CHAP. VI. LES PAT9-BAS
Bâle. D6 retotirdaiis sa patrie, il avait renoncé à la gloire que son rang et ses connaissances pouvaient lui acquêt iHlr, pour se dévouer entièrement aux progrès de la vérité dont son âme était pénétrée, c Dieu m*a rendu à moi* m^e, » écrivait^-il à un ami^ «et il m'a merveilleusement arraché du miKeu des Pharisiens pour m'am^er à sa connaissance, i» Le roi de Pologne lui ayant offert utf évèché, Lasco refusa, en alléguant pour motif le change* ment survenu dans ses vues au sujet de TEglise. Lemo^ narque, plein de respect pour un homme si com^cien^ cieux, lui facilita, par des lettres de recommsmdation auprès des hommes les plus éminents de Tépoque , un voyage qu'il désirait faire dans la plupart des Etats européens. Il résida successivement à Màyence , à Lottvain, àEmden. Dans cette dernière ville, et après mainte travaux qui eurent tous pour objet la cause de la Réforme, il accepta la surintendance générale des communautés évangéliques de la contrée. Il y trouva les Réformés entachés, les uns de Romanisme, et* les autres de cette sorte d^enthousiasmequerÂnabaptisme avait sieûié partout. Les efforts qu'il fit pour les ramener de leur» errétirs de doctrine et de discipline furent cOuf^Hinéd des plus beaux succès. « En peu de temps on ne vit presque plus dlmagês nulle part ; on cessa de préconiser dés cérémonies, propres seulement à préoccuper les esprits fàfîhle$ et à endormir là conscience ; on mit au grand jour les fraudés par lesquelles le clergé s'^étâît rendu maître des imaginations , et le bon sens du peuplé fit justice de toutes ces ruses. Le fanatisme enfin, sous ses diverses formfes, dut reconnaître Tiautorité souveraine des Ecritures. Pour détruire Terreur et la superstition, il fallut mettre à leur place les pures doctriiies "de
TEvangtle et des formes de culte plus convenables à la vraie dévotion. C'est ce que fit Jean de Lasco ; en sorte que son nom mérite une place distinguée parmi ceux des plus grands de nos Réformateurs (1). »
Dans la province de Groningue, la Réformation, sans être à bien dire protégée, goûta dès Torigine un repos assez considérable pour prendre de profondes racines. Jusqu'au gouvernement sanguinaire du duc d'Âlbe, cette heureuse province ne connut pas la persécution. Le supérieur du principal monastère était un homme qu'animait l'esprit de l'Evangile ; et la noblesse du pays comp* tait bien des personnes qui se prêtaient volontiers aux discussions dont la Réforme de l'Eglise était l'objet. Si l'on ajoute à cela l'influence qu'exercèrent le beau caractère et les nobles travaux d'Albert Hardenberg, on comprendra les triomphes qu'y remporta la vérité.
C'est là que résidait Dryander, qui s'était acquis par ses lumières et par sa foi , la bienveillance et la protection de Mélanehton et de Cranmer. En voyant combien il y avait d'Espagnols que le commerce attirait en Belgique, il se mit à traduire le Nouveau-Testament dans leur langue, persuadé que ce serait un puissant moyen de hâter les progrès de la vérité. Après avoir achevé son travail, il le sonnait aux docteurs de Louvain pour qu'ils lui en dissent leur opinion. Ceux-ci représentèrent à Dryander qu'il ne connaissait pas assez l'espagnol, et que son livre n'aurait d'autre eflet que de favoriser les hérésies de l'époque ; en sorte qu'à leur avis il eût fallu plutôt détruire toutes les versions de la Bible. Us ajoutèrent toutefois qu'ils n'en défendraient point la publication.
<1) STBBBurG, CmUinuation de MUner.
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Enccmragé dans son dessein par plusieurs hoinmes savants et pieux, Dryander envoya son manuscrit à Anvers, et, le publiant sous le titre de « Nouveau-Testament, ou Nouvelle-Alliance de Notre seul Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, » il en offrit la dédicace à Tempereur. L'apparition de ce livre excita une grande rumeur dans le parti papiste, qui, accusant Dryander de Luthéranisme, prétendait qu'il n'avait d'autre vue-, en publiant ce Nouveau-Testament, que de répandre ses idées favorites. Pour apaiser la colère de l'Église, on obtint de lui qu'il effaçât du titre les mots de Nouvelle- Alliance ; mais il eut bientôt la certitude qu'il n'y avait qu'un moyen de satisfaire les partisans du mérite des œuvres : c'eût été de retrancher aussi de son titre le mot seitl, qu'il avait mis avant celui de sauveur. Rien, on le conçoit, ne put l'engager à faire cette concession.
Cependant Charles étant venu à Bruxelles, Dryander sollicita et obtint une entrevue avec Sa Majesté impériale, pour lui offrir lui-même sa nouvelle traduction. L'empereur lui fit une réception très-bienveillante; il loua fort son zèle et sa science, et promit de lui donner toute l'assistance possible. Avec un tel protecteur, Dryander voyait déjà sa version dans les mains de tout le noonde, nonobstant l'opposition et le bigotisme du clergé. Mais, hélas I à peine était-il de retour à Anvers, plein ;de joie et d'espérance, qu'il apprit, à sa grande douleur, que Charles avait remis entre les mains de son confesseur l'exemplaire du Nouveau-Testament dont il avait reçu l'hommage. Dès cet Instant, c'en était £siît de la protection si solennellement octroyée. Le moine qui dirigeait la conscience du monarque vit un mal infini dans cette publication. Non content d'engager l'empe-
rew h rétpacter ses promesses, il obtint, au bout de quelques semaines, l'emprisonnement du malheureux Dryander. Pendant plus de quinze mois cet excellent serviteur de Dieu se vit privé de la liberté ; mais un acte si odieux et si injuste ne fit qu'éveiller en sa faveur le$ sympathies des chrétiens pi^ux. Ils accoururent à lui par centaines^ , lui témoignant vai attachement inaltérable, l'assurant du secours de leurs prières et promettant de faire tous leurs efforts pour obtenir soa élargissement.
Ce fut alors que la persécution commença déddément à faire ses ravages. Dans la première année que Dryan* der et ses amis se mirent à distribuer son Nouveau-Testament , plus de vingt personnes furent condamnées à mort , pour le seul crime d'avoir remis à leurs concitoyens une portion de la sainte Parole de Dieu. On afficha dans les lieux publics les portraits des Réformés les p^ actifs^, afm que le peuple pût les bien recomiaitre, et qu'il fût aisé de s'emparer de leur personne, toutes les fois que le voudraient leurs ennemis. Mais s'il y eut, de cette manière, beaucoup de saints personnages qui tombèrent victimes d'une rage impie, on vit aussi plusieurs de ceux qui avaient trempé leurs mains dans le sang des martyrs , mourir en proie à l'horrible désespoir qui sera le partage éternel des pécheurs impénitents. Combien ne fut-elle pas teirible, en effet, la mort d'un Latomus, et celle d'un Bomelius , l'un et l'autre de Louvain ! Avant même que leurs souffrances terrestres fussent arrivées à leur terme, ^le ver qui ne meurt point» dévora leur conscience^ et personne ne dut connaître mieux qu'ils ne le firent la vérité de cette parole redoutable : c C'est une chose terrible que de tomber entre ' les mdins du Dieu vivant ! »