Arch. M.-É.. \ol. 434. LeUre du 10 juillet
r>5l HISTOIRE GÉ5ÉEALE VU lA SOdÎTÉ
visita, par là, celui-ci pourrait séjourner plas laii^rleiiir>^ dans cliaque station sans crainte d*être à charee auv chrétiens. »
Ces prières que le chef de station deraît £aire rciiter étaient écrites dans un stvle très relevé, méiii*obscur en certains passades, surtout pour des ^ens du peuple, et la plupart inusitées dans rÉg'lise* de Martiliât a rintention d*en composer d*autres ; le temps et U ganté lui manqueront pour réaliser ce désir que « 40 H]i> plus tard, Mgr de Saint-Martin et M. Moye mèneront It bonne fin.
Il veut aussi un petit collège où Ton prépare de jeunes élèves avant de les envoyer à Siam, *< atin qu'étant plus sérieux, leur passage soit moins embarrassant et leur vertu plus sûre. »
U a encore d'autres desseins, qu'il forme suivant ses expressions « d'après Texpérience qu'il prend chaque jour des affaires du pays ».
Il compte sur la Pro\'idence pour l'aider à accomplir SCS projets, que facilite sa nomination d'évèqiie d'Kcrinéc et de Vicaire apostolique, mais en 1740 il est arrêté, et doit se résigner & souffrir au lieu de travailler ; il nous a laissé un récit assez intéressant de son emprisonnement, nous le résumons :
Un prêtre chinois, André Ly, avait construit un oratoire dans les environs de Pong-cbaii, ville située à 13 lieues de Tchen-tou et avait fait un certain nombre de prosélytes à la grande colère du bonze voisin. Cette colère fut augmentée par Finutilité des processions païennes qui n'obtinrent pas la cessation d'une grande sécheresse. Do là à accuser les chrétiens d'empêcher Teffet des prières, il n'y avait qu'un pas, le bonze le franchit, et sur sa dénonciation, une compagnie de soldats vint saisir André Ly. De Martiliat, arrivé chez le prêtre indigène depuis la veille, fut pris en même temps. Au
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sergent qui s'était jeté sur lui et voulait le garrotter : ce II est inutile d'user de violence, dit-il, conduisez-moi au mandarin. » On le mit immédiatement en face d'un t< ^and homme sec et tout basané, qu'il prit, àpremière vue, pour un valet de chambre »* Celui-ci interrogea le captif sur son pays, sa famille, ses travaux; Tévêque donna à dessein des explications incomplètes et confuses. <c Vous êtes tous des séducteurs qui subornez le pauvre peuple, » interrompit brusquement le mandarin. — Non, grand homme, répliqua de Martiliat, nous professons la vraie religion et nous ne séduisons personne.
a Mon air, mon ton et ce mot-l& choquèrent le personiiage,ajoute le prisonnier, et ilme fit donner quinze soufflets pour m'intimider. J'en eus la joue et les yeux pochés pendant plusieurs jours. »
Après avoir fait l'inventaire des livres et de tous les objets du culte, les soldats conduisirent les deux prêtres à la ville, et sur le soir, le capitaine qui avait commandé la compagnie de soldats appela chez lui M. de Martin liati :
« Vous êtes Européen, lui dit-il, je vous ai reconnu immédiatement, car j'ai fait plusieurs voyages à Pékin où j'ai vu beaucoup d'Européens. J'ai fait aussi des voyages chez les Tartares et chez les Moscovites, je sais parler plusieurs langues étrangères, si vous les entendez, je les parlerai avec vous. J'ai vu sur une église de Pékin une horloge assez semblable à votre montre. Avouezmoi la vérité, je suis un officier de guerre qui ne ressemble pas à ces officiers de robe. Si je me sers de votre confession pour vous nuire, je veux que le Ciel suprême me fasse finir. » La demande semblait de bonne foi, le capitaine, fier de ses connaissances philologiques et de
t. Arch. M.-É. Journal de Mgr de Martiliat.
