JUSQU'AU TRAITÉ DE
L'espèce de trêve qui succéda fut très-favorable a la cause protestante, par la raison surtout qu'elle permit aux prédicateurs d'annoncer les glorieuses vérités de FEvangile ; c'est-à-dire que les amis de la Réforme purent , plus librement , user de leurs meilleures armes. Un de ceux qui, à cette époque, le firent avec des succès signalés, fut John Rough , qui prêchait à Saint-André et dans le voisinage. Il put s'assurer que le nombre des disciples de Wishart était fort considérable ; et il allait croissant tous les jours.
L'heure élait venue où il fallait qu'un homme , personnifiant en quelque sorte la Réforme, en FAt le héraut attitré. Sa commission devait lui venir d'En-Haut et se légitimer par des qualités extraordinaires ; il le fallait également résolu , prudent et actif. Cet homme, que la Providence destinait à jouer un rôle si important dans l'achèvement de la Réformation en Ecosse , et qui Ait
366 histoire: ofc la réformatiocc. liv. ti.
le libérateur à la fois religieux et politique de son pays, c'est Jean Knox (Nox). Il naquit près de Haddington, et il fit ses études à Saint-André. Ami intime de Wishart, il avait résolu de fuir en Allemagne la colère de Bea» toun. Mais les événements ayant pris la tournure que nous avons vue, dès qu'on eut levé le siège du château de Saint- André , il se rendit en cette ville , espérant y trouver des protecteurs et de pouvoir y servir utilement les intérêts du Protestantisme. Il entra aussitôt en pleine activité par la publication d'un catéchisme sur les doctrines caractéristiques de la Réforme ; il y ajouta un enseignement régulier où il expliquait les Evangiles; et le reste de sa vie., il l'employait à instruire ceux qui réclamaient ses directions. Il n'était point encore consacré au saint ministère. On l'invitait de toutes parts à revêtir cette c|iarge,; q;^ais \\ se sentait arrêté par divers scrupules. Cependant les besoins croi3sants de |a Réforme et le zèle toujours plps ardçut des ennemis de la vérité lui firent prendre le parti de jse donner tout entier à la prédication 4e la Parole.
Peut-être la., consécration de l^ox ne se fit-elle |ptas dai^s toutes les formes que .plusieurs, de nos jours encore , eçtimeut essentielles; mais si quelqu'un doutait, par cela, de sa vocation au ministère évangélique , je ne me sentirais pas le courage de disputer avec lui , et je ne pourrais qu'avoir pitié de vues si rétrécies. Les premières prédications de JS^^ox font époque dans l'histoire religieuse de l'Ecosse, Jamais on n'y avait entendu .d'orateur chrçtjen pareil h lui. Ses sermons étaient remarqu?^^)lçs par i^ne sainte Jiprdjiesse çt par une grande élqqujepi[;e. Il y appelait les cJ^osQs par leur npm, sans aucun de ces méuagements qui sont aussi contraires à
la charité qii'à la yégité. pès son premier ^jscours , le pape* dans sa bouche , ne fi|t pas ^utre chose qu'un -Antéchrist. Analys^pt les errp^rs fondajçqen(ales de la ' [i^pauté, il opposa les jloctrines de Christ e^ des Apôtres aux doctrines de ^oj^^ , et il invita solennellement ses concitoyens à sortjr de Babylone , s'ils ne voulaient pas partager ses qh^m^nts. C'est ainsi que s'attaquanl aux arcs-boutants ]pè|pes de l'Eglise , il frappa d'un coup jatal les fondemeiùs de l'édifice ; et , dans un seul discours , il en dit contre Rpo^e plus que ne l'avaient fait tous ses prédécesseurs réupis.
Là-des$us, Knox et Rough sont cités devant l'archevêque et devant le conseil, pour rendre compte de leur audace ; pqajs , invoquant le droit qu'ils avaient de prêcher selon la, Parole de Diçu, Knox défendit avec une telle force sa cause et celle de ses amis, qu'ils furent congédiés après avoir simplement reçu une admonition dans une forme assez amicale. Le clergé, toutefois , effrayé des progrès que faisaient les opinions du Réformateur, se mit à prêcher contre lui , en en^pruntant son langage populaire ; et, pour l'empêcher de leur répondre , ce fut sa chaire même qu'ils envahireiit et qu'ils occupèrent du matin au soir. Encore paijise s'ils se fussent contentés de cela ; mais ils ne cessaient d'ins jçter sur le devoir où étaient le régent et son conseil d'extirper l'hérésie naissante.
Cependant le zèle de Knox n'en fut point altéré. Privé de sa chaire , il allait de maison en maison , tenant des ^éun^ons d'édiflcation et de prière. Mais ce n'était pas assez d'avoir remis en honneur la prédication de la Parole, et en tel honneur que Rome même se voyait contrainte d'y revenir ; il fallait encore restituer à la Cène
368 tttSTÔltlÈ DE La RjéPORMAtlON. LtV. lî.
du Seigneur sa simplicité primitive, et c'est ce que faii;ait Knox en rompant le pain à ceux qui avaient formellement renoncé à la communion romaine, c Ce fut alors pour la première fois, depuis la destruction des Guidées (1), que la sainte Cène se célébra en Ecosse dans les formes établies par le Seigneur (2). j»
Sur ces entrefaites, on reçut de Rome le pardon que le pape accordait aux meurtriers de Beatoun ; mais il le faisait en des termes qui, par leur ambiguité, excitèrent les susceptibilités et les craintes de ceux qui en étaient les objets. Henri VIII venait de mourir , et les conseillers d'Edouard , poursuivant la politique du monarque défunt*, prêtèrent leur assistance au parti qui s'était emparé du château de Saint-André. D'un autre côté, le roi de France, Henri II , offrait du secours à ceux des Ecossais qui s'opposaient à l'alliance anglaise. Ou conçoit tout ce qu'il y avait là de propre à exaspérer les partis. Le régent commença les hostilités avec l'Angleterre , et aussitôt les Réformés et leurs amis reprirent possession du château de Saint- André. Bien que Knox ne s'aveuglât pas sur leurs torts, il se joignit à eux parce qu'il connaissait leur zèle pour la cause de l'Evangile ; mais il ne laissait pas de censurer vertement leurs désordres et de les menacer des justes jugements du Seigneur.
