Histoire de l'èlablUsemenl et des progrès^ etc., p
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obligé à être procureur des missions. Il pense que • n'est pas être missionnaire. Les souffrances auxquell^sont exposés nos confrères à la Cochinchine le ehanue: ■ Il cliangerait volontiers la bourse de la procure p» . leurs cangues et pour leurs chaînes. Autant il est niri»:pour lui-même, autant est-il attentif que ses confnïne mantpient de rien. Malgré sa répugpiance pour >- : emploi, il s'est soumis à le remplir jusqu'à ce que noi.> puissions lui donner un successeur.
« Depuis mon arrivée à Siam, il m'a supplié dans p]> sieurs de ses lettres avec les plus fortes instances de \\ donner mission pour le Pégou, où un chrétien qui *• servi MM. Joret et Genoud, et lui a fait le récit de lo?:i martyre Ta assuré qu'il y avait un grand bien à fairt».
Tessier de Quéralay était à la tète de la mission dt Siam depuis deux ans, lorsqu'un incident qui, au premier abord, pouvait sembler heureux, suscita de graves comphcations (1729).
Dans le but de s'instruire ou de se distraire, un priiK»; de l'ancienne famille royale emprunta à Mgr de Quéralti) plusieurs ouvrages sur le catholicisme ; après les avoir lus, il en parla au frère du roi qui les parcourut à son tour, et en demanda d'autres à l'évêque. Intéressé sau> doute par ces lectures, il les raconta au souverain luimême et aux mandarins, et pendant quelque temps, le cîitholicisme fut le principal sujet de conversation des officiers de la cour. Les uns l'attaquaient, les autres le défendaient sans songer d'ailleurs à l'embrasser. Lejs talapoins furent pressés de questions et d'objections: iiicai)ablcs de répondre, ils furent raillés; afin de se dt»livrer de ces ennuis, ils se mirent à déclamer contre V^ catholicisme, prétendant que ses adhérents exciteraient bientôt dans le royaume des divisions et des guerres, comme ils l'avaient fait au Japon, et qu'ils aboliraient le culte suivi par tous leurs ancêtres.
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Cette évocation des malheurs des missionnaires et tics chrétiens du Japon, que les bonzes accusaient fausisement de révolte, était assez fréquente et à Siam, enAnjinm et en Chine.
Le bruit de la terrible persécution de Taicosama avait retenti dans tout l' Extrême-Or ienf, accru encore par les récits des réfugiés japonais ; les adversaires du cathobcîsme s'en servaient comme d'une arme pour accuser tic trahison les apôtres et les fidèles ou pour les menacer d'une semblable destruction. Plusieurs hauts mandarins, parmi lesquels le barcalon, crurent ou fciî^nircnt de croire aux déclamations des talupoins. Ils «xcitcrent jeroiàsérircontre les missionnaires. Celui-ci, ce qui n'est chose rare nulle part, se laissait facilement fonduire parson premier ministre. MgrdeQuéralay, un t\c ses prêtres, M. Lemaire * , un diacre et un sous-diacre furent cités devant le conseil souverain. Le barcalon présidait :
a Vous êtes coupable, dit-il à l'évêque, vous avez offensé le roi en choses très graves ; je viens vous interroger de sa part. »
« J'ignore, réponditi'évêquc, en quoi j'ai eulemalheur d'offenser sa Majesté, et je vous prie de m'en instruire. » Le barcalon appela un secrétaire, lui i-emit un mémoire qui contenait plusieurs chefs d'accusation, et lui ordonna de le lire & haute voi\, puis, résumantchaquearticle.il enjoignit au Vicaire apostolique d"y répondre.
Les questions roulaient particulièrement sur les motifs qui avaient conduit les missionnaires à Siam, sur leur désobéissance au roi, surlesdangcr-s que leurs prédications faisaient courir à l'État.
De Quéralay était d'ordinaire très calme et très modeste; dans cet interrogatoire, il le fut plus encore; mais
t. De Pftri9, pnrii en 1722, mort nu mois de dùi^cmlrc 1748.
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il ne laîssft passer aucune imputnlioii sans la reli^vfr iloiiiia cl'iimplcs cxplicntions. Il raconta l'histoire <' proniiers prêtres et des premiers t'viftjues franr«Î5 d.,: • lo r()yaumc, la 1>ienveillance de Plira-naral, les n^latii de la Fiiiiice avec Siam ; il protesta qm* ni lui ni -. prOtres n'eii^'ageaicnt pei-soniie par pK-seiits. par |-rmesses ou par force à se faire chn'-tieii ; « niais, ajou* t-il, noire religion est la vraie cl nous la devons prtVher.
