Bonzes
2. Histoire abrég, des Pr. de la ReL, etc., p. 492 (manuscrit}.
La précipitation avec laquelle on nous ordonne de partir, et le grand nombre de gardes, qui doivent nous accoin-p pagner, donnent lieu de croire que tout est k craindre pour nous; mais nous savons qui nous servons. Les souffrances auxquelles probablement nous serons condamnés, nous tâcherons de les supporter avec patience et de les offrir à Dieu en expiation de nos péchés. »
Ce fut la dernière lettre qu'on reçut des missionnaires; on apprit seulement quelques mois plus tard, qu'ils avaient été condamnés à un supplice barbare ; après avoir été dépouillés de leurs vêtements, ils furent exposés aux moustiques, ensuite enfermés dans un sac et jetés à la rivière.
Telle fut la fin héroïque des deux premiers martyrs de la Société.
Leur nom, perdu dans nos Annales, n'est connu que d'un petit nombre, l'auréole de la gloire humaine n'entoure point leur souvenir, et l'historien se voit, avec regret, réduit à écrire quelques mots quand il voudrait tracer de nombreuses pages sur les aînés de cette lignée de martyrs que les Missions-Étrangères ont donnés à rÉglise.
Afin de suivre la Société partout où elle disperse ses prêtres, il nous faut passer du golfe de Bengale aux bords du Saint-Laurent et aux rives de l'Euphrate. En Extrême-Orient, la Société souffrait à cause de la France, il en était de même au Canada toujours éprouvé par les expéditions des Anglais.
Le 17 octobre 1690, une flotte britannique vint attaquer Québec. Toutes les pelleteries de la basse \'ille furent apportées au séminaire; des familles entières s'y réfugièrent, elles y trouvèrent la nourriture et le logement ;
les soldats vinrent à leur tour chercher des vivres et du bois qu'on leur offrit de bon cœur, « car dans des occasions de cette natuiv, il faut pi*endro patience et faii'e tout le bien que Ton peut sans avoir égard au besoin où Ton est*. »
Les élèves du petit séminaire de Saint-Joachim ne restèrent point simples spectateurs do ces luttes; habiles à manier le mous(piet comme tout bon Canadien, et désireux de défendre leur patrie, ils demandèrent la permission de se joindre aux volontaii*es qui combattaient à Beauport, et leur pi^emièrc décharge porta le trouble dans les rangs ennemis; les Anglais, craignant d'avoir affaire aux sauvages et de voir leur retraite coupée, se rembaixpièrent précipitamment, abandonnant plusieurs pièces d'artillerie. Le lendemain, ils voulurent h-s reprendre, mais les séminaristes les défendirent si bîeu qu'ils les gaiilèrent.
Pour récompenser ces jeunes gens de leur vaillante conduite, le gouverneur, M. de Frontenac, leur donna une pièce de canon qu'ils emmenèi'ent à Saint-Joachim, et proclamèrent le plus beau tmphée de leur victoin^
Le séminaire de Québec n'avait pas le moyen de su|v porter les pertes occasionnées par la guerre, celui de Paris l'aida à rétablir ses finances ébranlées; ce n'était pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière, non cpie les Mîssions-Ktrangèros eussent des ressources considérables, mais elles faisaient appel à la charité de leui*s bîenfaiteui's.
M. de Brisacier écrivait aux directeui*s de Québec : <( Nous n'avons pu vous envoyer ces quatre cents livi*cs qu'en priant Madame de Maintenon de nous les faiiv obtenir; nous voudricms pouvoir vous en envoyer davantage, les besoins de nos Missions nous en enq>èchent;