Arch. M.-É., Tol. 689, p. 314. Lettre du 4 août
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prisons de la ville royale, où ils sont morts en odeur de sainteté.
« De ces soixante-seize prêtres, cinquante et un son* allés recevoir la récompense de leurs ti^avaux; il en reste encore vingi-cinq qui continuent à porter le poîdv du jour et de la chaleur. Outre ces prêtres, ils ont élevé un très grand nombre de catéchistes, dont quelques-uns étant aussi morts confesseurs de Jésus-Christ dans les prisons de la ville royale, et plusieurs autres ayant H^ enlevés d'une mort prématurée, n'ont pu être promus aux ordres sacrés.
« Présentement, une cinquantaine de catéchiste^ clercs, c'est-à-dire qui ont reçu la tonsure oulesordix^s mineurs, dont deux, après une généreuse confession de la foi, ont mérité de recevoir sur le visage l'impression de quelques caractères en haine de la Religion, sont comme la pépinière d'où nous tirons les sujets qui nous paraissent les plus propres pour les ordres sacrés, et treize actuellement sont occupés à l'étude de la moralo et des cas de conscience. A ce premier ordre de catéchistes clercs, en succède un autre de catéchistes séculiers, encore plus nombreux que le premier, que Ton dispose peu à peu pour entrer dans l'état ecclésiastique.
« Outre cela, il faut ajouter environ trois cents, tant écoliers que domestiques, que nous et nos prêtres tonkinois nourrissons et entretenons, pour tâcher d'avoir dans la suite de quoi remplacer ceux qui seront montas plus haut ou que la mort aura enlevés. Voilà, Madame, pour ce qui regarde le détail de notre petite famille. Votre Majesté peut facilement voir par là les dépenses presque immenses que nous sommes obligés de soutenir, malgr»'» la modicité de nos revenus. Cependant, comme c'est l'ouvrage de Dieu même, il veut bien y donner une bénédiction si abondante, que jusqu'à présent nous n'ea
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avons pas diminué la moindre partie, malgré les pertes des moissons et la disette des vivres.
« Un^ autre objet qui ne peut pas manquer d'être agréa* ble à Votre Majesté, c'est la communauté des vierges Amantes de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce sont de pauvres filles, au nombre d'environ quatre cents, qui, dispersées en une vingtaine de maisons, vivent de leur petit commerce et du travail de leurs mains, mènent une vie très pénible, très laborieuse et très pénitente, ne mangent jamais de viande que trois jours de Tannée, et qui, en ce qui regarde Tessentiel de l'observance religieuse, c'est-à-dire dans les principales vertus de chasteté, pauvreté et obéissance, n'en céderaient en rien à la plupart de nos communautés religieuses d'Europe. Quant au nombre des chrétiens répandus dans mon Vicariat, il se monte environ à cent vingt mille; mais quelque considérable que paraisse ce nombre en luimême, comparé aux infidèles qui restent encore à convertir, on peut dire sans exagérer que de cent parties, il n'y en a pas encore une de convertie. Nous serions bien contents. Madame, si nous pouvions trauquillement employer nos petits travaux à continuer l'ouvrage dont nous venons de donner une légère esquisse à Votre Majesté. Mais comme tout ouvrage de Dieu doit être marqua au coin des persécutions, l'ennemi de toute justice vient de nous en susciter une des plus violentes.
« De Votre Majesté, « Le très humble et très obéissant serviteur et sujet,
« Louis,
€ Évégue de Céomanie, (( Vicaire apostolique du Tonkin occidental. »
Autour de Néez, le chef respecté et aimé, se rangeaient : son premier coadjuteur, Devaux', prêtre pieux, savant, et austère; Reydellet*, qui sera son successeur: Davoust', coadjuteur et successeur de Reydellet, uni* des intelligences les plus souples, un des caractères les plus persévérants qu'ait possédé la Société des Missions-Étrangères, Le Roux* qui mourut en 1752, après seize ans d'apostolat, pendant lesquels il avait déplo) i* un zèle admirable. A sa mort les deux prêtres indigènes et les onze catéchistes de son district écri\irent son élou*' à Mgr Néez; cette pièce est trop longue pour être citét^ tout entière,' nous ne saurions cependant la passer complètement sous silence, car elle est curieuse, intéressante et instructive en ce qu'elle montre les qualités du défunt, Testime et Taffection que les Annamites avaient pour lui, leur genre d'appréciation sur les missionnaires en général et les vertus qui les touchent plus profondément ; nous donnons donc la traduction do quelques pages * :
« Monseigneur, nous tous petits enfants, saluons tr**s respectueusement Votre Grandeur; nous nous permettons de prendre Dieu, la vérité infinie, à témoin de la vie. de la conduite, de toutes les vertus et de tous les enseignements de celui que Votre Grandeur avait délégué pour présider à sa place dans cette province du Nghe-
i. De Tancien diocèse de Saint-Malo, parti en 1736, é^èque de Léros. coadjuteur en 1746, mort le !•' janvier 1756.
2. DuBugev, parti en 1747, évèque de Gabala, mort le 18 JuiUet 178(i
3. De Mayenne, parti en 17'>2, évéquede Ceram en 1771, mort le t7 aoiU 1789, à l'âge de 63 ans.