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Arch. des M.-É., vol. 107, p

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vice de la Compagnie ou non, et de tous leurs domesti- <]ues qui seront chrétiens, à quelque nation qu^ils appartiennent, tant qu'ils seront attachés à leur service, en sorte que les fidèles soumis à ces chapelains forment une véritable paroisse *. »

Les matelots français embarqués à bord de navires dépourvus d'aumôniers, excitèrent également la charité chrétienne de Mgr Fallu qui écrivit à Colbert en lui exprimant le désir de voir un prêtre sur chaque vaisseau.

Après avoir porté sa vigilance sur tout ce qui intéressait la France, l'évêque revenait invariablement aux Missions.

Il reçut à Surate des lettres de Mgr de la Motte Lambert qui lui racontait ses travaux et ses luttes ; car il lui fallait tout à la fois travailler et combattre.

La lutte était toujours engagée contre les mêmes ennemis, les Portugais, qui essayaient de retremper de nouvelles armes quand les anciennes s'émoussaient. Mais vieilles ou nouvelles, ces armes n'ébranlaient ni le tsang-froid, ni le courage de Mgr de la Motte Lambert.

Dans rhistoire de la fondation des Vicariats apostoliques en Extrême-Orient, œu\Te de la Société des Missions- Etrangères, la part de de la Motte Lambert est autre que celle de Mgr Fallu, mais elle n'est pas moins importante. Aidé de dix ou douze missionnaires, il ne recule Jamïiis, il va de Siam au Tonkin et en Cochincliine, revient à Siam, qu'il choisit pour centre, parce qu'il y Jouit de la liberté, qu'il peut y diriger son séminaire général et conser\er la facilité de ses rapports avec l'Europe ; il travaille, il surveille , il fait des fondations que

le temps a respectées; il ne redoute pas la force et ne s'émeut pas de la calomnie. Après l'avoir accusé de n'être ni évêque ni vicaire apostolique, on change de tactique, on lui jette à la tête Tépithète de Propagandiste, dont on veut faire une injure, tandis qu'elle est un titre d'honneur; on découvre ou on invente, pour le battre en brèche, les opinions théologiques les plus singulières, jusqu'à prétendre que les prêtres portugais ont le droit de conférer les ordres mineurs; et lorsqu'il déclare fausses cette proposition et plusieurs autres, le représentant à Siam de l'inquisition de Goa lance contre lui l'excommunication et fait afficher sa sentence à la porte d'une des églises de Juthia. En face de ces attaques, de la Motte Lambert reste impassible; il a été avocat, et avocat au parlement de Rouen, la capitale de la Normandie, il sait qu'il est des procès qu'on gagne seulement en dernier ressort, il sait mieux encore que les âmes ont tout à perdre dans le spectacle des contestatioiîs ecclésiastiques, et il défère ces opinions extraordinaires au Saint-Office qui, dans la séance du 3 septembre 1671 ^ les note comme fausses et téméraires. Ensuite, pour rétablir Thonneur du Vicaire apostolique, et réparer le scandale que l'excommunication avait causé parmi les chrétiens et parmi les infidèles, le Pape la déclare nulle, absolument invalide, et ordonne de publier et d'afficher cette sentence dans tous les lieux où la première a été publiée et affichée, d'instruire l'évêque par un bref de tout ce qui a été prescrit et défini, d'envoyer également ce bref au Nonce du Poi*tugal, pour le transmettre à l'Inquisiteur de Goa, qui le fera afficher à Siam ; il défend en même temps à Tlnquisiteur d'employer à aucune fonction le commissaire qui a porté l'excommunication ,. et lui commande de le rappeler. Le Vicaire apostolique reçut en 1672, ce bref si honorable et si consolant pour lui, avec cette lettre du cardinal Antoine Barberini^

préfet de la Propagande, qui louait sa promptitude à recourir au Saint-Siège et sa docilité à lui obéir :

« Illustrissime et Révérendissime Seigneur et Frère,

« La Sacrée Congrégation a reçu avec une extrême joie vos lettres datées du mois de septembre 1669. Le progrès fpie fait la religion catholique à la Cochinchine et au Tonkin, le nombre de prêtres indigènes que vous avez déjà ordonnés, leur zèle, leurs travaux, leurs vertus, nous ont extrêmement réjouis.

« Nous vous exhortons par Jésus-Christ, à multiplier autant que vous le pourrez les bons ouvriers évangéliques, afin que la vigne du Seigneur, plantée dans rOrient avec tant de peine, y prenne des accroissements durables. Soyez persuadé que vos travaux et ceux de vos missionnaires, les contradictions que vous éprouvez, la triste situation et les misères des chrétiens confiés à vos soins, touchent très vivement le cœur du Souverain Pontife et de tous les Pères qui composent la Sacrée Congrégation.

« Rien de plus agréable pour nous que vos succès, rien de plus affligeant que vos tribulations ; nous prenons part à vos consolations et nous mêlons nos larmes aux vôtres. Le grand éloignement ne nous permet pas toujours d'apporter un prompt remède aux maux dont vous souffrez ; mais ne vous découragez pas. Ne cessez point de vous appliquer à la prière et à la dispensation de la divine parole ; gardez-vous de suivre l'exemple de ceux qui négligent les avis du Saint-Siège, qui veulent se conduire par leur propre esprit, et qui tombent d'égarement en égarement. Suivez avec fidélité, comme vous 1 avez fait jusqu'à ce jour, les voies saintes tracées par le Saint- Siège. Vous obtiendrez par votre obéissance le salut de votre àmeet une couronne immortelle dans le ciel, pourvu

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que VOUS persévériez généreusement et constamment jusqu*àla fin.