Cependant les forces de la France s'étant montrées dans la baie de Saint-André , le régent se hâta de les joindre avec ses troupes ; et avant que les secours promis par l'Angleterre fussent arrivés, les partisans de la Réforme durent se rendre, et la garnison tout entière
(1) Vers Tan liai. {TradueUur.)
(2) Wodrou)*8 iif€ of Knox, p. 10.
CHAP. XII. l'écosse. 369
fut faite prisonnière. Le général français, auquel seul ils consentirent à remettre le château, s'empara du trésor qu'il emporta en France. Il y conduisit également la garnison, et Knox avec elle. Bien plus, malgré le texte précis de la capitulation , le Réformateur écossais passa tout l'hiver suivant aux galères. Après quoi l'on rasa le château de Saint-André, soit parce qu'il avait été le théâtre du meurtre de Beatoun, soit afin qu'il ne tombât pas entre les mains des Anglais.
Le Papisme triomphait de nouveau, et la persécution n'eût pas manqué de reprendre son cours si les événements s'y fussent montrés favorables. Mais , irritée des empêchements que la France mettait a l'union du prince Edouard et de la jeune reine Marie, l'Angleterre déclara la guerre à l'Ecosse et fit marcher vers le nord une armée formidable, sous les ordres du protecteur, Somerset. A cette nouvelle, la nation tout entière se soulève pour s'opposer à l'invasion d'un ennemi auquel on supposait des plans de conquête, et quinze mille Ecossais laissent leur vie sur le champ de bataille de Pinky. Somerset abusa cruellement de la victoire. Il mit au pillage toute la portion du pays qu'il parcourut, et ses excès augînenlèrent l'exaspération générale, c Que l'Angleterre nous épouse, ^ dit le comte de Huntley , prisonnier à la bataille de Pinky, « mais qu'elle nous fasse la cour d'une manière moins rude, i»
Cependant, toutes douloureuses que furent les circonstances, on ne saurait douter que Dieu ne leur eût donné ce cours dans l'intérêt même de la Réformation. • Les Protestants opprimés se virent soutenus par un monarque puissant, bien résolu à ne pas laisser étouffer leurs libertés ; et le parti de Rome comprit qu'il devait
570 HISTOIRE DP LA RÉFORMATîON. LIV. II.
user de ménagements , en présence d'un adversaire qui venait de se montrer si redoutable. Il y eut donc un moment de calme dont les Réformateurs surent profiter.
La reine-mère affectait de leur être favorable ; mais c'est qu'elle convoitait la régence du royaume et qu'elle voyait combien Arran s'était fait de tort auprès des Protestants par ses continuelles tergiversations. Sa politique , toutefois , était de demeurer en bons termes avec lui et de l'exciter à presser toujours plus l'alliance de l'Ecosse et de la France. Enfin , six mille soldats français débarquent au nord de la Tweed sous la conduite de d'Essé, et, malgré les représentations de la sagesse , on fait partir Marie pour la cour de Henri II.
La jeune reine d'Ecosse se trouva de la sorte sous la tutelle politique et religieuse de la maison de Guise. C'était la mettre à l'école du fanatisme ; et les Protestants sentirent tout ce qu'ils avaient à redouter d'une telle démarche. Aussi en exprimèrent-ils vivement leur indignation. Pour justifier les craintes que leur inspirait l'alliance française , ils citaient les excès que les troupes de cette nation commettaient en Ecosse. Sans doute qu'elles lui avaient rendu de grands services contre les Anglais ; mais par leurs débauches et par leurs habitudes de pillage , elles outrageaient les mœurs et l'opinion publique. Aussi , l'ambassadeur français et la reine-ttière , voyant les dangers auxquels on s'exposait par un plus long séjour de l'armée , en demandèrent eux-mêmes le rappel , et Henri II le leur accorda sur-le-champ. Cependant les Ecossais ne perdirent pas le souvenir de ce qu'ils avaient vu et souffert ; aussi la cause protestante en tira-t-elle plus tard un très-grand parti. Quoi qu'il en soit, la paix
fut signée entre la France et l'Angleterre. Par le même traité , on régla les intérêts de l'Ecosse , et il ne fut plus question du mariage d'Edouard et de Marie.
Mais le bruit des armes eut à peine cessé , que , facilement persuadée par le nouveau primat , Rome reprit son ancien système de persécution contre les hérétiques. Elle choisit pour première victime un homme d'un rang peu élevé, mais d'une piété sincère et plein de zèle, nommé Adam Wàllace. Accusé d'avoir prêché l'Evangile , combattu les Papistes et baptisé lui-même un de ses enfants, il eut pour juges les comtes de Huntley, d'Angus, de Glencairn, d'Argyll et quelques autres seigneurs également marquants. Malgré l'habileté de sa. défense et la pureté de sa vie , il fut condamné à mourir sur le bûcher. La manière dont il subit le martyre jeta un nouveau lustre sur la cause de la Réformation , tandis que, par leur cruauté, ses persécuteurs couvrirent leur nom d'un opprobre ineffaçable. Au milieu de ses tourments , ils l'abreuvèrent d'insultes , l'empêchant d'adresser quelques paroles aux amis qui entouraient l'échafaud ; mais rien ne put ébranler sa constance.
