‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 101 sur 218 · Arch. M.-É., yoI. 112, p · texte numérisé non relu

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sence, sont des envoyés que le roi de Siam a fait partir de son royaume, pour vetlir en France prier vos ministres d'Etat de les aider de leur crédit, afin d'obtenir de votre Majesté ce que ce Prince souhaite avec tant d'empressement. Ils viennent de s'en expliquer avec M. de Seignelay €t M. de Groissy, et ils s'en reposent sur eux pour en informer Votre Majesté, trop heureux d'avoir trouvé une occasion si favorable de lui présenter leurs très humbles et très profonds respects. »

« Ces mots achevés, ajoute l'orateur, je fis une révérence profonde.

« Le roi eut la bonté de me dire : « Assurez ces Messieurs que je suis ravi de les avoir vus et que je ferai pour le roi de Siam, mon frère, avec beaucoup de plaisir, ce qu'il pourra désirer de moi. » En suite de quoi, il continua son chemin pour aller à la messe.

« On les fit assister en spectateurs au diner du roi, qui •ordonna à leur interprète de bien leur expliquer toutes les curiosités du jardin et du palais, et de les amener & Versailles, le mardi suivant, pour voir l'opéra de iïoland, » Ce second ordre ne laissa pas d'embarrasser M. Vachet, qui jugeait fort peu ecclésiastique d'aUer au théâtre, et de plus redoutait le scandale que le spectacle pouvait produire sur les Siamois, étrangers aux coutumes d'Europe et enclins à leur donner une mau* vaise signification plutôt qu'une bonne. Dans son incertitude, il interrogea le supérieur du Séminaire des Mission&-Etrangères,qui se montra aussi perplexe que lui, et il fut résolu qu'on s'adresserait à M. Tronson, le grave et saint supérieur de Saint-Sulpice. Celui-ci n'y trouva aucune difficulté, et « répondit tout net que M. Vachet ne devait avoir aucune répugnance à obéir au roi en ce point. »

Des conférences se tinrent ensuite entre les ministres et les envoyés ; ces derniers affirmèrent le très \ii désir

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de leur souverain de recevoir une ambassade française et de conclure un traité de commerce ; sur la question religieuse, ils furentmoinsafttrmatifs, tout en prodiguant les éloges aux missionnaires.

Ils furent écoutés avec d'autant plus de faveur qu'ils étaient aidés par les circonstances. En Asie, BourrcaD- Deslandes avait installé un comptoir à Siam, au nom de la Compagnie des Indes Orientales, et faisait le plus brillant tableau des gains obtenus par les Anglais et les Hollandais. Martin venait d'inaugurer le développement de Pondichéry.

En Europe, Louis XIV songeait à rétablir l'unité catholique dans son royaume par la révocation de l'édit de Nantes; il lui parut logique de travailler à la conversion d'un prince asiatique ou à colle de ses sujets, et, en môme temps, à la ruine de la Hollande. La France, en èfTet, était à la veille de la guerre contre la ligue d' Augsbourg, dont Guillaume d'Orange était l'ïnstigalour et la« république calviniste le foyer. Or, la Hollande devait une grande partie de sa prospérité au magnifique empire colonial qu'elle avait su conquérir. Ruiner ou prendre ses comptoirs, lui fermer l'accès des contrées à épîces, briser son monopole, c'était la frapper au cœur. Louis XIV se décida donc aisément h entreprendre une expédition, à laquelle le poussaient la sincérité de sa foi. l'ardeur de son ambition, la gloire et les intérêts de la France.

Lechevalier deChaumont, gentilhomme d'unedesplus vieilles familles de France , protestant converti , capitaine de vaisseau et major général des armées dans le Levant, fut nommé chef de l'ambassade française ; un ambassadeur en second lui fut adjoint, l'abbé François Tiraoléon de Choisy, que les conseils de l'amitié et la crainte de la mort avaient arraché à une vie plus que légère. Un certain nombre de gentilshommes et une escorte

d'honneur devaient les accompagner, ainsi que trois prêtres des Missions-Etrangères, MM. Basset ^ , Manuel * et Vachet qui naturellement ne les quittait pas et plusieurs Jésuites savants mathématiciens.

