‹ Histoire générale de la réformationChapitre 38 sur 80 · DB 1534 A · texte numérisé non relu

DB 1534 A

La mort de Clément VU eut lieu le 25 septembre 1534, et, bien que les ennemis de la Réforme eussent salué son avènement au trône pontifical par des transports de joie, il y eut rarement d'hommeonoins regretté, c Si le peuple accueillit avec enthousiasme l'élection de Clément, > dit rhistorien catholique du concile de Trente, t il ne manifesta pas un moindre contentement à la nouvelle de sa mort, i» Et ailleurs : c Quand nous aurons nommé son avarice, sa fourberie, sa perfidie, nous n'aurons mentionné que les plus légers de ses défauts. »

Si son pouvoir eût égalé sa malice, le Protestantisme eût été écrasé durant son pontificat. Mais c'est en vain qu'il combattit contre Dieu. Ce qu'il cherchait à détruire se fortifiait de son opposition même. La secte odieuse

qu'il eût voulu anéantir, était plus formidable à Tépoque de sa mort que lorsqu'il monta sur le trône. Malgré les profondeurs de sa ruse et la puissance de ses alliés, et bien qu'il eût à sa disposition les terreurs et l'influence magique de l'Eglise, il ne put venir à bout d'étouffer l'esprit de la Réforme. Aux heures les plus sombres, la vérité céleste éclairait de ses rayons le chemin des Réformateurs, et leur faisait fuir les ténèbres dont on voulait de nouveau les envelopper.

Clément, sur son lit de mort, avait désigné lui-même son successeur. Ce fut Alexandre Farnèse, homme d'extraction illustre, mais entièrement dépourvu des qualités requises dans un conducteur spirituel. Prodigue et débauché, il arrivait sur le trône pontifical, escorté d'une famille illégitime et dépravée, monument de ses désordres et tout à la fois de la vénalité du sacré collège auquel il dut son élection définitive. Deux mois après son élévation, il n'eut pas honte de donner le chapeau de cardinal à deux enfants, âgés l'un de 16 ans et l'autre de 14, tous les deux ses petits -fils. U prit le nom de Paul III. Quoiqu'il ne songeât guère à rendre justice aux Protestants , il était trop clairvoyant pour ne pas comprendre que l'esprit du temps voulait qu'il revêtît au moins les apparences de l'impartialité. Il se montra donc tout prêt à convoquer le concile général qu'on attendait depuis si longtemps. Un de ses premiers actes cependant fut d'envoyer en Alle- • magne le célèbre Pierre-Paul Vergerio , afin de s'informer de l'état du parti protestant, et d'engager par tous IpS moyens possibles l'empereur' Charles-Quint à commencer les hostilités.

Sur le refus du monarque, Paul III consentit enfin à

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convoquer pour Tannée suivante un coiicile <ians la vîllè de Mantoue. Mais, comme précédemment, les Réformés se refusèrent positivement à se rendre en un lieu où le pape exerçait une puissance absolue. Ils étaient déter-* minés à ne se pas jeter dans la gueule du lion, et à ne pas trahir leur cause en se livrant, tète baissée, aux ar<tificesde leurs ennemis. Cette résistance mit au grand jour les vrais sentiments du nouveau pontife. Mortifié au dernier point de voir décliner l'autorité du saint Siège, il eut recours à toutes sortes de stratagèmes pour restaurer le pouvoir de l'Eglise. D'abord il tourna des yeux de convoitise du côté de l'Angleterre , qui avait été si longtemps le soutien fidèle du trône papal ; mais hélas I la puissance romaine commençait à s'y miner aussi. Le monarque et le peuple se passionnaient pour l'indépendance ecclésiastique. Quand l'irritable pontife eut vu que ni les prières ni les exhortations ne pouvaient exorciser le malin esprit qui s'était emparé de la nation, il se décida, dans un moment de désespoir, ,à lancer sur les rivages de l'Angleterre les foudres ridicules du Vatican. Le 30 août 1535, il publie une bulle, où, dans les termes les plus pompeux, il offre les possessions de la Grande- Bretagne au premier prince qui s'en emparera/ déliant les sujets anglais de leur serment de fidélité, et leur promettant ce qu'il appelait la liberté religieuse. L'audace de Paul III reçut l'accueil qu'elle méritait, et l'on ne saurait dire si elle dénotait plus de méchanceté que de folie.

