faire entendre la Parole à de nombreuses assemblées et d'enseigner publiquement les doctrines

CHAP. IV. f l'allemaci^b. 153

de la RéformatioD. Bientôt vint nn ordre formel de Isl coar, qui intierdisait tonte controverse sur les points en litige ; et , telle était la crainte qu'inspirait la puissance de la vérité , que les romanistes n'hésitèrent pas à consentir de garder eux-'mèmes le silence, pour faire taire les prédicateurs de l'Evangile.

L'empereur prit alors une mesure qui ne présageait rien de bon. Il licencia la garde civique instituée par les magistrats d'Augsbourg, et la remplaça par un fort détachement de ses propres troupes; ce qu'il n'eût pas Élit sans doute, s'il n'avait pas vu la tendance générale des esprits vers les doctrines de la Réformation.

Le matin du 20 juin, jour fixé pour l'ouverture de la diète , l'électeur de Saxe reçut l'ordre d'accompagner Sa Majesté impériale à la messe, et d'y porter l'épée de l'Etat, selon la coutume. Grande perplexité parmi les Réformateurs, qui avaient assez de peine à découvrir la ligne du devoir en cette rencontre. Un refiis positif eût précipité les événements et ne pouvait que compromettre la cause de la Réforme. Il fut donc résolu que l'électeur et le marquis de Brandebourg occuperaient leur place dans la cérémonie, tandis que tous les autres s'abstiendraient; par où Ton montrerait assez que le respect seul pour le chef de l'empire avait pu déterminer l'électeur à faire acte de présence.

Jamais diète ne s'ouvrit en des circonstances aussi graves. L'état de dislocation où se trouvait l'Europe, aurait dû faire aux romanistes une loi de se modérer ; mais ils ne savaient pas discerner les signes du temps. Le Turc menaçait le monde civilisé tout entier ; la chrétienté se voyait désolée par les guerres que se faisaient les grandes puissances ; Jes discordes politiques et les

154 HISTOIRE D£ LA RÉFOBMÂTION. \vf. ].

b&iQe$ religieuses avaient envahi tes doinaineâ de Venh pereur : aux décisions de la diète était comoie suspendu un avmr de paix ou de lutte sanglante.

Le discours de Charles ne fut rien moins que de bon augure. Il exprima le regret qu'on n'eût pas exécuté contre Luther Tédit de Worms, attribuant à cette négligence, non-seulement les dissensions religieuses de Tempire , mais encore les atrocités coinmises par les anabaptistes et la révolte des paysans. Le ton général de cette allocution montrait clairement la marche que l'empereur se proposait de suivre. Le 24 du mois, ii fut permis aux Prolestants de présenter à la diète une exposition de leurs doctrines particulières. D'abord il était question de ne recevoir d'eux qu'une confession écrite ; mais, après un vif débat, il fut arrêté qu'on leur permettrait d'en faire eux-mêmes la lecture et de la défendre de vive voix. En conséquence , le jour suivant, Christian Bayer, chancelier de Saxe , lut , en présence des princes et des nonces du Pape, la célèbre confession que Luther avait esquissée et dont on devait à Mélanchton la rédaction définitive. Scène toute palpitante d'intérêt ! Les regards de tous étaient immobiles , et les oreilles tendues avec une profonde attention ; un silence comme celui de la mort régnait dans l'assemblée^ Â l'ouïe de ce document , les Réformés se sentirent affermis dans la justice de leur cause ; et plusieurs de ceux qui entendaient pour la première fois une exposition de la doctrine évangélique , furent frappés de sa simplicité et de sa pureté, au prix des innombrables subtilités de l'église romaine, de ses dogmes défigurés et de ses usages superstitieux.