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SCS voyages, ne désirait sans doute que les montrer f satisfaire sa curiosité. De Martiliat resta cependant sur ses gardes : « Je suis venu de la métropole de la pn^ vincedu Kouang-tong, » répondit-il. Et comme rofficr«i répétait sans cesse la même question : c( Je lui fis observer naïvement, dit Tévôque, que cela ne faisait rien au fond de raifaire. »
« Vous refusez de me le dire, fit le capitaine, nidi^ n'importe, je vous veux du bien et je vais parler en votrv faveur au mandarin. »
Le lendemain, les prisonniers, clirétiens et inissiounaires, comparurent devant le nian darin, qui posa de nombreuses questions à M. de Martiliat sur sa nationalité, et. celui-cirépondanttoujours qu'il était venu de Canton, il conclut ainsi : « Que tu sois de Canton, et que je t'y fasse reconduire par des sergents; que tu sois d'Europe et que je t'y fasse aussi reconduire par des sergents, cela te gênerait furieusement, ainsi je t'en ferai grâce, mai> ilfaut te punir. » Et il le condamna au supplice de la houppade, c'est-à-dire à recevoir un certain nombre do coups de bambou sur les cuisses.
11 lui ordonna ensuite, ainsi qu'à André Ly, de quitter son district et de n'y jamais reparaître. Cette arrestation et ce jugement relativement modéré montrent asi»oz quelle était à cette époque la situation du catholicisuu' au Su-tchuen : des soupçons toujours en éveil, une certaine tolérance qu'un manque de prudence aurait bientôt changée en persécution, et qui pcnnettait au cath<H iicisme de se répandre lentement et en secret.
Afin d'éviter de nouvelles difficultés, de Martiliat s'éloigna du côté du Yun-nan où il projetait d'entrer :
« 11 me vient souvent la pensée d'aller moi-même
dans cette province, suivi de deux bons chrétiens
pour y chercher le peu de fidèles qui pourraient y être
encore. Je ne crains que pour la chapelle qu'il faut
absolument porter avec soi, il y a beaucoup de douanes
sur les chemins, et on examine tout. Si j'y allais et que
je pusse rencontrer des chrétiens, je tâcherais de les
ranimer et de me procurer un logement chez eux, sinon
je m'en revendrais ici en attendant que j'y puisse
envoyer un prêtre chinois. Mon voyage me servirait à
connaître les chemins et à prendre quelque idée du pays ;
il coûterait seulement beaucoup de peines, étant de
(piarante jours pour aller que je ferais à pied. »
Il dépêcha d'abord un catéchiste avec ordre de rechercher les chrétiens et un lieu convenable à rétablissement d'une paroisse. L'envoyé trouva dans le chef-lieu même de la province deux catholiques baptisés en 1704 ou en 1705 par M. Leblanc, ils' étaient pauvres, sans influence, et ne pouvaient aider l'évêque dans son entreprise; ils désiraient d'ailleurs ne pas abandonner Yun-nan-sen, et Mgr de Martiliat voulait, au contraire, se fixer en pleine campagne « loin des grandes villeset des mandarins, où les fidèles sont moins connus et moins surveillés et conservent mieux avec l'intégrité de la foi, la pureté des mœurs. »
Eu indiquant sa préférence pour la campagne, le Vicaire apostolique ne prétendait pas fixer une règle générale sur la manière de procéder à Tévangélisation d'un pays. S'il connaissait les avantages des campagnes, il n'ignorait pas ceux des villes, où les ressources sont plus nombreuses, le missionnaire plus à portée de traiter avec les autorités, d'aider à la solution d'une affaire délicate, de parer aux dangei-s pressants. La solution de la question dépend du pays, des circonstances et des hommes. L'expérience pratique et locale
peut seule la découvrir. De MartUiat luî-méinc le coneevait ainsi, au Yun-nan, il voulait un poste solitaiiv à Tabri de tout regard malveillant ou siniplemeut inquisiteur ; au Su-tchuen, qui possédait déjà plusieurs milliers de chrétiens, il acheta une maison dans la capitale même, à Tchen-tou, Après son sacre, il réalisa une partie des projets qu'il avait conçus, étant simple prêtre : il nomma de fervent^ chrétiens chefs des principales stations et leur trac.» des règles de conduite, il acheta plusieurs maisons :i Kia-tin, à Pong-chan, à Su-tcheou, pour servir d'oratoires et de résidences aux missionnaires. De ses propredeniers, il fît acquisition de quelques bonnes terres de rapport qui, louées à des chrétiens, fournirent à Li mission un revenu assuré. C'était le fait d'un adnriinistrateur intelligent et prévoyant qui ne se contente pa> de songer au présent, mais assure l'avenir. Une autrr <Euvre de MgrdeMartiliat, que nous ne saurions passer sous silence fut le règlement qu'il