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Mémoires de Bénigne Vacliet, vol. 1, p. llo

attente, ils furent attaqués les premiers, et quoiqu'ils se sauvassent au grand galop, trois des leurs furent pris, conduits à Alep et empalés.

Mgr Pallu dut regretter de n'avoir plus cette escorte sur la route d'Erzeroum, lorsque, entouré parles voleurs et mis dans l'impossibilité de se défendre, il dut leur verser 50 écus pour éviter un pillage complet.

L'année précédente, M. Dcydier avait été plus heu* reux. Des brigands lui ayant été signalés avant d'arriver à Bagdad, il prit avec lui trois cavaliers «qui témoignèrent une si bonne contenance, que les voleurs leur laissèrent le chemin libre ». Ces incidents n'inspirèrent pas aux voyageurs une haute idée de la puissance et de l'administration turque :

« Cet empire n'est pas si formidable qu'on le croit dans l'Europe, écrit de Bourges; les entretiens que j'ai eus avec des gens qui l'ont tout parcouini, et le peu que j'en ai vu m'ont fait connaître qu'il est fort faible. Sa grandeur, qui fait peur, est ce qui le rend peu redoutable. La moitié de l'empire est désert ; il y a peu de places fortes. »

Néanmoins, malgré les incursions des brigands etl'incurie du gouvernement , les missionnaires ne fuirent pas faits prisonniers ; ils continuèrent librement leur route, dure et pénible à en juger par les descriptions qu'ils font et les^ impressions qu'ils ressentent, « car s*il y a un lieu au monde où il faille vivre d'adresse et avec sobriété, être sur ses gardes, dormir peu et avoir toujours l'œil ouvert et toujours du courage, c'est dans les marches de la caravane, où chacun se méfie de son compagnon comme d'un voleur, et où la différence de religion, de ^moeurs, de langage, de pays, fait naître de continuelles défiances. » Ils campèrent ordinairement dans des caravansérails, hôtelleries communes fort peu confortables :

« Il faut se figurer une grande cour à l'entour de

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laquelle, en dedans, il y a 23 à 30 voûtes comme des remises de carrosse où Ton se met pour se garantir des ardeurs du soleil qui, à mesure qu'il tourne, visite ses hôtes avec bien de Tincommodité. 11 y a quelquefois de petites chambiH3s derrière ces voûtes où Ton se retire, quoiqu'elles soient pleines d'ordures et d'infection aussi bien que la cour qui est remplie de paille et de fumier d*animaux. »

Dès que les missionnaires arrivaient au caravansérail, leur premier soin était « de réciter leur bréviaire, de lire trois ou quatre versets de Ylmitaiion, et de faire leurs prières ordinaires ». Ils ne s'astreignaient pas à faire ces exercices de piété en commun ou à une heure déterminée d'avance, car c'était une maxime de Mgr Pallu « que la TÎe de missionnaire n'est pas une vie de communauté, et (pie ceux qui ne sont pas capables d'agir et de se conduire d'eux-mêmes ne sont pas propres pour le service des Missiovâ^. »

Leurs prières achevées, ils s'occupaient du dlncr, maigre dlÂer, à peu près partout « composé de lait aigre, de fromage et de salade de chicorée sauvage, ou bien de biscuit, de numtèque à la mode de Turquie et de vin cuit ». Très exceptionnellement ils avaient de la viande ; mais le café leur manque rarement; ils en décrivent, comme choses nouvelles, la préparation qui consiste à le faire bouillir « la durée d'un Miserere » et les propriétés w qui sont de fortifier l'estomac, de faciliter la digestion et de purifier les vapeurs de la tôte. »

Ils acceptent cet ordiniare avec un laisser-aller qui ne manque ni de philosophie ni de piété. « Le défaut de provisions leur apprend que la nature se contente de peu, et qu'il ne faut pas plaindre un missionnaire, quand on sait « que l'eau et le riz ne lui manquent pas. »

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