‹ Histoire générale de la réformationChapitre 78 sur 80 · WO · texte numérisé non relu

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Lcs rares documents dont l'antiquité nou^ a faits dépositaires , permettent de conclure que l'Irlande reçut de très-bonne heure quelques rayons de la lumière éyangélique. Au second siècle de l'ère chrétienne, sous le règnedu roi Conne, nous la voyons déjà envoyer des nii^sionnaires pour annoncer les doctrines du salut en d'autres contrées. Parmi eux , Cathalagus pccupe une place distinguée. Il porta ses pas jusqu'en Italie , op il Revint évoque 46 Tarente et plus tard le saint patron de celte ville. Daps les écrits d'Irénée, évêquç de Lyon , l'an 200 de Notre Seigneur, il est fait mention d'églises fondées au sein des peuples celtiques ; etTertuUien, Adversiis Judœos^ nous dit que Jésus-Christ avait établi son empire dans la portion même des Iles-Britanniques dont les Romains n'avaient point encore approché. Quoi qu'il en soit, rien n'atteste* que l'Evangile ait été porté en Irlande par des agents de Rome; mais, au contraire, tout montre que, durant plusieurs siècles , le peuple irlandais sut résister aux em-

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piètements du siège pontifical, et qu'il nourrissait une haine prononcée pour tout ce qui venait de cette source.

Longtemps avant l'arrivée de saint Patrick , l'Irlande chrétienne suivait, dans son culte, les formes des églises d'Orient ; et quand ce prêtre , au nom duquel se rattachent maintenant tant de superstitions, voulut exercer une certaine autorité sur l'église irlandaise , Iber , le fondateur du collège de Leinster , lui dit ouvertement que jamais le peuple irlandais n'avait reconnu la suprématie d'un étranger.

Le premier missionnaire venu de Rome en Irlande fut Palladius, dont la chronique de Prosper parle en ces termes : ce Palladius, premier évêque, est envoyé par le pape Célestin aux Ecossais (ou Irlandais) qui croyaient en Christ, mais non pas de la bonne manière. » Sa mission échoua totalement , c'est-à-dire que le peuple refusa de recevoir les dogmes romains. Hume lui-même reconnaît que c les Irlandais demeurèrent longtemps attachés à la doctrine de leurs premiers instituteurs, déclinant absolument l'autorité du siège de Rome. » Cette période de l'histoire du christianisme en Irlande s'étend du second au douzième siècle.

On peut voir, dans les antiquités monastiques deGrose, combien il est probable que l'Irlande i*eçut l'Evangile des Grecs et non des Romains, c Je soupçonne fortement, » dit le docteur O'Halloran , catholique-romain très-versé dans les antiquités ecclésiastiques, c que nos ancêtres furent instruits par des missionnaires d'Asie ou d'Afrique, tout au moins par des Espagnols, leurs disciples. Ce qui me le fait croire , c'est qu'ils suivaient strictement les coutumes orientales, pour ce qui tient, par exemple, à la tonsure et au temps de la Pàque. Quoi qu'il en soit,

on ne saurait douter que Patrick n'ait trouvé en Irlande une hiérarchie toute établie. >

Bien plus, il y a maintenant , parmi les érudits, des doutes fort sérieux sur la véritable origine de la mission de Patrick en Irlande. Rome se vante de la lui avoir conférée , et toutefois rien n'est moins prouvé. En contestant y à plus d'une reprise , là validité de l'épiscopat irlandais , Rome a dit elle-même que l'ancienne église de ce pays ne se rangeait pas sous sa juridiction. Jusqu'au XIP siècle , les évêques et les anciens d'Irlande vivaient dans le mariage; la liturgie dont ils usaient ne renfermait pas le service de la communion adopté par Rome ; ils n'avaient ni la confession auriculaire , ni l'absolution du prêtre ; on ne savait pas , en Irlande , ce que c'était que de payer la dîme au saint-siége , d'invoquer les morts ou de prier pour eux ; il n'y avait pas même de service mortuaire régulier; on n'imaginait pas la doctrine de la transsubstantiation ; on rejetait l'adoration des images ; la Cène du Seigneur, enfin, s'administrait sous les deux espèces, et on l'appelait, comme dans les temps firimitifs, la communion du corps et du sang de notre Seigneur et Sauveur. L'archevêque Usher a démontré tous ces faits d'une manière irréfragable.