Une instruction rédigée par Seignelay, et remise au chevalier de Chaumont, débutait par ces mots :

« Le principal objet que Sa Majesté a eu, dans la résolution qu*elle a prise d'envoyer un ambassadeur à Siam, estrespérance que les missionnaires ont donnée de Tavantage que la religion en retirerait et les espérances qu'ils ont conçues sur les fondements assez vraisemblables que le roi de Siam, touché des marques d'estime de Sa Majesté, achèverait, avec l'assistance de la grâce de Dieu, de se déterminer à embrasser la religion chrétienne pour laquelle il a déjà montré beaucoup d'inclination. »

La Société voyait dans ses paroles la justification de sa conduite et la réalisation de ses désirs. Elle avait provoqué l'ambassade de Siam afin d'étendre l'influence j française, mais plus encore afin de faire appuyer l'apostolat par la France, elle réussissait pleinement, peut-être même le ministre allait-il plus loin qu'aucun missionnaire ne l'avait jamais osé, eu affirmant la probabilité de la conversion du monarque siamois.

Le jour de la fête des Rois, les ambassadeurs assistèrent dans l'église des Missions-Etrangères à la messe solennelle célébrée par M. de Chavigny et au sermon prêché par M. Fournier; ils dînèrent au Séminaire avec MM. de Chaumont, de Frontenac, de Chavigny, de Gharrost, Fallu du Ruau et plusieurs gentilshommes et ecclésiastiques amis de la maison.

1. Du diocèse de Lyon, bachelier de Sorbonne, fut missionnaire en Chine, provicaire apostolique dons les provinces du Kouang-tong, Kouang-si, Su-tchuen, et mourut au Kouang-tong, le 2 novembre 1107, à lage de 45 ans,

2. Du dioc{'so de Paris, bachelier de Sorbonne, missionnaire à Siam et en Cochinchine, mort le 18 octobre 1693, à l'âge de 31 ans.

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Ils reçurent de nombreux présents de Louis XIY pour le roi de Siam et pour eux.

Il Pour le présent particulier des Messieurs du Séminaire, disent nos mémoires ', une personne de leur connaissance Bt deux représentations en relief sur du «arton : la première représentait toute la maison du roi à cheval. Les figures, tant des hommes que des chevaux, étaient d'émail, de la hauteur d'un pouce et demi avec leurs habits et leurs harnais d'ordonnance, le tout en bataille sur un carré de six pieds de longueur et de quatre de hauteur dans un pied et demi d'enfoncement, sur un «adre doré avec une seule glace qui renfermait le tout.

« Laseconde, égale en longueur, largeur et profondeur, représentait en perfection tout ce qui se voit à Paris, lorsqu'on est au milieu du pont Royal et qu'on regarde les tours de Notre-Dame, en sorte que tous les quais, les maisons apparentes comme les Tuileries, le Louvre et celles qui sont du cdté des Théatins, aussi bien que le pont Neuf et le pont au Change y étaient disposés et reliés, sans qu'il y manquât ni une porte, ni une fenêtre. Par-dessus paraissaient les tours de Notre-Dame, de la Sainte-Chapelle et plusieurs autres clochers, dômes et pyramides, et la Seine au has couverte d'une infinité de grands et de petits bateaux avec leurs mariniers. »

L'expédition s'embarqua à Brest, le 3 mars 1685, sur YOiseau et la Maligne. La traversée fut heureuse, et le 23 septembre de la même année, les deux vaisseaux arrivaient devant la barre de Siam.

Dès qu'ils eurent jeté l'ancre, un des ministres de

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