Arcb. M.-É., Tol
o64 HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA SOCIÉTÉ
de jouir dans le fond de mon àme d'une gmnde tranquillité. Que son suint nom en soit béni.
« Le 4, M. André m'a dit à souper que tous les gens Jtla maison voulaient s'en aller et cela parce que je ne veux pas m'en aller moi-même. J'ai prié M. Andi-é de leur dire de ma part qu'ils me feraient plaisir de s'en aller, et, pourvu que le vieillard Paul, que son àgc moi it Tabri de ahouppade, m'apportât du riz, cela mesuilisait: car je serais plus tranquille quand je n'aurais plus « craindre pour les autres, et que j'ouvrirais librement toutes les portes.
« Le 5, le clerc est venu de bon matin me demander la permission d'aller chez un médecin chrétien qui deraeurtà lacampagrne. sous prétexte d'y prendredes remèdes, v\ en même temps cpielque argent pour son voyage. Je hii ai donné la permission et refusé l'argent. M. André a voulu me parler, je lui ai assuré que je ne donnerais rien à M. Jacques et que s'il empruntait quelque chose, je ne le paierais pas. Enfin le clerc est revenu lui-même à la charge, et je lui ai signifié pour la seconde et dernière fois que quand j'aurais une pleine chambiv d'argent , je ne donnerais pas un liard à un élève qui avait l'indignité de m'abandonner dans la circonstance présente. Après quoi, je lui fis, M. André présent, une bonu»' morale dont la conclusion a été que ce n'était pas ici le temps de fuir et de me quitter, mais de rester ferme à son poste et d'y mourir s'il était besoin. Mon|petit sermon a porté coup, et depuis ce temps-là, on ne parle plu> que de mourir pour la foi, et nullement de s'en aller, le clerc médite toute la journée et ne s'en va point.
« Le 6, les trois chrétiens, qui furent pris le 10 de septembre, ont été cités de nouveau. M. André craint que ce ne soit pour les interroger touchant les chefs de la religion chrétienne et qu'en ce cas-là, ils ne nous décèlent. On est à la recherche d'un catéchiste, et ou me laisse
tranquille. Je pourrais bien profiter de ce délai pour m'en aller à Sin-tien-tsé où le Lieou-séi-vé m'offre sa demeure.
« Le 11, des satellites sont venus rôder tout le jour autour de la maison. S'ils reviennent, je m'en irai. »
M. de Verthamon interrompit ici sa relation, car il fut obligé de s'enfuir de Sin-tien-tsé où les satellites ne tardèrent pas à venir le relancer ; il s'éloigna alors du Su-tchuen et réussit à gagner Macao avec Mgr de Martiliat qui avait subi les mêmes épreuves.
Pendant que l'évêque et son missionnaire quittent la Chine, la Société des Missions-Etrangères y fait pénétrer un autre de ses prêtres : Urbain Lefebvre*. Mais à peine arrivé à Tchen-tou, Lefebvre est reconnu, parce qu'il a l'imprudence de se faire raser chez un barbier de la ville et qu*il ne s'y assied pas comme les sujets du fils du ciel ; il est jeté en prison, y passe quelques semaines, et est ensuite transféré dans les cachots de Canton dont les autorités finissent par accorder son élargissement, à condition qu'il sorte immédiatement de l'empire. Les prêtres indigènes restent seuls au Su-tchuen. Dans les circonstances critiques qu'ils traversent, on ne peut leur demander de faire beaucoup de conquêtes, mais ils entretiennent le feu sacré jusqu'à ce que de nouveaux missionnaires \iennent le rallumer plus vif et plus ardent. C'est grâce à eux que Mgr Pottier, dont nous raconterons plus loin les admirables succès, dut de trouver des paroisses fermes, stables et sagement administrées; ils furent à la hauteur des espérances qu'on avait placées en eux, comme l'avaient été ceux du Tonkin, comme le sont à la môme époque, en 1750, ceux de Cochinchine.