‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 58 sur 218 · Madagascar · texte numérisé non relu

Madagascar

par le supérieur du Séminaire des Missions-Étrangères.

L'exécution de cette dernière condition eût donné à la Société des Missions-Etrangères une influence considérable dans la Compagnie des Indes-Orientales, et peut-être aux missionnaires une entrée plus facile dans les pays païens, sous le couvert du commerce si fort apprécié de ces peuples.

Mgr Fallu avait, il est facile de le conclure de ces citations, le désir que partagent les cœurs chrétiens et généreux de voir la foi être l'inspiratrice de la politique, l'Eglise et la société civile s'unir, afin de s'aider mutuellement à étendre le règne de Dieu sur la terre, pour le plus grand bonheur de l'humanité .

Ce désir n'est pas plus juste et plus fondé en raison ai^jourd'hui qu'il ne TéUiit alors, mais, dans les conditions de l'ancienne société, il pouvait paraître moins chimérique, (juoiqu'à toute époque il ait été rarement et difficilement réalisé, si toutefois il Ta jamais été.

D'ailleurs, Pallu, doué d'un sens aussi pratique que ses conceptions étaient vastes, ne voulait que des choses possibles; il se contentait d'une protection morale, telle que la France la donnait aux chrétiens du Levant, moins complète, par conséquent, que la protection accordée aux missionnaires de l'Amérique du sud par l'Espagne et aux apôtres des Indes par le Portugal. Cependant, l'exercice efficace d'une protection, même aussi réduite, exigeait que la France fut représentée en Asie par ses forces maritimes, par son commerce et par sa diplomatie, comme elle Tétait en Turquie, en Syrie, et en Perse; c'est pourquoi Tevèque posait comme base de ses projets l'extension coloniale de son pays; puis il concluait en ces termes pleins de zèle et de raison :

ce Qui sait si Dieu ne veut point se servir de la France pour la réforme des Indes, ayant inspiré au Roi le dessein d'établir une Compagnie, et à nous la pensée

de nous y venir victimer, étant nécessaire que Tun et Tautre se rencontrent, et qu'ils soient très unis pour travailler à ce dessein; au moins peut-on dire que c'est le seul moyen qui se présente maintenant pour porter quelques secours dans beaucoup de lieux des Indes, où tout est dans une épouvantable corruption ^. »

La France eût, en effet, par sa présence et son influence, fortifié l'action des missionnaires et hâté les progrès de TEvangélisation, en échange elle eût été royalement payée par les services que les ouvriers évangéliques lui eussent rendus. Partout où l'apôtre pénètre, il porte la connaissance et l'amour de sa patrie, il attache ses néophytes à elle par l'union d'une commune foi, et quand les circonstances s'y prêtent, par les liens du commerce ou par ceux de la politique.

La France de Louis XIV, tranquille au dedans, respectée au dehors, eût pu aisément, par des opérations coloniales réglées et suivies, faire de riches et solides établissements dans les contrées ouvertes par ses missionnaires à ses entreprises commerciales et à son génie civilisateur.

Nous nous reprocherions d'exagérer rinfluencc que les idées de Mgr Pallu eurent sur la politique coloniale de la France ; mais en 1668 il avait signalé Tranquebar, et en 1669, il fut fortement question dans les conseils de Louis XIV d'acheter cette viUe, il avait demandé la réunion, sous l'autorité de la {Compagnie des Indes, des Français établis partout où la Compagnie avait des comptoirs, et en 1670, la HoUande s'engagea par un traité à laisser les Français, qu'elle employait dans ses factoreries, libres de passer dans la Compagnie française. 11 avait indiqué que les côtes des Indes possédaient de bons mouillages, où se fortifiaient les nations européen-

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