Directeur en
ciété. Les uns avaient Texpérience des besoins des Missions, les autres une pleine et entière connaissance de tout ce qui concernait le Séminaire et des questions d*administration générale.
Avant de commencer la rédaction d'aucun article du règlement, ils étudièrent Tessence, ou, si Ton veut, les caractères distinctifs de la Société : étudions-les également.
Ces caractères sont au nombre de deux :
La Société est une association séculière, et elle n'a pas de supérieur général. Dès ses débuts, en effet, elle n'imposa à ses membres aucune obligation absolue de pauvreté et d'obéissance. Les premiers Vicaires apostoliques, Pallu et de la Motte Lambert, leurs missionnaires et leurs procureurs ne prononcèrent pas de vœux ; lorsqu'en 1665 , les é vêques et quelques-uns de leurs prêtres voulurent en faire, ils rencontrèrent l'opposition du Séminaire, et audessus, celle de Rome qui refusa d'autoriser le changement proposé.
Pourquoi donc, dans la Société des Missions-Etrangères, ne faisait-on pas et ne fait-on pas de vœux? Considérés en eux-mêmes, les vœux sont des actes excellents, ils sont grandement loués par les écrivains ecclésiastiques, par les théologiens, par les Souverains Pontifes. Relativement à une Société religieuse, ils lui donnent plus de cohésion, cela est vrai; mais ce qui ne l'est pas moins, c'est que la constitution d'une société doit être en rapport direct avec la fin qu'elle veut atteindre. Or, la Société des Missions-Etrangères a pour but de fonder des églises sur le modèle des églises établies dans le monde chrétien, c'est-à-dire gouvernées "pav des évêques
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et des prêtres séculiers, de former un clergé indigrèno séculier, qui est en droit et en fait le clergé de l'Egliso ou de la mission dans laquelle il travaille.
Lorsque M. Olier fonda la Compagnie de Saint-Sulpîce* avec le but de diriger les séminaires, de former par conséquent le clergé séculier de France, il n imposa pas de vœux, il voulut que son instiiut ne fût que le nioîu^ possible différent du clergé, afin qu'il présentât aux lévites les modèles de ce qu'eux-mêmes devaient être un jour. « Nec aliter viviê, dit-il, nisi vita cleri. »
Pour la même raison, la Société ressemble par sa constitution au clergé ordinaire des diocèses; chargée de diriger des prêtres séculière, elle est une association si^ culière ; créée pour fonder et gouverner des églises, elle a des prêtres et des évêques tels que ceux qui fondent et gouvernent les églises de tout l'univers ; ce point de sa constitution est si bien enharmonie avec son but, que si elle obligeait ses prêtres à prononcer des vœux, ils en seraient dispensés par Rome en devenant évêques ; elle n'exige donc de ses membres ni le vœu de pauvreté ni le vœu d'obéissance ; elle se contente de les engager à pratiquer la pauvreté et l'obéissance au nom de la perfection à laquelle doivent tendre les hommes apostoli* ques; pour conserver ses prêtres attachés aux Missions, elle fait appel au don spontané de soi, à la bonne volonté sans cesse renouvelée, à la charité, elle ne leur demande que la résolution ferme et le bon propos de persévérer jusqu'à la mort dans leur sainte vocation. Au jour de leur départ, prosternés aux pieds de l'autel, en présence de leurs pères et de leurs frères dans le sacerdoce, les mis« sionnaires prononçaient, au xvii® et au xviii* siècle > les paroles suivantes, les mêmes, sauf quelques différences accidentelles, que celles qu'ils prononcent aujourd'hui':
' 1. Arch. M.-É.,Tol. 8, p. 229.
« Moi, N. , touché par la miséricorde de Dieu et désirant uniquement me consacrer au service de Dieu et propager sa gloire en procurant le salut des âmes abandonnées et surtout des infidèles, selon la mesure des grâces qui m'ont été données; touché aussi par Texemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de ses saints disciples, après avoir mûrement réfléchi et imploré la lumière divine ; confiant dans la protection de la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, de saint Joseph, de mon saint ange gardien, des bienheureux Apôtres et disciples de Notre-Seigneur Jésus- Christ que je révère comme mes patrons, je prends la résolution d'unir irrévocablement ma vie à celle des missionnaires qui ont déjà été reçus dans la Société au Séminaire des Missions-Etrangères, établi à Paris par l'autorité du Saint-Siège et du Roi, et de suivre toujours les règles instituées dans ce Séminaire, autant que faire se pourra, touchant la manière de vi\Te, les vêtements et le reste.