Cependant, il continuait de négocier avec les Protestants, afin qu'ils consentissent à la convocation du concile de Mantoue ; mais l'habileté consommée de Vergerio n'y servit de rien. Dans une entrevue qu'il eut avec Lu-

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ther, celaMïi dk hardiment à TaTocat du pape, qu'en proposant un concile, on n'avait d'autre intention que de se jouer des Protestants. Une longue expérience leur avait appris que, aussi longtemps qu'il y aurait un pape, les conciles ne feraient qu'obéir à ses inspirations. Dans tous les cas, il n'y avait pas moyen de remettre la décision des différends nés en Allemagne, à une assemblée qui se réunissait sur le territoire pontifical. Les princes protestants, réunis à Smalcalde, la mêmeannée, se confirmèrent dans la résolution de ne point donner les mains à un concile italien. En même temps, ils firent le compte de leurs forces, et comme la guerre entre l'empereur et le roi de France venait d'éclater, ils étaient bien sûrs qu'on les laisserait tranquilles. Us pouvaient d'ailleurs mettre en campagne, du jour au lendemain, deux mille hommes de cavalerie et dix mille fantassins.

La guerre avec la France fiit un bon prétexte pour ajourner la convocation du concile. La plus grande agitation régnait dans les domaines de l'empereur, et, pour le moment du moins, les préoccupations politiques firent taire les conti'overses religieuses. Si Paul avait peu de principes arrêtés , il ne manquait pas de pénétration ; et puisqu'on ne pouvait réunir un concile , il voulut du moins utiliser ce temps d'arrêt pour opérer diverses réformes dans sa propre cour. En conséquence il publia, l'an 1536, une bulle qui ordonnait une enquête sur l'état^de Rome et de son gouvernement. Une comnussion fut chargée de réaliser les plans du pontife ; mais bientôt ceux qui la composaient résignèrent leur office, en voyant qu'il leur était impossible de remplir leur mandat. Une seconde commission ne fut pas plus heureuse. Les abus étaient devenus trop considérables pour

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qu'un simple comité d'évèques et de cardinaux les pût redresser.

Ces essais de réforme papale ayant échoué, les Protestants ne virent dans la bulle de 1536 qu'une ruse nouvelle. Cette même bulle, en effet, parlait en termes énergiques de la nécessité d'extirper l'hérésie et de détruire les schismatiques, comme du seul moyen qui pût rendre à l'Eglise la paix et l'unité. On ne douta pas qu'en ordonnant la correction des abus les plus criants , le pape n'eût voulu se donner une arme contre les hommes qui continueraient à protester.

En attendant, le renouvellement de la ligue de Smalcalde avait renforcé la cause des princes réformés. Les monarques d'Angleterre et de France leur offraient maintenant d'entrer dans l'alliance ; mais avec une sagesse digne de la lutte qu'ils avaient engagée, ils hésitaient à accepter ce secours, craignant de nuire aux intérêts de la Réforme, en lui donnant pour appui des princes d'un caractère si équivoque. Ils résolurent de tenir ferme , et de protester contre tout concile qui ne serait pas convoqué en Allemagne, et qui n'aurait pas toutes les garanties possibles de liberté. Assemblés à Smalcalde en 1557, ils firent une déclaration solennelle dans ce sens ; puis ils engagèrent Luther et Mélanchton à rédiger de nouveau une exposition sommaire des doctrines réformées, pour la tenir prête à être mise sous les yeux d'un concile. Ce document eSt connu sous le nom de c Articles de Smalcalde, 1» et on le compte généralement au nombre des livres symboliques de l'église luthérienne. La préface est de la plume de Luther, et l'on y voit sa persévérance à condammer les dogmes et les pratiques de l'église romaine, c Un concile papiste, b dit le Réformateur, < aban-

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donnera tout, excepte la mesfie ; oar il est hmï connu que la messe ne saurait tomber sans entraîner la papauté danà sa chute. Si les Romanistes le pouvaient» ils nous tueraient tous , plutôt que de céder ce pointr-là. » Par un effet de sa timidité naturelle, Mélanchton refusa de mettre son nom au bas de cet écrit.

