De Nantes, parti de France en 1689, mort en
DES MISSIONS-ÉTRANGÈBES 367
au nombre des persécutions les vexations locales, lesi procès, les injustices, dont les païens, mandarins, chefn de villages ou citoyens influents, se rendaient coupables envers les chrétiens. Mgr de Bourges profitait de ce calme pour faire la visite pastorale de son Vicariat, une lettre de M. Bélot raconte d'édifiants détails sur la vie qu'il menait dans ses voyages : « Il fait plusieui^ oraisons par jour; lorsque les chrétiens ne lui en laissent pas le temps, il prend sur son sommeil pour les achever ; il est très doux envers les païens qui viennent le voir avec autant de hâte que les chrétiens ; il se fait rendre compte des plus petites choses par nos prêtres indigènes et par les catéchistes; il ne craint pas de passer plusieurs heures à examiner les aflaires les plus embrouillées, et comme il est très respecté des mandarins qui le savent en bons termes avec les seigneurs de la cour, il fait obtenir justice aux malheureux injustement dépouillés; il ne redoute aucune fatigue corporelle et observe scru-» puleusement les mortifications dont il s'est fait un devoir, car vous savez qu'il se contente de très peu de choses pour vivre et des choses les plus communes. Rien ne saurait vous donner une idée de l'empressement des. chrétiens à venir le trouver; ils veulent tous le voir, toucher ses habits et recevoir sa bénédiction ; il en connaît beaucoup par leur nom et leur parle avec tant d'onction de leur salut éternel qu'ils ont tous les larmes aux yeux. L'autre jour, il a fait appeler un pécheur qui scandalisait toute la paroisse, et l'a amené de suite à sortir de ses désordres. Les prêtres indigènes le respectent et l'aiment beaucoup. »
Mgr de Bourges étabht, dans la province du Nghe-an, un petit séminaire qui augmenta encore le nombre des aspirants au sacerdoce.
Dès les débuts, la mission du Tonkin se plaçait au premier rang par ses prêtres indigènes, nombreux, bien
formés, habiles dans la direction des paroisses, possM«at une connaissance assez complète de la littérature du pays.
On rencontrait dans leurs rangs d'anciens chefs de village, habitués aux affaires depuis de longues années, ayant dans les dangers Tétonnante impassibilité des Annamites de haute classe, dans les relations avec les mandarins une extrême politesse et une grande réser>-e. La vie abrégée de plusieurs de ces prêtres a été écriie en 1732 par Mgr Néez et publiée en 1883 avec des retouches heureuses par M. Lesserteur, directeur du Séminaire des Missions-Etrangères ^ .
Située plus près du royaume de Siam, en rapports plus fréquents avec lui, la Cochinchine ressentit quelque trouble de Téchec des Français. Ngai-Vuong, le môme qui avait écrit à Juthia pour défendre les missionnaires, circonvenu et excité par les ennemis des chrétiens, lança plusieurs édits défendant de professer le catholicisme. Des mandarins obéirent et arrêtèrent des catéchistes plutôt pour leur extorquer de l'argent que pour les faire renoncer à leur foi ; la masse de la population resta indifférente ou se montra sympathique. En 1691, la Société des Missions-Etrangères avait fait placer à la tête de ce vicariat apostolique un ancien élève du séminaire général de Siam, François Pérez, que Mgr Laneau, en sortant de prison, sacra évêque de Bugie.
Pérez fut un prêtre excellent, mais il ne sut pas faire accepter son autorité; une hauteur de manières, qui peut être orientale et n'est certainement pas apostolique, des préjugés et des antipathies nationales rendirent son épiscopat douloureux , encore eut-il la bonne fortune d'avoir sous ses ordres des prêtres de grand