Après que la confession des .protestants eut été lue

GHAP. IV. L'ALLEMAGNE. 156

et expliquée à la diète, elle reçut la signature de cipq priuces praseuts , des dé|>utés d^ Nur^Euberg et de ceux de Reutlingen ; les réf<M*més dëclaraut ainsi solennellement leur adhésion aux doctrines qu'elle exposait dans ses vingt-4iuit chapitres. £ck et Faber, les docteurs catholiques qu'on chargea d'y &ire une réponse » employèrent six semaines à cette œuvre laborieuse. Jamais ils n'avaient eu de lâche plus difficile assurément: et quand ils y eureut mis tout leur esprit et toute leur sdence ^ ils produisirent une réfutation si faible de pensées , si véhémente et si hautaine de style ^ qu'elle nuisit à leur cause pjus qu'elle ne la servit. On exigea des Protestants» naembres de la diète » qu'ils donnassent leur acquiesce^ ment à cette réplique des docteurs romains ; mais , comme on le pense bien , ils rejetèreut avec indignation cette demande, et requirent copie de l'acte d'accusation qu'on avait dressé contre eux, afin qu'ils pussent le mettre au néant devant ceux qui en avaient entendu la lecture ; car il s'agissait d'une cause qui leur était plus chère que la vie.

A l'instigation des légats du pape , l'empereur refusa d'écouter la demande des princes réformés , et il insista pour qu'on s'abstint de toute réponse écrite , afin de ne pas prolonger ces controverses. Mais les Protestants avaient trop de courage pour se laisser intimider par la parole de Charles; aussi Mélanchton , avec la douceur et le sn[4)ort qui le caractérisaient, ne laissa pas de faire un résumé des objections }>apistes, et dans une admirable critique , il exposa ce qu'elles avaient de contraire à la raison , aux enseignements de l'histoire et aux oracles du Dieu vivant. Le 23 septembre , il soumit ce document à l'empereur, mais le monarque refusa d'en pren-

dre œnnaissance. Au lien de se décourager^ Mélanchton développa son écrit, et il le publia Tan 1551, sous le titre de : Défense de la Confession d'Augsbourg.

Durant la session de la diète , et au sein du conflit des opinions (les uns voulant qu'on tolérât les Protestants, et les autres qu'on les écrasât immédiatement), il y eut quelques hommes modérés qui suggérèrent l'idée d'un rapprochement entre les partis. Rien n'était plus propre à gagner le cœur de l'aimable Mélanchton, et s'il avait été possible de concilier deux systèmes si divers que le Romanisme et le Protestantisme , nul homme de son temps n'y eût mieux réussi. De nombreuses conférences se tinrent entre les personnages les plus influents de l'un et de l'autre parti , et l'on essaya d'instrumenter une déclaration de principes à laquelle tous pussent se rattacher. Mais après maints efforts pour réunir les opinions divergentes, on vit qu'il n'y avait pas de compromis possible entre le dogme de la justification par la foi , auquel les protestants tenaient résolument, et les doctrines ou les coutumes de l'église papale. Il n'y a pas de conciliation entre la lumière et les ténèbres, entre la vérité et l'erreur. Ce fut une grâce particulière , dont l'humanité tout entière sentira le prix tôt ou tard, que l'esprit doux et facile de Mélanchton ne se soit pas laissé entraîner, par amour pour la paix , à des concessions qui eussent pu porter un coup mortel à la Réforme, c Du château de Cobourg où il s'était retiré , avec une anxiété sans égale, Luther, i» dit un écrivain distingué (1), < suivait de l'œil ces événements. Plein d'admiration pour les

(1) Le rév. D^ Stebbing , Continuation de VEistoire cccUsiaslique de Milner,

CHAP. IV. L'ALLEMàGNB. ISY

qualités éminentes de Melanchton , il craignait que ce« qualités mêmes ne l'exposassent à céder sur les points les plus importants. Il lui semblait que les théologiens d'Augsbourg perdaient quelquefois de vue le véritable état de la question. Il ne s'agissait pas, en effet, de savoir si les Réformés jouiraient d'une liberté plus bu moins grande , mais si la majesté et la suprême autorité des Ecritures continueraient de s'abaisser en quelque sorte devant la suzeraineté de Rome. Quand le débat n'aurait roulé que sur le premier point, on eût pu se prêter aux circonstances , voir ce qui était expédient , et attendre pour obtenir davantage que les temps fussent meilleurs. Mais, sur le second point, Lutherestimait qu'il n'y avait rien à céder du principe absolu de la liberté chrétienne et de la libre prédication de la Parole de Dieu tout entière. Vouloir moins que cela , c'était offenser le Ciel et ruiner l'œuvre qu'il avait plu à Dieu de faire par ses faibles mains. »