Le barcalim l'interrompit :
'. Nous ne condamnons pas votiv religion. lui dit-i", pounpioi condamnez-vous la nôtre ? Tant de na tion»* i-t-tlilies ici ont chacune une religion différente et rcspecli-;,' celle du pays, vous <Mcs les seuls qui vous éleviez in- ■ lemnicnt contre ses dogmes, vous méritez d'être sëvèrv<mont punis. »
l/évéquc tenta, mais inutilement, de prouver à sfia accusateur que la religion catholique estia seule vraie, et qu'en vertu des droits éternels de la vérité elle prof el doit être partout enseignée,
" Il ne s'agit pas de cela, s'écria le ministre, mais de la tranquillité de l'État; nous savons que quelques-uns de vos prêtres ont attiré k leur religion iiiw gronde multitude de Japonais; ils ont ensuite excité unirévollc. L'empereur les a vaincus, il a fait massacrer vos prêtres et les rebelles, et il a défendu, sous peine de niori, à tous lest'hrétiens, de quelque nationqu'ils soient, de mettre le pied dans ses Htats. Si notre roi, pour prévenir un pareil attentat, suivait cet exemple, s'il faisait ooiqier la tête et à vos missionnaires et à vous, on ne pourrait attribuer qu'à votre imprudence la ruplui-o entre la France et Siam. »
Les relations entre la France et Siam étaient h peu près nulles, ce n'était pas le moment de les faire observer, aussi de Quéralay giirda le silence, et le hai'calon
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« Le roi veut bien pour cette fois user de clémence; aïs il vous défend : 1® d'écrire en langue siamoise A en bali des livres de religion ; 2® de prêcher i>trc doctrine à des Siamois, à des Pégouans, ou à e^ Laotiens; 3*^ de les tromper et de les engager, ar qxielque voie que ce soit, à se faire chrétiens ; 4** de oudamner la religion du royaume. Voulez-vous obéir à es ordres? »
A cette violente sortie, Mgr de Quéralay répondit : — Aucun évoque, aucun prêtre français n'est entré dans le Japon, et jamais les Français n'ont causé de troubles dans les Indes. Quant aux défenses que vous me faites de la part du roi, elles sontirop graves pour que j'y puisse vépondre immédiatement, je vous prie de m'accorder quelques jours.
— Vous pouvez réfléchir ici, répliqua lebarcalon, et
concerter la réponse avec votre missionnaire. L'ordre du
roi ne souffre point de retard. Vous ne retournerez pas
dans votre séminaire, que vous ne m'ayez déclaré si vous
vous soumettez aux défenses qu'il vous fait.
— Eh quoi! répondit l'évêque, ne me sera-t-il pas même permis d'instruire mes domestiques, et ceux qui viendront me demander des instructions.
Un mandarin, nommé Chacry, prit la parole :
— L'ordre du roi, dit-il, n'excepte personne. Si vous vous y soumettez, vous continuerez de vivre tranquillement dans votre maison ; si vous refusez d'obéir, le roi veut qu'on vous tranche la tête.
Le Vicaire apostolique craignait pour ses chrétiens plus que pour lui une persécution qui aurait, en quelques jours, définitivement ruiné sa mission, il était bon d'ailleurs d'aller Jusqu'aux dernières limites de la modération.
— Si telle est l'intention du roi, répondit-il, ne serait-il pas plus convenable qu'on nous permit de nous retirer
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et de retourner en France; mais, ajouta-t-ïl av<'r -. noble asisurance, si l'on uous refuse cette permis-. nous mourrons plutôt que de nous soumettre à do -• ordres.
M, Lcmaire, le diacre et le sous-diacre indig'ènes. inro(jés à leur tour, protestèrent des mêmes sentîmcu'-
Le roi, le barcalon, les juges avaient-ils l'intfii! de se porter à ces extrêmes violences ? 11 est permis ■. douter, car l'interrogatoire se termina subitomoDt après de nouvelles menaces, les accusés furent ren\ '' chez eux.
