Journal du Tonkin, Arch. M.-Ê. Vol. 687, p
«her le curé pour lui administrer les sacrements, on s^ imaginera sans doute que la religion a présentement de puissants appuis du côté des hommes dans ce paysci ; et on se trompera certainement. Ce sont, à la vérité, des amis de la religion ; ce sont des espèces de disciples de Jésus, mais qui sont encore cachés propter me" lum Judœorum. Ainsi notre unique appui est le bon Dieu, qui n'abandonne pas ceux qui espèrent en sa miséricorde. »
Un des principaux soucis de son épiscopat fut d'augmenter le clergé indigène, comme en témoigne cette lettre écrite par lui à la Propagande en 1748 * :
<( Je connais Tintérèt que la Sacrée Congrégation porte à l'institution du clergé indigène, et de quelle manière cette institution a été recommandée aux Vicaires apostoliques français, envoyés dès les commencements de notre Société par le Saint-Siège sur ces plages orientales. C'est pourquoi, convaincu par une longue expérience et par les exemples de mes prédécesseurs, qui s'y appliquèrent de tout leur cœur, que c'est par ce moyen surtout qu'on peut enraciner dans ces contrées la religion chrétienne, moi et les collaborateurs que m'adresse le Séminaire de Paris, nous n'avons épargné jusqu'à présent aucune fatigue, aucune dépense, afin qu'une œuvre si sainte et si utile à cette église tonkinoise soit poursuivie et étendue. Pour donner à nos élèves le calme et la tranquillité nécessaires à leurs études et difficiles à trouver dans notre pays souvent bouleversé, nous nous adressons à d'autres prêtres partis comme nous 4 du Séminaire de Paris. Nous envoyons des enfants au collège de Siam où ils apprennent la langue latine et les sciences utiles à l'état ecclésiastique.
« En 1744, nous avons envoyé trois enfants sous la con-
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duite du P. Benoit Nghiêm, ils allèrent d'abord à Macao. puis la tempête les força de s'arrêter en Cochiuchine, e\ ce ne fut qu'en 1747 qu'ils parvinrent au but de leur voyage. Au commencement de l'année 1743, nous finies partir de nouveau, escortés par deux catéebistes, dii autres élèves qui furent plus heureux. Bien que jetés par la tempête sur les côtes du Cambodge, et abandonmV par le petit navire qui les transportait, ils ga^rncrent Siam grâce aux bons soins du P. Simpliciende l'ordre Je Saint François. Cette année encore, nous avons confie .» deux catéchistes douze enfants. Mais Dieu, dont les jucrements sont inscru tables, en a disposé autrement qur nous ne l'avions espéré: sur les côtes de la Cochinchine, ils ont été pris, et après trois mois de détention, reconduits à la frontière du Tonkin, et remis entre le^ mains du gouverneur. Nous ne pouvons prévoir encort» quelle seraTissue de cette difficile affaire. »
Après avoir rendu compte de ses travaux à Rome. Néez, comme pour accroître sa ressemblance avec les Pallu, les de la Motte Lambert, les Laneau, toumaii ses regaixls vers la France et vers son roi. De sa pauviv cabane, il écrivit à Louis XV avec cette sorte de cuJt<» que nos aïeux professaient pour la royauté et son i-epn sentant et que nous, hommes d'une autre génération, ne|connaissons point au même degré. II disait se?» craintes de la grave maladie que le prince avait eue ù Metz en 1743, sa joie de la guérison, et le saluait de ce titre de Bien-aimé que la France entière lui avait décerné. En écrivant à la reine, la pieuse Marie Ltuzinska, Tévêque était plus proILxe, il lui parlait comme à une chrétienne fer\'entc, comme à la reine
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d'un pays véritablement soldat de Jésas-Christ, et traitait avec une sorte d'épanchement le tableau de sa mission. Nous ne saurions mieux faire connaître Tétat du Vicariat du Tonkin occidental au milieu du xviii® siècle, qu'en citant cette lettre * :
« Madame,
« L'odeur des vertus de Votre Majesté très chrétienne qui transpire jusque dans ces pays éloignés, et les bontés qu'elle témoigne pour l'ouvrage de nos Missions Etrangères, m'inspirent la confiance de lui demander sa royale protection pour ce petit troupeau que la divine Providence a commis à mes soins. J'espère qu'elle no l'en jugera pas indigne quand elle aura vu le récit abrégé que j'ose lui présenter.
« Le Vicariat occidental du Tonkin, qui comprend la moitié du royaume, depuis son commencement jusqu'à présent, a été gouverné successivement, sans interruption, par quatre Vicaires apostoliques français, du Séminaire des Missions-Etrangères. Mes trois prédécesseurs ont eu tous trois le bonheur de porter les fers pour la foi de Jésus-Christ. Le Seigneur ne m'a pas encore jugé digne de cet honneur.
«Le Saint-Siège ayant recommandé expressément à nos Vicaires apostoUques de s'appliquer particulièrement à l'éducation et à la formation du clergé des naturels du pays, ils ont cru ne pouvoir mieux faire que d'y employer tous leurs soins et tous leurs travaux. Le bon Dieu a bien voulu y donner sa sainte bénédiction, de sorte qu'ils ont pu élever au sacerdoce soixante-seize prêtres tonkinois, dont plusieui*s ont généreusement confessé la foi devant les tribunaux infidèles, et deux en particulier ont été condamnés à finir leur vie dans les