Ce qui ajoutait aux angoisses de Luther, c'est que les lettres de Melanchton devenaient de plus en plus rares , bien que les conférences entre les Protestants et les Catholiques se multipliassent et fussent toujours plus importantes. Aussi Luther lui écrivait-il : « Nous verrons plus tard , mon cher Philippe , si vous avez de bonnes excuses pour le silence que vous gardez avec moi ; en attendant, je hais de toute mon âme les embarras qui vous absorbent. La grande place qu'ils occupent dans votre cœur, vient plus de votre incrédulité que du travail qu'ils vous donnent. Au temps de Jean Huss , la crainte était plus légitime que de nos jours ; et eussionsnous les mêmes raisons .d'être effrayés , n'oublions pas la puissance de Celui dont nous faisons l'œuvre » car

158 HISTOIRE DE LA RÉVORMATIOM. LfV. 1.

ce n'eiM certes pas notre œnvre k nous. Pourquoi donc ète&-voils si feible et si timide ? Y a-t-il de Tinicpiité dans notre affaire?. Alors, quittons-la. Je suis quelquefois in« quiet ; mais pas toujours cependant. Ce qui fait votre mal , ce n'est pas votre théologie , c'est votre phiioso* phie. Qu'est-ce que le diable peut fs»re de plus que nous tuer ? Je vous supplie , pour l'amour de Dieu , d'être sur vos gardes. Luttez contre celles de vos dispositions naturelles par où le diable pourrait vous perdre. Je prie sans cesse pour vous , et je m'a£Qige de ce que les inquiétudes vous sucent le sang comme des sangsues. Tout cela me chagrine , soit par un effet de ma folie , ou peutêtre par l'opération de l'Esprit. Cependant je ne m'en trouble pas comme vous. Mais quoi! mes espérances sont plus riantes que mes pensées ; et si j'apprenais que vous marchez mal, il me serait difficile de me contenir ; je me précipiterais auprès de vous et j'irais voir ces terribles dents que le diable vous montre (1). *

Luther écrivait encore à Mélanchton : c Je m'étonne que vous en soyez à vous demander ce qu'on peut céder à la papauté et dans quelle mesure. Je m'occupe de ce sujet jour et nuit. J'y réfléchis, je le médite, je le tourne sous toutes ses Êices , je sonde à fond les Ecritures, et je m'assure toujours plus que nos doctrines reposent sur un fondement très-solide. Aussi je me sens une hardiesse croissante ; et je suis résolu , qu^e que soit l'issue , à ne rien accorder de plus. »

Mais voici où le Réformateur s'explique avec son ami d'une manière encore plus catégorique : c Je pense, » dit-il, c que vous voyez maintenant par expérience qu'on

(1) Sèmmdehê Sthfiflèn, t. XVi, p. 1062.

CHAP. IV. t^ALLEMAGînS. 159

ne saurait d^aocuoô sorte unir Cbriist et BeKal ; et qu'aâ poiut de vue reKgîeux, îl n'est pas d'union possible entre nous et les autres. Qui sait toutefois jusqu'où l'on aura poussé l'aflGaire , tandis que je vous écris et que j'attends inutilement vos réponses. Pour ce qui me concerne, je ne céderai pas l'épaisseur d'un cheveu, et dût-il m'en conter la vie , je suis fermement résolu de poursuivre la carrière que j'ai commencée. L'empereur fera' ce qu'il pourra. J'aimerais pourtant bien savoir à quoi vous en êtes. J'ai prié le Seigneur , lui qui veille sur vous mille fois plus que je ne puis le foire. Or, puisque les démons menteurs se moquent de nous, en nous promettant un concile libre, je veux aussi me moquer d'eux, et en ^peler de leurs menaces à ce fameux concile qui ne s'assemblera pas; mais enfin, je me serai procuré du repos pour quelque temps. Du reste, je ne me soucie ni des puissances, ni des puissants. Quant à vous qui pensez différemment et qui ne suivez pas mes conseils , vous n^avez ni tt*ève,^ni repos. Cependant les maux à venir ne sont rien , puisqu'ils ne sont pas encore ; et quant à la croix que vous portez maintenant, je vous assure qu'elle n'est rien non plus (1). >