Quant à Luther, sa santé fut alors si sérieusement menacée que ses amis en conçurent de vives inquiétudes et qu'il dut s'éloigner de Smalcalde. 11 se crut lui-même près de sa fin ; et en prenant congé de la conférence, il s'écria devant les princes protestants : « Que Weu vous remplisse de haine pour le pape ! i» Sur quoi, l'électeur de Saxe , homme non moins résolu que Luther, lui répondit, en regardant peutrêtre Mélanchton : ^ Que ferontils quand tu seras mort, puisqu'ils agissent conmie ils le font durant ta vie? > Cependant Mélanchton aimait tendrement Luther, ainsi qu'on peut le voir par la lettre de félicitation qu'il lui écrivit au rétablissement de sa santé : «C'est du fond de mon cœur que je remercie Dieu, le Père des miséricordes, et Jésus-Christ notre Se^neur , le seul souverain Sacrificateur et Médiateur, de ce que vous êtes quelque peu soulagé de vos souffrances, mon cher père. Je me réjouis plus que je ne puiis le dire de votre retour à la vie , soit pour vous-même , soit pour l'Eglise de Christ. Oui, ma joie est d'autant plus grande que je m'assure, par ce fait, que Dieu aura pitié de notre pauvre église. * Il écrivait d'autre part à un ami : « Nous remercions tous le Seigneur de ce qu'il a diminué les souffrances de Luther, et nous prions le Dieu de toute force , qu'il lui rende la force et la santé ; car nous l'aimons comme un père , pour avoir veillé avec tant de diligence et d'énergie sur le troupeau de Christ !

CHAP. V. l'allemagnc. ,V7^

NoQS honorons on Ini c le chariot dlsraêl et sa cava» lerie. >

Par un smgulier concours d'événements, le concile dont on parlait depuis^ si longtemps, et qui devait s'assembler à Mantoue, à Vicence ou à Venise, ne s'assembla jamais. La situation politique de Tempire d'une part, et de l'autre l'opposition des Protestants, y mirent constamment obstacle. En attendant , Réformés et Catholiques se confirmaient dans leurs vues et serraient leurs rangs. Sons les rapports essentiels de la doctrine et du culte, les différences qui les séparaient se tranchaient toujours davanti^e. De 1540 à 1542, il y eut plusieurs essais de rapprochements, comme on peut le voir par le recez des diètes de Haguenau et de Ratisbonne;^mais le schisme était trop profond pour qu'il pût se guérir autrement que par le retour de l'église papale à la vérité.

Du reste , tout ce que les Protestants demandaient au pape et à l'empereur, c'est qu'on les laissât en repos. Persécutés et proscrits comme ils l'étaient, ils en avaient appelé à un concile général , parce que toute autre espé* rance leur était ravie. Mais , au fond , la tyrannie romaine prenait un tel développement, et tout s'annonçait sous un aspect si triste , que les réformés devaient craindre un concile plus que tout le reste. En voyant avec quelle insistance le pape avait exigé qu'il se tint sous ses yeux, il était fort à présumer que, tout en parlant de faire droit aux justes réclainations des Protestants , on ne se préparât à leur forger de nouvelles chaînes. EnQn, l'an 1542 vit approcher une solution. La diète de Spire, où les P^istes étaient en majorité, consentit à la convocation d'un concile dans la ville de Trente ; mais par un effet de la guerre qui se continuait entre l'empereur et ta France,

ce concile, si fort attenda, né se rémiit finalement que le 15 mars 1545.