On ne s'en tint pas à quelques actes isolés ; il fut défendu de publier aucun livre sans la permission du régent , et Ton donna force de loi aux décrets du concile de Trente, sous peine de châtiments sévères. Ce fut ainsi que le nouveau primat, trop fidèle imitateur de son devancier, et le régent, docile instrument de ses passions et de son intolérance, s'attirèrent de plus en plus le mépris et la haine de la meilleure portion du peuple. Rien n'était plus capable de plaire à la reine-mère, qui, pour hâter l'accomplissement de ses desseins ambitieux , se rendit en France, d'où elle tit jouer^toutes ses machines.
Entln, elle réussit, au mois d'avril 1554, à supplanter le comte d'Arran, auquel, par manière de dédommagement, le roi de France conféra de grands honneurs , et entre autres le titre de duc de Ghatellerault.
L'élévation de Marie de Guise avait , à beaucoup d'égaiHJls, de quoi alarmer les Prolestants, Sa prédilection bien connue pour le Papisme , ses relations de famille avec la France, ne présageaient rien que de funeste. Puis, le jeune roi d'Angleterre étant mort quelques mois auparavant , la persécution commençait à ravager l'Angleterre, De là il lui était aisé de pénétrer en Ecosse , et la presse, devenue esclave, n'offrait plus ses puissantes garanties. L'avenir, on le conçoit , se présentait aux amis de l'Evangile sous l'aspect le plus sombre.
Les événements toutefois leur furent plus favorables qu'ils n'eussent osé l'espérer. La Réforme reçut une impulsion considérable par l'arrivée en Ecosse de quelques docteurs anglais , que l'intolérance de Marie chassa de leur pays , et surtout par le retour de Knox. Délivré des chaînes où l'avait retenu la France , il était passé en Angleterre. Il y avait séjourné jusqu'à la mort d'Edouard VI, en s'employant activement à la grande œuvre qui faisait l'occupation de sa vie. On lui offrit une cure et même un évêché, tant on le considérait; mais il les refusa par scrupule de conscience. Lorsque Marie monta sur le trône, il partit pour Genève, où il se lia d'intimité avec l'illustre Calvin; et dès ce moment, il se prononça toujours davantage en faveur de la forme ecclésiastique du Presbytérianisme. Après avoir mis à profit les leçons de l'éminent théologien de Genève , il devint pasteur d'une église de réfugiés anglais qui résidaient à Francfort. Ses travaux eurent d'abord de grands succès;
CHAP. XII. l'Ecosse. 373
mais quelques personnes étant parvenues à semer de la division dans le troupeau, il crut devoir quitter cette localité, et retourna sur les bords du Léman. Lorsqu'il y eut séjourné quelque temps , il résolut de regagner son pays natal, et il revit Edimbourg en octobre 1555.
Mûri dans la connaissance des choses divines et doué de talents qui s'étaient singulièrement développés, Knox reprit avec ardeur son projet de réformer la religion de sa patrie. Bien des gens de distinction l'accueillirent avec enthousiasme, et il mit toute son activité à séparer formellement de la communion romaine ceux qui en étaient séparés de cœur. Il eut prodigieusement à lutter pour atteindre ce but ; mais au bout de quelques mois , le Seigneur lui accorda là douceur de voir à Edimbourg une foule de personnes renoncer au culte établi, s'abstenir de la messe, et tomber d'accord sur la marche à suivre pour le maintien de la vérité et des ordonnances de Jésus- Christ, Bientôt l'influence de Knox se fit généralement sentir dans le royaume, et l'exemple des Protestants de la capitale fut suivi de toutes parts. Grand nombre de seigneurs et de gentilshommes, avec une multitude de gens du peuple, s'unirent dans une protestation commune contre la corruption et l'apostasie de l'Eglise,
Tels furent les succès de Knox, que le clergé, vivement alarmé de la tournure que prenaient les aflaires, fit parvenir à la régente, par le moyen des évêques, un mémoire où il se plaignait du mépris dans lequel l'Eglise tombait en tout lieu. La régente, refusant de faire intervenir l'autorité civile, exhorta les évoques h user contre les hérétiques des pouvoirs spirituels qui leur appartenaient. En conséquence Knox fut cité à paraître devant ses accusateurs dans l'église de Blackfriars à Edimbourg;
374 HISTOIRE DE LA RëFORMaTION. LIV. 11.
mais quand i]$ virent que le Réformateur aurait pour avocats les hommes les plus éminents de la contrée, ils refusèrent d'ouvrir les débats, sous prétexte qu'il y avait eu certains vices de forme dans la convocation.
L'on comprend que cet acte de timidité de la part de Rome accrut le courage des Réformateurs. Le nombre des congrégations dirigées par Knox allait en croissant, et plusieurs de ceux qui avaient, jusque-^là, suivi une route douteuse, se jetèrent décidément du côté des Protestants. Ceux-ci invoquèrent à leur tour l'autorité royale, afin qu'elle secondât l'œuvre de la Réforme, et qu'elle mit un terme aux actes d'intolérance dont le clergé se rendait coupable, sans égard pour la prospérité du pays et pour la paix publique. Ecrite avec une franchise un peu rude, cette pétition alarma les préjugés papistes de la régente. Aussi, loin de l'accueillir avec faveur, elle affecta de n'y voir, comme elle le disait, qu'une pasqmnade^ et la renvoya à l'archevêque de Glascow. Cette conduite réveilla les soupçons et les craintes des Réformés. Ils comprirent qu'ils devaient faire plus de fond sur leur propre énergie, que sur l'appui du gouvernement.
