CHAPITRE XIII
1. Le Règlement de la Société des Missions-Étrangères. — Comment il se forme. — Attributions des Vicaires apostoliques et des directeurs du Séminaire d'après Mgr Pallu. — Nominations de procureurs. — IK«marches des directeurs et de Mgr Laneau pour rédiger un règlement.
— Réunion à Paris des missionnaires et des directeurs. — H. Caractères essentiels de la Société des Missions-Étrangères : elle est une association séculière et n'a pas de supérieur général. — Rôle du Séminaire dans la constitution de la Société des Missions-Étrangères.
— m. Points principaux du règlement général de la Société. — IV. Règlements des Missions et du Séminaire des Missions-Étrangères. — Fonctions principales. — Qualités du Supérieur. — V. Formation des séminaristes. « instructions.
« Les œuvres de Dieu, disait Mgr Pallu, ne se consomment point tout d'un coup, elles ont leur commencement, leur progrès et leur perfection. »
La fondation de la Société des Missions-Etrangères eût pu être le commentaire de cette parole; la composition de son règlement le fut plus clairement encore.
A Tépoque où noussommes arrivés, en 1700, quarantedeux ans se sont écoulés depuis la nomination des premiers Vicaires apostoliques parle Pape Alexandre VII, trente- sept ans depuis Tobtention des Lettres patentes accordées par Louis XIV.
Nous avons vu la naissance, la marche et les travaux de la Société; il lui manquait encore un règlement qui lui donnât la stabilité en déterminant les devoirs, les droits et les attributions de chacun de ses membres. Ce
règlement fut en grande partie composé en 1700. Nous ^allons l'étudier, d'abord en jetant un coup d'œil rétrospectif sur tout ce qui le concerne depuis l'origine de la Société, en relevant les jalons divers précédemment posés et dont s'emparèrent ses rédacteurs pour former un faisceau compact, en examinant par qui et comment il fut rédigé, enfin en exposant les principes sur lesquels il s'appuie, et les articles substan* tiels qu'il renferme.
Pour se rendre un compte exact de la manière dont le règlement s'élabora, il faut se rappeler que la Société des Missions-Étrangères n'a pas de fondateur unique, qu'elle n'a pas de supérieur général, qu'elle est formée du Séminaire de Paris et d'autant de Corps qu'il y a de Missions. En 1700, elle comptait quatre Missions placées «ous l'autorité d'évêques Vicaires apostoliques. Les directeurs du Séminaire et les Vicaires apostoliques ne sont unis que par la communauté du but. Les Lettres patentes ont donné un caractère légal à. leur association, elles n'ont pas spécifié leurs droits et leurs devoirs respectifs. C'est cette question qui se posa la première ; Mgr Pallu y répondit dans une lettre de 1673 que nous avons citée, et qui se peut résumer en trois idées principales : le gouvernement des Missions appartient aux Vicaires apostoliques; le gouvernement du Séminaire aux directeurs; les uns et les autres doivent se consulter sur toutes les choses de grave importance. Les deux premiers points étaient précis «t facilement applicables; le troisième laissait à la bonne volonté et au jugement des deux parties un champ indéterminé. L'administration générale des Missions eut son tour : en 1674, Mgr Pallu et Mgr de la Motte Lambert établissent à Siam un missionnaire avec le titre de procureur général, chargé d'assigner les destinations aux nouveaux prêtres et de partager les ressources entre les Vicariats apostoliques.
En 1682, Pallu etLaneau, au lieu d'un procureur, en -nomment quatre, qui seront les agents des quatre missions de Chine, du Tonkin, de Cochinchine et de Siam -et formeront un conseil, centre de l'administration des Missions.
Toutefois cette institution ne semble pas encore suffisante à Mgr Pallu, et, avant de mourir, il écrit aux direc- ■teurs : « Voyez aux moyens de perfectionner et d'affermir notre Séminaire comme aussi la procure générale de nos Missions. »
En 1684, du vivant de Mgr Pallu, Mgr Laneau transfère au Séminaire de Paris les pouvoirs du conseil composé des quatre procureurs.
En 1686, le Séminaire essaie de s'entendre avec les Vicaires apostoliques sur les principaux points d'un règlement, il envoie à Siam Etienne Pallu, neveu deFadmînistrateur général, afin de traiter cette grave affaire* mais le négociateur meurt presque à son arrivée. L'année suivante, lorsque M. de Lionne repart avec Tambassade siamoise, il emporte un projet de règlement dont la guerre et la révolution de Siam empêchent malheureu* sèment de faire une étude approfondie.
