Mémoires de l'abbé de Cboisy
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' Ou équipa cinq navires sur lesquels on embarqua ua régiment commandé par le marécbalde camp Desfai^cs. Deus diplomates accompagnèrent l'expédition, de La Loubére pour s'occuper des affaires politiques, Cébéret du BouUaye, directeur de la Compagnie des Indes Orientales, pour rég'Ier les questions commerciales.
Dans les instructions de La Loubère, on lisait : « Quant aux affaires qui font votre principal sujet, la première, que sa Majesté a le plus à cœur, est l'établissement de la religion dans le royaume de Siam. »
Celles de Desfarges étaient dans le même sens. Toute la politique coloniale de cette époque restait imprégnée de ces sentiments que Champlain, le conquérant du Canada, avait si bien exprimés :
« Le salut d'une seule âme vaut mieux que la conquête d'un empire, et les rois ne doivent songera étendre leur domination dans les pays où règne l'îdolfttrie, que pour les soumettre à Jésus-Christ, »
Le gouvernement de Louis XIV avait donc pris toutes les mesures utiles au succès de son entreprise.
On pouvait croire que des troupes, tant de fois victorieuses sur les champs de bataille de l'Europe, établiraient la prépondérance de la France à Siam, que des diplomates, servis par ces forces navales et militaires, réussiraient dans leurs négociations. L'avenir apparaissait brillant d'heureuses promesses ; la France allait enihi posséder des comptoirs importants, des ports capables d'abriter ses flottes, une base d'opération pour d'autres tentatives coloniales; les missionnaires se réjouissaient d'avoir contribué à ce résultat dont ils escomptaient l'utilité pour leur apostolat. « Nous espérons bien que celte fois on va conclure une alliance sérieuse, et profiter de Ions les avantages que le rui de Siam nous donnera pour s'étabhr solidement. Le bien de l'État et celui de la religion y sont engagés. >i
Le 14jan\der 1687, les ambassadeurs siamois \îiirent à Versailles prendre congé du roi : « M. de Lionne ser\'it de nouveau d'interprète pour les harangues qu'on trouva fort bien; il n'y en eut pas moins de dix, la plupart courtes, mais toutes variées dans leurs formules et propres à démontrer les ressources infinies de la langue siamoise et l'ingénieuse souplesse du traducteur ^ . »
La satisfaction que les missionnaires avaient éprouvée de la savante thèse d'Antonio Pinto, du baptême ,des douze catéchumènes, delà conclusion des négociations, de l'expédition qui s'annonçait sous d'heureux auspices avait été troublée par un incident bien étranger à la politique, au commerce, à la mission de Siam, mais dangereux pour la Société des Missions-Etrangères et pour le bien des âmes, si le fait allégué avait été vrai.
En 1673, Mgr Pallu avait été accusé de Jansénisme ; il avait nettement et fermement répondu, et avait imposé le silence à des accusateurs qui étaient plutôt des adversaires.
En 1686, la même calomnie fut renouvelée contre M. Maigrot. Né à. Paris en 1652, Charles Maigrot, prêtre, et docteur en théologie, partit pour les missions en 1681, il accompagna en Chine Mgr Pallu, qui, à sa mort, comme nous l'avons dit, le nomma \dce-administrateur. des missions de l'empire. Le reproche qu'on lui faisait, ne reposait sur aucun fondement; il était, d'après certains mémoires, lancé par des hommes qui redoutaient la fermeté de ses opinions et la franchise de son langage, i Emus de cette attaque et sûrs de la pureté de la
1. Lanier. Relations de la France et. du royaume de Siam, p. 3^.
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•doctrine du missionnaire, les directeurs du Séminaire prirent sa défense. Ils recherchèrent d'abord le témoignage des docteurs de Sorbonne, qui donaèrent cette attestation signée de treize d'entre eux :
« Nous, docteurs de Sorbonne, attestons que maître €harles Maigrot, docteur de Sorbonne, qui a vécu dans notre maison de Sorbonne pendant plusieurs années, jusqu'au jour où il est parti pour TOrient, avec lequel nous avons chaque jour conversé en toute liberté, n'a jamais mérité le plus léger soupçon de doctrine nouvelle ; au contraire, il s'est montré le défenseur des pures doctrines, Tadversaîre très vif des hérésies et surtout duJan* sénisme qu'il a combattu en particulier et en public*
« Nous avons aussi reconnu combien étaient grandes ses qualités de courage, de persévérance, de sagesse, d'intelligence, de piété, de zèle, de respect et de fidéUté au Siège apostolique. Les lettres, que nous avons reçues de lui depuis qu'il est en Orient, prouvent qu'il n'a aucu* nement changé.
« En foi de quoi nous avons signé : En Sorbonne le 14 octobre 1686. »
Forts de ce témoignage qui vengeait M. Maîgrot et mettait leur parole à l'abri de toute insinuation de partialité, les directeurs écri\drent à la Propagande la lettre suivante tout à la fois habile et digne ^ :
« Il nous est avantageux qu'on attaque personnellement M. Maigrot, qui, comme tout le monde connaît ,.s^est distingué à Paris en toutes sortes de rencontres par le zèle qu'il a témoigné contre les partisans de Jansénius. Votre Éminence pourra voir dans l'attestation de plusieurs docteurs de Sorbonne, d'une érudition connue et d'une doctrine irréprochable, qu'il n'a jamais passé ni pour ignorant ni pour suspect dans la foi, et nous sommes