C'est ainsi que Luther, loin du champ de bataille, attendu qu'il n'eût pas osé se montrer à Augsbourg , prémunissait son ami contre les pièges de sa position ; et ce ne fut pas en vain. Si l'insolence du parti papiste n'avait pas suffi pour détourner Mélanchton de céder le terrain qu'on avait conquis à si grands frais , les fidèles avertissements de Luther se seraient fait sentir à sa conscience 2 et il eût bien vu , en définitive, que toute con-

[i) Smihmilkhe Sehriflen, t. XVI, p. 1102.

160 HISTOIRE tm LA BÉFOfiMATION. LIV. I.

cession aux exigences de Rome eussent équivalu , par le fait, à l'abandon de la vérité et de. la liberté.

Les négociations se terminèrent d'ailleurs d'une manière conforme aux prévisions de Luther, Ropie ne pouvait renoncer, à l'empire qu'elle avait usurpé sur les consciences, ni répudier ses traditions pour rendre à la sainte parole de Dieu son autorité souveraine ? c'eût été pour elle le suicide. En conséquence , il n'y avait pas moyen de guérir la déchirure qui s'était opérée entre elle et les Protestants. D'un autre côté, il était impossible que l'esprit du Protestantisme , jeune et ardent , se reposât, tant qu'il avait devant les yeux, mais à distance, l'objet qui enflammait ses désirs. On avait posé en principe que le droit de libre examen était nécessaire au triomphe de la vérité et au développement de la vie chrétienne. Or, cette importante découverte avait pour résultat pratique et immédiat, le devoir de tout réformer et améliorer, de détruire ou de fonder, suivant ce qu'on apprenait à connaître de la volonté de Dieu. Les premiers promoteurs de la Réformation n'étaient plus les maîtres du mouvement. Une immense quantité d'individus avaient reconnu la vérité et la nécessité de ces principes. Pour des milliers de chrétiens, la Bible était devenue plus précieuse que tous les souvenirs de leur enfance , plus précieuse que toutes les promesses de l'Eglise , que toute la splendeur de ses pompes , que la prétendue sainteté de ses traditions et de ses pécheurs canonisés. Ils avaient retrouvé dans la Bible la vraie antiquité; et l'église romaine, malgré ses prétentions exclusives, ne leur paraissait, même dans ses plus beaux moments, qu'une portion de l'Eglise de Christ , et non pas cette Eglise à titre exclusif. La Bible leur présentait

CHAP. IV. L*ALtEMAGNÈ. l6l

les promesses de TEsprit de vérité, des révélations d'une grandeur et d'une sublimité sans égales^ des objets propres à satisfaire les cœurs les plus aimants. Tel était au fond lé grand secret des succès remportés par Luther. En donnant aux hommes les oracles de Dieu, il leur avait donné la substance même des choses dont l'ombre seule avait dû , pendant longtemps , leur teair lieu de nourriture (1).

Convaincu par tout ce qui s'était passé sous ses yeux, qu'il n'y avait rien à attendre de bon de la prolongation des débats entre Protestants et Catholiques , l'empereur se décida, le 7 septembre , à clore ces disputes infructueuses. Il cite donc à comparaître devant lui les parties contondantes , et par la bouche de Frédéric , comte palatin, il les informe qu'après avoir inutilement voulu rétablir la paix religieuse dans ses domaines , persuadé qu'il ne restait plus qu'un moyen à essayer, il userait de son autorité et de son influence pour obtenir la convocation d'un concile. Il y avait dans ces paroles un grand air d'impartialité ; mais la condition de laquelle l'empereur faisait dépendre l'accomplissement de sa promesse, détruisit aux yeux des protestants tout le prix de celle-ci. C'était que , jusqu'à la réunion du concile, ils se conformassent aux rites et usages de l'église romaine. Aussi les avocats de la Réforme n'hésitèrent-ils pas à déclarer cette condition inadmissible.

