Arch. M.'É., Tot. 117, p
sais si en écrivant à votre Seigneurie illustrissime, je dois m'affliger ou me réjonir avec elle; car il est juste de verser des larmes sur un évêque qui est prisonnier pour la religion, non pas tant à cause de la perte qii*il souSre de sa liberté, qu*à cause de la persécution qu'on fait à rÉglise.
(( Mais consolez- vous, où le Saint-Esprit se trouve, là se trouve la liberté ; et nous lisons avec joie que ceux-là sont bienheureux qui souffrent persécution pour la vérité et pour la justice.
« Le bref du Pape, que je vous ai apporté depuis peu, loue votre zèle; mais il semble que ce bref ait été moins fait pour vous louer que pour vous armer et pour vous prémunir. Que pourront jamais feindre et imaginer les hommes, qui soit capable de vous ravir cette gloire?
« Vous êtes attaqué véritablement sans en avoir donné occasion, puisque vous n'avez commis nulle faute, et qu'on vous traite comme coupable, au lieu que vous êtes vraiment digne de louanges pour la profession de foi que vous avez faite.
« Mais ceux qui s'élèvent contre vous seront confondus, et vous verrez ces sages pris eux-mêmes dans leurs folies, pendant que le juste tressaillira de joie; car il est écrit :
« Je perdrai la sagesse des sages, et je réprouverai la prudence des prudents. »
« Le voyage, qu'ils vous ont fait faire en Tartarie, était pour vous attirer malgré vous à un nouveau combat, où le captif est demeuré vainqueur; où Ton a porté des coups non pas à votre corps mais à votre âme, d'une manière d'autant plus glorieuse pour vous, qu'elle a été plus rude et plus vive; où enfin, vous avez eu pour agresseurs vos propres frères et vous m'avez eu moimême pour compagnon des injures que vous avez souf-
fertes^ au lieu que vous aviez droit d'espérer que j'en serais le vengeur.
c< J'ai soutenu, si je ne me trompe, avec assez d'intrépidité, autant néanmoins que ma fragilité et l'état des choses me l'ont pu permettre, ce qui regarde la religion, la cause de Dieu dont la vôtre est inséparable, et l'autorité du Siège apostolique.
« J'ai méprisé ce qui ne touchait que ma personne. Quant à Taffaire dont j'étais chargé, tout le monde sait combien j'ai souffert dans l'exécution de mon ministère. »
Tous les missionnaires de la Société des Missions- Etrangères en Chine refusèrent de prendre le piao (patente). Ce refus leur valut une condamnation à Texil. Leblanc et Danry furent enlevés du Yun-nàn, de la Baluère et Basset du Su-tchuen. Ils laissèrent leurs chapelles et leurs maisons à la garde des chrétiens qui oublièrent, quelques-uns du moins, qu'Us ne les avaient reçues qu'en dépôt et non en propriété.
Rendu à Nankin, Mgr de Toumon ne crut pas pouvoir, dans l'état des esprits, publier le décret de Clément XI ; il aima mieux assumer sur sa tête toute l'indignation de Tempereur que de l'indisposer contre Rome; il convoqua donc tous les missionnaires présents à Nankin et leur donna lecture de son mandement^ qui prohibait les cérémonies chinoises en l'honneur de Confucius et des ancêtres. Dès que Kang-hi eut connaissance de cette déclaration, il fut tellement irrité contre le légat qu'il le fit aussitôt arrêter et conduire à Macao, avec ordre aux Portugais de le retenir prisonnier.
Il est douloureux de dire que le prince païen fut obéi par le représentant du roi très fidèle ; Mgr de Toumon futjeté en prison.