Quant à Knox, il se retira pour quelique temps à Genève , pensant apparemment qu'il était bon de laisser s'assoupir la haine populaire que les suppôts de Rome ralliaient autour de son nom. Mais à peine est-il sur le continent que le clergé commence à s'agiter contre lui. Quoique absent, on le cite à comparaître ; on le condamne comme hérétique , et l'on ordonne qu'il soit brûlé en effigie au pied de la croix, à Edimbourg. Knox, informé de ces faits , en appelle au peuple d'Ecosse, et dans un écrit plein de force, où il se défendait contre la lâcheté
cuAP. XII. l'Ecosse. 375
de ses adversaires, il invite la noblesse et la nation tout entière à délivrer l'Eglise de la tyrannie qui l'opprimait. Cet appel rencontra de l'écho dans tous les rangs de la société. Les principes du Protestantisme avaient fait tellement de progrès, surtout à Edimbourg, que, lors de la fête de Saint-Giles, l'image du saint ne se trouva plus dans sa niche ; et quand on s'en fut procuré une autre et que la procession se fut mise on marche , la populace prit l'Mole , la jeta sur le pavé , et la mit en pièces. Violence condamnable , je le veux ; mais , après cela du moins , on ne saurait douter que l'opinion publique ne commençât à faire justice des superstitions du clergé.
De ce moment les circonstances devinrent de jour en jour plus favorables à la Réforme. Un grand nombre de prêtres, convertis à la foi protestante, se mirent à défendre avec zèle les doctrines que jadis ils voulaient étouffer ; et parmi eux, il faut conserver les noms respectables d'un John Douglas et d'un Paul Methven. De son côté, l'église dominante, voyant que les armes spirituelles dont elle disposait n'avaient plus aucune puissance ccMitre les prétendus hérétiques, revint à son ancienne pensée de comprimer, par la force, l'esprit de libre examen qui se réveillait dans le pays. Elle sollicita encore une fois la régente d'arrêter toutes ces innovations et de mettre un terme aux tendances révolutionnaires. Par malheur, elle prêta l'oreille aux conseils des Papistes qui l'entouraient, et cita plusieurs des chefs de la Réforme à comparaître devant elle dans la capitale, afin d'y rendre compte de leur conduite. Pour éviter qu'il n'y eût quelque émotion parmi le peuple, elle fit publier une proclamation où l'on ordonnait à tous ceux qui s'étaient
rendus à Edimbourg sans y être cités, de se iretirer dans la quinzaine sur les frontières du royaume.
Cet ordre de la régente offensa vivement les Ecossais et surtout quelques citoyens de l'ouest qui venaient précisément de Farmée des frontières. Un certain nombre d'entre eux, conduits par Ghalmers de Cartgirth, se rendent au palais , demandent une audience et protestent avec vivacité contre le contenu de la proclamation. La régente, au contraire, avec un grand calme, leu^ représente que la tranquillité publique exigeait Texécution ponctuelle de cet ordre. Mais peu satisfaits de cette réponse, les Protestants s'écrient par Torgane de Chalmers : c Nous n'ignorons pas. Madame, que c'est un artiQce des évèques ici présents ; mais nous attestons Dieu qu'il n'en ira pas ainsi. Ce sont gens qui s'engraissent à nos dépens et aux dépens de nos pauvres tenanciers. Us inquiètent nos prédicateurs, et ils voudraient les perdre et nous avec eux. C'est ce que nous ne saurions souffrir davantage. > Ainsi parlèrent les mécontents. On dit même qu'ils terminèrent ce discours peu courtois , en mettant la main sur la garde de leur épée, ce qui ne disait que trop comment ils entendaient résister à l'oppression. La régente, effrayée de ce qu'elle venait de voir et d'ouïr, supplia qu'on se gardât de toute violence et promit d'arranger l'affaire avec les évêques. Pour achever de calmer les esprits de ces hardis Réformateurs, elle déclara qu'on annulerait la procédure commencée et qu'on rapporterait incessamment la proclamation , objet de leurs griefs. Tels furent les résultats d'une démarche contre laquelle il y a sûrement beaucoup à dire, mais qui ne laissa pas de donner une grande impulsion à la liberté civile et religieuse en Ecosse.
Cependant l'heure approchait où le maiîage de la jeune reine d'Ecosse avec le dauphin de France devait s'accomplir. A mesure que les idées de Réformation religieuse gagnaient du terrain en Ecosse, l'alliance française y devenait moins populaire ; car la France était alors le principal boulevard du Romanisme. Ce ne fut donc pas sans quelque peine que le Parlement se décida à envoyer des commissaires pour assister à la cérémonie et pour stipuler les clauses du contrat. On leur promit tout ce qu'ils voulurent. Le mariage se célébra en gi'ande pompe , le 24 avril 1558 ; mais il se trouva que la reine d'Ecosse avait signé un acte par lequel elle donnait son royaume à la France dans le cas oii elle mourrait sans enfants. Indignés d'une telle tromperie ^ les commissaires repartirent pour l'Ecosse , la douleur dans l'âme, et quatre d'entre eux moururent durant la traversée. Le bruit courut que le poison n'était pas étranger à leur mort ; le duc de Guise fut soupçonné. De tout cela résulta de la part des Ecossais une aversion toujours plus prononcée pour l'alliance française , et la crise religieuse qui se préparait dès longtemps devenait de plus en plus imminente.
Sur ces entrefaites , les Protestants jugèrent que le moment était venu de rappeler Knox dans le pays, objet de ses plus chères affections. Ils lui écrivirent à Genève une lettre qui témoignait de leur attachement à la cause de la vérité. « Nous vous désirons ardemment au nom du Seigneur, * lui disaient-ils; « revenez en des contrées pu vous trouverez les fidèles que vous y avez laissés, heureux non-seulement d'entendre vos enseignements, mais prêts encore à exposer leurs biens et leur vie pour la gloire de Dieu , s'il leur en donne l'occasion. » Ce do-
cument était signé par le comte de Glencairn, par Erskine de Duiiy par lord San, plas tard comte d'Ârgyll , et par Jacques Stuart, prieur de Saint-André, celui qui se rendit célèbre dans la suite sous le nom de comte de Murray.