Grande fut l'exaspération que produisirent la courageuse résistance des Protestants et leur prétention à la liberté religieuse. C'est pourquoi, le 26 novembre, on lut à la diète, en présence de l'empereur, un édit portant,

(i) Continuation de VHiHoire de Milner, par le D' Stebbings, 1. 1, p.

I6â HfSTOIRE 0E LA BÉFORMATIOTf. UV. I.

€ que Ton n'accorderait aucune tolérance à ceux qui enseignaient sur la Cène du Seigneur une doctrine différente de celle de Téglise romaine; qu'on n'apporterait nul changement dans la manière de célébrer la messe ni en particulier, ni en public ; que l'on continuerait à confirmer les enfants en se servant du chrême ; qu'on administrerait l'extrême-onction aux malades ; qu'on n'enlèverait des temples ni les statues, ni les tableaux, et qu'on les rétablirait partout cm on les avait supprimés ; qu'on interdirait la prédication du dogme de la justification par la foi seule ; que les sacrements resteraient au même nombre que du passé ; que l'on conserverait toutes les cérémonies de l'élise, notamment celles qui avaient les morts pour objet ; que les prêtres et autres ecclésiastiques mariés seraient privés de leur traitement ; que les évêques auraient cependant le droit, moyennant le consentement du pape, de réintégrer dans leurs fonctions ceux des ecclésiastiques qui renverraient leur femme et demanderaient l'absolution. Le décret enjoignait aussi d'exhorter le peuple à suivre la messe, à faire ses oraisons, à offrir ses dévotions à la Vierge etaux saints, à garder les jours de fête et les jeûnes, à s'abstenir des viandes défendues, et à soulager les pauvres. Il prohibait enfin tout changement dans la doctrine et dans le culte. Ceux qui le violeraient , devaient être punis de mort , ou tout au moins privés de leurs biens. Quant aux propriétés de l'église , il était ordonné de les restituer. H y avait également obligation à réta- Wir les monastères et à pratiquer de nouveau les cérémonie qu'on avait osé supprimer {i). ^

(1) Sekendorf, liv. II, sect. SO, p. âÛB.

CHAP. IV. t'ALLEMAGIIE. 163

Ce n'est pas là fout ce que Tédit avait d'hostile aux Protestants ; mais la portion que nous venons d'en extraire suffit pour montrer quel esprit animait l'empereur et la diète. Il résultait de là que les Protestants n'avaient autre chose à attendre que la proscription et la mort. Il ne leur restait donc plus qu'à faire leurs préparatifs contre une tempête qu'il n'était pas en leur pouvoir de conjurer. Avec l'énergie qui le caractérisait, l'électeur de Saxe se mit à organiser le parti dont on l'envisageait comme le chef. Le 22 décembre , il réunit à Smalcalde les princes réformés , pour s'entendre sur les moyens de faire échouer l'élection de Ferdinand à la dignité de roi des Romains , et prendre des mesures propres à sauver les droits de la Réformation. Malgré leurs efforts, Ferdinand, dontla haine envers le Protestantisme était bien connue , obtint l'élection qu'il désirait , et on l'installa le 5 janvier 1531. Au mois de mars suivant, les princes s'assemblèrent encore à Smalcalde , et contractèrent , pour six années, une alliance défensive, dans le but de se protéger, eux et leurs sujets, contre toute agression que leur attirerait la détermination où demeurait leur conscience de s'en tenir à la Parole de Dieu.

Cela fait , ils invitent les rois d'Angleterre, de France et de Danemark, à entrer dans leur ligue contre le despotisme ecclésiastique qui -menaçait la conscience de tous les hommes. On conçoit que ce mouvement dut vivemeiït irriter l'empereur. S'il ne se fût pas trouvé dans de graves embarras de la part des Turcs , on peut bien croire qu'il eût fait promptement sentir sa vengeance aux principaux chefs de l'alliance. Mais les forces musulmanes s'avançaient rapidement vers les frontières