L'histoire établit aussi, avec une assez grande évidence , que l'Irlande eut pour premiers bienfaiteurs un ordre respectable de ministres ou de chrétiens , connus sous le nom de Guldies , qui n'avaient aucune relation avec Rome. Un de leurs hommes les plus distingués fut ce Columba , ou saint Columb-Kill , qui travailla puissamment à répandre l'Evangile dans son pays et sur les côtes voisines de l'Ecosse et de l'Angleterre.* De brillantes qualités , accompagnées d'un zèle infatigable et d'une haute

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éloquence , firent à Columba la réputation d'un apôtre. Des talents si distingués étaient un peu à l'étroit dans l'intérieur d'un cloître; aussi fut-il appelé à l'administration des affaires publiques. Il eût été vraiment miraculeux que , dans une position si périlleuse , il n'eût commis aucune faute , et c'est ce que ses biographes ne prétendent pas (1). Il mourut à lona, l'an 597, à l'âge de 75 ans. Bède dît que les disciples de Columba ne suivaient pas de règles bien fixes quant à l'observation de la grande fête, par -la raison que, séparés comme ils l'étaient du monde entier, personne ne leur avait communiqué les décrets des conciles sur la Pâque ; en sorte qu'ils se bornaient à pratiquer les œuvres dp charité et de piété, selon les écrits des prophètes, des évangélistes et des apôtres. C'est-à-dire , qu'au témoignage de Bède , l'Irlande ne renfermait, au VP siècle, que de simples chrétiens de la Bible.

« Pendant environ 700 ans, > dès cette époque, c l'église irlandaise sut défendre son indépendance. Elle n'avait aucune relation avec celle d'Angleterre, et, sur des points importants, elle se distinguait également de Rome. Mais la première chose que fit Henri II , fut de réduire l'église d'Irlande sous la domination du pape. Il réunit à Cashel, en 1172, un synode irlandais, et il obtint, à force d'intrigues, ce qu'il désirait. Ainsi finit l'ancienne église d'Irlande et commença la tyrannie romaine. Terrible apostasie , qui eut pour effet une suite de calamités sans égales dans Thistoire, Depuis les jours de Patrick jusqu'au synode de Cashel , un brillant soleil avait éclairé

(I) Outlines of the History ofuhe Caiholic Church in freland^ by D» Murray, Dean of Ardah, 1842.

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rirlande ; maïs à dater de ce malheureux synode jusqu'à maîuteoant, quelles ténèbres et quelle longue tempête (1) ! > Grâce à l'argent et aux armes des Anglais, le souverain pontife parvint à établir son autorité dans une île , qui est devenue un de ses plus forts boulevards.

Si du moins on avait pris les mêmes peines , tout en employant d'autres moyens, pour amener Ilrlande à la foi protestante. Pendant trois siècles, les missionnaires de Rome et les soldats de TAngleterre n'avaient cessé d'y étendre et affermir le Papisme, lorsque Henri VIII réclama l'entière souveraineté de ce pays, et que, du consentement de la noblesse irlandaise, il fut proclamé « roi d'Irlande et chef suprême de l'Eglise. » De 1540 h 1542, beaucoup de chefs de clans, les Desmonds, les O'Connors, les O'Dunnes , les O'Donnels, les Mac-Mahons, les O'Neils, les O'Briens, les O'Mores, les O'Rourkes, les Mac-Donnels, et les Mac-Williams, par acte public signé de leurs mains, répudièrent la primatie et l'autorité de l'évêque de Rome, s'engageant à repousser toute tentative qu'il ferait, lui ou ses agents, pour se maintenir. Ces chefs furent suivis par d'autres d'un moindre rang; en sorte que, du nord au sud, et de l'est a l'ouest, le pays tout entier parut s'être rangé de cœur au gouvernement et à la religion de Henri. Quelques-uns cependant lui refusaient le titre tle roi d'Irlande, d'autres celui de chef suprême de l'église; mais, par sa fermeté et par sa politique, le monarque anglais sut enûn s'attacher et les seigneurs et le peuple ; heureux les uns et les autres d'échapper, sous son égide, à l'orgueil et à l'usurpation d'une cléricature ambitieuse. Ce fut parle même motif

(2) aOriêcolVs Viewi oflnland, vol. H, p. 85.

