‹ Histoire générale de la réformationChapitre 39 sur 80 · CHAP. V. L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

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conseils. Les choses en étaient là , quand ils apprirent que Maurice se préparait à envahir Félectorat. Dès cet instant ils regardèrent leur ruine comme certaine, et ils ouvrirent auprès de l'empereur des négociations , pour obtenir une capitula.tion à des termes honorables , niais leur démarche fiit inutile; en sotte que les princes n'eu^ rent pas d'autre parti à prendre que de battre en retraite afin de protéger leurs domsnnes.

Quant à l'électeur en particulier , if s'agissait de reccbquérir les siens ; car Maurice s'en était emparé et y régnait, pour ainsi dire, sans contestation. Il est rare qu'on ne trouve des excuses en faveur des plus noires perfidies. Maurice prétendait que s'il avait pris l'autorité électorale, c'était afin de sauver le pays de la rqine dont le menaçait l'approche des armées de Ferdinand d'Autriche. Cependant lorsque le landgrave de Hesse , son beau-père, le sollicita, au nom de l'honneur et de la région, de restituer le pouvoir à son légitime possesseur, qui avait toujours été pour Maurice un parent plein de tendresse, le nouvel électeur s'y refusa obstinément. Il eut même l'efl^ronterié d'écrire à son cousin et à son protecteur , qu'il avait dû céder à la force des circcmstances , mais sans lui faire aucune offre 4^ restitution.

Le nob^e et malheureux prince qui se voyait ainsi dépossédé , se jela dans les bras de ses alliés, les suppliant de venir à son aide. Les uns et lés autres prcrtéstèrent de l'attachenient qu'ils avaient pour sa personne et de l'intérêt qu'ils portaient à sa cause , mais ils exigérent qu'on suspendît toute démonstration hostile jusqu'à ce que l'empereur eût pris ses quartiers d'I^iver.

Bien que soutenu par son patriotisme élevé et (Jar les

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principes de sa foi , l'électeur ne fat point insensible à l'infortune qui s'était précipitée sur lui, et encense d'une manière si inattendue. L'empereur et Maurice ne pouvaient le frapper plus cruellement, et la sympathie que lui témoignaient ses amis n'égalait pas sa douleur. Mais il possédait en sa conscience la source des vraies consolations. Il avait épousé la cause de la Réforme par amour pour la vérité et par haine pour l'oppression : il ne voulait que résister ^aux empiétements du pontife romain. Si le cours des événements le mit en conflit avec le chef de l'empire, ce ne fut que lorsque, à l'instigation de Tëvêque de Rome, Charles eut résolu de priver les princes protestants de leurs possessions et de leurs libertés, s'ils n'étouffjpiient la lumière de l'Evangile. Charles n'était empereur que par élection ; et quand il s'alliait avec le pape pour opprimer et perdre des princes de l'empire, à raison de levir foi , il dépassait son pouvoir légitime , et la résistance semblait suffisamment justifiée. C'est à bon droit qu'on a dit de Jean-Frédéric c qu'il n'y eut pas, à cette époque, de plus fidèle confesseur de la vérité. Or, quand on étudie l'histoire de l'Eglise de Jésus-Christ, on se convainc que, si les confesseurs y occupent un rang inférieur* à celui des martyrs, ils n'en furent pas moins animés du même esprit. Mais le faible cœur de l'homme se frappe davantage d'une heure d'agonie^ supportée avec héroïsme, que d'une longue suite de souffrances. On s'imagine bien à tort qu'on les endurerait soi-même plus^ aisément (1),»

Cependant l'électwr s'était, rapproché des frontières

(i) The rév. D' Stebbing's Continuation of lUilner'ê Hiitory, de, TOI. II, l>. 431. .

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de la Saxe ayec son armée , et avant de commencer les hostilités , il fit aux Etats germaniques un appel dont voici quelques fragments : t Les relations qui existent entre nous et la sainte ligue où nous a engagés notre foi j m'aurai^it fait tenir pour impossible l'événem^ent dont je suis la victime. Comment surtout me serâisje figuré que vous , les chefs de l'Etat , vous eussiez pu tremper dans un tel dessein... T Lorsqui^ le duc George pressa de déshériter son frère e^ses neveux, s'ils abandonnaient la religion romaine , je m'opposai à cette injustice ; mes alliés en firent autant , et le duc Henri ayant obtenu la succession de son frère, les doctrines de l'Evangile prévalurent dans ses Etats (1)... Ce qui m'afflige surtout , c'est la misère de mes sujets'. Une multitude innocente se voit journellement exposée aux violences de soldats étrangers. On prive les troupeaux de leurs pasteurs, et rien n'égale la détresse et le désespoir de ces pauvres gens. Dieu vengera ses serviteurs et punira tôt ou tard de telles barbari^... Dans les efforts que je dois faire pour recouvrer mes droits ^ si le peuple essuie de nouvelles souffrances, j'en rejette la responsabilité sur ceux qui, les premiers, ont agi au mépris des lois et de l'humanité » (2).

Cette adresse, à la fois modérée et fidèle, ne fbt pas sans efiet sur la por^n des Protestants qui hésitait

(1) Georges, duc de Saxe, était petit-fils de Frédéric le Pacifique, de qui l'électeur Jean-Frédéric ilescendait à' la trQî^ème génération. Georges mourut sans enfant, l'an 1539, laissant son héritage à son frère Henri-le-Pieux , qui avait embrassé la foi protestante'. Henri mourut en 1541, et eut pour héritier son fils Maurice , l'usurpateur de Télectorat. (Tradueleur.)

(2) Slbidan, Hortlboer et Schmidt, Gesclfichte der D^utscheUf cités par le D' STBBi^ifG.