164 HISTOIRE DE LA RÉrORMATIOK. LIT. 1.

de Tempire, et il ne pouvait songer à entreprendre ane nonvelle guerre contre ceux dont le secours lui deviendrait peut-être indispensable. Sa position était délicate ; car il devait également éviter de se brouiller avec le pape, et de précipiter la ruine des Protestants. Or, le décret d'Augsboui^ était si hostile aux Réformés, qu'on ne pouvait raisonnablement compter sur leur secours, tant qu'il serait en force. Il fallait donc tâcher de les radoucir, sans rien faire cependant qui pût donner ombrage au souverain pontife. < Aidez-nous, > leur disait-il, « dans notre lutte contre l'ennemi commun , puis nous verrons les'mesures à prendre pour le rétablissement de la paix religieuse. > Promesse trop vague pour, rassurer les esprits clairvoyants et justement soupçonneux des Réformés ! c Nous ne saurions nous refuser à la défense de la patrie, • répondirent-ils. < Mais nous sommes sous le poids de terribles menaces, si nous ne faisons le sacrifice de noire foi. Nous avons demandé édît qui nous frappe. On a laissé sans instantes représentations. AÎDsi donc, is sachions à quoi nous en tenir, nous iir nos^moyens de défense, en comi éloigné, moins redoutable pour nous du dedans. >

e raisonnable et ferme tout à la fois, tants attendaient une réponse dans la ville de Francibrt. Elle leur vint enfin, rédigée en des termes respectueux et conciliants, qui semblaient annoncer des temps meilleurs. Cependant, leurs circonstances étaient telles qu'ils ne pouvaient se contenter de promesses polies; c'est pourquoi ils insistèrent. Alors Charles fit entendre à l'électeur qu'il méditait de

CHÂp. IV. l'allemâghb. 165

convoquer une nouvelle diète, pour revoir toute Taffaire et concilier les différends, s'il était possible. Sur quoi rélecteur fit observer que ni lui ni ses collègues n'assisteraient à la diète avant que leurs droits fussent reconnus , leurs libertés garanties , et sans qu'on leur permit de conduire avec eux des théologiens, en leur accordant la libre prédication de la Parole de Dieu. Touché de cette conduite digne et résolue, et plus encore pressé par Timpérieuse nécessité, l'empereur conclut avec les princes protestants , le ^3 juillet 1552, à Nuremberg, un traité de paix qui le$ garantissait contre toutes recherches pour fait de religion. Mais, par la volonté expresse de l'empereur, le traité devait rester entièrement secret , circonstance qui offensa vivement le landgrave de Hesse et les autres princes, tout' en empêchant que cet acte diplomatique ne calmât la fermentation des esprits chez les Protestants. Cependant ce qu'il en transpira jeta le mécontentement dan& le parti catholique ; en sorte que l'empereur ne savait trop quelle marche adopter. Il voyait bien que, si l'on s'obstinait à. refijser le plein exercice de la liberté religieuse , on ne pourrait en finir que par la violence et l'arbitraire ; et quant à lui personnellement, peut-être eût-il incliné vers ce dernier parti.

Quoi qu'il en soit , la diète se réunit à Ratisboime , au mois d'août, et Charles avoua sans détours que les animosités religieuses ne s'étaient nullement apaisées. Il informa rassemblée qu'il avait envoyé un ambassadeur au pape dans le but de presser la convocation d'un concile. Il exprima le désir de redresser les griefs des Protestants, et en même temps l'extrême douleur qu'il éprouvait en voyant comment les passions qui s'agitaient

166 HISTOIRE PE LA llÉFORMATION. UV. I.

de part et d'autre ^ r^adaient impossible toute mesure Impartiale.

Pendant que ces graves événements se pressaient avec une extrême rapidité, Jean, électeur de Saxe, mourut, le 16 août, d'une attaque d'apoplexie. Depuis quelque temps sa santé déclinait , et le vif intérêt qu'il prenait à la grande lutte qui se préparait , ne put sans doute que hâter sa fin. Sa mort fut une grande perte pour ses amis et pour la caijuse de la Réforme. C'était un homme d'une vraie piété , d'u» 'caractère ferme et intègre ; l'ami des gens de bien , le patron des prédicateurs du pur Evangile de Jésus-Christ : il se montra surtout l'ami fidèle de Luther, depuis le 'premier moment où il noua des relations avec cet homme distingué.

