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Un parent du commandant en chef

par les mains, par les ^ieds, par la tête, le traînèrent dans la boue, et enfin le jetèrent demi-mort sur des herbes sèches où, pendant deux heures, il demeura exposé aux insultes des soldats, des matelots, des femmes et des enfants.

On lui arracha la barbe, on lui cracha au visage, on vomit contre lui les imprécations les plus horribles. Quand la populace eut rassasié sa haine des insultes qu'elle prodiguait, Pitra-cha fit jeter le vicaire aposto* liqueen prison; une pieuse chrétienne, de la race de celles c|ui se trouvèrent sur la route du Calvaire, ou qui consacrèrent leurs soins aux confesseurs de la foi des premiers siècles, donna à Tévêque les secours que sa pauvreté lui permettait.

Le lendemain, une soldatesque brutale fit irruption dans le collège, enlevant les prêtres, les écoliers et les domestiques, ne respectant ni les enfants, ni les vieillards, qui eurent à endurer la faim, la soif, la nudité « la cangue et les ceps. On voulut forcer les séminaristes à construire une pagode ; ils refusèrent, préférant supporter la bastonnade. Des officiers et des soldats français, des employés de la factorerie, qui ne s'étaient pas «mbarqués avec Desfarges, furent traités en esclaves, et Ton vit, dans les rues de Juthia, des gentilshommes de la cour de Louis XIV, des missionnaires, des négociants porter sur leurs épaules nues des paniers pleins d'immondices. Le chirurgien Gharbonneau, préservé par une circonstance heureuse du malheur commun, procura aux prisonniers tous les soulagements en son pouvoir.

La nouvelle de cette cruelle détresse émut le clergé de Manille, et l'archevêque envoya à Mgr Laneau 3,000 francs que Pitra-cha s'adjugea.

Afin de ne pas mourir de faim, les prédicateurs de l'Evangile implorèrent comme une grâce la permission de mendier chaque jour dans la ville pendant une heure.

Au milieu de ces calamités, une voix s'éleva pour défendre les chrétiens, celle du Cbua de Cochinchine, Ngai-Vuong. Prévenus des troubles de Siam, les Annamites ennemis des catholiques, présentèrent une requête, qui portait en substance que les Français, après s*être emparés des forteresses de Bangkok et de Mergui , avaient mis à feu et à sang le royaume, essayé d'exciter une révolte générale ourdie par Tévêque Laneau ; heureusement le roi prudent et brave était venu à bout de chasser les étrangers, avait jeté en prison Tévêque et ses prêtres coupables de haute trahison. C'était le prologue, le corps de la requête était une accusation contre les six missionnaires de Cochinchine ; on indiquait leur nom et leur résidence, on affirmait que leurs noirs desseins n'ayant pas réussi à Siam, ils cherchaient à les mettre à exécution dans une partie de l'Annam,

Ngai-Vuong était un homme de bon sens, et à cette époque de sa vie, il avait pour les chrétiens des sentiments bienveillants, il jugea à leur valeur les calomnies de leurs adversaires. « Je suis convaincu, dit-il à ses ministres, qu'on veut m'en imposer ; je connais la simplicité et la probité de l'évêque et des prêtres; les Siamois les maltraitent contre toute justice, je veux protéger leur innocence. »

Des paroles, il passa aux actes, il députa des ambassadeurs à Siam avec ordre de demander de sa part la liberté des captifs, et de remettre à Mgr Laneau des présents et une lettre d'affectueuses condoléances. Cette démarche fut sévèrement appréciée à Juthia : leur nationalité avait valu aux missionnaires une première condamnation, l'amitié que les Annamites leur témoignaient attira sur eux de nouvelles rigueurs. Beaucoup de chrétiens furent également arrêtés, soumis à de rudes traitements, payant ainsi leur fidélité à leur religion; d'autres furent déclarés esclaves contre tout droit et toute

justice; panui eux, quelques-uns se rachetèrent jusqu'à cinq fois.

