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i( Vos bontés, Messieurs, et les marques d'amitié <f: vous me donnez par vostre très obligeante lettre qc' M. Cbarmot m'a rendue, {Coûtent beauconp d'a^-ri ments & l'employ auquel Sa Sainteté m'a fait l'boLneur de me destiner, et les prières des personnes, d'usaussi haute vertu et entièrement dévouées à la {ht^gation de la foy chrétienne comme vous, ne sont pa.d'un petit secours au long voyage que je dois entreprendre au plus tdt. Donc, Messieurs, je vous en rendmille grflccs de tout mon cœur, et je vous prie de me It? continuer et d'esire bien persuadés que j'ai toi^ours ei une véritable vénération pour l'institut de vostre Sé[i:> naire, que je regarde comme une chose très édifiante •.' d'un égal ornement et utilité à l'Eglise et au Saini- Siège. C'est pourquoi je compte beaucoup sur vix Messieurs de la Chine, en particulier sur Messieurs ie> Vicaires apostoliques qui, à l'heure qu'il est, ne sont pa< tant vos confrères que les miens. J'ay une pleine connaissance de leurs mérites, et je n'ai pas moins de confiance en leur charité; je ne doute pas qu'ils n'en re^tent bien persuadés. Cependant, je vous remercie que vous ayez bien voulu les prévenir I&-dessus, suivant l'intention de Sa Sainteté, laquelle est remplie d'estime et d'amour paternel pour eux, pour vous et pour tout vostre Séminaire; j'espèreleur en apporter des marque:^ particulières, si j'avais le bonheur d'arriver à les embrasser.
C'est de quoi je vous supplie de les assurer en leui offrant et à vous aussi mes très humbles services, puisque je suis avec beaucoup de respect, Messieurs,
Vostre très humble et très obéissant servitcor,
Chjuuxs Thomas, pairiarche (TAntioche.
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Arrivé à Pondichéry au mois de novembre 1703, Mgr de Toumon fit une enquête sur les Rites malabares et les prohiba par un mandement du 23 juin 1704, qu'il publia le 11 juillet suivant. Dix mois après, il abordait en Chine.
Pendant son voyage, les choses marchèrent en Europe. Une série de questions relatives au nom de Dieu, au culte des ancêtres et à celui de Confucius avait été dressée plusieurs années auparavant d'après un exposé des faits; laCongrégation du Saint-Office, à laquelle le jugement avait été déféré par Innocent XII, rendit un décret solennel, défendant toutes les cérémonies du culte de Confucius et du culte des morts ainsi que les termes usités par les lettrés chinois pour désigner Dieu, Ce décret fut approuvé le 20 novembre 1704 par Clément XI , qui avait poursuivi Texamen commencé par son prédécesseur.
Mgr de Toumon était à Pékin depuis le 14 décembre 1705, lorsque ce décret lui fut remis. Le 31 décembre suivant, il fut admis pour la première fois en présence de Kang-hi. L'empereur le reçut avec une pompe extraordinaire, il le fit asseoir sur un riche divan, lui fit servir un festin sur une table couverte de trente-six plats d'or, lui-même lui présenta une coupe pleine de vin. Lorsque après les premières banalités d'une conversation ordinaire, le patriarche essaya d'aborder le sujet de son voyage et proposa de nommer un supérieur général des Missions, ou si l'on préférait, d'établir un nonce à Pékin, Kang-hi refusa, à moins cependant, dit-il, qu'on ne donne cette dignité à un des Européens qui habitent mon palais. Mgr de Toumon ne crut pas devoir accepter cette condition.
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Pendant son séjour dans la capitale de rempîr»», aidé d'un lazariste piémontais, M. Appiani, et d: V, de Frosoloni qui lui servaient d'interprètes, U légat s'efforça de recueillir tous les reaseignementr propres k Téclairer sur la question des Rites, l. appela près de lui Mgr Maigrot et le P. de Visd^ lou, célèbre et savant jésuite qui ne partageait pH« Topinion de la plupart de ses confrères. Sur ces entrefaites, Kang-hi apprit qu'une assemblée de cardinam et de théologiens, tenue à Rome, avait condamné le? Rites chinois. Son orgueil d'empereur, de lettré et dr païen s'émut, il voulut faire sentir sa colère an patriaiche, et dans une audience du 29 juin 1706, il lui pari, avec brusquerie, presque avec violence : « Oui, votrr religion est sainte, lui dit-il, et il serait à sooliaiter qiuvous puissiez la propager dans le monde entier, mai^ vous vous y prenez mal, vous ne tenez pas compte de> mœurs et des opinions des divers peuples. . . » Entrant ensuite dans de longs détails sur les cérémonies chinoise>, il ajouta : « Les Européens ne peuvent assez pénétrer k sens de nos livres, il est donc à craindre que le Pape, mal instruit par des gens ignorants, ne fasse quelque règlement qui, fondé sur de fausses informations, attirera infailliblement la ruine du christianisme dans mon empire... Pour prévenir cet inconvénient, je veux revoir lv> informations qui seront envoyées en Europe, afin d»' les rectifier et d'en corriger les erreurs. » Mgr de Tournon essaya d'expliquer à l'empereur la distinctioB que l'on devait faire entre la question de fait et la question de droit. Si un lettré païen pouvait tranchei la première, des théologiens catholiques étaient seuls aptes à résoudre la seconde, et il nomma Mgr Maigrot dont il vanta la grande science en la littératurt» chinoise.