composa pour les jeunes filles connues sous le nom de vierges chrétiennes. Partout où pénètre le cathohcisme, partout fleurit le hs <le la pureté dans sa blancheur immaculée. L'âme humaine, régénérée dans les eaux du baptême, sent un besoin intime de quitter plus complètement leschosesde la terre pour se rapprocher de celles du ciel, de laisser les affections humaines pour s'unir plus étroitement à Jésus. De jeunes Chinoises n'étaient pas sans avoir entendu l'appel divin, elles avaient refusé de se marier et vivaient dans leurs familles, se livrant aux soins du ménage, mais se dérobant autant que possible aux distractions extérieures et faisant le vœu soit annuel, soit même perpétuel de chasteté. Jusqu'alors, elles étaient restées isolées et sans règlement ; laissées le plus souvent à leur initiative personnelle, elles ne pouvaient observer la régularité et s'élever à la ferveur que leurs saints désirs
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ambitionnaient. « Afin de les soutenir et de les faire avancer dans la voie de la perfection, écrit l'évêque, je leur donnai une règle et aussi pour leur tenir lieu d'un directeur, car elles sont fort heureuses si dans un an elles ont la facilité de voir un missionnaire. »
Ce règlement dont à tort on a fait parfois honneur à M. Moye est bien de Mgr de Martiliat ; il est divisé en 25 articles ; il indique aux religieuses les prières à réciter, les exercices de piété à faire, la conduite à tenir dans la famille. Une autre partie, très importante, est consacrée à tracer au prêtre la direction qu'il donnera à ces vierges, s'il doit ou non leur permettre de faire des vœux, selon qu'elles sont fiancées contre leur gré, sans leur volonté, ou entièrement libres; les permissions qu'il peut leur accorder, soit pour l'assistance aux assemblées des chrétiens, soit pour l'enseignement des catéchumènes; les secours à leur fournir quand elles appartiennent à des familles pauvres. Les mœurs chinoises s'y opposant, le Vicaire apostolique ne réunit point ces jeunes filles en communauté, comme on l'avait fait en Annam, mais il fit distribuer à chacune d'elles un exemplaire du règlement, en leur ordonnant d*en suivre avec exactitude toutes les prescriptions.
Leur genre de vie ne fut pas accepté sans peine par les païens dont le mécontentement pourrait à bon droit causer quelque étonnement. On comprend que les parents se soient opposés aux désirs de leuir» filles et qu'ils aient préféré les marier pour en tirer profit, s'en débarrasser, ou se voir revivre dans leurs petitseofants; mais qu'importait à des étrangers qui n'avaient pas à se mêler des alfiiires intimes de la famille? Hélas! eu cette circonstance comme en beaucoup d'autres, l'innovation choquait certains esprits, excitait la critique et surtout, ce qu'il ne faut jamais oublier dans l'histoire du christianisme, le démon soufflait au cœur
des idolâtres la haine contre la pureté et rattachemei;* plus inviolable à Dieu. 11 n'en avait pas été autremoi:» aux preniiei*s siècles de TEglise, les vîerg-es dirigé» ^ et soutenues par saint Jérôme et saint Ambroise en s')nt d'illustres exemples. Cependant toutes les im|>ortunité> cessèrent en face de la résolution bien arrêtée »t nettement exprimée des saintes filles, et leur vertu fui si bien reconnue que « les gentils eux-mêmes coiiruwul pour elles beaucoup de vénération ».
Mgr de Martiliat était aidé par plusieurs prdires indigènes, en particulier par André Ly et Antoine Tarn:, deux anciens élèves de MM. de la Balluèrc et Basset. qui avaient déyk fait leurs preuves au Kouang-tong «'i au Fo-kien pendant l'exil des missionnaires en 1732.
André Ly était retourné le premier dans le Vicariat du Su-tchuen. Antoine Tang, prié en 1740 de condain^ M. d'Artigues à Tchen-tou, s'attacha à Mgr de Martiliat et fut chargé des chrétientés du Sud-Ouest. Il mérita <!♦' son évèque ce bel éloge ^ : « J'ai toujours remarqué eu lui beaucoup d'ardeur pour les bonnes œuvres, je doi> aussi lui rendre ce témoignage qu'il a toujours été tn^s pur dans la morale et très catholique dans ses sentiments, parfaitement soumis aux décisions de l'Eglise, tant sur les erreurs au sujet de la grâce que sur le*< superstitions de la Chine, nous l'avons toujours ti-ouvr également zélé dans les occasions où Dieu a permis qu'il se soit rencontré. »
Os deux prêtres indigènes étaient en relations avoc le Séminaire de Paris qui les encourageait dans leurs travaux par d'éloquentes lettres, brillantes du feu de la charité ^ :
(( Vous avez à soutenir pour la foi des combats ter-