Les hommes apostoliques montrèrent à tous l'exemple du courage et de la patience. De son cachot, M. Manuel écrivait * :• « J'ai bien des actions de grâces à rendre à Dieu de ce qu'il m'a fourni dans les prisons de Siam une si ample matière de pénitence ; je n'avais jamais eu le courage d'en embrasser une si rigoureuse; j'aurais même jugé qu'il était impossible de la soutenir si une nécessité indispensable ne m'avait convaincu du contraire. Ces affreuses prisons ont été pour moi une* école admirable où j'ai appris par une longue épreuve ce qu'on n'apprend pas dans les séminaires les plus réguliers. Les chaînes, la cangue sont des leçons qui m'ont désabusé de plusieurs fausses préventions inspirées par l'amour-propre en matière de spiritualité. Si j'avais profité des lumières et des grâces que j'ai reçues dans ce lieu de misères et le douleurs, je serais tel que doit être un missionnaire pour remplir les devoirs de son état. »

Mgr Laneau parlait le même admirable langage en faisant aux directeurs du Séminaire des Missions-Étrangères le récit des malheurs de son Vicariat * : « Nous sommes, grâce à Dieu, à l'aumône, en prison, réduits à l'extrémité des misères. En cela, nous n'avons à nous plaindre de personne. C'est Dieu, qui, par son amour infini, nous a chassés de notre maison, dépouillés de tout ce que nous avions, mis à la chaîne et fait passer par des souffrances que, pour pénétrants qu'on soit en Europe, on ne pourra jamais concevoir. Omnia excelsa tua et /lue tus tui super me transierunt '. Ensuite, nous

1. Ilist. des prog. du Christ., etc. (manus.), p. 479. . 2. Arch. M.-É., toI. 126, p. 240; Lettre du 24 noT. 1689.

3. Toutes les eaux de Totre colère se sont éleyées comme des montagnes, et tous Yos flots ont passé sur moi. (Ps. lu, y. 8).

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avons été rassasiés d'opprobres et si abandonnés des hommes, que bon gré ma] gré, il a fallu dépendre de Dieu seul.

tf On nous avait encore laissé plusieurs choses, qui, n'étant pas à l'usage des gens du pays, nous étaient à nous d*une grande consolation, et deux de nos missionnaires qui sont : MM. Chevreuil et Martineau qu*on avait laissés en liberté avec un domestique, appelé frère Charles, en prenaient soin. Mais depuis six ou sept jours, les jugeant superflues, on nous les a 6tées par le feu. Oh que Dieu est adorable dans les desseins de son amour ! Il nous veut tout spirituels, il nous laisse sans temporel, et nous voilà comme les disciples sans sac, sans bourse et sans souliers. Nous n'avons sauvé que nos livres et une partie de nos ornements d^église. Il y a plus d'un an et bien deux que nous sommes sans aident, et cependant nous ne sommes pas morts de faim. L'expérience a bien fait voir que les Européens peuvent vivre d'un peu de riz avec un peu de poisson salé.

(c Tous nos missionnaires, excepté M. Paumard, presque tous nos écoliers, tout ce qui reste ici de Français, tant des troupes du roi que de la Compagnie royale, et quelques Anglais, aussi bien que le R. P. de La Breuille, jésuite de France, ont été mis dans la grande prison des voleurs. 0 Dieu ! quel enfer que cette prison. Non, il ne vous sera pas possible de vous l'imaginer; il faudrait l'avoir vue, encore ne serait-ce pas assez; car je l'avais vue cent fois et je n'ai bien connu ce qui en était que lorsque je l'ai expérimenté. Il est vrai que je n'en ai pas fait une longue expérience, j'étais indigne de souffrir dans une si sainte compagnie.

« On m'a mis à part dans la prison des Brapins, où je ne souffre presque rien, sans cangue, sans chaînes, trop à mon aise, tandis que nos chers frères sont comme des forçats.

