‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 43 sur 218 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

1- Plira-naraï, roi de Siam. — Audience royale accordée aux Missionnaires. — Guéiison du frère du roi. — Requête de Mgr de la Motte Lambert. — Don d'une propriété à Mabapram. — Conversion d'un talapoin. — Seconde audience royale. — Conversion d'un mandarin. — IL M. Chevreuil en Cochinchine. — Martvrs annamites. — M. Chevreuil au Cambodge, il est arrêté par les Portugais et condilit h Goa. — M. Hainques en Cochinchine. — IIL M. Deydier au Tonkin. — Le premier séminaire du Tonkin. — Conversions. — FV. Guerre contre les Mac. — Mgr de la Motte Lambert au Tonkin. — Le synode de Dinh-hien. — Les Amantes de la Croix. — Lettre de Mgr de la Motte Lambert aux Amantes de la Croix. — V. Mgr de la Motte Lambert en Cochinchine.

Les missionnaires de la Société des Missions-Étrangères, jusqu'à présent renfermés dans la préparation de leurs travaux, vont maintenant passer à Faction .

Après le départ de Mgr Fallu pour l'Europe, Mgr de la Motte Lambert hâta la fondation du séminaire de Siam.

L'arrivée des évoques avait fait bruit à Juthia, et la nouvelle de leur présence s'était répandue à la cour. Le roi Phra-naraï avant désiré les voir, ils se rendirent à son invitation; cette visite n'était pas officielle, puisque, d'après les coutumes siamoises, le roi n'avait le droit d'admettre en audience publique que des ambassadeurs ,

mais telle qu'elle était^ elle pouvait puissamment aider les ouvriers apostoliques en grandissant leur rùle et leur dignité aux yeux du peuple.

Assassin de ses frères, vainqueur d'un de ses oncles qui lui avait disputé le trône, Phra-naraï* régnait paisiblement; esprit ouvert, ami de la ci\ilisation européenne, affable envers ses sujets, bienveillant pour les étmngcrs, politique habile mais trop aventureux, il eut un règne glorieux et prospère qui finit dans une catastrophe. Il reçut les missionnaires avec distinction, et écouta, avec une bienveillance marquée, Mgr de la Motte Lambert le remercier de la bonté qu'il leur témoignait en leur permettant de rester dans ses États, et de la faveur qu'il leur accordait de paraître en sa présence. Après avoirposé plusieurs questions sur l'étendue de la France, sur son commerce, ses richesses et ses armées, il changea de conversation, et demanda aux missionnaires quel dessein les avait amenés dans son royaume. « Pensezvous, demanda-t-il, que votre religion soit meilleure que celle des Siamois? »

Sans donner une réponse directe qui eût blessé le royal interlocuteur, l'évoque lui expliqua les principales vérités du christianisme ; en entendant le récit des miracles faits par Jésus-Christ et les Apôtres, le roi l'interrompit :

a J*ai un frère perclus de ses bras et de ses jambes, dit-il, si vous obtenez sa guérison, nous embrasserons votre religion; et il congédia les missionnaires.

De retour chez lui, le Vicaire apostolique assembla les

1. Phrci-cbao-prasat-thong, en mourant (1655) laissa la couronne à un de ses fils nommé Chao-fa-xai, qui fut tur peu apivs i)ar Phra-namï et son oncle Sutham-Rma. Cet oncle régna quelques mois seulement. Car ayant tenté de violer la sœur de Phra-naraï, celui-ci se révolta, le battit et le lit mourir. Vhra-naraï devenu roi, fit mourir ses deux frères qui méditaient une révolte. Description du royaume Thai ou Siam, p. 88, par Mgr Pallegoix.

fidèles, leur répéta la demande et la promesse du souverain, les exhorta à se joindre à lui, à veiller, à jeûner, à prier, à demeurer prosternés au pied de l'autel, jusqu'à ce que par leurs supplications et par leurs larmes, ils eussent obtenu de Dieu une grâce si profitable aux intérêts de la foi.

Pendant trois jours et trois nuits, évêquc, prêtres, fidèles restèrent en prières devant le Saint-Sacrement exposé. Enfin, à Taurore du quatrième jour, des mandarins entrèrent dans la chapelle ; avec un empressement joyeux mêlé de respect, ils se prosternèrent devant Mgr de la Motte Lambert et lui annoncèrent que le prince sentait ses bras et ses jambes se ranimer et pouvait facilement les mouvoir, ce dont il était incapable depuis plusieurs années.

A cette nouvelle, il y eut dans Tassistancé un frémissement d'enthousiasme, Févêque le calma, et, s'adressant aux mandarins, prononça avec une religieuse gravité ces paroles : « Dites au roi qu'à la prière de l'Église, Dieu lui a en partie accordé la grâce qu'il désirait. S'il exécute sa promesse, je ne doute pas que Dieu ne donne au prince une guérison et une santé parfaites ; mais s'il y manque,' qu'il craigne la justice du Tout-Puissant, qui laissera retomber son frère dans son infirmité * . »

Les officiers rapportèrent fidèlement la réponse du vicaire apostolique au roi qui en fut frappé, et, dit-on, parut pendant quelques jours inquiet et rêveur. 11 envoya des élèves étudier près des missionnaires et voulut revoir Mgr de la Motte Lambert et s'entretenir avec lui ; il lui avoua ses hésitations à tenir sa promesse ; il avait, disait-il, beaucoup de précautions à prendre et de ménagements à garder envers les grands et les mandarins plutôt hostiles que favorables au christianisme. La nécessité

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