CHAP. I. GENÈVE
Les choses en étaient là ; on avait en grande partie abandonnéies anciennes superstitions, mais il n'y avait rien encore de définitivement arrêté pour l'avenir, lorsque Jean Calvin arriva à Genève , se rendant de France à Strasbourg. C'était le 5 août 1536. Fare!, sur qui pesait toute la responsabilité des arrangements à prendre pour Torganisation de la nouvelle église de Genève, s'opposa de toutes ses forces à ce que son concitoyen, jeune encore, mais déjà renommé, poursuivît son voyage. Connaissant le génie de Calvin, la valeur de ses éminentes qualités et la haute portée de son esprit, il jugea la cause de la Réforme gagnée pour Genève , s'il pouvait l'engager à se fixer dans ses murs. Comme Calvin résistait : c Je ne saurais admettre, > lui dit Farel, cque vous cherchiez une retraite où poursuivre vos études, lorsque Dieu vous appelle si manifestement à prêcher son Evangile. Si vous préférez vos propres inclinations à l'accomplissement du devoir qui vous est imposé, soyez sûr qu'il n'y aura point de bénédicition pour vous.i
Calvin, ému de ces instances, prend le parti de rester. A la voix de Farel se joignit celle de plusieurs hommes influents; et peu de jours après son arrivée, Calvin était au nombre des pasteurs de Genève. Ni lui , ni ses amis ne se doutaient des résultats qu'aurair cet appel inattendu.
Jean Calvin était né à Noyon, en Picardie, le 10 juillet 1509. Ses parents Tavaient d'abord voué à la prêtrise; mais son père, voyant le dégoût qu'il éprouvait pour la carrière ecclésiastique, avait fini par lui permettre les études de droit. Il dut à un de ses proches parents, ministre des vallées du Piémont, ses premières impressions religieuses, et c'est là ce qui le fit de bonnes heure
incliner vers la Réforme. Conduit à étudier leaEcrUqres pour son propre compte , il ne tarda pas à découvrir le désaccord prodigieux qui existe entre Rome et les écrits inspirés. Avec cette décision de caractère qui ne Tabandonna jamais, il épousa chaudement la cause de la déformation , s'associa au parti protestant en France, courut tous les dangers de la persécution soœ le règne de François V^j et n'eût été la protection de Marguerite, Texcellente reine de Navarre, il fiit devenu proo^ptement victime de son zèle pour la vérité.
Comme il ne se sentait plus en sûreté dans sa patrie, il chercha à Baie un asile contre la tempête qui le menaçait. Cest là que, deux ans avant son arrivée à Genève, et dans sa vingt-cinquième année, il composa le plus célèbre de ses ouvrages, son Institution de la Rdigim chrétienne , chef-d'œuvre qui transmettra son npm à la postérité, comme celui d'un des plus ingénieux théologiens qui aient jamais vécu. Dans une préface pleibe de forcé, il dédia scm livre à François P% espérant sans doute adoucir la haine que ce cruel monarque montrait aux Prolestants.
Bien que ce fût à la demande même des citoyen^ de Genève que Calvin avait consenti à leur prêter le secours de ses ji^mières, dans leurs essais d'organisation ecclé* siastique, il reconnut bientôt que ni lui ni Farel n'étaient, pour l'heiure, en état d'amener cette entreprise à bonne fin. Les Genevois, résolus sans doute à rejeter le joug de Rome , étaient loin de s'entendre sur Iqs points essentiels de la doctrine et de la discipline. Le ton décidé du Réformateur les irrita. Calvin et Farel durent l'un et l'autre se retirer d'un lieu où ils s'étaient flattés d'instituer sur des bases solides l'église de la Réforme. Calvin