Régna de 1675 k
2. GouTerna de 1683 k 1707 sous les rois Le>hi-tong et Le-duy-tong.
3. GouTerna de 1107 à 1739 sous les rois Le-duy-tong, Le-duyphuong, Le-tbuan-tong, Le-y-tong.
DES HISSI0N8-ÉTILVNGÈRES 457
grand âge imposait le respect fut dispensé de paraître au tribunal.
Mais le coadjuteup et le missionnaire subirent, le
10 mai 1712, un long interrogatoire. Mgr Bélot répondit
avec une grande présence d'esprit et beaucoup de calme ;
il prouva que depuis leur arrivée dans le royaume, les
Français n'avaient commis aucune faute qui méritât
l'expulsion. Les juges ne répliquèrent pas, et laissèrent
les deux prisonniers à genoux, au milieu de la cour,
exposés, tête nue^ aux ardeurs du soleil pendant plusieurs
heures.
Le 28 du même mois, on les fit de nouveau comparaître, et on les somma de demander leur expulsion. Us trouvèrent Tordre assez singulier et le dirent : puisque les mandarins avaient la force, ils pouvaient en user, au lieu d'obliger les victimes à demander la peine qu'ils avaient résolu de leur infliger. On amena plusieurs fidèles, et on les soumit à la torture, espérant que par pitié pour leurs chrétiens, les missionnaires obéiraient à ce qu'on exigeait; ceux-ci déjouèrent le calcul de leurs ennemis. « Ordonnez-nous ce qu'il vous plaira, dirent-ils, nous y consentirons, mais étant fort âgés et d'une santé fort affaiblie, si nous osions faire quelque demande à Sa Majesté, nous la supplierions de nous permettre non de sortir de son royaume, mais d'y passerlepeu de jours qui nous restent à vivre. » Cette réponse enlevait aux juges tout espoir de réussir ; ils portèrent donc eux-mêmes la sentence et condamnèrent aux fers les deux évoques et le missionnaire ; ils ne voulurent cependant pas les enfermer dans la prison des criminels. Bélot fut gardé à vue chez le premier gouverneur de la ville, Guisain chez le second et de Bourges chez le gouverneur de la province qui, respectueux de son âge, de sa vertu, de sa grande réputation de sagesse, le mit en liberté dès le lendemain; Guisain trouva une protectrice dans la mère
du gouverneur, chrétienne depuis de longues années, et sa captivité fut adoucie.
Les prisonniers adressèrent au roi un recours en grâce. La réponse fut négative : on leur permettait de vcndn^ tout ce qu'ils avaient laissé dans leur maison, mais on leur ordonnait de partir immédiatement. Us obtinrent néanmoins de reprendre leurs livres confisqués par le> mandarins, d'emmener avec eux quelques domestiques et des matelots anglais qu'une tempête avait jetés sur les rivages du Tonkin.
Ils s'embarquèrent le 21 janvier 1713, escortés par trois mandarins qui visitèrent minutieusement leur jonque et les accompagnèrent jusqu'à l'embouchure du fleuve Rouge. Arrivés au bord de la mer, les mandarins crurent leurdevoir rempli etleinxonsignefidèlementexécutée, ils descendirent à terre, laissant les exilés voguer vers Siam. L'amour est plus fort que la haine et le zèle de Tapôtre plus industrieux que celui du persécuteur. Avant de quitter Héan, les missionnaires avaient envoyé, pour les attendre sur les côtes du Thanh-hoa, une barque montée par des prêtres, des catéchistes et des élèves du séminaire ; les deux embai'cations se rencontrèrent au lieu désigné, aussitôt huit élèves et un prêtre destines au collège de Juthia montèrent sur la jonque de Mgr de Bourges, Mgr Bélot et M. Guisain passèrent sur le bateau des chrétiens annamites, et, deux jours plus tard, abordèrent au Thanh-hoa.