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qne Tlrlànde prit Kôti parti de la suppression des monastères , sans compter la part que beaucoup de gens eurent à leurs riches dépouilles.

En attendant, la Réforniation, au vrai Sens de ce mot , ne fit alors que de bien faibles progrès, c Lorsque Henri VIII, » dit Mosheim, c eut aboli le pouvoir pontifical et se fut constitué le chef saprêftie de Féglise anglicane , George Ôrown , moine anglais, que le roi avait , en 1535, créé archevêque de Dublin, se mît à purger les églises ôe leurs images , de leurs reliques et de leurs rites superstitieux. Il se donna tant de mouvement, que rirlande reconnût la suprématie dû roi. Aussi, bientôt après , celui-ci chassa-t-il les moines et détruisit-il leurs maisons. > A en juger par le sort que Brown subit plus tard , on ne saurait douter que son zèle contre le Papisme n'ait été aussi vrai que fervent. Mais , hélas ! que fut , après tout , la Réformation de Ttrlande sous Henri VIII ? Rien de mieux qu'en Angleterre : l'autorité royale tranchant les questions religieuses ; la suppression des monastères ; après quoi les doctrines de Rome , ou à peu près, et nul changeinent essentiel dans la foi de la multitude.

Sous le règne d'Edouard VI, la Réformation fit cependant quelques progrès en Irlande. L'an 1551 , sir Anthony St-Leger, lord-lieutenant, fut chargé par le roi de remplacer le rituel de la tnesse par la liturgie anglicane. Ayant à cet effet convoqué l'assemblée des évoques et du clergé , ses ordres rencontrèrent une vive opposition. Dowdall, primat d'Irlande, se montra le plus furieux de tous ; mais le gouverneur tint ferme, et le jour de Pâques on commença le service anglican dans la cathédrale deDUblin. L'archevêque Brown officiait, et en récompense du

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secours qu*il avait prêté aux vues du monarque, la primatie fut enlevée au siège d'Armagh et transférée à celui de Dublin.

Là-dessus , Dowdall se retira sur le continent , et 600dacre, protestant décidé, obtint l'archevêché devenu vacant. Un homme de même trempe. Baie, fut promu au siège d'Ossory, où il rendit d'éminents services, en proclamant les doctrines de la Réformation et en flétrissant les abus et les désordres de l'église de Rome. Il eût obtenu certainement de grands résultats en Irlande, s'il lui avait été donné d'y prolonger ses travaux. Mais la mort à jamais déplorable du roi Edouard vint renverser les espérances qu'avaient fait concevoir ses plans de réforme religieuse, et Baie, en particulier, se vit forcé de fuir en pays étranger.

Sous le sceptre tout catholique de Marie, la sœur d'Edouard , il fallut peu d'efforts pour réintégrer l'Irlande en son état précédent. Le premier acte du gouvernement fut d'accorder aux Irlandais le libre exercice de la messe, mais sans contraindre à la célébrer ceux qui n'approuvaient pas les cérémonies romaines. Puis , la reine rappela Dowdall de son exil volontaire ; elle le rétablit dans le siège d'Armagh et lui conféra la primatie sur tous les évêques d'Irlande. En 1554, elle dirigea un procès contre le bon archevêque Brown , de Dublin, par la raison qu'il s'était marié, et le procès eut pour issue l'expulsion de ce digne prélat. Quatre autres évêques protestants, coupables du même crime, subirent un pareil sort. Quant à Baie, je viens de dire qu'il n'attendit pas qu'on lui fit rendre compte de ses hérésies devant la commission instituée à cet effet.