Knox se rendit à l'invitation ; mais quelle ne fut pas sa douleur lorsque, en arrivant à Dieppe, ii trouva une lettre oii ses amis lui exprimaient leur changement de vue sur la convenance de son retour. Cependant , il n'était pas homme à se laisser décourager par la timidité des siens. C'est pourquoi il leur écrivit sur-le-champ un mémoire dont voici quelques fragments : c Le Seigneur no pariët-il pas à votre conscience? Ne sentez- vous pas que votre devoir est de risquer votre vie contre les rois et les empereurs, pour obtenir la délivrance de vos frères? Si l'on vous nomme les princes du peuple , et. si vous recevez de lui honneur , tribut et hommage , ce n'est pas en vertu de votre naissance , comme plusieurs le pensent mal à propos, mais c'est à raison de votre devoir et office, qui est de défendre vos sujets et vos frères contre toute violence et toute oppression. Consultezvous, je vous en prie, et prenez un parti décisif sur tous les points contenus dans ma lettre à la noblesse du royaume, et que chacun s'en fasse à lui-même l'aj^licalion, car un jour, soyez-en sûrs, vos consciences vous diront clairement que la réforme de la religion et des désordres publics n'appartient pas au cl^gé seul , ni aux chefs suprêmes qui portent le titre de monarques. >
Ces remontrances produisirent un effet aussi prompt que la commotion électrique. Les Protestants comprirent le péché qu'ils avaient commis en cédant à la crainte. Stimulés par le repentir , et plus un^ que jamais, ils rédigèrent d'un commun accord l'écrit suivant,
cuAP. XII. l'écosse. 379
qu'on peut regarder comme la base première de l'église réformée d'Ecosse.
« Nous, soussignés, vu les efforts que, dans leur rage, Satan et ses membres, les Antechrists de l'époque, font pour renverser et détruire l'Evangile de Christ et sa congrégation , nous regardons comme notre devoir le plus strict de combattre pour notre Maitre jusqu'à la mort, certains que nous sommes de. triompher en lui. Et après avoir bien considéré que telle est notre obligation, nous promettons devant la majesté de Dieu et devant sa congrégation , que, moyennant sa grâce et avec toute la diligence dont nous sommes capables , nous consacrerons notre pouvoir tout entier, notre fortune et notre vie à maintenir , à pousser en avant , à consolider la bonne Parole de Dieu et sa congrégation, et que nous ferons tout notre possible pour avoir des ministres jSdèles, qui distribuent purement et simplement au peuple de Dieu l'Evangile et les sacrements de Jésus- Christ. Nous les soutiendrons , les nourrirons et les défendrons, ainsi que la congrégation de Christ tout entière et chacun de sqs membres, selon le pouvoir qui nous en sera donné. Et s'il faut, au péril de notre vie, faire la guerre à Satan et à toute puissance malfaisante, pour délivrer de leur tyrannie la susdite congrégation , nous promettons encore de le faire. Nous adhérons , pour notre propre compte ^ à la sainte Parole de Dieu et à sa saiiite congrégation. Nous renonçons à la congrégation de Satan, avec ses superstitions abominables et son idolâtrie ; et pour preuve manifeste de la haine que nous lui vouons, nous signons ces promesses solennelles en présence de Dieu et de sa congrégation. •
Ce document remarquable, ratifié et souscrit à Edim-
bourg par la noblesse protestante et par tous ceux qui en partageaient les principes , porte la date du 3 décembre 1557.
L'adoption de cette mesure décisive était une déclaration de guerre à l'église dominante , et il s'ensuivit une lutte sanglante, lutte qui était nécessaire peut-être pour délivrer l'Ecosse de la tyrannie papale , mais qui ne tendit guère à développer l'esprit doux et paisible de l'Evangile. C'est depuis ce moment que le corps des Protestants fut connu sous le titre de « Congrégation, * et leurs nobles chefs sous celui de « Lords de la Congrégation. > Pour commencer l'œuvre de la Réforme , ils transmirent à toutes les paroisses des résolutions qui n'étaient que le développement de leur acte constitutif. Ils les invitèrent à user de la liturgie anglicane , à lire les leçons de l'Ancien et du Nouveau-Testament , et à prêcher dans les maisons particulières, en attendant qu'il fût permis à de vrais et fidèles ministres de le faire d'une manière ostensible.
Le clergé papiste surveillait tous ces mouvements dans une vive alarme et une colère non moins profonde. Il sollicita l'intervention de la régente, afin d'arrêter l'action illégale de la congrégation ; mais la régente, craignant d'allumer contre elle l'indignation des Réformés, refusa d'accéder à cette demande. Obligé de renoncer à la contrainte, le primat s'efforça dé diviser les Protestants. Il écrivit au comte d'Argyll une lettre qui respirait la plus grande bienveillance, le suppliant de rompre une association qui ne pouvait que le compromettre, et lui donnant à entendre que, s'il n'écoutait pas ce conseil amical, il s'exposerait aux censures de l'Esglise. Ferme dans ses principes, Argyll exhorta de son
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côté l'archevêque à se garder de toute mesure persécutrice, quoiqu'il Tassurât d'ailleurs que rien ne pourrait le détourner de rendre à son Dieu ce qu'il lui devait. Peu de temps après, le noble comte fut appelé dans son repos, léguant à son fils le devoir honorable de favoriser la prédication du pur Evangile de Christ, et de déraciner les superstitions et l'idolâtrie de l'église romaine.
