Arch. M.-É., vol. 212, p
nature à demeurer sans réponse; voici celle qui fut faite officiellement par Tévêque ^ : « Il y a environ douze ans que le gouverneur de la ville où je demeurais mourut. Il était fort de mes amis, et il m'avait beaucoup servi dans les affaires de notre sainte religion. Je crus donc que je devais lui rendre à lui et à sa famille, qui m'était aussi très chère, les honneurs que j'avais dit aux chrétiens, en les instruisant, qu'il était non seulement permis, mais encore convenable et raisonnable de rendre aux parents et aux amis après leur mort. J'avais ajouté plusieui*s fois en parlant à ces chrétiens, que je serais moi-même très volontiers avec eux sur cela, si l'occasion s'en présentait; il me paraissait très important de leur donner avec soin ces sortes d'avis, pour leur faire faire le discernement de ce qui était superstitieux d'avec ce qui n'était qu'une pure civilité. »
Après avoir exposé ses principes sur cette matière, il ajoute : « J'allai donc dans la salle du gouverneur' où le corps était exposé, et m'approchant du cercueil, je le saluai à la mode du pays; toute la famille, assemblée en fort grand nombre, fondait en larmes autour du cercueil, faisant avec moi les mômes mouvements pour saluer le mort. Je fis le même salut à l'égard de la famille qui me le rendit sans nulle différence; et aussitôt je passai dans une autre salle tout proche, pour m'entre tenir selon les règles de la bienséance avec les mandarins qui y étaient .
« J'ai dit que je m'étais approché du cercueil; car il est faux que je me sois approché, non pas même de loin, comme le veulent les Jésuites, du tableau où est le Siège ou le Trône de rame; mais je saluai si précisément et si manifestement le cercueil, ou plutôt le corps
1. Mémoires pour Rome sur l'état de ta relig. chrel. iv mém., p. 50 et siiiv.
qui était dedans, qu'il n'y eut pas le moindre lieu de méprendre. En quoi je fis certainement une professîi»u de Foi la plus claire et la plus forte que je pouvîiis faire. Cependant je déclarai encore publiquement, parce que Toccasion s'en présenta, que la religion chrétienne ne nous permettait pas de nous tourner vers le tableau. Il me semble qu'on ne peut rien faire dr moins que ce que j'ai fait pour honorer un mort, ni rien faire de plus pour m'éloigner de toute superstition: ♦*! j'avoue que j'étais pour lors déterminé à rendis? le^ mêmes devoirs, toutes les fois que je me trouverais dan< .de pareilles occasions. » Ensuite, l'évéque ra[>porte textuellement le récit du libelle qu'il réfutait, i! prend Dieu à témoin qu'il n'y a pas un mot de vrai dans ce qu'on lui attribue et termine en affirmant qu'il n'a jamais laissé une pareille accusation sans réponse.
On voit d'après cette protestation combien était injuste l'accusation portée contre Mg'r Maigrot. Cependant nous devons dire que le salut qu'il fit devant le cadavit* ne serait plus toléré aujourd'hui. Ce salut, qu'on appelle le Ko-theou, a été défendu par une bulle de Benoit XIV comme entaché de superstition; mais à l'époque où l'évoque le fit et surtout avec les pi*écautions dont il l'accompagna, il était impossible do l'imputer à faute, car rien ne fixait alors sur la nature de cette marque d'honneur, et la condescendance du prélat dans cette circonstance, prouve seulement combien il désirait se rapprocher de l'opinion contraire, toutes les fois que sa conscience pouvait le lui permettre.
La conduite de Mgr Maigrot à Rome fut également plus d'une fois censurée ; on se le représentait et on le représentait aux autres comme un homme Wolent, toujours prêt à attaquer ses adversaires, incapable de retenue et do modération; il supportait ces accusations
sans rien dire; une fois, cependant, dans une lettre particulière, il* rompit le silence çt répondit avec un calme et une piété qui ne manquent pas de vigueur ^ :
« Quand vous me manderez quelque chose de positif, <[ue j'ai fait ou dit contre le bien de la paix, quelque plainte que j'aie faite, quelque dureté que j'aie dite, quelque occasion où je n'ai pas gardé du moins les dehors, quelque scandale que j'aie causé, alors je demanderai à Dieu la grâce de reconnaître et d'avouer ma faute et de m'en amender ; mais quand vous ne me manderez que des choses générales et que les sottises que (juelques étourdis vous écrivent, j'en gémirai devant Notrc-Seigneur et lui demanderai qu'il me donne la patience. » « Je crois, ajoutait-il dans cette même lettre, que la modération dont j'ai usé avec le Pape et avec les cardinaux a effacé les mauvaises impressions que plusieurs avaient données de moi, ils n'auraient pas été fâchés (jue j'eusse, par la Furia française, donné de moi une autre idée. »
Le portrait que Mgr Maigrot trace de lui-même est reproduit et plus accusé encore dans les correspondances de M. Charmot, alors procureur de la Société à Home et ardent adversaire des Rites chinois. Après s'être réjoui de l'arrivée de l'évêque, Charmot en vint presque à la regretter : « Car, dit-iP, il n'avance en rien l'aifaire, il ne s'en occupe pas, il reste inactif et muet, que vont penser de lui nos amis et nos émules? Je ne puis plus rien dire et rien faire, puisqu'il ne m'appuie pas. »
Mgr Maigrot ne s'émut pas de ces plaintes et ne changea pas de conduite, il attendit dans la prière et le