Ces mesures spéciales ne tardèrent pas à en amener

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d'une autre nature. Déjà au mois de juin 1556, un Parlement déclara criminelle la profession du Protestantisme; et si l'Irlande ne vit pas, dès ce moment, les scènes de sang qui souillèrent le sol britannique, c'est qu'on avait trop à faire ailleurs, et plus près de soi. Voici toutefois un récit qu'on trouva dans les papiers de Richard, comte de Cork, et qui prouve que l'Irlande n'était pas oubliée. On y voit aussi par quelle singulière circonstance elle fut préservée des maux qui la menaçaient.

c Sur la fin de son règne, la redoutable Marie conféra au docteur Cole , enragé bigot , les pouvoirs nécessaires pour faire exécuter en Irlande les ordonnances papistes, comme on l'avait fait en Angleterre. Arrivé à Cbester, il reçut la visite du maire, qui s'empressa de rendre ses devoirs au commissaire de Sa Majesté. Pendant l'entretien, le docteur tira de sa valise une bourse de peau qui contenait ses pouvoirs, et en la montrant au maire : c Voici, > dit-il, de quoi fustiger les hérétiques d'Irlande.» La femme de l'auberge, bonne âme qui avait du penchant pour le Protestantisme , et dont un frère, nommé John Edwrards, était protestant et habitait Dublin, fut vivement efifrayée des paroles du docteur. Epiant une occasion favorable, elle profite du moment où le haut commissaire reconduisait son hôte jusqu'à la porte de la rue, pour enlever de leur étui les lettres-patentes, et elle les remplace lestement par un jeu de cartes avec son enveloppe. Le jour suivant, notre docteur continue sa route, et, favorisé par le plus beau temps, il arrive à Dublin le 7 octobre 1558. Bientôt on le voit paraître au château ; et après avoir exposé au lordFitzwalter, gouverneur de l'Irlande, le but de sa mission, il lui remet pompeusement son petit coffre. On l'ouvre, et, au grand étonnement de tout

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le Inonde, on n'y trouve qu'un jeu de càrtfes , à^e'c lé valet die trèfle en évidence. Jugez quelle rumeur, et la peine inutile que prit le commissaire royal pour s'expliquer à lui-même cette étrange métamorphose, c C'est

> bien , lui dit le gouverneur, procurei-vbus tihe attiré

> commission, et nous battrons les cartes. > Colë repartit pour l'Angleterre, obtint de nouveaux pouvoirs j niais comtne il attendait Sur les côtes un vent favorable, il apprit la mort de la reine. Ce ftit aiilsi que Dlfeu protégea les Protestants d'Irlande. > Lord Fitzwalter raconta, diton, cette histoire à Elisabeth ; et la reine en fut si enchantée, qu'elle fit appeler la femme de Chester, nommée Elisabeth Matterschad , et qu'elle lui assigna uhë petision de quarante livres sterling.

Dès le commencement du nouveau règne, on rapporta là plupart des règlements ecclésiastiques de Marie. Mais ce ne fut guère âvaht le mois de mai 1559 , qu'on prit des mesures directes pour favoriser la Réforme en Irlande. On ordonna d'effacer toutes les peintures qui Couvraient les murs des deux cathédrales de Dublin , et tih les remplaça par des passages de la Sâinte-EcritUre. On en fit autant des ornements divers qui rappelaient lé Romaniânle. Vers la fin du mois d'août, le rituel dé la messe fiit remplacé par la liturgie anglicane.