« On a fait des chansons contre la religion et contre nous. Nos pauvres écoliers sont comme des brebis dispersées, les uns faits esclaves, les autres chargés de fers, quelques-uns seulement jouissent de quelque liberté avec MM. Chevreuil et Martineau sous lesquels ils continuent leurs études le mieux qu'ils peuvent, aussi bien que ceux qui sont en prison. Ceux-ci ont commencé à étudier depuis qu'ils ne vont plus aux travaux publics avec les autres prisonniers. Pendant qu'ils y allaient, c'était une belle chose à voir que des missionnaires, des gentilshommes, des soldats, des jeunes étudiants de diverses nations, attachés dix à dix avec des voleurs par une longue chaîne, les fers aux pieds et au cou, aller par la ville porter de la terre ^ traîner du bois et faire d'autres corvées également ignominieuses et pénibles, mais à présent cela est fini.

« Que tout ce que je vous écris ne vous afflige et ne vous décourage point; je vous ai découvert quelque chose de nos peines, mais je ne puis rien vous dire de nos douceurs. Dieu a la bonté d*en donner de temps en temps de si grandes. à nos chers prisonniers, qu'elles effacent en un moment toute l'idée du passé. La prison où ils sont est à la vérité un enfer pour les maux qu'ils y endurent ; mais elle est en même temps un paradis pour les grâces qu'ils y reçoivent. Un d'entre eux m'écrit qu'il croit être dans le ciel, tant sont grandes les délices spirituelles dont Dieu le comble. D'autres me marquent des sentiments si purs et si élevés, que si j'avais le temps de vous les exprimer, vous en seriez aussi consolés et aussi charmés que je le suis. On ne connaît le trésor, qui est renfermé dans les épreuves les plus longues et les plus larges que lorsqu'on y passe. 0 que Dieu est admirable et adorable quand il nous y fait passer. Qu'il est proche de nous pour lors et qu'il se fait vivement sentir & l'âme. On apprend beaucoup plu»

dans un noviciat de persécution à la cangue et aux fers qu'en dix années d'étude en Sorbonne. »

Durant ces longs mois de captivité, Mgr Laneau composa uue partie de son livre : De Deificaiione Juslorum, Trois ans avant sa mort, il revit les pages écrites dans sa prison; il les enrichit d'extraits des œuvres des Saints Pères, leur donna plus de développements, et, sous cette forme nouvelle, les adressa aux missionnaires. Une copie, envoyée en France vers la fin du xviii* siècle, fut approuvée par de Tourmenyes, grand maître de Navarre, député de la faculté de théologie de Sorbonne pour la revision des livres et censeur royal. Cet ouvrage, resté manuscrit jusqu'à nos jours, a été imprimé en 1887 par les presses que la Société des Missions-Étrangères possède dans l'Ile de Hong-Kong *.

Ecrit en un latin fort élégant, « il se distingue, comme Va dit le savant consulteur d'une des principales congrégations romaines, par l'abondance et la vigueur de la doctrine, par une onction pénétrante et un esprit de piété très propre à faire avancer rapidement, dans la voie de la perfection, tous ceux qui s'en inspireraient pour le règlement de la vie. »

Il est divisé en deux parties : chaque partie comprend quatre chapitres subdivisés en un grand nombre de paragraphes, sous chacun desquels sont rangés les arguments destinés à prouver la thèse générale se basant sur cet enseignement de Notre-Seigneur à ses disciples : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » L'auteur établit que les chrétiens qu'il appelle les justes, doivent travailler à leur « déification ». La première partie traite donc, en doctrine, de la déification par Jésus-Christ, c'est-à-dire de la vocation par laquelle nous sommes appelés à être les fils de Dieu,

1. Sous la direction de M. Rousseille, directeur du Séminaire.

les membres de Jésus-Christ et le temple de l'Esprit- Saint.

La seconde énumère les moyens auxquels nous devons recourir pour être, dans la pratique, fidèles à cette vocation. L'ouvrage se termine par un modèle d'examen de conscience quotidien, qui donne une haute idée de la piété et de l'avancement spirituel des séminaristes de Siam au xvu® siècle, puisqu'on pouvait leur proposer un programme de vie si parfait.

Pendant que Mgr Laneau avait enduré ces misères et fait ces travaux, Desfarges, revenu de Pondichéry, s'était établi à Jongselang, d'où il avait essayé de renouer des relations avec la cour de Juthia. Les Siamois, craignant qu'il ne vint en ennemi, voulurent s'assurer des otages et d'abord de l'évêque; ils le firent sortir de sa cabane, et le remirent en prison après Tavoir chargé de chaînes.