Ils n'étaient que deux, âgés, fatigués, mais aidés par leurs prêtres indigènes, ils soutinrent TEglise du Tonkin. Dans ces moments de pénurie de missionnaires européens, aussi bien que pendant la persécution, le clergé indigène rend des services qui apparaissent très manifestement ; sous une direction ferme et douce en même temps, il fait face à tous les besoins des Vicariats apostoliques, il instruit les chrétiens, convertit
les païens, gouverne les catéchisies avec ce savoir-faire des Annamites revêtus de quelque autorité.
A Siam, disent nos annales, Mgr de Bourges fut d un grand secours et d'une douce consolation à Mgr de Cicé « :
« Les lumières, l'expérience, les conseils, la présence seule de ce vénérable vieiUard tenaient tout dans l'ordre. Son exemple inspirait la ferveur à notre séminaire. On le voyait toujours le premier aux exercices. L'oraison faisait son occupation ordinaire. Quelque grossiers (jue fussent les aliments, il ne voulut jamais permettre qu'on lui servit aucuns mets particuliers. Il savait que la vie austère forme les pénitents et perfectionne les saints, et il ne voulait cesser.de faire pénitence et de tendre efficacement à la perfection qu'en cessant de vivre. Sa course avait été longue et laborieuse, que ne soufiTret-on pas pendant 50 ans de mission? Il la consomma dans sa dernière maladie par une patience invincible, par une humble soumission à la volonté du Seigneur au milieu de cruelles douleurs.
a Loin de se plaindre, on l'entendait souvent remercier Dieu de ce qu'il lui donnait les moyens d'expier ses péchés. Ses souffrances ne lui permettant de prendre aucun repos allumèrent une violente ûàvre dans son corps. La force de son tempérament robuste le soutint plus longtemps qu'on n'espérait, mais enfin se sentant afiaibU, il reçut les sacrements. Sa raison ne s'obscurcît point. Il employa les derniers moments de sa vie à soupirer pour le Ciel et mourut en paix le 9 août 1713. » Le journal du Tonkin, recueil de tous les événements qui intéressaient le christianisme dans ce pays, écrit par les missionnaires ou par les Vicaires apostoliques et adressé chaque année au Séminaire de Paris, apprécie
i. Hist. des progr. de la Reltg. chrét.. etc., p. 487.
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en ces termes la carrière et le caractcPH de Mgr de Bourges * :
« Il a gouverné, en «'appliquant continuellement à l'exécution du dessein si important de former un olei^é des naturels du pays, ce qu'Alexandre Vil et la Sacre.- Congrégation avaient sur toutes choses recommandé ù nos premiers évèques et missionnaires, afin de perpétuer parce moyen la religion dans cet Orient; il n'a oublié pour le faire réussir, ni soins ni dépenses, soit en instruisant des jeunes gens dans les lettres d'Europe et de- Chine, soit en formant de bons catéchistes, soit es instruisant les plus habiles et les plus vertueux d'entre eux des cas de conscience et des cérémonies, avant de les élever aux saints ordres. Il en a ordonné trente-trois. Il a enfin gouverné cotte mission en se sanctifiant luimême pour elle, et en attirant sur elle mille bénédictions par ses mortifications et par la pratique de toutes les vertus.
« Pour dire un mot des nmrtificatîons et des vertus qu'il n'a pu cacher, il a toujours pratiqué très exactement jusqu'à sa sortie du Tonkin, & l'âge de 82 ans, tous les jeiVnes de l'Eglise, en y ajoutant les vendredis et samedis de toute l'année.
<' Son humilité était ingénieuse pour nous rendre, dans des occasions imprévues, de petits services qui nous couvraient de confusion. Il faisait souvent plusieurs choses qu'il nous aurait semblé qu'il aurait dû abandonner aux domestiques.
« Sa prudence lui faisait tout prévoir dans les circonstances même les plus difficiles, et la force de son esprit le rendait toujours égal ft l'extérieur, son humeur douce et agréable charmait tout le monde, et il était exact jusqu'au scrupule k ne rien dire qui pût déplaire.