Èh Irlande cotadae ailleurs, cette opération fournit des preuves manifestes de l'imposture romaine. Mosheim raconte l'histoire d'une ihiage de iésus-Clirist qui suait le sang en certaines occasions, et l'on (iécouvrit que c'était au moyen d'une éponge qu'on y aVait adroitement insinuée. L'archevêque prêcha feur ce texte de l'Ecriture : « Dieu leur enverra efficace d'erreur, afin qu'ils croient i au mensonge. > Mais l'Irlande était trop en arrière dans

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la cîvîlisatibn |)btir retirer de ce fait toute llïisttlictidn désirable. Il n'eti fiit pas de mêtnë eh Angleterre. La (juestioti des iîuages s'y débattait alors. Elisabeth, sans y Mettre un très-haut intérêt, penchait plutôt pour qu'on laissât subsister ces objets de là vénération publique. Mais queind Parker lui eut mohtré la lettre où Tarchevéque de Dublin racontait toute celte affaire, elle comprit qu'il fallait en finir avec une telle superstition, non-seulement a cause de l'idolâtrie qu'elle recelait, mais encore à raison des facilités qu'elle offrait aux superche* ries du clergé.

Durant les premières années du règne d'Elisabeth, le peuple irlandais parut adhérer unanimement au Protestantisme. Le clergé papiste rompit tous ses liens avec Rome comme par magie, et il se conforma, presque sans 0{ipdsition, au rituel anglican. La grande masse de là population suivait tranquillement le culte réformé. Elle faisait une proffeSsioii tacite de conversion à la foi évan- ^ëlique. Si bien qu'on eût pu croire que le Papisme et le Protestantisme étaient une seule et même fchose; car il rie paraissait importer à personne d'être catholique ou réformé.

Ce calme trompeur ne dura toutefois qu'une dixaine d'années. Rome, se réveillant de son sommeil, finît par envoyer eii Irlande des jésuites d*une adresse consommée, entre autres Saunders et Allan. Leur tâche n'était pas d'ailleurs fort difficile , c'était la politique Seule <Jtli avait agi sur les Irlandais. L'édifice religieux du Protestantisme, simple échafaudage, ne reposait pas s\it le fondement d'une instruction approfondie, et il fa'étâit jpâs, cbmme eh d'autres lieux , soutenu par les bras nerveux d'Un Luther, ou d'Un Rnox. L'action des lois n'avait pas

eu la puissance de déraciner des erreurs et des superstitions trois fois séculaires. Rome, d'un autre côté, se montra peu scrupuleuse dans le choix des moyens qu'elle employa pour regagner ses enfants. Une révolution si rapide , opérée moitié par la crainte , moitié par l'intérêt, ne put résister à une épreuve pour laquelle on l'avait si mal préparée. La réformation de l'Irlande n'était que nominale ; le Papisme, au contraire, y était réel. Lorsque le pouvoir d'Elisabeth se vit menacé par l'Espagne ; lorsque les jésuites eurent proclamé hautement son excommunication et sa déposition par le pape , qu'ils eurent déclaré nuls et sans effets tous les actes de son gouvernement, soit au civil, soit au religieux, à raison de son hérésie, la grande majorité du peuple Irlandais, conduite par des chefs puissants et résolus , retourna de grand cœur dans un bercail d'où il n'était sorti qu'à regret et pour la forme.

Il est plus qu'étrange de voir des gens sensés s'étonner de la marche que prirent alors les événements. On n'avait rien fait pour développer l'esprit public dans le sens du Protestantisme ; la masse du clergé éprouvait peu de sympathie en faveur des principes de la Réformation ; il n'en fallait pas tant pour ramener toutes choses à leur premier état. Il suffisait d'une certaine mesure de zèle de la part de Rome , des punitions qu'on infligeait à ceux qui refusaient de suivre le culte réformé, enfin d'événements politiques propres à favoriser la haine des Irlandais contre l'Angleterre, et celle des ecclésiastiques contre les doctrines et les auteurs de la Réforme. Toutes ces circonstances exercèrent à la fois leur influence, et c'est ainsi que la Réformation de l'Irlande se vit étouffée dans son berceau . Pendant trois siècles , l'Angleterre