Lorsqu'on apprit que le général demandait la paix, le Vicaire apostolique, mal vêtu, sans souliers, sans chapeau, fut amené dans la salle où se discutaient les affaires.

Il y trouva les officiers fran(,*ais aussi indignement traités que lui, et plusieurs mandarins qui lui ordonnèrent d'écrire à Desfarges; il obéit.

Dans sa lettre, composée selon les règles de la politesse siamoise, il priait le général d'avoir égard à l'amitié royale, à la religion, au traité, aux Français détenus prisonniers, à ses missionnaires et à lui-même. 11 traduisit cette lettre aux mandarins qui l'approuvèrent, mais changèrent bientôt d'avis, et firent une autre réponse; puis obligèrent l'évêque d'apposer son cachet sur. ce factum sans lui permettre de le lire.

Voyant qu'il n'y avait plus rien à espérer dans l'état de surexcitation des esprits, Desfarges renvoya les otages qull avait emmenés à Pondichéry quelques mois auparavant, et partit pour le Bengale en novembre 1689.

Telle fut rissuc fatale des relations de la France avec Siam ; malgré les démarches que M. Manuel et le P, Tachard entreprirent les années suivantes, les rapports cessèrent presque entièrement. Des espérances de grandeur religieuse et politique qu'avaient conçues les Vicaires apostoliques et leurs missionnaires, et dont la réalisation avait été préparée avec tant de soin, il ne resta qu*un souvenir douloureux et des ruines.

Louis XIV possédait à un haut degré les qualités ot les défauts que Ton a coutume d'attribuer au caractère français; l'expansion de son royaume en Europe, le relèvement de la gloire militaire^ l'éclat d'une situation supérieure à celles des autres souverains le flattaient et l'éblouissaient, mais il n'aimait pas les entreprises de longue haleine dont il fallait diriger longtemps la marche et attendre patiemment les progrès, il désiriiit faire grand et vite.

Or, à cette époque, s'il était facile de faire grand, il était bien difficile de faire vite ; les voyages en Indo-Chine duraient cinq à six mois; les guerres maritimes avec la Hollande ou avec l'Angleterre arrêtaient nos flottes et parfois les détruisaient; si, malgré ces obstacles, ou voulait, tenter ces entreprises lointaines dont le triple résultat, religieux, politique et commercial, pouvait ôtiv immense, on devait les confier à des chefs doués d«» beaucoup de prudence et d'habileté, possédant une grande connaissance de rExtrôme-Orient.

La preuve en ressort môme dans cette expédition malheureuse, puisque Cébéret, directeur de la Compagnie des Indes, habitué aux afi'aires orientales, avait réussi, tandis que sesideux collègues, mis sans préparation en face d'une situation nouvelle pour eux, avaient échoué.

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La cause des ouvriers apostoliques y avait perdu ([uelque éclat, plusieurs soutiendraient sans doute qu'elle y avait gagné en solidité, au moins à considérer les choses par certains côtés.

Les missionnaires, en effet, avaient été bien accueillis à Siam, ils y avaient appelé leurs compatriotes et rehaussé leur influence religieuse par les forces navales et militaires de la France. Qu'en pouvaient conclure les peuples d'Extrême-Orient, ignorants du dévouement catholique et des forces mystérieuses de la grâce divine?

Peut-être que les missionnaires étaient venus à Siam pour les honneurs qu'ils y recevaient et les avantages qu'en retirait leur pays ; qu'avant tout ils étaient, sous couleur de religion, des agents politiques et commerciaux. Les Orientaux ne comprenaient pas et comprennent encore assez peu qu'apôtre d'abord, le prêtre cherche le règne de Dieu, qu'honoré ou méprisé sur une terre étrangère, il y reste, parce que la charité passe avant le commerce, l'enseignement du catéchisme avant la politique, la cause des âmes avant celle de la patrie