Le primat , cependant , contentait sa tyrannie en faisant couler le sang innocent ; et ce fut un nomméWalter min qui , le premier, ressentit les effets de sa colère. Autrefois bénéficier de Léman , dans le comté d'Ângus , il avait ét^destitué par Beatoun ; et maintenant qu'il était âgé de quatre-vingts ans passés , on le tira de sa retraite pour le convaincre d'hérésie et le livrer aux flammes. Son martyre , supporté avec l'héroïsme le plus chrétien , excita une horreur universelle. Les Protestants se sentirent toujours plus pressés d'en finir avec l'église dominante, et la régente elle-même exprima ses regrets d'un événement qu'il n'avait pas été en son pouvoir d'empêcher. Les fidèles de la congrégation se plaignirent a elle de la tyrannie de l'Eglise , et réclamèrent sa protection contre les persécuteurs. Ils terminèrent leur mémoire , en demandant : 1** Qu'il leur fût permis d'avoir des réunions publiques et de prier en langue vulgaire ; 2® que , dans leurs assemblées , il leur fût loisible de se faire expliquer les Ecritures par tout homme à qui l'on en reconnaîtrait la capacité ; 3^ que le baptême s'administrât dans leur langue maternelle ; 4® qu'il en fût de même de la sainte Cène , et de plus qu'on la distribuât sous les deux espèces, selon l'ordre de Jésus-Christ; 5® qu'on réformât les mœurs corrompues du clergé , et que la religion tout entière subit une réforme pareille, suivant
382 HISTOIRE DE LA RÉFORMATfON. UV. II.
les préceptes du Nouveau-Testament, les écrits des pères et les pieuses lois de l'empereur Justinien.
La régente reçut avec une apparente bienveillance les demandes et les protestations des Réformateurs ; mais bientôt Tinfluence des Papistes et les intrigues de la France lui firent jeter le masque. Pour le malheur du royaume , elle prît décidément le parti des persécuteurs. En la voyant ainsi fouler aux pieds ses promesses, les Prdlestants comprirent qiïe le moment approchait où ils seraient contraints de défendre à main armée leurs personnes et leurs libertés. Quand le comte de Glencaîm et sir Hugh Campbell , commissaires de la congrégation, se présentèrent devant elle pour la supplier de ne pas maltraiter leurs ministres : <r En dépit de tout ce que vous ferez, > leur dit-elle avec impatience,* < vos ministres seront bannis d'Ecosse, prêchassent- ils comme saint Paul . » A quoi les commissaires repartirent , d'un ton ferme et vif : c Si vous êtes bien résolue de ne pas garder à vos sujets la foi promise , nous nous estimerons déliés aussi à votre égard, et nous vous laissons le soin de réfléchir aux calamités que vous allez appeler sur le pays. *
Ce fut à Perth que la congrégation fit le premier essai de sa force. Nonobstant l'interdit lancé par la régenté, les Réformés y posèrent les fondements de l'église protestante d'Ecosse. En apprenant ce qui se passait, la régente fit intimer à lord Ruthven , prévôt de la ville, l'ordre de dissiper par la force leur assemblée. Et comme Ruthven lui faisait des représentations sur ce qu'il y avait de peu raisonnable à vouloir contraindre les consciences: cVous aussi, j» lui dit-elle, «vous aurez lieu, tout à l'heure , de vous repentir de votre conduite. » Dans sa colère contre les Réformateurs , elle ordonne aussitôt de
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sftkîr Methyen , un de leurs ministres qui avait sa résidence à Dundee, Mais il reçut avis de ce qu'on lui préparait, et il put échapper aux persécuteurs. Les fidèles de Dundee , se trouvant privés de leur pasteur, la régente jugea le naoment favorable, et leur fit adresser l'invitation de reprendre la messe ; mais la Réforme était déjà trop profondément enracinée pour céder a une ordonnance royale. Alors rirritation du gouvernement ne connut plus de bornes. Les principaux chefs de la congrégation furent cités à comparaître devant la régente, au château de Stirling. Craignant les suites de cet appel, les Réformés du voisinage s'assemblèrent pour défendre leurs pasteurs. Ce fut à Perth qu'ils se réunirent. Mais, trompés encore une fois par de belles promesses, ils ne tardèrent pas à se séparer. On avait solennellement juré h Erskine de Dun, que , s'ils se dispersaient tranquillement, il ne serait fait aucune poursuite contre leurs ministres. Cependant, ils ne furent pas plus tôt rentrés dans leurs demeures, que la régente déclara en pleine révolte les pasteurs protestants qui ne s'étaient pas rendus à Stîrling au jour marqué, et défense fut faîte, sous les peines les plus sévères, de leur donner nulle part rhospitalité.
Ce fut au milieu de cette crise redoutable que Knox arriva du continent. Il rejoignit à Dundee les membres de la congrégation , au moment où ils marchaient sur Perth, dans le but de protéger leurs ministres voués à la proscription. Le lendemain du jour où ils furent déclarés rebelles, le 11 mai 1559, Knox prononça, contre les erreurs du Papisme, le plus éloquent et le plus saisissant de ses discours. II exhorta le peuple a demeurer ferme dans la profession de sa foi, pour laquelle peut-être ils
devraient bientôt répandre leur sang. L'enthousiasme qu'excita la prédication du Réformateur dépassa tout ce qu'il en attendait sans doute. L'on ne sait même où l'excitation du moment eût pu conduire ses auditeurs, s'ils n'avaient eu sur-le-champ une occasion de donner cours à l'énergie de leurs convictions. L'on avait remarqué dans l'assemblée un prêtre qui écoutait Knox avec tous les signes du plus profond dédain. Ce prêtre, bravant l'irritation populaire, se meta célébrer la messe en présence même de la congrégation, et déploie solennellement aux yeux de la multitude une de ces reliques papistes que les Réformés détestaient à juste titre. Un jeune homme ayant protesté à haute voix contre cette pratique idolâtre, le prêtre lui assène un coup violent, pour le punir de sa témérité. Alors , le jeune homme prend une pierre, la jette contre une des images et la met en pièces. A cet instant, l'assemblée, enflammée par l'exemple du trop zélé réformateur , assiège l'autel même où le prêtre officiait, et s'occupe à le renverser. Rientôt la ville entière, arrive sur les lieux. En moins de rien, la fouie démolit les couvents des moines noirs et gris, et la magnifique résidence des Chartreux, ou, si elle les laisse debout, ce n'est qu'après les avoir dépouillés de leurs ornements. Les prédicateurs n'avaient nullement encouragé ces excès ; mais il existait parmi le peuple une telle indignation contre la tyrannie romaine, qu'il ne fallait qu'une étincelle pour allumer l'incendie. Quant à Knox lui-même, peut-être ne fut-il pas très-affligé du cours qu'avaient pris les événements, car son opinion bien connue était que l'on ne parviendrait pas à abolir le Papisme, tant qu'on laisserait subsister ses autels et ses reliques.