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dans le parti qu'il y avait à prendre. Se ralliant autour de rélecteur , ils contractèrent l'engagement solennel de défendre ses droits. Leurs troupes assiégèrent l'antique cité de Leipzig et s'emparèrent de plusieurs vîUeis considérables dans cette portion de l'Allettiàgné, Par ces mesures hardies , l'électeur espérait îtitimider Maurice et le ramener à de meilleurs sentiments. Mais à peitie ce rayon de soleil éclaîraît-il le ciel dés Protestants, que l'armée impériale arrive à Mûhlberg, d'où l'électeur se disposait à marcher sur Wittemberg ; puis, Maurice luimême se présente avec des forces considérables, et tout espoir de succès s'évanouit jpour l'armée protestante. Il ne lui restait plus qu'à battre en retraite ; mais cela même lui devint impossible. L'électeur n'eut pas plus tôt précipité ses pas du côté de Wittemberg, qu'il rencontra son redoutable adversaire embusqué dans l'épaisse forêt de Lochau, à quinze milles environ de Mûhlberg. -C'était le 24 avril 1547.

Un brouillard épais , disent les historiens , couvrait tout ^'horizon , comme si le soleil s'était refusé à luire sur l'Allemagne le jour où les défenseurs de la liberté spirituelle allaient être contraints de plier le genou devant le despotisme réuni du pape et de l'empereur. Ce que les Protestants avaient d'infériorité numérique , ils le regagnaient par Ja tactique eWa résolution. Jean-Frédéric , entre autres, se conduisit en héros. Depuis midi jusqu'après le coucher da soleil , le sang ne cessa de couler; mais enfin, voyant lestîmiemis l'envelopper de toutes partie et la fleur de ses troupes gisant dans la poussière, l'électeur fut obligé de* se rendre prisonnier. Alors même il montra tont ce qu'il y avait d'énei^ie en son âme ; car, entouré qu'il était par un gros d'Espagnols

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et d*autres étrangers, il cria qu'il ne remettrait son épéfe qu'à des Allemands. Un gentilhomme , nommé Thilvoti Trot, s'empara de sa personne et le remît entre les mains de chevaliers napolitains qui, d'une manière assez brutale, le conduisirent aux tentes du duc d'Albe. En y entrant, il éleva vers le ciel des yeux baignés de larmes, en s'écriant : c Et voilà donc où j'en suis venu ! Domine, mei miserere ! (Seigneur, aie pitié de moi !) * Bientôt il dut se présenter devant l'empereur ; mais, conservant la dignité de son rang, il s^adressa en ces termes à Sa Majesté impériale : < Je me reconnais votre prisonnier , très-clément Empereur , et je vous prie de me donner une garde âigne d'un prince. * t Puis donc que je suis votre empereur, • répondit Charles avec une sévérité déplacée, « je vous traiterai comme vous le méritez. > Enchérissant sur son frère, l'archiduc Ferdinand accueillît l'électeur plus durement encore et se servit de termes oii se peignirent h la fois la fierté d'un despote et la bigoterie d'un suppôt de la papauté.

L'empereur étant arrivé à Wittembet'g , il fut arrêté que rélecteur serait décapité pour crime de haute trahison. Il entendit sa sentence d'un air parfaitement calme et plein de dignité, demandant seulement avec instance qu'on lui laissât le temps de prendre des arrangements dans l'intérêt de sa femme et de ses enfants. Mais la conduite de remperèur et de son conseil jeta la consternation et l'épouvante dans toute l'Allemagne. Ceux même qui désiraient l'humiliatiofb des Protestants , ne supportaient pas la pensée qu'un homme tel que Jean-Frédéric subît la peine capitale. On pouvait haïr sa foi , mais Ton ne pouvait point ne pas respecter ses vertus privées , et il était manifeste que l'exécution d'un homme

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qui avait à un si haut degré les sympathies de ses compatriotes^ ne ferait qu'affaiblir le pouvoir de l'empereur et celui du pape. Aussitôt on députa près de Charles Félecteur de Brandebourg , afin de l'engager y s'il en était temps encore, à révoquer une sentence prononcée avec tant de précipitation et contre laquelle se soulevait l'opinion publique. L'empereur consentit à épargner la vie de l'électeur, mais en y mettant des conditions honteuses que le noble cœur de sa victime sut repousser avec dédain. Il fallait qu'il reconnût l'autorité du concile de Trente alors réuni , et qu'il promît de souscrire à tout ce que ce concile, ou l'empereur luimême, prononcerait en matière de religion. Il perdit toute patience à l'ouïe de telles propositions , et l'empereur vit bien qu'il n'y aurait pas moyen de le gagner. • Jean-Frédéric n'était pas homme à vendre sa conscience, au prix même de sa vie. Charles se consulta de nouveau, et il offrit de révoquer l'arrêt de mort , si Télecteur renonçait formellement à tous ses droits sur ses anciens Etats , et s'il se constituait pour le reste de ses jours prisonnier de l'empereur. Ces conditions étaient dures , disons mieux , intolérables , mais oomme elles n'imposaient à la conscience aucun sacrifice , l'illustre captif crut devoir s'y résigner, et ce fut ainsi qu'il put échapper à une mort ignominieuse. La femme de l'électeur, Sybille de Clèves, gagna le camp de l'empereur, et se jetant aux genoux du monarque , lui demanda , le cœur brisé , d'avoir pitié de son mari et de ses enfants. Charles lui-même fiit ému de la douleur de cette malheureuse princesse. Il lui accorda la triste consolation de reconduire son époux à Wittemberg, d'y passer avec lui une semaine de deuil , au milieu d'une popula-

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