‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 165 sur 218 · Arch. M.-È., toI. 18, p. 53. Lettre du 20 octobre Hll · texte numérisé non relu

Arch. M.-È., toI. 18, p. 53. Lettre du 20 octobre Hll

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missionnaires de jurer obéissance à la bulle, ajoutant que leurs pouvoirs cesseraient jusqu'au moment où ils auraient rempli cette formalité ; il dicta môme la formule du serment, et imposa aux supérieurs des difiFérentes Sociétés religieuses l'obligation de le faire prononcer à leurs subordonnés et d'en envoyer à Rome un acte authentique. Voici la teneur de ce serment que les missionnaires prêtent encore aujourd'hui :

« Moi, un tel, missionnaire envoyé ou destiné à la Chine, ou à tel royaume ou telle province par le Saint- Siège ou par mes supérieurs, suivant les pouvoirs que le Saint-Siège leur a accordés, obéirai pleinement et fidèlement au précepte et commandement apostolique sur les cultes et cérémonies de la Chine renfermé dans la constitution que N. S. P. le Pape Clément XI a faite sur ce sujet, o4 la forme du présent serment est prescrite, et à moi parfaitement connue par la lecture que j'ai faite en entier de la même constitution, et l'observerai exactement, absolument et inviolablement , et l'accomplirai sans aucune tergiversation. Que si en quelque manière que ce soit (ce qu'à Dieu ne plaise), j'y contreviens, toutes les fois que cela arrivera, je me reconnais et me déclare sujet aux peines portées par la même constitution. Je le promets, je le voue et je le jure de la sorte en touchant les saints Evangiles. Qu'ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Evangiles. Moi, un tel, j'ai signé de ma propre main. »

La Société des Missions-Etrangères accepta avec obéissance et empressement cet ordre, qui était la consécration de la thèse qu'elle avait soutenue, et, espérait-

elle, le meilleur moyen de mettre un terme à de péoibir-discussions. Cette espérance ne se réalisa pas, et snu" qu'aucun évéque et aucun prêtre de la Société y pn* part, les polémiques continuèrent. Clément XI se d»^ termina à envoyer un nouveau légat en Chine, dan» Tespérance que cette seconde uég-ociation serait pli.* heureuse que celle du cardinal de Tournon. Il jeta \e^ yeux sur Mgr de Mezzabarba, auquel il donna le liti» de patriarche d*Alexandrie. Afin de ménager les susc4*|h tibilités du Portugal, le légat prit la voie de Lisbonii» où il s'embarqua au mois de mars 1720. A Macao, il gagna les cœurs par son alFabilité. fit cesser les divisions et leva toutes les excommunications prononcées [>ar sou prédécesseur. A Canton, il fut reçu avec honneur et il partit pour Pékin; mais, à quelques lieues df la capitale, il fut invité à s'arrêter et à faire connaître U* but de sa mission. Il écrivit à Tempereura qu'il éimt envoyé pour assurer Texécution de la bulle :Ex illd die^ et qu'il désirait ôtre reconnu comme supérieur général des missionnaires. » Kang-hi répondit qu'il acquiesçait volontiers à cette demande, mais à la condition que Mgr Mezzabarba laissât en Chine les religieux attaché> à la cour et emmenât tous les autres missionnaires à Rome, où il serait maître de leur signifier la bulle, et d'exercer librement ses .fonctions de supérieur. Cette réponse ironique était accompagnée du refus de doimeiaudience à l'envoyé du Pape.

Après de longues négociations, tour à tour rompues et renouées pour les motifs les plus futiles, l'emiiereur consentit enfin à recevoir le légat. 11 lui fit servir un dîner somptueux, parla en termes dédaigneux de la décision du Souverain Pontife, et renvoya les discussions sérieuses à des entretiens ultérieurs. Dans ces entretiens, Kang-hi se montra tantôt plein d'affabilité, discourant loniruement sur toutes les questions et char-

niant les assistants par son esprit et par la variété de SOS connaissances, d'autres fois, il s'emporta et s'aban- <lonna à de véritiibles violences de langage; à plusieurs reprises, il se déchaîna contre Mgr Maigrot; un jour, plus excité encore qu'à l'ordinaire, il dit au patriarche : <A Ce Maigrot est la cause de toutes vos querelles dont je suis fatigué; si elles ne finissent pas bientôt, je serai obligé de demander au Pape qu'il me le renvoie pour lui faire trancher la tête ici, à moins qu'il ne consente à le punir lui-même à Rome. Je ne puis comprendre comnient un homme de ce caractère est regardé à Rome comme le docteur de la Chine. » L'étonnement de Kang-hi ressemble trop à de la rancune pour qu'il soit besoin de défendre l'accusé. Ses reproches s'évanouisseut devant les éloges donnés à l'évêque par le cardinal de Tournon et par le Souverain Pontife, à moins qu'ils n'en rehaussent la valeur. A la suite d'une de ces audiences, l'empereur ayant demandé communication de la traduction la buUe : Ex illâ die, et l'ayant lue, inscrivit en marge, de son pinceau trempé dans le vermillon quelques annotations fort insolentes et fit défense formelle de publier ce document dans son empire.

Après la lecture de cette note, Mgr Mezzabarba envoya au prince le texte de huit permissions qui exemptaient à peu près complètement de l'application des prescriptions contenues dans la bulle : elles doniKiient en effet aux missionnaires le droit de tolérer l'usage des tablettes avec le nom du défunt, les cérémonies chinoises non suspectes de superstition, le culte civil en l'honneur de Confucius, la prosternation, les offrandes de viande, de fruits, de parfums et d'encenS devant les tablettes, devant le cercueil des défunts et (levant les tombeaux, à condition toutefois que les chrétiens protesteraient qu'ils éloignaient toute pensé e superstitieuse.

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Après une semblal)le déclaration, on peut tlire «juf ' légation du patriarche d'Alexandrie était finie et qur- I. constitution de Clément XI était comme non a^^t^nur Les partisans des Rites triomphaient, puisque d.<îi- Taccomplissement des cérémonies chinoises, il sufii*-oi de repousser par une protestation l'idée de su]>t»rvtition et d'idolâtrie. Ces concessions ne suffirent pas - Kang-lii; dans une dernière audience, il les atta(|u;i \ivement, les traita d'insignifiantes, ajoutant qu'on a» comprenait rien à ces nouveaux Rites entourés de r»*^ frictions. Quelques mandarins applaudirent aux ol>>t ivations du maître.

Encouragé par ce succès, Kang-hi glosa et diss«Mî.< à l'aventure sur une foule de sujets. Enfin, rentrant tJrn.v sa dignité impériale^ il annonça que l'affaire de la létration était terminée et que l'envoyé du Pape pouvait s»' mettre en route pour Macao. C'était non seulement 1» congé donné, au légat, mais encore le dernier mot <Lreinporeur de Chine sur la question. On n'avait plus à espérer aucune entente avec lui.

Le 3 mars 1721, Mgr Mezzabarba sortit de Pékin, e^ arriva le 27 mai à Macao où il publia un mandement ^ pour exhorter les missionnaires à se conformer au\ décrets du Saint-Siège, qu'il avait modifiés par les huit 2)ermissions particulières.

11 partit ensuite pour Rome, emportant avec lui le corps du cardinal de Tournon, à qui le Souverain Pontife voulait faire rendre dos honneurs funèbres dignes de ce vénérable confesseur de Jésus-Christ. Les missionnaires, laissés de nouveau à leurs propres appréciations, recommencèrent à discuter; la confusion augmenta, el rantagonisme devint plus ardent que jamais. Les directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères, profondê-

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