Trente est' une ville du Tyrol, sur les frontières de rAllemagne, à soixante-dix-sept milles de Venise, et environ 250 milles de Rome. Elle est située au cœur des Alpes, dans un pays d'une grande beauté. Bien qu'en dehors des domaines du pape, elle était à proximité des évêques italiens, sur lesquels le souverain pontife comptait particulièrement. Qu'est-ce que le Protestantisme pouvait se promettre de cette assemblée? S'il se fût agi de ces questions secondaires sur lesquelles on parvient à s'entendre au moyen de concessions réciproques, il aurait peu importé que tel ou tel parti y fût prépondérant; mais comme il s'agissait de déterminer la règle de la foi, la manière dont le pécheur est justifié devant Dieu, les droits de l'autorité humaine sur la conscience, la nature et le nombre des cérémonies instituées par l'Évangile, la légitimité du culte des images, le rang et les prérogatives de l'évèque de Rome,. on conçoit qu'il était d'une souveraine importance pour les Réformés , que le pape ne s'assurât pas une position qui rendit son triomphe certain, malgré l'injustice de sa cause.

Le concile de Trente ne présentait aucune garantie au bon droit et à la vérité. Le cardinal, évèque de cette ville, était une créature du pape. Tout l'ensemble des opérations du concile, depuis son ouverture, en 1545, jusqu'à sa dernière séance, en 1563, fut entièrement dirigé par la cour romaine. Au lieu de réformer les abus, il confirma et sanctionna les monstrueuses erreurs qu'il avait fallu des siècles de défection pour introduire dans l'église. € Loin d'extirper les abus, dit un docteur catholique français, le concile de Trente fut une pépinière de

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£suisses doctrines ; une dépracaHimy au lieu d'um rifornuh' <fon*>

> Quand on pense à Fénonnité de ses décrets^ dont plur sieurs sont en contradiction flagrante avec les décisions des conciles universels qui l'avaient précédé; quand on lit ses terribles anathèmœ, qui, s'ils pouvaient avoir un effet rétroactif, condamneraient les quatre cinquième au moins des Pères de l'Eglise ; on ne peut s'empêcher de déclarer qu'il n'y eut pas de concile moins chrétien que celui de Trente. ^

C'est d'ailleurs par un étrange abus d'expression qu'on « l'honore du titre de Concile universel. Il ne s'y trouva que deux évèques allemands, vingt-quatre évéques français ; l'Angleterre n'y en envoya pas un seul , tandis que l'Italie en fournit cent quatre-vingts.

Un spirituel écrivain (1) observe que € les Pères du concile de Trente pouvaient, avec raison, être généralement envisagés comme des créatures du pape; car beaucoup d'entre eux étaient des moines, évèques sans évèchés, qu'on avait institués pour la circonstance, et envoyés à Trente avec des votes dictés par le souverain pontife. La plupart recevaient de lui des pensions, et ils avaient solennellenient juré d'obéir sans examen à sa volonté. Pour que toutes les portions de l'Église eussent l'air d'avoir été représentées, le pape avait affublé ces évèques improvisés de titres ridicules. Un moine italien s'intitulait archevêque de Caatorbéry ; un autre, archevêque d' Armagh ; un autre encore, patriarche de Jérusalem ; il y avait de la sorte des évèques grecs, russes, suédois. C'est par cette espèce d'escroquerie que le con-

(1) Thomas Stkphen, The spiril oflhe Church of Rome, ek.^ p. 284.

cîle de Trente fîit comme la parodie d'un concile miiversel. Ces évêques, qui paraissaient venir des quatre veats du ciel ^ étaient tout simplement dès moine$ italiens. Hien d'ailleurs ne ressend)lait moins à une as^mblée W)re, puisque l'initiative tout entière des délibéra* tions résidait dans le légat du pape, président, le cardinal del Monte. Le concile ne faisait, pour ainsi dire, qu'enregistrer les arrêts du pape, et il n'y eut sorte de moyen de corruption et d'intimidation qu'on n'employât pour vaincre la résistance des évêques consciencieux. • > Ce fiit^ par le fait, un synode provincial des églises d'Italie et d'Espagne, bien plus qu'un concile général de l'Eglise universelle ou catholique* Le nombre des évêques présents était fort peu considérable. Labbé et Cossart constatent que, dans la quatrième session, qui fixa le nouveau canon des Ecritures , il y avait trois légats , huit archevêques et quarante-trois évêques ; en tout , cinquante-quatre. Dans la sixième session, qui sanctionna le décret relatif à la justification , l'on comptait quatre cardinaux, dix archevêques et quarante-sept évêques ; en tout , soixante-un. Dans la treizième , oii l'on définit le dogme de la transsubstantiation, quatre légats, six archevêques, trente-quatre évêques; total, quarantequatre. L'édition des actes généraux du concile, publiée en 1765 sous l'influence romaine, pontient les signatures de deux cents cardinaux, patriarches, archevêques et évêques présents , plus celles de dix-^neuf individus chargés de la procuration de trente-quatre évêques. Voilà, dans toute sa force numérique, ce synode qui ne craignit ps^s de frapper d'anathème l'Eglise chrétienne des temps primitifs, et d'instituer une nouvelle communion. Encore, les deux tiers envirop de ces évêques