Heureusement pour la Réforme , son fils , Jean-Frédéric , pripce d'un esprit magnanime , ne le cédait point à son père en attachement aux doctrines spéciales de la Réformation. Revêtu du pouvoir en des temps fôcheux, sa sagesse et son courage furent à la hauteur des cirjcons tances. Du reste, la trêve conclue à Nuremberg , malgré ses imperfections , remonta le zèle et les espérances des Réformés , et ils eurent la joie de voir leurs rangs se grossir. Si la justice avait été moins vénale et moins inique , les Protestants eussent réellement joui d'un certain repos ; mais les juges de l'empereur n'étaient que les serviles instruments de la tyrannie et des exactions du pape.

Il y avait toujours bon nombre de personnes qui se berçaient de l'espoir qu'un concile terminerait les différends entre Rome et les Réformés. Mais les Protestants éclairés , et Luther entre autres , ne mettaient plus aucune confiance en un tribunal qui , convoqué par le pape,

GHAI>. IV. L'ALLEMAGNE. 167

subirait aëcessairetnent son hditience. c Le pape , > di^sait Luther, c n'a aucun droit au pouvoir qu'il s'arroge , et tcmt ce qui en procède ne peut que ruiner la vraie Eglise et annuler l'article fondamental de la rédemption. Ofarist seul est le chef de TE^ise , et celle-ci n'a que faire d'un autre chef. Le pape , en refusant les grâces do salut à ceux qui n'acceptent pas ses lois, se pose par-là comme le véritable Antéchrist. Nous ne devons point redouter de paraître au concile , devant le pape , on devant Satsdi lui-même ; mais quant à lui, il ne saiyrait désira de nous entendre : tout ce qu'il veut, c'est de noris condamner et de nous assassiner, ou de nous attirer à l'idolâtrie. Ainsi donc, nous n'irons pas lui baiser la pantoufle ou l'appeler notre gracieux sdgneur ; mais comme Zacharie avec Satan , nous nous écrierons : < Que le Sei^eur te ré^ prime. >

Cependant, l'empereur pressait vivement le pape Clément de tenir enfin la promesse qu'on lui avait arrachée depuis si longtemps ; mais il cherchait manifestement à éluder ce qu'il n'osait reftiser. Il eût de beaucoup préféré qu'on réduisit les Protestants par la force des armes. Après bien des prières inutiles , il consentit enfin , dans l'année 1533, à convoquer un concile dont lé siège serait Mantoue, Plaisance ou Bologne. Cette idée de convoquer un concile italien n'était pas de nature àr satisfaire les Protestants. L'Allemagne avait été le théâtre du débat, et ils demandaient avec raison qu'on fit l'enquête en Alle« magne, c Nous désirons vivement,* disaient-ils, c la réunion d'un concile, mais il nous faut un concile universel et vraiment libre ; un concile où il soit possible aux Allemands de défendre, par les Ecritures, la doctrine qu'ils professent. Le concile projeté n'est pas celui que l'em-

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pereur et la diète avaient promis. Aujourd'hui, comme toujours, le pape s'oppose à ce que les prières* dte toute la chrétienté ne forment qu'une seule et même prière. En convoquant une assemblée qui lui sera complètement dévouée, il ne cherche que l'augmentation de son pouvoir et la ruine de ses opposants. Il s'appuie sur les précédents que fournissent les conciles antérieurs; nous voulons, nous, remonter plus haut, non à ceux qu'on a tenus depuis que l'Eglise s'est corrompue, mais aux conciles qui n'eurent d^autres lois que l'Ecriture, ni d'autres inspirations que celles de la piété primitive. Que l'assemblée dont le pontife annonce la convocation, se soumette à ces mêmes règles, et si nous jugeons que nous puissions y être de quelque utilité pour la gloire de Dieu, nous nous y rendrons en personne, ou par l'organe de nos ambassadeurs, après avoir reçu toutefois des saufsconduits bien exprès. j>

En définitive, le concile ne fut pas convoqué, et tandis que , sous divers prétextes , il allait d'ajournements en ajournements. Clément YII fut sommé de paraître devant s#n Créateur et son Juge, pour rendre compte de l'inimitié qu'il avait nourrie ^contre la vérité et contre le peuple de Dieu.

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