Arch. M.-É., vol. 19, p
DES MISSIONS-ÉTILVNGÈBES 499
Les discussions sur les Rites chinois contribuèrent «•gaiement à éloigner les aspirants à l'apostolat, peu soucieux d'être mêlés à une querelle dont ils comprenaient sans doute assez mal l'objet précis, détournés d une œuvre dont les succès ne s'affirmaient par aucune conquête éclatante ou considérable.
Le Séminaire des Missions-Étrangères ne comptait souvent que cinq ou six lévites, quelquefois même il i'tait vide.
Les Missions avaient à peine assez de prêtres pour se soutenir.
En 1722, la Société n'avait à Siam que deux évêques ot deux prêtres, en Chine ; trois prêtres; au Tonkiu, un .->vêque et trois prêtres ; en Cochinchine, un évêque et trois prêtres.
Heureusement que le clergé indigène suppléait en partie les missionnaires absents.
La charité qui se donne eUe-même était rare en France, celle qui donne son or l'était également; l'œuvre des Dames de charité, fondée par Mgr Fallu à l'origine de la Société, s'était désorganisée après la mort de Madame d'Aiguillon et de Madame de Miramion ; la situation de MM. de Brisacicr et Tiberge à la cour, leurs relations avec Madame de Maintenon et avec plusieurs Jurandes familles avaient néanmoins, pendant plusieurs années, conservé des ressources à la Société, mais peu à peu, la mort et la ruine avaient frappé les uns et les autres. La crise financière, provoquée'par la déplorable application du système de Law, avait directement atteint e Séminaire, qui perdit la moitié de ses revenus de l Hôtel-de-Ville et une somme de 60,000 francs, grâce à la liquidation de difiFérents contrats imposée par la banqueroute de l'État.
Solliciter la charité dans de pareilles conditions était bien difficile, en obtenir des secours sérieox à peu près
impossible : « Nous avons tous une grande ardeur p*.':i le service des Missions, écrivaient les directeurs*, et *-; n'était question que de nous répandre tous dans U^ maisons des personnes opulentes pour exposer nos 1hsoins, nous ne nous épargnerions pas, mais nous pouvons vous assurer sans hésiter que dans le miséraLU temps où nous sommes, nous irions dans toutes les maisons des grands seigneurs et des dames riches et charitables de la cour, de la noblesse et du clergé, que nou^ en ^e^'iendrions les mains vides. Les misères en si grand nombre, dont on est frappé de si près, et environné d? toutes parts, épuisent si fort la charité et les facultés du peu de gens qui sont encore dans le pouvoir et dans l.i bonne volonté de secourir le royaume, qu'il ne reste rien pour envoyer des secours dans les pays étrangers. Vous seriez surpris si on vous disait le peu qu'on a trouvé pour assister dans nos provinces. Et dans Paris, on ne voîtqu»quêtes qui ne produisent presque rien. »
La cour visait à l'économie dans les choses rcligieust*s. j afin de posséder plus de superflu pour les plaisirs ; ell^allait même jusqu'à projeter la suppression de nombreuses communautés religieuses. Cette situation e>t très clairement dépeinte par les directeurs du Sémînain* de Paris dans une lettre au séminaire de Quélîec.
« La cour a sa manière de penser bien différente des particuliers*; car l® bien loin de vouloir rien donner, elle ne songe qu'à retrancher et à faire le moins de dépenses qu^elle pourra.
« 2? Elle est persuadée qu'il y a trop de communautés dans le royaume tant d'hommes que de filles, et ne cherche que l'occasion d'en retrancher, c'est à quoi elle travaille.
i. Arch. M.-É., vol. 61. p. 252.
2, Histoire du Séminaire de Québec^ p. 590 (manuscrit).
« 3° Quand une communauté est ou se dit pauvre, on la supprinie ou on la réunit à quelque autre, avec défense de prendre des sujets, et cela s'exécute déjà dans bien des endroits.
« 4° Us ne veulent pas que les communautés soient trop puissantes, et ils ont grande attention de ne les pas agrandir. »
Or, la question des ressources était évidemment grave pour le Séminaire, qui n'avait le moyen de s'en créer que par la charité, puisqu'il ne dirigeait pas de collège et ne prêchait plus de missions qu'aux pauvres.
Aussi les directeurs insistaient-ils près de leur procureur à Rome pour qu'il expliquât au Souverain Pontife « que les Français ^ ont dépensé plus de deux ou même trois cents mille francs pour leurs premiers établissements, plus de cent vingt mille pour leur premier établissement dans la Chine, et que ces dépenses ont ouver' la porte aux missionnaires italiens de la Propagande. >
La Société voyait diminuer ses ressources, mais non ses charges qui demeuraient toujours aussi lourdes; en France, elle devait entretenir le Séminaire, directeurs et élèves, acheter les objets nécessaires aux missionnaires qui partaient et payer leurs voyages en totalité ou en partie, acquitter les droits seigneuriaux dus à l'abbaye de Saint-Germain et les redevances à la cure de Saint- Sulpice; en Amérique, soutenir le séminaire de Québec et aider la mission d'Acadie; en Extrême-Orient, fournir à la subsistance des ouvriers apostoliques, aux dépenses des séminaires et aux frais des présents qu'il
l.Arch. M.-É., Tol. 214, p. 506.
était utile d'offrir aux rois ou aux mandarins, atin gagner sinon leur bienveillance, du moins leur ïi» tralité ; il lui fallait aussi compter avec les péri considérables qu'elle subissait, soit parle naufrage *J navires, soit par l'arrestation des courriers qui allais à Canton ou à Macao chercher les allocations annu*»r et que des espions faisaient arrêter à leur retour.
L'envoi de ces sommes d'argent aux procures étail • plus fort onéreux, grâce au taux exorbitant du chaiii. Les directeurs se plaignaient très haut de cette dépeiL^ forcée et improductive.
« Il nous en coûte presque du triple de la somme or^î naire, disent-ils en 1722*, par la différence qui est i-lcore à présent entre la nature intrinsèque de notre mn;.naie de France et celle des autres pays, car par exemple une pièce d'argent, qui vaut 50 sols dans le roya enumc. vaut pas 20 sols en elle-même partout ailleurs ; aiii>i pour vous envoyer un écu ou une pataque ^ , il nou^ f u coûte au moins 1 livre dix sols. »
L'année suivante, ils font entendre les mêmes doléances^ : « Nous voudrions vous faire tenir5,000piastrt"*'. et pour aller jusque-là, il nous en coûtera présentemcn* 33,000 francs en argent. » C'était donc une perte d'environ 10,000 francs. Pour parer à tous ces besoins, 1»^ ressources dont la Société pouvait disposer s'élevaieII^ en 1722, à la somme de 32,806 francs; elles provenaient des rentes faites par le roi et plus ou moins répilièrement payées, des sommes assignées à des époque> variables par l'assemblée du clergé de France, des loyers de quelques maisons à Paris, des revenus de prit-uréî», de fermes en Brie et de fondations faites par divers particuliers.