étaîeuNls italiens, e$, à peu d'exceptions prèç, le^ autres; i^e venaient quç de Flrance e(; d'Esip^gDe. Ajoutons entîu que les déçiBÎons lesi plus scandaleuses du concile tarent l'ceuvre de caba;!^ qui se formaient entre quarante on soixante individus (1). i^

Conune TégU^ romaine coqiptait environ huit cents si^esf épiscopaux, on voit par quelle &iblennnorité furent décidées les grave» questions en litige, c Xoutefois cette poignée d'évèques , ^ dit un auteur dont la parole est pleine d'énergie (2), c eut Taudace de se donner conime représentant l'Eglise universelle, et de jouer la farce d'un concile œcuménique. |^a plupart d'entre eux étaientdans la dépendance absolue du pape, soit par leur position, soit par le prix dont on avait payé d'avance leurs suffrages ; et malgré leur rampante servilité, leur opposition aux doctrines de l'Evangile, leur intolérance révoltante, ils osèrent proclamer qu'ils agissaient sous l'iniluence du Saint- Esprit , et que leurs décisions , — ces décisions mêmes qui leur venaient de Rome toutes faites et qui triomphaient à force d'intrigues honteuses , — leur étaient . inspirées d'en Haut ! De cette source impure jaillirent les décrets qui mirent la tratlition de pair avec TEcriture ; condamnèrent la doctrine de la justification par la foi ; établirent le mérite des œuvres et de l'efficace intrinsèque des sacrements; prononcèrent anathème contre ceux qui rejetteraient les absurdités de la transsubstantiation; mutilèrent la cérémonie de la Cène; préconisèrent l'idolâtrie de la messe ; rendirent plus intolérable la confession auriculaire ; sanctionnèrent les fraudes pieuses que

(1) Perce val's, Roman schism.y p, 94-96.

(2) The CoundlofTrent, elc, (Religiom Tract Society, p. 157).

faTorisent Tadoration des saints, l'invention des flammes du purgatoire et la vénération des reliques ; laissèrent sans réponses les plaintes auxquelles avaient donné lieu lai vente des indulgences, et en générai les exactions du clergé ; ces décrets , enfin , qui , au lieu d'alléger le joug papal, le serrèrent plus pesant sur les épaules des peuples asservis. Mais que cela ne nous étonne point. Lorsque Dieu envoie aux hommes cefficace d'erreur.» cils croient au mensonge et ils prennent plaisir dans ^'injustice (1). »

Avec un discernement qui tenait de la prophétie , les Protestants pressentirent très-bien ce que serait et ce que ferait *ce déplorable concile ; aussi refusèrent-ils absolument d'y tremper en aucune façon. Mais l'intolérance politique et religieuse se disposait à punir leur téinérité. Vers le milieu de l'an 1546, l'empereur et le pape conclurent une alliance, dans le but avoué d'humilier les Protestants. L'empereur promit de leur déclarer la guerre aussitôt , de réduire les hérétiques et de ne point traiter avec eux, ni de leur faire aucune concession quant au culte sans le consentement du pontife romain. Celui-ci, de son côté, s'engageait à mettre en campagne une armée de 12,000 hommes, de payer leur solde pendant six mois et de fournir encore d'autres subsides pour cette guerre sainte.

