CÛAP. VII. LA SUISSE
où Ton discuta à fond l'adoration des images et la doctrine de la messe. L'évêque de Constance y défendit avec beaucoup de zèle les pratiques romaines, mais la réplique de Zwingle porta dans les esprits une conviction si vive , que la messe et le culte des images , sous toutes leurs formes , furent abolis par un acte législatif. C'était en 1524. On enleva des églises les tableaux et les statues, et Ton rendit au sacrement de la Cène sa simplicité primitive de mémorial des souffrances et de la mort de Jésus-Christ.
Les cantons demeurés soumis au pape s'irritèrent audelà de toute expression , et persécutèrent avec la dernière rigueur les Protestants de leur ressort. Il en est qui furent mis à mort, après avoir subi la prison et toutes sortes de tortures. Cependant la vérité de Dieu ne laissait pas de prendre le dessus. Les uns après les autres , plusieurs cantons renoncèrent au papisme ; les couvents se vendaient et on les convertissait en hôpitaux ; les ordres mendiants furent généralement supprimés, et Ton fonda des institutions pour l'éducation évangélique de la jeunesse. En 1519 déjà, l'on comptait parmi les disciples de Zv^ingle plus de deux mille personnes, et le nombre s'en accrut dès lors rapidement.
La doctrine réformée avait pénétré dans les cantons de Bâle , de Berne, d'Appenzell, de Saint-Gall, de Schaffouse , et s'y était solidement établie. Les autres cantons commencèrent à craindre que ce levain redoutable ne s'insinuât dans le corps entier de la république. Ils se mirent donc à concerter des mesures propres à garantir les intérêts de l'Eglise. On proposa d'avoir à Baden une conférence entre les deux partis. Zwingle y fut invité avec les autres Réformateurs; mais, en considération des
238 HISTOIRE DE LA RéPORMATION. LIV, I.
dangers personnels qif il y eût courus, ses amis s'opposèrent fermement à ce qu'il s'y rendît. Us lui rappelèrent la mort deHuss et de Jérôme à Constance, et ils ne souffrirent pas qu'une vie si précieuse s'aventurât dans une entreprise d'où il y avait si peu de chose à attendre d'ailleurs. Cela n'empêcha pas que quelques Réformateurs , moins odieux aux papistes , ne se rencontrassent à la conférence. De ce nombre fut QEcolampade de Baie, qui défendit d'une manière fort distinguée, contre les sophismes et les traditions de Rome, les pures doctrines de la Parole de Dieu-
La conférence eut pour résultat l'excommunication de Zwingle et de ses adhérents. Ses écrits furent condamnés aux flammes. Cinq cantons , ceux de Lucerne, d'Uri, de Schwitz, d'Unterwald et de Zoug, contractèrent une alliance solennelle , s'engageant par serment à défendre Rome et à détruire la Réformation. Pour soutenir l'ancien culte , ils conclurent un traité avec Ferdinand d'Autriche, le frère de Charles-Quint. Quelques pasteurs protestants tombèrent victimes de leur intolérance , et tout présageait une guerre imminente.
La triste catastrophe qu'on avait lieu cje redouter fut suspendue, pour quelque temps du moins, par le compromis de Cappel, qui donna quelque répit aux amis de la Réforme et rompit l'alliance que les Romanistes avaient contractée avec Ferdinand. Mais les cantons de Zurich et de Berne ayant mis une sorte de blocus sur les cinq cantons catholiques, la colère de ceux-ci ne connut plus de bornes, et le sang djes confédérés ne tarda pas à se-^mêler sur les champs de bataille.
C'est à cette époque, et lorsque Rome veillait d'un œil perfide pour frapper un coup décisif, qu'eut lieu , entre