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S28 HISTOIRE GÉNÉBAIE DE LA. SOCIÉli
« Jusqu'ici, Messeigneurs, j'ai vu avec une extrême joie r empressement extraordinaire que toute la France a fait paraître & vous témoigner Testime et l'admiration qu'elle a pour le très puissant roi votre Maître, et pour vous en particulier qui soutenez si excellemment sa dignité. Voici l'unique occasion où j'ai pu mêler ma voix aux applaudissements publics, et marquer en vous parlant à vous-mêmes quelque chose de mes sentiments sur ce sujet. J'ose dire qu'ils surpassent ceux de tout le reste des hommes; et pour en convenir, vous n'aurez qu'à faire réflexion aux raisons personnelles que j 'ai de parler ainsi. Les autres connaissent à la vérité le roi de Siam sur ce que la renommée a publié de ses grandes qualités, mais quoi qu'elle ait dit du rang éminent qu'il tient entre tous les princes de l'Orient, de la masse de ses trésora, de la pénétration étonnante de son esprit, de la sagesse de son gouvernement, de l'application infatigable qu'il donne aux aiTaires de son Etat, de son discernement et de son amour pour le véritable mérite, de cette merveilleuse ardeur qu'il a de tout connaître et de tout savoir, de cette affabilité qui, sans rien diminuer de sa grandeur, sait se proportionner à tout le monde, et attire chez lui un nombre prodigieux d'étrangers qui y \âennent de toutes les parties de la terre, et ce qui nous touche de plus près, cette bonté particulière qu'il a pour les ministres du vrai Dieu ; tout cela, dis-je, quelque grand qu'il soit, n'est-il pas au-dessus de ce que découvrent dans sa personne royale, ceux qui ont le bonheur de l'approcher et ce que j'y ai découvert tant de fois moi-même?
« Il en est ainsi, à proportion, des jugements avantageux que Ton a portés ici de vos Excellences. L'on a admiré par exemple, et l'on n'oubliera jamais, la prestesse et la subtilité de vos réponses, cependant on n'a souvent connu que la moindre partie de leur beauté ; elles en perdaient beaucoup dans le passage d'une langue à l'au-
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tre, et moi-même j'avais une espèce d'indignation de me voir dans l'impossibilité de leur donner tout leur agrément et toute leur force. On a admiré ce fond de politesse qui vous rend capables d'entrer si aisément dans la manière particulière de chaque nation, quelque diffé* rentes que toutes ces nations soient entre elles. On a admiré cette prodigieuse égalité d'àme et cette paix qui ne se trouble jamais de rien. On a admiré enfin cent autres qualités excellentes qui éclatent tous les jours dans vos personnes.
« Cependant ceux qui en ont été touchés ne vous ont vus que comme en passant ; qu'aurait-ce été s'ils avaient eu les moyens de vous considérer plus à loisir et déplus près? Les ordres du très grand roi de Siam m'ont procuré cet avantage, lorsqu'il a joint à tous les témoignages de bonté qu'il m'avait déjà donnés, celui de souhaiter que je vous accompagnasse en France ; vous y avez ajouté mille marques touchantes de votre amitié, et la nature seule, qui inspire à tous les hommes la reconnaissance, suffirait pour me donner les sentiments les plus respectueux pour votre grand prince, les plus tendres pour vos personnes et les plus zélés pour votre nation. Mais Dieu, dont la pro\'idence conduit tout avec une sagesse et une bonté admirables, a pris soin luimême de fortifier infiniment tous ses sentiments dans mon cœur, en me confirmant dans le désir de passer ma vie avec vous et de la consacrer à votre service pour tâcher de la faire contribuer à votre salut éternel. »
Un somptueux repas offert par Madame de Miramion et servi au réfectoire du Séminaire termina ce solennel et prolixe accueil. Quelques jours après, les ambassadeurs allèrent à la Sorbonne écouter Antonio Pinto soutenir une thèse dont Louis XIV avait agréé la dédicace.
On attendait avec une certaine curiosité le résultat de l'examen ; on avait tant parlé contre les prêtres indigènes
et leur ignorance^ que Ton éprouvait une curieuse satisfaction à en voir un à Fœuvre. Mais lorsque Tassistance entendit la diction pure et facile du candidat, son argumentation serrée, lorsqu'elle put constater qu'il avait puisé son savoir aux sources de la plus saine théologie , elle éclata en applaudissements. Les ambassadeurs prirent ces marques d'approbation pour des signes de mécontentement; on leur en expliqua le sens, et aussitôt ils relevèrent la tête avec orgueil, fiers du triomphe d'un de leurs compatriotes.
A la fin de la discussion, le président fit dans ua discours latin Téloge du candidat et des missionnaires.
Le lendemain eut lieu une nouvelle et aussi heureuse soutenance de la même thèse, dans la salle de TofficiaUté de Notre-Dame, contre un nouveau docteur de Sorbonne.
Les Missions-Etrangères eurent occasion de se réjouir encore davantage, lorsqu'au mois d'août, douze jeune» Siamois furent baptisés dans l'église de Saint-Sulpice. Ge spectacle impressionnalesâmes pieuses, et l'apostolat dans les pays étrangers devint le sujet de bien des conversations.
Du fond de leur couvent, des vierges consacrées à Dieu aspirèrent à travailler au salut des infidèles. Madame de Miramion offrit ses religieuses de la Sainte-Famille pour aller à Siam instruire les femmes et tenir des écoles.
De Lionne aurait accepté volontiers. L'année suivante, il revint sur ce projet qui lui paraissait « vraiment apostolique, digne d'admiration et très utile » ; « il souhaitait des rehgieuscs ayant bien de la vertu, un fond d'esprit solide, docile et raisonnable, ni trop jeunes, ni trop vieilles, avec de bonnes recommandations du roi, et ayant de quoi vivre ^ . »
De Brisacier le dissuada et lui répondit avec sagesse
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« d'attendre que les choses eussent plus de consistance ^ . »
• Les ambassadeurs étaient naturellement en dehors de ces pourparlers.
• Après leur avoir fait visiter toutes les spendeurs artistiques et les monuments religieux de Paris, on les conduisit à Saint-Cyr, à Marly, àMeudon, à Saint-Cloud et dans les villes de Flandre nouvellement conquises.
Les réceptions furent partout très brillantes, les garnisons passées en revue, les salves d'artillerie multipliées.
• Cependant Louis XIV ne les avait pas encore reçus & Versailles. Il leur donna audience à leur retour, le 1* septembre 1686.
Ils lui adressèrent une « harangue dont ils avaient ébauché les pensées, que M. de Lionne avait traduite en français, et à laquelle M. Tiberge, directeur du Séminaire, avait donné ce tour simple, naturel et noble, qu'il sait donner à tout ce qu'il fait *. »
Elle fut suivie de treize autres, prononcées le même jour en l'honneur des princes et des princesses de la maison royale.
Ces voyages, ces discours et ces fêtes ne faisaient pas oublier le but principal des relations de la France avec Siam.
Aidés des missionnaires et du P. Tachard, les ministres i^églaient les préparatifs de Texpédition qu'ils projetaient; ils avaient vite compris que les stipulations du double traité signé à Louvo seraient illusoires tant qu'une force imposante ne les appuierait pas ; on prit donc la résolution de faire occuper les ports que le traité reconnaissait à la France , d' y établir des garnisons et d'y bâtir des forts .