De Langres, parti en
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de la foi furent condamnés auï travaux forc^> .. peqîétuité, et employés à couper de T herbe pour leéléphants du roi.
Les prêtres indigènes soutinrent leur courage et leur fidélité par de pressantes exhortations et de fréquenitvisites. Ils parcoururent la Cocliinchine du sud au norù. déguisés en marchands, en pôcheure, môme en soldat-, échappant aux reclierches des mandarins et ù, respiui nage des païens. De la procure de Macao, Mgr Beanet<^} fit connaître au pape Benoit XIV Texil des missionnain*^ et les mallieui^ de leurs chrétiens. Il reçut du Ponlil» cet éloquent encouragement ^ :
(( Nous avons été profondément ému quand nou^ avons reçu votre lettre et votre relation, dans lesquelltvous nous racontez les causes de la persécution ih Cochinchine, les édits royaux, les prisons, les exilet les ruines qui ont accablé vos chrétiens. Nos \eu\ ont versé un torrent de larmes, notre cœur a été troublé en pensant à la détresse et à la dispemon duu si grand nombre de vénérables Frères et de chers Fils: ce sont nos Frères, qui, remplis de charité, capab^s de donner leur vie pour offrir des âmes à Dieu, ti-availlaient à attirer dans le bercail de Jésus-Christ les peuples assis dans les ténèbres et dans Tombre de 1.» mort; ce sont nos Fils qui, régénérés par les eaux salutaires du saint baptême, croissent de vertu en vertu.
(( Dans ce grand trouble et dans cette suprême affliction, oii était plongée notre âme, nous n'avons pas manqu«\ prosternés aux pieds du Seigneur, du Père des miséricordes et du Dieu de toute consolation, de lui adress^v nos prières en criant : « Omon Dieu, inclinez vos oi-eilles et écoutez, ouvrez vos yeux et voyez la désolation. '
« Pendant notre prière, le Suprême Pasteur et Prince,
i. Bref du H décembre 1731.
Jésus-Christydont nous sommes ici sur la terre le représentant/malgré notre indignité, releva notre espérance. Il nous rappela que, victime immaculée, avant de s'offrir h son Père éternel sur l'autel du Calvaire, il instruisit s<*s Apôtres de tout ce qui leur devait arriver dans la prédication de l'Evangile, c'est-à-dire des commencements de l'Eglise naissante, en même temps florissante et éprouvée par les persécutions; mais les emprisonnements, les supplices, les proscriptions devaient apporter, avec le triomphe de ceux qui combattent les combats de Jésus notre Sauveur, le salut étemel des peuples. Telle est en effet notre victoire. Il nous est permis de redire ce que les chrétiens, gémissant pendant les persécutions des tyrans, chantaient joyeusement devant les infidèles : « Nous sommes victorieux quand nous mourons, libres lorsque nous sommes prisonniers, riches lorsque nous sommes dépossédés, nous nous multiplions par le martyre. Voilà la nature de notre victoire, voilà notre triomphe, car le sang des martyrs est la semence des chrétiens. »
En 1751 , Bennetat se rendit à Pondichéry où Dupleix désirait le voir et s'entretenir avec lui. Le grand colonisateur avait déjà eu des relations avec les prêtres de la Société des Missions-Etrangères. Membre du conseil supérieur à Pondichéry et commissaire des guerres de 1720 à 1730, il y avait particulièrement connu deLolière- Puycontat auquel il procura en 1738 cette recommandation de Louis XV adressée au roi de Siam :
« Très haut, très excellent, très puissant et très magnanime Prince, notre très cher et bon ami. Dieu veuille augmenter votre grandeur avec lin heureuse. Nous sommes informés que plusieurs de nos sujets, attirés par la justice qui règne dans toutes vos actions, s'empressent de fixer lem* résidence dans vos États. Le sieur de Lolière, aussi
notre sujet, se proposant également d'y passer, nous lui remettons cette lettre pour vous la présenter comni-im témoignage de notre sincère estime pour vous. Nou" n'avons donc qu'à vous assurer que tontes les grâces qu'il recevra de vous nous devant être chèi-es, nous serons bien aises de trouver des occasions de vous en marquai notre gratitude. Sur ce, nous prions Dieu cfu'il veuill'' augmenter votre grandeur avec fin heureuse. Ecrit m chAteau de Fontainebleau le 11 novembre 1738.
" Votre très cher et bon ami.
" Loiis. '1
En scr\'aiit les missionnaires, Dupleix voulait aussi se servir d'euxpour l'honneur de la France, l'accroissement de son commerce et de sou influence.