Le lendemain, deux mandarins vinrent, de la part d*^
Kang-hi, demander à Tévêque s'il y avait dans la doctrine de Gonfucius certaines choses contraires à la reli^ ^ion chrétienne. « Un grand nombre , » répondit-il. Us le pressèrent de les indiquer, sinon toutes, du moins la plupart. Le Vicaire apostolique du Fo-kien savait le désir du légat qu'on n'entrât pas en discussion <levant l'empereur sur les questions religieuses; il lui demanda conseil. « Obtempérez à la proposition <les mandarins, conclut Mgr de Toumon mais abs^ tenez-vous de donner aucun texte tiré des livres publiés par ordre du souverain. » Tout en se conformant à cette injonction, l'évêque cita immédiatement une cin- <[uantaine de passages extraits de divers auteurs chinois, et, sur l'observation des mandarins, que ces textes étaient trop nombreux et nullement opposés à la doctrine chrétienne, il en clioisit quelques-uns et les écrivit sur deux colonnes. Dans la première, il mit ceux qui regardaient les croyances des Chinois, dans la seconde, ceux qui avaient rapport aux sacrifices. « A côté ^ de la première colonne, il écrivit que ces passages, n'admettant pour premier principe qu'un être qui n'est ni intelligent ni subsistant par lui-même, combattaient la religion chrétienne qui reconnaît un seul Dieu éternel, créateur du ciel et de la terre, de l'homme et de tout l'univers pour l'homme. A côté de la seconde colonne, il écrivit que les passages qu'elle renfermait étaient de même opposés à la religion chrétienne, qui enseigne que le sacrifice doit être offert à Dieu seul et non, comme ces passages le disaient, au ciel, à la terre, au soleil, à la lune, aux étoiles, aux montagnes, aux fleuves et à des créatures beaucoup plus viles et plus indignes.
« Les mandarins se récrièrent fort sur ce que l'évêque osait trouver à redire aux sacrifices qu'oflrait l'empe-
i. Arch. M.-È., vol. il, p. 627.
reur. 11 répondit modestement qu^ils lui avaient demandé la vérité, qu'ils lui avaient même ordonné de la dire librement et qu'il l'avait fait. »
Les officiers se retirèrent et portèrent au monarque, en route pour la Tartane, le petit mémoire dn Vicaire apostolique. Quelques jours après, ils étaient de retour avec une réponse de Kang-hi dont le principal argument était de traiter Tévêque d'ignorant. Celui-ci se contenta de déclarer aux mandarins qu'il recevait respectueusement les paroles de l'empereur.
Cependant son écrit avait produit à la cour une impression profonde. Il était assez difficile de le réfuter, on le combattit en soutenant que le prélat n'avait pa^ saisi le sens véritable des textes qu'il citait, et cette accusation ne manqua pas d'acquérir un certain poids par suite d'un événement, en soi peu important, et que l'on grandit à plaisir. Kang-hi, ayant fait appeler Mgr Maigrot, à la cour, en ce moment en Tartarie, lui or^ donna d'abord de traduire en chinois, sans l'aide d*aucun lettré, le message qu'il avait fait écrire au Pape par le légat. L'évêque le traduisit aussitôt en présence d'un mandarin qui porta la traduction à l'empereur. Le lendemain, le souverain l'appela, lui demanda s'il avait étudié les livres chinois, et, après la réponse de l'évêque qui dit les avoir étudiés quelque peu, il se mit à parler sur les points controversés. Kang-hi était un brillant causeur, tous ceux qui l'ont connu le représentent maniant habilement le sarcasme, jetant à profusion l'ironie, argumentant avec vigueur et subtilité. Ayant longuement parlé, il interrogea Mgr Maigrot sur ce qu'il pensait et s'il était de son avis. Celui-ci osa répondre qu'il était d'un avis différent et qu'il ne pouvait suivre l'opinion de l'empereur, parce que sa conscience le lui défendait. A cette parole, les mandarins présents s'indignèrent, et éclatèrent en injures contre le prélat, Kang-
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hi leur imposa silence. « C'est par la douceur et non par les injures, fit-il, que l'on gagne les hommes. » Et il recommença à traiter le même sujet. A la fin, il proposa à. Maigrot de lire quatre caractères écrits au-dessus du trône de la salle d'audience. L'évèque n'en expliqua que deux, il ne comprit pas le troisième, et l'éloignement l'empêcha de lire le quatrième. Ce fait, raconté en Europe, devait produire et produisit une vive sensation. On s'étonna qu'un Vicaire apostolique ne put expliquer quelques caractères chinois du palais impérial, et on bâtit là-dessus les accusations les plus bizarres. Les sinologues de nos jours souriront de l'étonnement et de l'indignation des discuteurs du xvin® siècle. Il n'est pas rare en eflfet, de voir des lettrés ne pas comprendre un écrit appartenant k un ordre d'idées qui ne leur est pas familier. Des docteurs chinois sont arrêtés dans l'explication des termes du catéchisme, cela ne prouve en aucune façon leur ignorance.
Dans les Mémoires de la Congrégation de la Mission ^ publiés par les Lazaristes, on lit un fait analogue, arrivé au P. Prémare, un des jésuites les plus vantés pour sa science dans la langue, la religion et les antiquités de la Chine.
« Le 2 avril 1714, par suite de ce que nous avons raconté sous la date du 7 avril 1712, c'est-à-dire de la demande formulée par le Père Bouvet, pour faire venir à Pékin les Jésuites qui paraissaient plus versés dans la connaissance des lettres chinoises pour l'aider à l'explication du livre classique Jé-Hin, les Pères Fouquet, Golet et Prémare vinrent à Pékin et furent examinés de par l'empereur sur leurs connaissances en littérature chinoise. Je me trouvaiprésent à l'examen du P. Prémare. On lui donna à lire un billet qui traitait d'affaires do-