Aujourd'hui, les Français partaient, laissant les missionnaires exposés sans défense à toutes les colères et à toutes les rancunes, ceux-ci ne les suivaient pas, ils ne les rappelaient pas pour venger leurs insulte^ et leurs souffrances, ils demeuraient à Siam, maltraités pour la cause française, mais souffrant en silence, continuant d'évangéliser les petits, d'édifier les grands, de soulager les malheureux. A ceux qui désormais, et ce ne sera pas chose rare, car le triomphe de la vérité est malaisé, à ceux qui désormais leur jetteront Tépithète d'étrange i*s et d'agents de l'étranger, les omTiers apostoliques pourront prouver par des faits le véritable mobile de leur vie, et montrer la différence entre leurs actes et la conduite des commerçants et des hommes politiques.

Pendant qu'à Siam les missionnaires éprouvaient, tant

de misères, à Versailles on leur attribuait les fautes commises par Desfarges et par La Loubère; car c'est ainsi que Ton raisonne trop souvent. En Extrême-Orient, les apôtres étaient des agents français; en France, on suspectait leur patriotisme; ce sont \k des écueils fréquents dans les vies des prédicateurs de l'Evangile, plus difficiles à éviter que les brisants dés côtes au milieu de sombres orages.

Durant vingt années, les missionnaires avaient travaillé à unir la France et Siam ; pour préserver les intérêts de ces deux pays, ils avaient contrecarré les influences rivales des Portugais , des Hollandais et des Anglais ; ils avaient servi d'interprètes, et donné tous les renseignements qu'on leur avait demandés. Que pouvait-on leur reprocher? Dans la défaite, leur chef était seul resté fidèle k sa parole, sauvegardant par son héroïsme l'honneur de ses compatriotes, et Ton venait maintenant les rendre responsables des fautes d'agents mal choisis par le gouvernement central; en vérité, c'est à ne plus rien comprendre aux jugements humains, et cependant, ce qui s'est dit à Versailles en 1690 s'est répété à Paris en 188S, et nous avons Tair d'écrire une page contemporaine lorsque nous racontons une histoire datant do deux siècles.

On leur fit même le reproche que leurs chrétiens n'avaient point combattu dans les rangs des Français contre leurs compatriotes. Mais, de quel droit Teussentils fait ?

Avaient-ils donc, en devenant chrétiens, perdu leur nationalité de Siamois ou Tamour de leur pays? Si le nouveau roi s'était montré depuis de longues années le persécuteur acharné du catholicisme, si la France eût été de par les traités maltresse de Siam, cette question aurait pu se poser? mais il n'en était rien. Les missionnaires avaient donc suivi la stricte ligne du devoir et de

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la justice; ils s'étaient montrés sans faiblesse comme sans jactance, de véritables apôtres, en faisant passer la cause de Dieu avant celle de la France, de véritables prêtres en inspirant à leurs chrétiens, par leur exemple, le respect et l'amour de leur propre pays, de >Tais patriotes, en mettant au service de leur gouvernement et de ses agents toutes les ressources de leur intelligence et de leur cœur.

Il y aà peine deux ans, le vicaire apostolique duTonkin occidental, Mgr Puginier, a eu à répondre à des accusations analogues, car il n'y a que les noms qui changent, les hommes et les choses gardent leur caractère, et il a résumé sa réponse dans ces hgnes :

« Mes missionnaires et moi avons rendu au représentant de la France les services que nous devions lui rendre, sans cependant rien faire de contraire aux intérêts du gouvernement annamite. Notre but a toujours été d'être utiles à notre patrie et au pays que nous évangélisons.

« Nous, missionnaires, n'avons que faire de la gloire. Nous travaillons pour Dieu, pour notre patrie, et pour le pays auquel nous nous sommes. dévoués, cela nous suffit. »

De sa prison, Mgr Laneau adressait à Louis XIV une lettre superbe de résignation, d'amour pour la France et pour son roi. On ne saurait trop citer de telles pages ^ :

« Sire,

« Les extrémités où nous sommes depuis plus d'un an et demi m'obligent de prendre la hardiesse de recourir à Votre Majesté, au nom de tous ses sujets tant ecclésiastiques que séculiers, pour la supplier très humblement de daigner bien se ressouvenir de l'état de misères où ils

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