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usa de son pouvoir pour river les fers que la tyrannie romaine voulait imposer à cette malheureuse Irlande. Le gouvernement britannique avait réussi, au-delà même de ce que le prince du mensonge pouvait désirer. Ce fut en vain que, plus tard, on se flatta de supplanter la puissance papale par des édits royaux ; en vain qu'on espéra de voir un peuple ignorant et superstitieux se contenter , à jour nommé , des formes simples et spirituelles du culte évangélique. S'il y eut d'abord quelque soumission , soumission provoquée par des moyens factices , un temps devait infailliblement arriver oii l'on verrait que tout cet échafaudage péchait par la base et qu'il ne pouvait que s'écrouler. Ce temps fut celui où l'Irlande mit en question les droits de l'Angleterre, où les intrigues de la cour romaine reprirent de l'activité, et où, par une conséquence immédiate, le renversement de l'église établie fut aussi soudain qu'en avait été le triomphe apparent.

Le fait est que le vrai Protestantisme doit reposer sur des principes solides et sur la connaissance des Ecritures. Il ne faut rien de moins pour qu'il résiste aux artifices et aux anathèmes de Rome. Le Protestantisme de Henri VIII et d'Elisabeth en Irlande, conception politique plus encore que religieuse, n'était pas né viable; aussi figure-t-il dans l'histoire de ce pays comme une page qu'on y aurait intercalée, et qui n'appartient pas au livre même.

Si l'église nationale protestante d'Irlande eût fait tout son devoir ; si elle se fut appuyée beaucoup moins sur le bras de l'homme et beaucoup plus sur les armes spirituelles de l'Evangile , il est permis de croire que les résultats eussent été quelque peu différents. Ce qui de-

]aimre v^ai, p'est qu'après avoir pu traYaî^^^, pendant trpjç siècles , à délivrer cette cpntrée dn jpug romain , réglise établie la possède an mênje état pu la troflyèrent Henri pt Elisabeth^ lorsqn'ils se déclarèrenit les chefs snprêmes ^e l'église d'Irlande (1).

Il e§t fpr|; loin de jqa^ pensée, assnrénient, de parler en ternies dés^vant^^gen:^ du clergé pf*otestan|; de cette église. Il a eu , paripi ses docteurs , des bpmme^ dont tontes les églises se seraienj; honorées, et jamais peutêtre il ne fn/: inieux coniposé que de nos jours. Cela n'/empêche pas que la Réformation n'ait misérablement échoué en Irlande, et si ce malheureux pays doit un jo^r secouer |a tyrannie romaine, ce ne pourra être, sous la bénédictijw de Dieu, qu'au moyen d'instruments nouveau}^ , ou du moins par l'adoption d'un nouveau plan d'opérations. Des individus du plus beau caraptère s'y tronyent actuellement engagés dans la lutte avec le Bomanisme; mais, contrariés par des forces d'une nature différente, au lien de porter la guerre dans le camp ennemi, p'est tout ce qu'ils peuvent faire que de garder les portes qu'ils occupent.

Toi)t ami du genre humain pe peut que former les vœux Jes plus ardents ponr le succès des hommes courageux qui ont à cœur l'entier affranchissement de l'ïrlander C'est un pays magnifique, mais désolé. La puissanpe d'une funeste superstition paralyse ses meilleures tendances. Aussi longtemps qu'on le verra l'esclave d'une ^Jéricatnre vénale, il ne saurait se réchauffer aux

(1) Cette as^rUoa p^r^ljt ex^géréo SiU premier sbùvi ; ai^s 'û faut pour en reconnaître I^ triste vérité , se souvepir que les Protestants d^Irlande sont tous, ou peu s'en faut, d'origine anglaise pu écos-

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rayons du soleil de la justice, ni jouir d'une véritable indépendance. Que le Seigneur daigne bénir tout ce qui, dans le véritable esprit de l'Evangile et en dehors de toute influence politique, s'entreprendra pour y répandre les purs principes de la Réformâtion ! Que l'esprit de sa foi primitive vienne réveiller l'énergie du peuple irlandais, et lui apprendre à rejeter un joug qui n'est pas moins humiliant parce qu'il est volontaire ! Puisse un autre Knox être donné à l'Irlande, et que sa parole, irrésistible et puissante comme les flots de la mer, couvre et balaie toutes les impuretés qui souillent cette contrée!

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