‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 161 sur 218 · Daté du 25 janTier · texte numérisé non relu

Daté du 25 janTier

Un prêtre des Missions-Etrangères, René Her\'é ^ , p.irtagea son sort; un autre, Jean Bénard*, reçut de lui Tordre de partir pour Rome, afin de faire au Souverain Pontife le récit détaillé et exact de ces funestes évôiu*ment s.

Les missionnaires du Yun-nan et du Su-tchuen raiiir nés à Canton furent embarqués pour Macao, à Texc^»tion de Leblanc qui réussit à s'échapper.

Pénétré de cette pensée que le premier devoir du pasteur est de rester avec le troupeau qui soufre, il sr^ réfugia dans les petites chrétientés du Fo-kien, et fat nommé par Mgr de Toumon, vicaire apostolicjue du Tché-kiang à la place de Mgr Mezzafalce.

Le légat du Pape comprenait le devoir comme Leblanc, etde sa prison, il adressa le 19 décembre 1708à Lirot' qui se cachait tantôt dans le Kouang-tong, tantôt dans It* Fo-kien, de courageuses exhortations que son exemple faisait plus convaincantes :

« Je ne vous répéterai point ce que j'écris à M. Leblanc, mais je pense d'aborf à vons faire mes compliments sur le zèle et Tautorité que vous avez témoignés dans ces fâcheuses occasions, pour vous conserver dans la mission et pour secourir les pau\Tes chrétiens abandonnés de leurs pasteurs exilés. 11 faut continuer à tenir bon quelque temps; car j'espère qu'enfin le Seigneur défendra lui-même sa cause par des marques extraordinaires de sa Providence, puisqu'il semble que tous les moyens humains, au lieu de la soutenir, la combattent incessamment. »

1. Du dioc<'>so de Rennes, parti le 10 mars 1698, mort à Macao le 18 mars 1110; le cardinal de Tournon composa son épitaphe.

2. Du diocèse de Lisieux, missionnaire en Chine en 1698, procureur à Canton, il mourut h Moka le 10 février ITll, pendant le Toyage que le cardinal de Tournon l'avait prié de faire,

3. De Normandie, parti en 1689, mort à Chao-tcheou OU CSbao-kooan le 6 septembre 1123. — 59 ans.

DES MISSIONS-ÉTRA!«96ÈIl£S 479

Cette confiance en Dieu, le grand soutien des hommes apostoliques, était partagée par Leblanc qui gardait l^espérance en des jours meilleurs.

c< Les missionnaires sont chassés, disait-il, cepen^ dant je ne perds pas espoir, quand même les choses seraient réduites à un état qui fasse croire la mission perdue sans ressources. La Providence agit toujours par des voies secrètes, et il n'appartient qu'à Elle de faire de grandes choses par de faibles instruments. »

Sa vie, d'ailleurs^ n'était pas exempte de ces joies qui ont toujours la puissance de ranimer le courage des apôtres.

« Grâce à Dieu, écrivait-il, je puis, sans avoir reconnu la volonté de l'empereur au sujet de la question engagée, remplir à peu près mes devoirs de pasteur; l'autre jour, j'ai baptisé trente-cinq catéchumènes. Les mandarins savent qui je suis et ce que je fais; mais ils me laissent tranquille. »

De la Baluère, en liberté à Macao, s'attristait de l'a^

bandon des chrétiens du Su-tchnen. Une nuit, il quitta

très secrètement la petite possession portugaise, passa

heureusement les douanes de Canton, traversa la Chine

sans être reconnu et retourna à Tchen-tou, la capitale

de la province qu'il avait déjà évangélisée. Les fidèles

l'accueillirent avec enthousiasme; ils se prosternaient

devant lui, pleuraient, priaient, louaient le Seigneur et

exaltaient sa bonté. Ce fiit le dernier et le plus grand

bonheur du missionnaire; il avait épuisé ses dernières

forces pour revenir vers ses chrétiens ; quelques mois

plus tard, il mourut au milieu d'eux ^.

Le pieux cardinal de Tournon avait succombé à d'autres misères. Le Pape l'avait récompensé de sa belle conduite en lui conférant la pourpre cardinalice. Cet

Page 1