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D'autres localités suivirent l'exemple de Perth. A Gu* par, un prêtre, désespéré du dégât qu'avait fait la congrégation» dans le temple où il officiait, s'arracha, dit-on, la vie.
Il est à remarquer toutefois que, nonobstant leur zèle contre les reliques de la papauté, et malgré la fureur avec laquelle ils les détruisaient , les Protestants de la congrégation demeurèrent nets de toute effusion de sang ; circonstance mémorable dont les plus chauds défenseurs de l'église romaine ont dû reconnaître la vérité, c Au plus fort de Ipur puissance , ils ne bannirent que très-peu d'individus pour cause de religion; le nombre de ceux qu'ils mirent en prison fut moins considérable encore, et ils n'en firent mourir aucun. * (1) Ainsi parle Leslie, évéque de Ross. Ennemi de Knox , il avait plutôt intérêt à flétrir l'œuvre de la Réforme , et son témoignage est d'un très-grand poids.
Cependant la guerre civile allait décidément éclater. Les scènes violentes de Perth et de Cupar exaltant le ressentiment de la régente, elle résolut de venger d'une manière signalée les insultes que la congrégation faisait à son gouvernement. En conséquence , elle rassemble dans ses domaines la portion des troupes de la noblesse qui lui étaient dévouées ; elle leur adjoint l'armée française ; et, mettant à leur tête l'ancien régent , le duc de Hamilton, elle marche contre la ville de Perth, décidée à la détruire de fond en comble. Dès que la congrégation eut appris les préparatifs que faisait la régente , elle compta ses forces et s'assura qu'elle était parfaitement en état de se mesurer avec celles du gouvernement. Les
• (i) Leslib. de relhiû GêrUis Scatorum, lib. X, p. $27.
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Réformés se décidèrent néanmoms à demeurer sur la défensive ; et dans le bnt d'éviter les horreurs de la guerre, ils protestèrent de leur fidélité à la régate , lui rappelèrent les services qu'ils lui avaient rendus jadis, déclarant en même temps que rien au moïKle ne les ferait renoncer à leur religion et à leur liberté. Ils écrivirent au général finançais, pour le détourner de prêter main forte aux prêtres contre le peuple, et ils lui représentèrent combien il compromettait i^ int^êts de soa roi, en prenant parti dans cette querelle. Ils n'oublièrent pas non plus de réclamer de la noblesse l'appui qu'elle devait au bon droit. Quant au clergé , ils ne ménagèrent ni ses funestes doctrines, ni la dépraTatton de ses mœurSy ni son intolérance.
€es énergiques remontrances ne forent pas sans ef-^ fet. Elles donnèrent à penser à la noMesse ; le général français hésita ; le clergé prit l'alarme ; la régente seule demeura ferme en son dessein. Elle envoya donc un message aux lords de la congr^ation réunis à Perth , pour savoir d'eux dans quel but ils y avaient assemblé une armée. A quoi ils répondirent qu'ils y étaient Tenus défendre leurs amis et protéger la ville ; que si la régente, cessant de poursuivre les Protestants , laissait à la Réformation son libre cours, ils étaient prêts à reconnaître son autorité royale.
Les messagers de la régente, touchés nies dispositions que manifestaient les Protestants, promirent de plaider leur cause; mais tout ce qu'ils purent dire fut inutile. La reine inexorable fit sommer tous les étran* gérs <ie qiiiltér la ville immédiatement, s'ils ne voulaient pas subir le sort des révoltés ; mais, à ce même instant, le comte de Glencaim^ qui avait dû finre un long cirouit
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pour éviter les troupes du gouvernement, entra dans la nJace avec douze cents chevaux et treize cents fantas- Cefutellequîse'HfRÏ?.^ '^ régente changea de ton. gociatîons ; mais il n'était plus^lêfiT^^.à presser les nétenant affaire à une armée de sept mille homfûWvaînvivement exaltés par les maux qu'ils avaient soufferts, comme par les menaces et le caractère déloyal de leur souveraine. Rien ne semblait devoir arrêter plus longtemps une lutte désespérée, lorsque le prieur de Saint- André et le comte d'Argyll, deux des messagers que la régente avait envoyés auprès de la congrégation, obtinrent des chefs protestants un traité qui , signé le 29 mai, stipulait que les deux armées seraient licenciées et la ville ouverte aux troupes du gouvernement; que ses habitants ne seraient point inquiétés au sujet de leur changement de religion ; que nul Français n'entrerait dans la ville et ne pourrait s'en approcher à plus de trois milles; qu'en se retirant de Perth, la reine n'y laisserait aucune garnison française; enfin, que toute controverse serait suspendue jusqu'au prochain Parlement.