L'Indo-Cliine, l'Annam en particulier, lui apparais5»j' comme un riche et facile délrouché. C'élAit dans ce Lui qu'il avait exprimé le désir de voir Mgr Bennetiif- L'évéque était fait pour s'entendre avec l'homme dont le génie et le patriotisme eussent donné à notre paj"s If plus vaste empire colonial du monde, sans l'indolencf (lu roi de France, l'incapacité ou la trahison de h-? ministres. Entreprenant et hai-dî sons témérité, Bennetat plut en effet à Dupleix qui le pria de lui ser\-ir di' négociateur, afin d'établir des relations solides eiilrt la Cochinchine et Pondichéry, de fonder des factoifries, et d'acquérir quelque coin de teri-e sur la ciltr. L'év6que accepta et parfit avec iîivoal, sur un naviiv frété uniquement pour lui et chargé de présents pou^ Vo-vuong. En Extrôme-Orient, on ne se préseiilf jamais les mains vides devant un supérieur pour traiw une affaire de minime ou de grande importance ; la poii-
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fesse l'exige, et l'habileté est d'accord avec elle. Du- |>leix et Beniietat se conformèrent à cette double loi du succès. Malgré les présents nombreux qu'il emportait, Je Vicaire apostolique faisait une tentative assez audacieuse, car enfin il était proscrit depuis deux ans, et -eu rentrant en Cochinchine, il contrevenait à des ordres précis, à un édit public, et encourait la peine <!apitale.
Vo-vuong, averti du retour de Tévôque, de Tafifaire <ju'il avait à traiter, des cadeaux qui envoyait le t^ouverneur général de Flnde, lui donna audience; il Taccueillit en souriant, lui parla de son exil comme <l'une promenade d'agrément, et lui permit de rester <lans le pays et de reprendre Téglise et le presbytère de la paroisse de Tho-duc, voisine de Hué, qui avaient été confisqués pendant la persécution. Cette réception faisait espérer que les négociations ne seraient pas sans ^iboutir à quelque résultat. Le vent de la faveur royale •changea bientôt et brusquement. Un mandarin, s'étant pris de querelle avec des matelots et des négociants holhindais, fut froissé dans son amour-propre et se vengea en faisant au roi un rapport contre ses adversaires. Avec le sans-gêne dont les Orientaux de ce temps-là usaient envers les étrangers, il n'en fallait pas davantage pour les perdre tous ; c^est chose étonnante, en eirct, que la conduite des gouvernements de Chine, d'Ammm, de Siam vis-à-vis des Européens; en Chine, les savants Jésuites de la cour de Pékin étaient, sur un caprice du maître, jetés en prison, chargés de chaînes, bàtonnés, ils tombaient du jour au lendemain de la plus haute faveur dans la plus grande misère ; au Tonkin, Deydier et de Bourges, laissés en repos pendant plusieurs années, avaient été tout d'up coup maltraités et emprisonnés ; à Siam, Laneau, reçu pendant 23 ans avec honneur au palais du roi, avait passé plus de vingt mois dans
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un cachot. Cette ffn;on d'agir est assurénif^nl dans l^mœurs orientales, elle ne s'éloigne guère de celle qii' les souverains tiennent vis-à-vis de leurs ofliriers 't de leurs mandarins; elle procède néanmoins avec J'formes plus méprisantes et plus brutales. L'or.Ti"i: caché mais profond des Orientaux s'y révèle. Qui iM it i homme? l"n étranger, un itarbare. Qui peut le pmligcr, le défendre, le venger? Personne. Et alors on li!i fuit sentir sans pitié la faiblesse de sa position. I> force de la situation du maître.
Vo-vuong admit le bien fondé des plaintes du mamUrln, reprit l'exécution de ses anciens projets et, cette f<jifrappa tous les Européens sans distinction de nations lilé et de religion. Bennelat et Rivoal furent inimédji temcnt atteints. Par une idée dont on a bien pou d'exemples en Annam, le prince voulut présider lui-même i l'arrestation de l'évéque et vint àTho-duc à la tête i)'ses gardes. L'officier chaîné de l'exécution enln chez Mgr Beiinetat, et lui mettant la main sur répaulf U lui déclara qu'il l'arrêtait pour avoir, malgré les défenses expresses du i-oi, continué de tenir des assembli'-'chrétiennes. Les réponses du Vicaire apostolique fureiil sages et fermes :
<( Je n'ignorais pas, dit-il, Tortlre royal ; mais depuiqu'il a été porté, les cireonslances ont changé. Le r-m'a re(,'U dans ses Etats, môme dans son palais, il m» permis de i-ésider ici; au lieu de me chasser ou de w punir, il m'a fait rendre l'église dcTho-duc et m'a plusieurs fois faroral)lement parlé du christianisme. »
Le mandarin rapporta cette réponse au pi-ince resté <!'hors, etcelui-ci ordonna à l'un descsgardes d'aller prendre le enicifix sur l'autel et de le présenter à i'évéque <■» lui demandant quelle était cette image :
Il C'est, dit Ir prélat, celle d'un Homme-Dieu mort pnui tous les hommes. "
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De. nouveau, à rinstîgation du roi, le soldat lui demanda s'il conservait de Tamour et du respect pour celui tjue cette croix représentait. L'évèque se prosterna le front contre terre devant le crucifix; puis, dans un élan de foi, il s^écria :
— Je le respecterai toute ma vie ; pour lui témoigner mon amour, je n hésiterais pas à répandre jusqu'à la dernière goutte de mon sang.
