‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 143 sur 218 · Arch. H.-Ë., Vol. 19, p. 333 et BUiv · texte numérisé non relu

Arch. H.-Ë., Vol. 19, p. 333 et BUiv

montrer par son exemple; en effet, cette vie extraordinaire aurait eu peu de sujets, si son Dieu instituteur n'eût frayé la voie et ne Teût semée de tant de roses, qu'elles sont suffisamment capables d'empêcher d'apercevoir la pointe des épines.

« 11 est vrai que la nature y trouve peu son compte et que la délicatesse est maltraitée; mais aussi la plus noble partie de nous-môme devient si belle et si riche qu'elle aura assez de charmes, au bout de cette dure carrière, pour être choisie la bien-aimée d'un Dieu pendant toute l'éternité.

« C'est une promesse qui ne peut manquer et sur laquelle se fondent tous ceux qui, pressés de la gloire de Dieu et de la charité du prochain, suivent fidèlement la voix qui les appelle, quittent tout, renoncent à soi-même pour la croix, et marchent après Jésus-Christ conformément à son divin enseignement : Qui vitlt venirepost me, abneget semetipsum, tollat crucem suam et sequatur me ^ , De tous ceux qui travaillent à s'employer pour cette vie, l'on ne peut contester que les missionnaires apostoliques n'y aient la meilleure part; il faut entendre cela de ceux qui veulent s'acquitter dignement de leurs fonctions qui les engagent à tant de divers événements, qu'à moins d'être entièrement oublieux de soi-même et d'aimer beaucoup le calvaire, il est moralement impossible d'y vi\Te, d'où il résulte qu'il ne faut pas s'étonner si de grands personnages s'y sont trouvés fort entrepris, et que plusieurs y aient renoncé. Dans ce saint emploi, la prudence humaine est le plus souvent indiscrète et les précautions trompeuses.

c< L'on peut bien appeler l'ouvrier apostolique dans les missions un homme extraordinaire, puisqu'il

1. Celui qui Teut marcher à ma suite, qu*il se renonce lui-même, porte sa croix et me suive.

est rarement en son pouvoir de pratiquer ce que les autres font extérieurement pour se perfectionner.

« Tous ceux qui se sont appliqués à donner quelque règle de la perfection ont toujours puisé leurs maximes dans un ordre, qu'ils ont cru devoir être gai-dé avec exactitude, et de la fidélité duquel dépendait Tavancement ou le retardement spirituel. En effet, dans toutes les maisons bien ordonnées et qui passent pour les écoles de la vertu, toutes choses sont bien marquées, tous les moments du jour et de la nuit sont employés et contribuent par leur diversité d'occupation à faire écouler plus agréablement la vie. Cet ordre, que Ton peut nommer la ruine du vice et l'appui de la piété, est incompatible avec la vie du missionnaii-e, quelque règle qu'il se prescrive, car comment déterminer Toccupation de chaque moment dans une carrière remplie d'événements que nulle prudence ne peut prévoir.

« En étudiant les détails de cette existence, on la voit bigarrée de tant de différentes couleurs, qu'à la vérité il est bien difficile d'en faire un tableau parfait et Tou ne [)eut guère en donner qu'un crayon plus ou moins inexact. »

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