Quelques jours plus tard, des mandarins, à la têle <] peloton de soldats, se présentèrent au séminaire et ru portèrent les ouvrag-es siamois et babs. La pcrqui>it ■ ■ n'occasionna que des pertes insignifiantes, jrrdce à '■■précaution que l'on avait prise de faire transporter ailleurs à peu près tous les livres de religion, ne laiss-;;' que ceux de science ou d'histoire profane.
O premier attentat fut cependant considéré comLii'. une victoire par les maudarins et les talapoins, et ap;ii>. un peu les colères.
Sur ce» enti-efaites, plusieurs donnèrent aux missi-mnaîres des conseils de prudence habile, tout en essajm.i doucement de les défendre à la cour. Le mandarin Cliung-kanam engagea l'évèque à renouveler amitn avec le roi, sous le préteste fort plausible à Sîara qui' l'avait offeusé eu demandant à quitter le royaume. Celli? i-énovution est une coutume purement civile; elle c<>iisiste à offrir au roi des cierges allumés avec des coui-i>iiiics de fleurs. De Ouéralay suivit l'avis qui était bon Hceompagiié de missionnaires et de séminaristes, il sirendit à l'audiein-i' du Lui-calnn ol%le salu,a juir n-
" .11' vii'ns olFnr hu ri>î ces cierges cl ces fleun eoniiur un témoignage public do mon profond respect M «temiiii
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;^>arfait dévouement envers sa Majesté. J*ai appris avec iloulcur qu'elle a été offensée de ce que j'ai demandé la ^jcrinission de me retirer. J'ai sui\î en cela la coutume de l' Europe où les étrangers, sans déplaire aux souverains, \c\\r demandent et obtiennent facilement cette permission. »
l^c premier ministre crut le moment favorable pour recommencer la discussion, il ordonna au vicaire apostolique de signer les précédentes exigences du roi. De Quéralay ne répondit pas; mais, se tournant vers Chungkaiiain, il dit à voix basse : « Jamais. »
Le mandarin savait cette résolution inébranlable; pour éviter un nouveau conflit, il prit le papier, le plia, passa à un autre sujet de conversation, et les missionnaires se retirèrent sans autre incident.
Cependant l'affaire n'était pas étouffée; le barcalon
voulait avoir raison de ce qu'il appelait Tentêtement de
l'évoque français ; il fit graver les défenses du monarque
sur trois grandes pierres et commanda de les placer dans
les deux églises de Juthia et dans la chapelle du séminaire.
Lorsque les officiers voulurent exécuter Tordre, ils
trouvèrent devant eux Mgr de Quéralay qui les arrêta :
« Le roi, dit-il, est maître absolu dans son royaume, il
peut y faire tout ce qui lui plait ; mais mon église étant
uu lieu saint consacré au créateur du ciel et de la terre,
je ne puis y poser une de ces pierres, ni consentir qu'elle
y soit posée par autrui. »
Une fois encore, Tévôque mettait en pratique cette grande règle de la conscience chrétienne si nettement formulée par saint Pierre : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu aux hommes. »
esprits des impressions bien différentes, quand ii'>u> ; tlôchissons que vous êtes présentement le seul «^irj vicaireapostoliquedcnotpecorps.surquirouleladi'stli' t)e toutes nos missions orientales, à cause du coUf'i.-c. vous foeaez à ta piété et au\ études tes sujets qui <i' vent être un jour les prf^tres naturels de chaque pa>-,
ic Si l'on venait À vous perdre, quel tcrril>le renn'ir ■ ment! cette seule peaséc nous fait trembler, eJIc ■■ capable de nous accabler de tristesse et d'inquiétude.
« Cependant, d'un autrecrtté, si Dieu vous voit bonde la couronne du martyre, quel bonheur j>our vous •pour ceux qui auraient répandu leur san^ avec vou-
« Quelle gïoii-e pour notre œuvre d*avoîr formé (k■J^ reils béros, "et quelle espérance n'aurions-aous pas <!■ voir établir le christiauismc sur les ruines de lldnliifn' puisque le san^ dos martyrs est ordinHirenaeiit lsemence dos chrétiens !
« Nous sommes flottants, pour ainsi parler, entre 1^ crainte et l'espérance, entre la tristesse et la joie, e( uoi>n'avous point d'autre parti à prendre que de nous jeli"' les yeux fermés entre les bras de la divine ProWdenccnotre soi-t est entre ses mains. »