‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 11 sur 218 · Arch. des M.-É. Expositio eoniMy etc., vol. 108, p · texte numérisé non relu

Arch. des M.-É. Expositio eoniMy etc., vol. 108, p

chine et pour le Tonkin, ils s'emparèrent du décret de la Propagande du 7 avril 1651 , et en firent la base de leur demande d'évêques pour toute la Haute-Asie.

Cette adresse lue par M. de Meur devant Alexandre VII, commence par le tableau du christianisme dans Tempire chinois et dans le royaume annamite :

« Très Saint-Père,

« Nous prions très humblement Votre Très Sainte Paternité qu'Elle veuille bien considérer que jamais, depuis le berceau de cette église naissante, la propagation de la foi n'avait eu en Asie un accès aussi facile qu'aujourd'hui, où, grâce à la divine Providence, FEmph-e chinois, le royaume du Tonkin et les nations circonvoisines lui ouvrent ses portes.

« Toutes les difficultés qui, jusqu'à ce jour, avaient entravé les progrès de l'Évangile en Chine ont maintenant disparu.

w Nous voyons, en effet, depuis quelques années, la puissance suprême passée entre les mains des Tartares ; les mandarins et les magistrats chinois, hostiles & la religion , écartés par le gouvernement ; le peuple lui-même qui, à cause de son orgueil inné, dédaignait les Européens , accepte maintenant les étrangers et partant devient plus apte à se pliera l'obéissance de la foi. Ce qui mérite. Très Saint-Père, d'être pris en grande considération, c'est la disposition de l'empereur des Tartares qui, comme un autre Constantin, a accordé la plus grande liberté pour la promulgation de l'Evangile.

« Il a permis à ses sujets, anciens et nouveaux, de recevoir le baptême, de construire des églises, et de professer publiquement la religion chrétienne; il a même voulu témoigner de sa sympathie pour le christianisme, en faisant construire à Pékin, capitale de l'Empire, une magnifique église ornée de sept autels.

« Quant au Tonkin, autrefois soumis à la Clnne, il forme aujourd'hui un royaume très peuplé, aussi étendu que la France et gouverné par un roi indépendant.

<( Là, le besoin d'ouvriers évangéliques semble encore plus grand, si Ton considère le nombre d'infidèles qui ont déjà embrassé la religion. »

Après cet exposé de la situation du catholicisme, ils indiquaient le moyen de la conserver et de l'améliorer. « Tout ce qui vient d'être dit. Très Saint-Père, démontre très clairement que pour subvenir au besoin extrême que ces églises naissantes ont de missionnaires, il faut nécessairement y envoyer des évêques; ainsi faisaient les Apôtres et leurs disciples aux premiers temps de-FEglise. C'est ainsi que samt Paul place saint Tite en Crète pour y établir un clergé. 11 semble qu'aujourd'hui ce soit le seul moyen possible de pourvoir au salut d'un nombre aussi considérable de chrétiens. »

Ces évêques, ajoutaient-ils, trouveraient dans les catéchistes des hommes tout préparés au sacerdoce, par leur instruction, leurs habitudes et leurs vertus. Ils entraient ensuite dans l'explication des services que rendraient les prêtres indigènes, rappelaient la bienveillance d'Innocent X, et s'adressant directement à Alexandre VII , ils terminaient parces paroles éloquentes :

« Mais, Très Saint-Père, Dieu qui dirige tout avec sagesse, a voulu réserver au zèle ardent de Votre Sainteté la gloire d'accomplir cette grande œuvre pour propager le culte divin et procurer le salut des âmes.

« Autrefois le Pontificat romain acquit un honneur immense en France et en Angleterre par la mission des évêques, et aujourd'hui votre glorieux Pontificat, déjà entouré de tant de noms illustres, ne pourra que grandir par la fondation de cette œuvre.

« C'est pourquoi nous avons voulu nous-mêmes apporter cette atfaire dans la Ville Eternelle ; de plus, persuadés

des succès qu'obtiennent les missionnaires dans ces régions, nous n'avons pas voulu entraver cette œuvre en soulevant la question de la fondation d'évôchés à perpétuité ; nous demandons seulement que des évêques soient envoyés par Votre Très Sainte Paternité avec le titre in partibus infidelium. Et quant à l'exécution de ce projet, nous promettons de faire nous-mêmes toutes les dépenses sans rien exiger de la Sacrée Congrégation de la Propajrande, et nous sommes prêts adonner une caution suffisante dans la ville d' A^^gnon pour l'entretien de ceux qui seront envoyés. Nous espérons en outre que les Portugais qui, depuis deux ans, ont octroyé à douze missionnaires le libre passage à travers le Portugal et les pays qui lui sont'soumis, voudront bien nous l'accorder; d'ailleurs, s'ils élèvent quelque difficulté, nous trouverons toujours un passage libre par la Perse et par le royaume des Mongols.