La tranquillité fut ainsi rétablie ; mais c'était un calme trompeur. Le 30 mai, la régente fît son entrée à Perth avec le duc de Hamilton, le général français et une garde composée de soldats étrangers. Ces derniers célébrèrent l'entrée de la reine par une décharge de mousqueterie ; et, dirigeant leurs armes sur la maison de Patrick Murray, un des Réformateurs les plus actifs, ils tuèrent son fils aîné. Cet acte, aussi lâche que cruel, répandît la terreur dans toute la ville ; les malheureux parents du jeune homme étaient inconsolables. Quand on présenta son cadavre à la régente, elle dît, avec le phis
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grand flegme, qu'il y avait lieu de déplorer €[ue cet accident fut arrivé au fils et non pas au père- Du resje^^tojV ce qu'elle fit, pendant son séjour^^P^-*\^^ij^j^^ ^^^^î
au même coin ^ ^(è^u'elle avait juré solennellementjjjlf&qoes-uns même de ses courtisans se permirent de le lui représenter ; mais elle répondit froidement qu'elle ' ne se croyait point tenue de garder la foi aux hérétiques. On conçoit qu'une conduite si odieuse dut lui faire perdre entièrement la confiance du peuple, et la vouer pour toujours au mépris des Protestants-
Le prieur de Saint-André et le comte d'Argyll se retirèrent avec dégoût de ses conseils , et se consacrèrent dès ce moment à la cause de la Réforme. Elle eut beau leur ordonner de revenir à la cour; rien ne put les ébranler. Pour justifier leur démarche, ils lui reprochèrent en termes mesurés le manque de foi dont elle s'était rendue coupable. Après avoir ainsi déchargé leur conscience devant la régente, et avoir montré qu'ils étaient prêts à braver sa colère, ils convoquent à Saint- André les chefs de la Réforme, pour conférer avec eux sur ce qu'il y avait à résoudre dans une crise si sérieuse.
Ils les informaient, en même temps, que la régente était à Falkland avec ses troupes françaises, qu'elle méditait la destruction de Saint-André et de Cupar, et que si l'on ne prenait de promptes mesures, les églises du comté de Fife étaient, sans exception, menacées de leur ruine. Il y avait d'ailleurs tout lieu de croire que la régente méditait de livrer le pays à la France, à cette France dont les conseils étaient depuis si longtemps une nàalédiction pour l'Ecosse*
Ce fut alors que Knox se montra dans toute la gran-
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deur de son noble caractère. Les derniers actes du gouvernement, par leur indignité même, lui parurent comme le gage d'une délivrance prochaine. Il salua de tout son cœur l'accession de Stewart et d'Argyll dans les rangs de la Réforme. Il déploya toute son éloquence à plaider auprès de ses concitoyens la cause de la liberté civile et religieuse. Il leur conseilla hardiment de ne plus mettre aucune confiance dans les promesses de la reine, et de ne pas demeurer en repos tant qu'on ne se serait pas débarrassé des troupes et des intrigues de la France.
Les appels de cet homme énergique firent un effet prodigieux. A Grail, à Ânstruther et à Saint-André, les édifices appartenant à l'Eglise ne formèrent bientôt que des monceaux de ruines. Les hostilités recommencèrent des deux parts, et à plusieurs reprises. Chaque fois, les armées du gouvernement rouvraient les négociations, signaient des traités de paix et les violaient peu après. A la longue, hélas! les Réformés apprirent aussi à se jouer de leurs engagements.
Enfin, par un acte en due forme, ils prononcèrent la déposition de la régente ; et dès ce moment, elle cessa, pour eux, de gouverner, bien qu'elle conservât son titre jusqu'à l'heure de sa mort (10 juin 1560). Les fautes de son administration, fautes qui entraînèrent l'Ecosse dans une foule de calamités, eurent pour cause l'influence française, plus que la perversité de son caractère. Ses derniers moments ne fiirent pas sans édification pour les âmes pieuses. Ayant fait venir les chefs du parti protestant, elle leur témoigna la vive douleur que lui inspiraient les maux du pays ; elle les conjura de faire tous leurs efforts pour rétablir la paix publique ; leur conseilla de renvoyer les troupes françaises et anglaises ; demanda
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pardon k ceux qu'elle avait offensés, lès embrassa l'un après Tautre et, fondant en larmes, elle leur dit adieu. Ce qui vaut mieux encore, elle lit venir Willocks, un des prédicateurs protestants, et lui exprima jusqu'à son dernier soupir la confiance qu'elle mettait dans les mériter de son Rédempteur.
Avant la maladie de la rme régente, les lords de la congrégation étaient entrés en pourparlers avec Elisabeth d'Angleterre, et avaient reçu d'elle des subsides en hommes et en argent. Peu après la mort de la régente, il se conclut entre l'Ecosse, l'Angleterre et la France un traité qu'on peut envisager comme la base politique de l'égiise protestante d'Ecosse.
€ Tout office important fut interdit aux étrangers. La régence en particulier ne pouvait dans aucun cas écheoir à des personnes que leur position rendait plus ou moins dépendantes de la France. Et, si les armées anglaises , aussi bien que les autres , durent évacuer le territoire écossais, il était évident que l'influence anglaise y de^ mcurait prépondérante. (1) ^ Aussi, quoique le traité ne fit guère mention des droits des Protestants, ceux-ci virent aisément les avantages qu'il leur procurait. D'ailleurs, il leur était bien permis d'envisager comme gagnée , une cause qui avait généralement triomphé dans les cœurs.
Ainsi se termina une guerre civile qui se flit peutrétre prolongée bien plus longtemps, sans les secours qu'accorda la reine Elisabeth aux lords de la congrégation.
(1) D' Cook's Hislory of ihe ReformalUm in Scotiand, etc., vol. U, p. 312.