En 1689, un autre projet est élaboré par les directeurs et envoyé aux missionnaires. Ces différentes propositions donnèrent lieu à un échange d'idées entre tous les membres de la Société ; les points les plus difficiles furent examinés, et, en 1694, Mgr Laneau invita les Vicaires apostoliques à venir à Siam ou à y députer un représentant pour obtenir un accord complet. Cette réunion n'eut pas lieu : le député de Cochinchine, Marin Labbé, vint seul; le Tonkin n'avait envoyé personne, parce qu'on n'avait pu trouver de barques pour Siam, et les missionnaires de la Chine empêchés s'étaient contentés d'envoyer leur procuration. L'étude et la discussion des projets devenaient donc impossil^les, et il fallut
les ajourner. Mgr Laneau prit alors la résolution d'envoyer en France quatre missionnaires munis de sa procuration , pour gérer, conjointement avec les directeurs du Séminaire, les intérêts des Vicariats. Cette mesure avait été réclamée à plusieurs reprises; les missionnaires en effet s'accordaient à penser que malgré leurs qualités et leur bon vouloir , les directeurs ne pouvaient s'occuper seuls avec succès de Tadministration de la Société. « Il fallait placer au milieu d'eux des hommes connaissant les missions, non point seulement par ouïdire, mais par pratique et par une expérience personnelle*. » Le 30 décembre 1694, Mgr Laneau écrivait à M. Dela\'igne : « C'est une des vues que nous avons ici et au Tong-King si je ne me trompe, qu'il est nécessaire que dans le Séminaire de Paris il y ait pour directeurs des gens qui aient passé un temps considérable dans les missions et qui aient été choisis par la plus grande voix pour cet effet*. » Aussi désigna-t-il, le 25 octobre 1693, de Lionne, Martineau, Labbé et Delavigne pour être procureurs des Missions à Paris.
Mais de Lionne, depuis longtemps nommé évêquede Rosalie, et, en 1696, charge du Su-tchuen, resta en Chine ; Martineau mourut; Labbé et Delavigne arrivèrent en France en 1698 seulement.
Ils y trouvèrent M. de Cicé qui avait quitté momentanément Tempire du Milieu , et ils y furent suivis bientôt après par M. Pocquct, missionnaire de Siam, ancien supérieur du collège de Juthia, que M. Ferreux, supérieur de la mission par la mort de Mgr Laneau, en 1697, députait au Séminaire de Paris.
Les quatre missions de la Société étaient de fait représentées par quatre de leurs membres : la Chine
4. Arch. M.-É., vol. 168, p. 91-92, 2. Arch. M.-Ë., vol. 168, p. 92.
par Louis de Cicé, le Tonkin par Gabriel Dela\îgiie« la Cochincliine par Marin Labbé et Siam par Alexandre Pocquet.
On se trouvait ainsi dans des conditions excellentes, pour arrêter un plan de constitutions appropriées aux besoins delà Société.
Les quatre missionnaires étaient, par leur intelligence et par leurs vertus, à la hauteur de la situation. I>ela* vigne était un travailleur infatigable, un esprit pénétrant et vit; de Cicé, nature calme, patiente, ennemi des extrêmes, avait passé plusieurs années au Canada et était ensuite parti pour la Chine, il mourut en 1727, évêque de Sabula et Vicaire apostolique de Siam ; Marin Labbé avait travaillé pendant treize ansenCochinchine, les directeurs du Séminaire Tayant fait nommer évêqiie de Tilopolis, il fut sacré par le cardinal de Noailles et retourna en 1703 dans sa mission qu'il gouverna jusqu'en 1723 ; Alexandre Pocquet ^ partit pour les missions en 1687, ses lettres dénotent une intelligence vigoureuse, mais un caractère personnel et fortement attaché à ses opinions.
Les directeurs du Séminaire, rédacteur du règlement avec les députés des Missions, furent : Jean Tremblay*, ancienmissionnaireau Canada, SalomonPrioux*, docteur en Sorbonne, Charles de Brisacier et Louis Tiberge. Ces deux derniers dont nous avons déjà plusieurs fois parlé dirigeaient presque exclusivement la maison. On leur avait offert Tépiscopat; tous les deux avaient refusé. Ils seraient, pensaient-ils, plus utiles à l'Église en travaillantpourrExtrême-Orient qu'en gouvernant un diocèse.
Tels étaient les hommes que, dans sa profonde sagesse, la Providence appelait à rédiger le règlement de la So-
i. Du dio^^se do Lisieiix, mort en 1734, 18 ans,