— Prenez garde à ce que vous dites, observa le mandarin, on vous mettra les fers aux pieds, et on vous fera mourir par une longue et rude prison, si vous ne chanfrez de sentiments et de discours.
— Faites ce qu'il vous plaira, je suis disposé à tout soufiPrir. »
On fouilla ensuite Téglise et la maison, on lit main basse sur tous les objets de quelque valeur. Bennetat, l^ivoal et leurs catéchistes furent conduits en prison, et, ijuelques semaines après, les deux prédicateurs de rÉvangile furent embarqués pour Macao d'où Tévêque partit pour l'Europe. En passant à Pondichéry,.il revit Dupleix et lui rendit compte de son insuccès.
Le conquérant suivit bientôt Tapôtrc, et en 1734, il succomba sous les attaques de ses emiemis.
Les missionnaires appréciaient grandement Dupleix, ils ne craignirent pas de se montrer ses amis dans Tadvcrsité. Lorsqu'il fut réduit à mener cette vie de sollicitations et de procès qui devait s'achever dans la misère, M. Hody, directeur du Séminaire, écrivait :
<c II est bien regrettable que M. Dupleix ne soit plus à la tête des Indes, il rendait beaucoup de services à sa Majesté et à la Compagnie, savait bien les choses et était très bon pour nos messieurs; nous savons qu'il n^est pas aimé par tout le monde, mais nous croyons qu'il eût mieux valu le soutenir que de le remplacer. »
En 1758, Mgr Bennetat présenta au Pape un mémoire
exposant les services rendus par Dupleix aux missioiinaires. Le Souverain Pontife envoya à Téniinent coK»nisateur, avec une lettre très affectueuse, une médaille en or, un chapelet à la cavalière en pierres d'a^t» et un reliquaire contenant une parcelle de la vraie croix. Clément XIII avait pour le grand homme délaissé plu^ de reconnaissance de quelques bienfaits accordés à de pauvres. prêtres que les gouvernements d'actes multiple^ de dévoùment, de générosité et d'héroïsme accomplis à leur service et à celui du pays. Le vaincu de coteries politiques et d'ennemis incapables put comparer U. conduite du Père commun des fidèles à celle du roi d*» France et des directeur de la Compagnie pour laquelle il avait dépensé sa fortune et sa vie ; sa foi avivée |>ar hmalheur se tourna vers cette croix que lui remettait 1«^ Pape comme vers le dernier refuge, la seule vraie consolation des affligés et des pei»sécutés, et il put apprendre d'elle la vanité des justices de la terre et la vérité de^ jugements du ciel.
Rivoal, le compagnon de Mgr Bennetat, se retira au Cambodge. Le souverain de ce royaume n'a>tiit jamais été hostile aux missionnaires dont il ne redoutait nullement l'influence, car ses sujets ne témoignaient aucun penchant vers le christianisme; il laissa Rivoal exercer eu paix son ministère. Mgr Lefèvre fit passer au Cambodge un autre de ses prêtres, Guillaume Piguel^ qui devait être son successeur; lui-même, après avoir attendu à Macao plusieurs années qu'il lui fût permis de rentrer dans sa mission, se décida, vers 1755, à se rendre aussi au Cambodge, il se fixa un peu au-dessus d'Oudon, la capitale, dans une lie du Mékong que les Nouvelle^ Lettres édifiantes appellent Prambei-chom*. Il em-
\. Du diocèse de Rennes, parti en 1741.
2. On Toit encore en ce lieu les débris des tombeaux de Mgr LefèTre et de plusieurs autres évoques et missionnaires.
ploya les dernières années de sa vie épiscopale à essayer, au moyen des nombreux Annamites qui viennent chaque année faire la pêche au grand lac, de renouer des relations avec sa chère mission, et de la diriger par lettres, puisqu'il ne pouvait faire plus; c'est dans ces saintes «iccupations qu'il mourut, le 27 mars 1760, après dix ans d'exil, qui durent paraître bien longs à son cœur de père.
Entre la Chine et la Cochinchine qui expulsaient les missionnaires, le Tonkin offrait un état politique très troublé et une situation religieuse pleine de dangers. En 1737, trois princes de la famille des Lô tentèrent de venger leur race depuis si longtemps avilie sous le joug do la famille des Trinh. Le complot était sur le point de roussir lorsqu'il fut découvert ; malgré la trahison, les conjurés voulurent combattre; ils furent vaincus par les soldats de Trinh-giang. Dans une bataille, un partisan des princes Lô fut fait prisonnier, et comme on s'étonnait de le voir, lui, homme instruit et riche, dans le parti des rebelles, il fit cette réponse qui peignait exactement la situation du royaume : « Rebelle ! il y a longtemps qu*on ne sait plus qui est rebelle ou non. » Après cette défaite, Lê-duy-màt, l'un des princes révoltés, continua seul de tenir la campagne. Trinh-giang devint fou, Trinh-dinh*, son fils, lui succéda, et dans l'espérance d'arrêter les progrès de la révolte, il força le roi d'abdiquer et mit sur le trône le prince Lê-duydao.
Cependant Lê-duy-mât restait imprenable, son nom était un drapeau autour duquel se ralliaient les mécon-