« Maintenant, Très Saint-Père, il ne nous reste plus qu'à prier le Maître de la moisson, c'est-à-dire Votre Sainteté, qu'il daigne envoyer des ouvriers à sa vigne, car la moisson est grande, et petit le nombre des ouvriers^ . »

Aux accents émus de cette ardente supplication, le vieux Pontife crut entendre un écho de sa jeunesse. Lui aussi avait eu d'ardentes aspirations vers la vie apostolicpie, on l'avait dissuadé de s'y engager.

Ces prêtres fervents, disposés à se dévouer aux Missions, lui rappelèrent cette heure d'enthousiaste foi ; en vérité. Dieu le récompensait amplement. Autrefois il serait parti seul, il n'aurait donné que sa vie, une vie d'homme, et qu'est-ce qu'une vie d'homme, pour longue et remplie <|u'ellc soit? Aujourd'hui il allait donner à l'Église une armée dont chaque âge verrait grossir les rangs et multiplier les victoires. Ces sentiments de son cœur, il les

î. Arch. des M.-É., toI. 114, p. 311.

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dit tout haut, awc une effusion de vieillard qui parle de ses jeunes années, ^vec un bonheur de saint qui travaille à Toeuvre de Dieu.

D'ailleurs, les prêtres français n'avaient pas seulement été éloquents, ils s'étaient montrés fortement pénétrés des vues du Saint-Siège, et avaient à l'avance répondu aux objections en établissant des revenus, en demandant des évéques m partibtts infidelinm et en proposant de gagner la Chine par la Perse et Tlnde.

Le Pape déclara donc qu'il prenait cette affaire sous sa protection, et nomma immédiatement quatre cardinaux : Rospigliosi, Spada, Albizi et Âzzolini, auxquels il donna Tordre de s'en occuper activement . Confiants dans le succès fmal, les Français quittèrent Rome, n'y laissant que M. Pallu, chargé d'achever la négociation. Après plusieurs semaines d'attente, voyant que les cardinaux ne prenaient aucune décision, celui-ci se mit en devoir de leur rendre visite; il fut bien reçu, entendit d'excellentes promesses, mais ne vit aucun changement.

Il écrivit alors à un de ses amis qu'il avait rencontré plusieurs fois à Paris, rue Saint- Dominique et rue Copeaux, Pierre de la Motte Lambert. Pallu et de la Motte Lambert, saluons dès maintenant ces deuxhommes désormais inséparables ; pendant plus de vingt ans, tous les deux nous apparaîtront, éclairés des rayons surnaturels d'une grâce plus éclatante et plus pressante, sur ce talileau où s'agiteront tant de nobles figures, tous les deux combattant pour la môme cause, se défendant contre les mômes ennemis, se soutenant dans les mômes périls, supportant d'immenses fatigues, organiseront en Vicariats apostoliques les Missions d'Extrôme-Orient, créeront un solide clergé indigène dans les Missions de la Cochinchine et du Tonkin, travailleront pour la France en môme temps que pour l'Eglise, tous les deux

enfin seront, à des titres divers, les principaux fondateurs de la Société des Missions-Étrangères.

Né en 1624, dans le diocèse de Lisieux, M. Pierre de la Motte Lambert ^ appartenait comme Fallu à une famille de magistrats. Orphelin de bonne heure et maître d'une fortune considérable, il n'avait vu dans cette liberté qu'une facilité plus grande pourfaire le bien. A vingt-deux ans, conseiller à la cour des aides de Rouen*, chaque jour il communiait et faisait deux heures do méditation, il jeûnait plusieurs fois par semaine; mais le caractère distinctif de sa vertu était Tamour des humiliations qu'il satisfaisait par des abaissements quelqucr fois étranges, sans souci du monde et de ses jugements.

Invité un jour à assister au mariage d'un de ses amis, il partit le matin; non loin de la ville, son cheval effrayé le jeta dans un fossé; ses vêtements sont couverts de boue, son chapeau perdu; une inspiration le saisit, il ira dans cet état à la cérémonie ; il se hâte et arrive à l'heure fixée.

On le regarde, on s'étonne, à peine ose-t-on le reconnaître ; au lieu du magistrat correct que Ton attendait, qui donc se présentait? La journée fut rude, lui-môme l'a dit, il y connut, dans toute sa plénitude, la fortifiante mais très amèrc saveur de l'humiliation.

Peu de temps après, une besace sur les épaules, un bâton à la main, il était à Rennes; pendant toute une journée, il parcourut les rues de la ville en demandant

1. Lambert est le nom patronymique et de la Motte, le nom d'une terre. M. de la Motte Lambert signe toujours Pierre Lambert; mais dans tous les livres du xvii' siècle, il est appelé de la Hotte Lambert, nous conserrons cet usage, quoiqu'en réalité son nom soit : Lambert de la Motte. « Pierre Marie Lambert, sieur de la Boissière et de la Motte, ttls do Werre Lambert, sieur de la flotte, vice-bailli d'Evreux, et de Catherine Heudey de Pommain ville et de Bocquencey, né à la Boissière, le 2S janvier 1624. >• Bulletin de la commission des antiquités de la Seine-Inférieure, Tome vi, p. 264.

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