Après avoir fait à l'empereur d'inutiles représentations, les princes protestants publièrent un manifeste oii ils exposaient le véritable état des choses, et montraient le sombre avenir qu'on préparait à l'Allemagne. S'adressant aux princes de l'empire qui avaient lié leur sort à Celui de Rome : «Nous espérons,» leur disaienHis, c que

(l)2Thessal.,U,ll, 12.

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VOUS aurez pitié de noire situation et que vous m ferez pas cause commune avec nos ennemis ; car, non contents d'étouffer la lumière de l'Evangile, ils n'auront pas de repos qu'ils n'aient ravi au pays toutes ses libertés. L'Antéchrist romain est avec eux. Ses créatures poussent à la guerre , et si nous étions battus , ses doctrines impies, teintes du sang des Allemands, reconquerraient la suprématie. »^

L'empereur , sentant Todieux tjui se rattache à une guerre de religion, eût bien voulu faire croire qu'il prenait les armes par d'autres motifs ; mais aux yeux du pape c'était une véritable croisade. Il écrivit dans ce sens aux rois de France et de Pologne, fit accompagner les troupes alliées par son légat, le cardinal Farnèse, remit à ses soldats une bannière consacrée; et, dans une bulle expresse, il promit de grandes indulgences à ceux qui prieraient pour le succès de cette sainte expédition. La bulle du pape dut être lue simultanément à Rome et à Trente; ici, ce fut devant le concile assemblé.

C'est ainsi que le terrible signal des batailles se donnait .en quelque sorte au nom du prétendu père des fidèles et des conducteurs spirituels de la chrétienté dégénérée. Il ne restait plus aux princes protestants qu'à saisir les armes pour défendre leur liberté, s'ils n'aimaient mieux se mettre à la merci de Rome en retournant dans son sein. L'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse, réunissant leurs forces, traversèrent la Franconie, tandis que l'empereur rassemblait ses troupes à Ratisbonne, et que, par un édit formel , il mettait au ban de l'empire ces princes courageux.

Maurice , duc de Saxe , compté jusqu'à cette époque au nombre des soutiens de la Réformation, s'était laissé

îè^ HISTOIRE DE LA RÉFORMATION. LIV. I.

^agtiét* par l'empereur, et montrait maintenant quelques dispositions à se ranger de son côté. Charles se hâta de lui envoyer une copie authentique de Tédit qu'il avait lancé contré l'électeur et conire le landgrave , en l'fexhortaiit à l'exécuter ; c'est-à-dire qu'il lui offrait les dbniïiiûes de l'électeur^ C'était placer le duc dans une |)o^rtion fort criti(j[ue ; car, en effet, sa qualité de cousin de Jean-Frédéric Ijii donnait des droits sùfr ses Etats en cas de déchéàftce . '-^ ,

Au mois d'août 1546, quelque temps après la mort de Luther, les prihces protestants firent connaître à Tem^ peretir, par un message exprès, qu'ils étaient détermînés à défendre leurs libertés et leurs vies. Ils acceptaient donc le cartel. L'empereur ne fit à ce message qu'une réponse outrageante. Il refusa de lire la lettre des princes, et la leur renvoyant cachetée, il déclara qu'il ferait pendre , en présence de l'armée impériale , les messagers que les rebelles lui enverraient à l'avenir.

Le landgrave de Hesse, naturellement irritable, fut indigne de cette insulte, et si on l'avait cru, l'armée des princes aurait immédiatement attaqué l'empereur , qui n'était point encore prêt à la recevoir. Mais, soit prudence, soit jalousie peut-être , l'électeur n'entra pas dans les vues de son allié, et le moment favorable leur échappa.

Bien que l'empereur eût vu ses forces s'accroître et qu'il fût maintenant en état de se mesurer avec ses adversaires, il traînait la guerre en longueur , s'emparant ç^ et là de quelques villes , et comptant , pour le succès définitif, sur la Êitigue et la désunion des Protestants. En effet, si leurs troupes étaient nombreuses, leurs provisions de guerre n'étaient pas inépuisables, et il ne réglait pas toujours une parfaite harmonie dans leurs

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