Lettre au P. Faure
126 HISTOIRE GÉ?«ÉAàL£ D£ LA SOCIÉTÉ
qiies s'était rendu directement dans la chrétienté de Faï-fo, dont les apostats n'avaient pas encore été réconciliés à l'Église. Ignorant leurs intentions, il leur envoya d'abord une lettre circulaire, pour leur remontrer la grandeur de leur crime.
Ces pauvres gens, qui avaient péché uniquement par faiblesse, demandèrent tous à rentrer en grâce avec Dieu, et après avoir accompli les pénitences imposées, ils furent admis de nouveau aux sacrements; mais un ou deux catéchistes, coupables de lâcheté, perdirent irrévocablement leur charge, et c^ fut un point de discipline dont on ne se départit plus à Tavenir.
Hainques parcourut alors plusieurs provinces du royaume *, baptisant les catéchumènes et s'efforçant de faire revivre, partout où il passait, les vertus chrétiennes et la fréquentation des sacrements.
Persécuté par les Portugais, principalement par un interprète nommé Jean de la Croix, dénoncé aux catholiques comme imposteur, au roi comme fauteur de troubles et agent de l'étranger, il se vit à la veille d'être chassé de Cochinchine. Heureusement le souverain ne manquait ni de perspicacité ni de bon sens, il entrevit la fourberie jalouse de l'interprète, et à une seconde requête de Jean de la Croix, il répondit « que ses soldats n'étaient pas pour servir de gendarmes aux Portugais ». M. Hainques profita de cette tranquillité relative et prépara au sacerdoce deux catéchistes indigènes, Joseph et Luc, qui furent ordonnés à Siam par Mgr de la Motte Lambert. Il reçut en 1669 un collaborateur, Pierre Brindeau, licencié de Sorbonne. Envoyé en Chine dans le courant de Tannée 1666, Brindeau avait eu le malheur de relâcher à Macao. Les autorités l'avaient aussitôt fait conduire devant l'inquisition de Goa, qui ne lui avait permis de partir qu'après
1. Particulièrement les côtes qui s'étendent du Quang-tri au Phu-ycn,
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deux années d'un quasi emprisonnement. Il aida M. Hainques à dresser les procès-verbaux de quarante-neuf martyrs indigènes et à faire le catalogue des chrétiens. On en compta quinze mille, sans comprendre dans ce chiffre les néophytes baptisés par les Jésuites pendant les deux dernières années de leur séjour (1663-1664). En ajoutant ceux que la crainte, la négligence ou l'esprit de parti tenaient encore éloignés des missionnaires français, le nombre total des fidèles en Cochincliine pouvait donc s'élever à cette époque environ à vingt mille ^ .
Au Tonkin, François Deydier était plus heureux encore; il fut d'ailleurs le plus heureux des ouvriers apostoliques de cette époque. Etait-il plus habile, ou le terrain, sur lequel il travaillait, plus fertile? Il était né à Toulon en 1634; petit, maigre, de manières aisées, avec un regard de flamme, un tempérament hardi, il avait toutes les vigueurs physiques et morales: à quinze ans, il m- niait le fleuret comme un maître d'armes et le gouvernail d'un bateau comme un pilote * ; doué d'un esprit vif, d'un jugement sûr, d'une raison sévère qui comprimait l'exubérance de sa riche nature et la rendait plus résistante en la condensant, il était fait pour la difficile mission qui lui incombait. Il rencontra sur sa route la jalousie des Portugais, les défiances des catéchistes, l'ignorance des chrétiens, les mauvaises dispositions des apostats, la haine des païens; il triompha de tout.
Arrivé auTonkin en 1666, il trouva la situation de cette
1. Cest là un chiffre que confirment plusieurs catalogues très exactement dressés, quelques années plus tard. Arch. des M.-Ë., toI. 119,