« Je prie donc le Dieu de mon cœur lui que j*ai choisi pour mon partage éternel, de conserver et d'augmenter en moi Tesprit de charité dont il s'est servi pour m'inspirer ce dessein ! Qu'il daigne aussi après m'avoir donné de vouloir, m'accorder de mener à bonne fin cette entreprise. Ainsi soit-il. »
Dans l'explication de ce premier caractère essentiel nous n'avons pas sous-entendu, nous tenons à Taffirmer, qu'une Société ou une Congrégation, dans laquelle l'obligation des vœux est eu vigueur, ne puisse établir des Églises et former un clergé indigène séculier, nous voulons dire que la Société des Missions-Etrangères, ayant pour but premier l'établissement d'Eglises et la formation d'un clergé séculier, a une constitution en rapport absolu et direct avec ce but.
Le second caractère est l'absence de supérieur général. Formée du Séminaire de Paris et d'autant de Corps
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différents qu'il y a de Missions, la Société ressemble à uno sorte de confédération sans président. Cette organisation est singulière, elle est même unique, elle sembleune anomalie très grande, disons le mot, choquante. Pour bien la comprendre, il faut toujours en revenir au but de la Société : établir des Eglises. Or, dans une Eglise régulièrement constituée, il n'y a aucun pouvoir entre Tévèque et ses prêtres; le Pape seul peut intervenir. Le supérieur général ne trouve donc pas sa place dans la Société. Il y a une autre raison tirée de l'objection même de ceux €pii aiment la centralisation, parce que, pensent-ils, centraliser c'est unir, et Funion fait la force. Sans aucun doute, mais la centralisation s'obtient parfois au détriment des forces de chacune .des parties qui constituent le tout. Dans une société composée comme la Société des Missions-Etrangères et avec une action comme la sienne, tel était Técueil à redouter. Tous les Corps dont elle est formée sont placés dans des milieux différents, ils ont à combattre contre des difificultes spéciales; ceux qui les gouvernent ont besoin d'une autorité d'autant plus forte que les questions à résoudre sont plus ardues, les résistances plus dangereuses, les embarras plus nombreux et plus épineux. Le pouvoir du supérieur général ne diminuerait-il pas l'autorité des Vicaires apostoliques, et, par là même, n'affaiblirait-il pas la vitalité de la mission ? On convient que dans la lutte contre la nature sauvage, la spontanéité et la liberté sont nécessaires aux pionniers ; cette spontanéité et cette liberté sont également nécessaires à Tévéque qui fonde une mission; il faut qu'il puisse employer ses prêtres dans les lieux, dans le temps et dans la forme qu*il désire pour le bien général.
Si l'évêque a besoin de la plénitude de son autorité sur ses missionnaires, Rome la doit avoir également sur les évêques, de manière à ne point faire passer ses
ordres par rintermédiaire d'un supérieur général, qui peut modérer ou activer le mouvement du mécanisme dont il est le moteur principal.
Ce sont les raisons qui ressortent de la situation ellemême ; n'y en a-t-il pas d'autres? et les motifs que Ton découvre en étudiant l'histoire de la fondation de la Société, d'aucuns diraient même de l'action de la Pro* vidcnce sur elle, sont-ils négligeables?
La Société des Missions-Etrangères n'a pas eu de fondateur unique, pas de législateur unique. Pourquoi aurait-elle un supérieur unique pour la diriger et la conserver?
Si, à ses débuts, au moment où les difficultés étaient plus grandes, où il était indispensable de donner à l'action plus de précision, de fermeté, de cohésion, la Providence n'a pas appelé un fondateur à prendre uniquement en main les fils conducteurs de l'œuvre qu'elle voulait faire, si elle a rempli de son esyn^it non un seul homme, mais plusieurs, si elle a mis en leur cœur la foi qui soutient, l'espérance qui excite, et la charité qui unit, c'est qu'elle voulait, semble-t-il, que cette œuvre fût ainsi constituée et reposât pendant sa durée entière, non sur une seule intelligence et une seule volonté, mais sur l'union de plusieurs intelligences et de plusieurs volontés.
