‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 28 sur 218 · Lettre de janvier · texte numérisé non relu

Lettre de janvier

DES MISSIONS*ÉTRÂNGÈRES 73

on pourrait graver celui-là sur la tombe des jeunes apôtres mortellement frappés aux premiers pas de leur carrière apostolique.

Mazulipatam fut T étape finale de Mgr Cotolendi ; brisé par la fièvre et par une maladie d'entrailles, couché sur un grabat, la poitrine couverte d'un cilice, les bras et la ceinture entourés de chaînettes de fer dont la pointe entrait profondément dans les chairs, il se prépara à mourir. Conduit à Palacol, à huit kilomètres de Mazulipatam, dans un air plus pur, il se fit soutenir par MM. Hainques et de Claps, et célébra une dernière fois la messe pour les âmes auxquelles il sacrifiait sa vie : « On eût dit, raconte M. Hainques, que dans l'excès de l'amour sacré, il se détachait doucement de lui-môme pour s'élancer dans le cœur de son Créateur. » Le 16 août 1662, à six heures du matin, il demanda son crucifix : « Tout va bien, dit-il, l'éternité approche, » un moment après : « Nous serons éternellement ce que nous avons été pendant notre vie, » et il expira. Il avait 33 ans d'âge, 9 ans de sacerdoce, 21 mois d'épiscopat. Il fut enterré près du village de Palacol et transporté ensuite à Mazulipatam. Sur sa tombe, on fit planter une croix et graver en latin une inscription que nous traduisons :

M Passant, arrête-toi en ces lieux où le soleil se lève, la chose en vaut la peine. Ci-git un pasteur sans troupeau, un évêque sans diocèse, un pontife sans clergé. Son nom? loin des siens il voulut mourir pour n'en point avoir, apprends-le cependant : c'est aux prières du serviteur de Dieu, Ignace de Loyola, qu'Ignace Cotolendi doit la naissance. Sa patrie ? la France; sa province? la Provence; sa ville ? Aix...

« Son corps repose dans une terre barbare, son âme est dans les cieux.

w Après une année de séjour dans la tombe, ses restes ont été trouvés intacts, ils ont été portés à Mazu-

lipatam, plus tard, s'il se peut, ils seront conduits à Goa.

« Il reposera près de Xavier, Tapôtre des Indes, dont l'exemple le fortifia; au ciel, ils sont unis. C'est tout, passant. »

La carrière de Mgr Cotolendi avait été courte, son rôle sans influence sur la fondation des Missions Etrangères, sa piété et sa résignation laissèrent dans les cœurs un profond sentiment d'édification ; ce fut la part que Dieu lui réser>'a dans la nouvelle Société ; ceux qui jugent les choses au poids du sanctuaire la trouveront belle.

Seize ans plus tard, traversant les Indes, deux missionnaires, Bugnon et Pascot allèrent faire une AÎsite de pieux souvenir aux tombeaux de leurs devanciers ; ils en consignèrent le récit dans leur journal, le terminant par cette phrase : « On ne connaîtrait plus ces sépultures qui ont été entièrement ruinées, s'il n'y avait une grande croix qui parait de loin. » La croix seule restait bien à sa place sur des sépulcres d'apôtres, n'est-elle pas l'éclatante prédication qui tient lieu de toutes les autres, puisqu'elle est le tout de la vie et de la mort ?

De Mazulipatam àTénasserim ou à Mergui. les traversées étaient rarement sans danger, par suite de la mauvaise construction des bateaux indiens ou siamois, sur lesquels s'embarquaient les missionnaires. Sans trois passagers portugais quelque peu marins, Mgr de la Motte Lambert eût péri avec ses compagnons.

L'équipage, capitaine et pilote en tête, avait d'ailleurs une étrange manière de commander et de gouverner le navire. Dès que la tempête s'éleva, leur premier soin fut de laisser le vaisseau aller au gré des vents et des flots, et de faire une procession sur le pont et dans les cabines.

Leurs prières n'obtenant pas du ciel l'apaisement de l'orage, ils s'en prirent aux missionnaires et voulurent

DES ]IISSIONS-ÉTRÀ.^GÈR£S 7o

leur faire promettre de ne pas réciter de bréviaire pendant trois ou quatre jours. Naturellement, ceux-ci refusèrent et finirent par avoir gain de cause, malgré les menaces et les insultes des païens.

« Oh ! s'écrie Mgr de la Motte Lambert, cpie nous eussions été heureux si nous a\'ions souffert quelque violence pour une cause si juste ^ . »

Ils arrivèrent cependant sains et saufs à Mergui, puis après avoir traversé la presqu'île de Malacca, tantôt à pied et tantôt en barque, ils remontèrent le Menam et arrivèrent enfin à Juthia.

De la Motte Lambert y parvint le 22 août 1662, et François Fallu, le 27 janvier 1664. Leur voyage avait duré environ deux ans.

Ce temps, dont une partie s'était écoulée depuis le départ de Mgr Fallu, avait été employé par les procureurs des Vicaires apostoliques à établir le Séminaire tel que le comportaient leurs engagements et leurs instructions. Ils avaient acheté une maison à l'angle des rues du Bac et de la petite Grenelle ou de la Fresnaye ^, aujourd'hui rue de Babylone. Cette maison consistait en six corps de bâtiments sur jardins et quelques terrains vagues, elle appartenait à l'évêque de Babylone, Jean Du val, en religion Bernard de Sainte-Thérèse, qui l'avait reçued*une pieuse chrétienne, Madame de Ricouart, née Duguéde Bagnols; il avait ajouté quelques bâtiments avec l'intention d'y installer un séminaire pour soutenir les missions de Ferse. Empêché par ses infirmités de réa-

Page 1