Cependant il fallait qu'il existât quelque part une sorte de pouvoir exécutif, mandataire des supérieurs, lien commun de tous les membres de la Société, gardien de ses lois et de ses intérêts. C'est pour répondre à cette nécessité que Mgr Pallu et Mgr de la Motte Lambert avaient créé à Siam un conseil composé de quatre missionnaires représentant les quatre missions et dont nous avons parlé plus haut, c'est également dans ce but que Mgr Laneau avait transféré les pouvoirs de ce conseil au Séminaire de Paris. Les rédacteurs du règlement de
1700 gardèrent cette décision. Les raisons en sont faciles à saisir : le Séminaire, en effet, est en rapports fréquents avec Rome, centre de la doctrine, il est établi en France., centre des ressources; il a la stabilité qui manque aux Vicaires apostoliques révocables selon la volonté des Souverains Pontifes ; c*est par le Séminaire que l'on entre dans la Société , et que les Missions entretiennent entre elles toutes les relations nécessitées par les questions d'intérêt général ; il est donc le point où viennent aboutir toutes les lignes de la circonférence. Au-dessus des Vicaires apostoliques et au-dessus du Séminaire, comme la clef de voûte de cet édifice religieux est placée la Sacrée Congrégation de la Propagande, et par elle le Souverain Pontife.
Après avoir reconnu les deux caractères essentiels des Missions-Etrangères et les avoir posés comme principes générateurs du règlement qu'ils voulaient faire , après avoir accepté de prendre le Séminaire comme centre de la Société, les rédacteurs commencèrent leurs travaux.
• Le règlement qu'ils composèrent a subi quelques changements partiels, mais dans ses grandes lignes il est toujours le même, nous Tanalyserons tel qu'il fut fait en 1700, et dans le cours de cette histoire, nous indiquerons les modifications à mesure qu'elles se produiront. Il est divisé en 14 chapitres^, que l'on peut réduire à cinq principaux : Du but de la Société et des personnes qui la composent ; de son gouvernement en général ; du choix et de la préparation des ouvriers apostoliques ; des institutions nécessaires aux travaux et au
1. Il est tout entier dans le vol. 169 p. 247-28?» Arch. M.-Ê.
fonctionnement de la Société : Séminaire et procures; de Tadministration des biens. Les dispositions du règlement ont toutes entre elles une conformité d'action et de vues dont la conséquence est d'arriver au but des Missions-Etrangères exprimé dans le chapitre premier* :
« 1** Former à la cléricature les sujets qui en seront trouvés capables ; 2® prendre soin des nouveaux chrétiens ; 3® travailler à la conversion des infidèles, en sorte que le premier emploi soit toujours préféré au second et le second au troisième. »
Cet article est fondamental^ il a pour corollaire celuici, qui ordonne à la Société de quitter les missions capables de se suffire. « Quand le clergé sera formé et que les Églises seront au degré de se conduire ellesmêmes, et de se passer de la présence et des soins des missionnaires étrangers, ceux-ci consentiront avec joie à abandonner tous leurs établissements et k se retirer avec la permission du Saint-Siège pour aller travailler ailleurs. »
C'est ce qui a permis à Mgr Luquet de conclure :
« La Société n'est donc appelée qu'à une existence transitoire, et ce n'est pas à sa propre perpétuité, mais à son heureuse destruction qu'elle doit tendre*. «Sans doute, ce moment est bien éloigné, le règne de l'infidélité ne semble pas près de finir, pourtant la grâce de Dieu est la çlus forte et l'œuvre avance; vienne le jour où en un de ces pays confiés à sa sollicitude, la Société aura établi une Eglise pouvant vivre de sa vie propre, elle enverra ses enfants sur d'autres plages recommencer les mêmes travaux, jusqu'à ce que les nations infidèles, prosternées devant le Dieu trois fois saint, n'aient toutes qu'une même foi, une même espérance et une même