« Pour vous faciliter l'exécution des ordres que vous recevez du Saint-Siège, donnez-nous souvent occasion de vous rendre quelque ser\'ice, afin que nous puissions vous faire connaître quel est le fond inépuisable d*estirae et d'affection que le Saint-Père et le Sacré Collège ont pour vous, pour vos missionnaires et pour tous les chrétiens dont vous êtes le pasteur. Lisez au peuple de Dieu ce qui est renfermé dans cette lettre, afin que tous comprennent que l'Eglise romaine se fait toute à tous, qu'elle se réjouit avec ceux qui sont dans la joie, qu'elle pleure avec ceux qui pleurent, qu'elle donne des secours, lorsqu'elle le peut, à ceux qui sont dans l'oppression, qu'elle partage leurs souffrances, lorsqu'elle ne peut les en délivrer, et ne cesse de recommander à TEpoux céleste les enfants qu'elle lui donne et qu'elle élève avec tant de douleurs et de fatigues. Publiez ces vérités, et, par de douces remontrances, faites connaître aux fidèles que jamais Tamour (jue la nature inspire aux pères et aux mères ne fut aussi tendre que ne Test la charité du Saint- Père pour tous les enfants de TEglise. C'est dans ces sentiments que Sa Sainteté vous donne la bénédiction apostolique, et que nous vous souhaitons toutes sortes de prospérité et de bonheur. »

Les ordres du Pape ne furent qu'imparfaitement obéis. Pallu, encore à Surate, mais instruit de tout ce qui se passait, en demanda de plus formels; pour les obtenir plus promptement, il envoya à Rome un de ses missionnaires, Charles Sevin, i et le 10 novembre 1673, Clément X, accentuant les décrets de la Propagande et ses premiers commandements, signa un bref qui exemp-

1 II remit à M. Sovin de longues instructions sur les demandes k talro et la conduite ù tenir pour les obtenir. Arcli. M.£., vol. 102, p. 391.

tait les Vicaires apostoliques de la juridiction de Tarchevêque et de l'inquisition de Goa :

<( Par la suprématie que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous a confiée sur son Eglise universelle, et pour écartée à l'avenir tout empêchement à la propagation de la foi, nous déclarons entièrement exempts de la juridiction de Goa, dans les régions qui ne sont pas sujettes au domaine temporel du roi de Portugal, tous les Vicaires apostoli^ ques et leurs missionnaires déjà envoyés, ainsi que ceux qui seront envoyés en Chine, en Cochinchine, à Siam, au Cambodge, et dans les autres régions orientales. Nous vous commandons, par l'autorité apostolique, de vous abstenir absolument d'exercer contre eux, soit par vous, soit par vos mandataires, aucun acte de juridiction, sous quelque prétexte ou en vertu de quelque privilège que ce soit. En agissant contre la volonté expresse du Saint- Siège, voua résisteriez gravement à l'obéissance filiale que vous lui devez. »

Le même jour, des brefs analogues furent adressés aux catéchistes du Tonkin et de Cochinchine ; le 22 décembre, à rinquisition de Goa; le lendemain, 23 décembre, fut expédiée aux Vicaires apostoliques la constitution Decet Romammi), qui précisait de nouveau leur juridiction et leur permettait de se rendre en Extrême-Orient sans passer par Lisbonne. Les ordinaires de Goa, de San- Thomé, de Malacca et de Macao reçurent communioar tion des mêmes ordres par un bref du 7 juin 1674.

Cet appui si vigoureux, donné par Rome aux Vicaires apostoliques , était une nouvelle victoire pour la Société des Missions-Étrangères, d'autres triomphes lui paraissaient néanmoins plus glorieux, d'autant cpi'elle n'y rencontrait

aucun mélange d'amertume ; ils étaient remportés par ses prêtres en Cochinchine, au Tonkin, à Siam, ils avaient pour objet le bien des Ames, la seule chose qui réjouisse complètement le cœur de l'apôtre.

En Cochinchine, le chua Hien-vuong n'était pas favorable aux chrétiens, il se défiait des missionnaires, les faisait surveiller et entravait par cet espioimage les conquêtes de rÉvangile. Vachet fut chargé par Mgr de la Motte Lambert de lui porter des curiosités d'Europe ; les enfants ne sont pas les seuls que Ton gagne par des présents; le missionnaire partit pour la Cochinchine, au mois de mars 1673. Débarqué au Quang-ngai, dans le district de Mahot, il fut assailli et maltraité par les satellites d'un haineux mandarin, et tomba si gravement malade, que Mahot dut à sa place se rendre à Hué.

Hien-vuong reçut avec plaisir les cadeaux que le premier ministre lui présenta ; il se fit lire les lettres de l'évêque, admira les belles choses qu'il lui envoyait, et fut si satisfait, qu'il déclara que le prélat pourrait, à son gré, venir dans le royaume, y demeurer, y bâtir des églises, des résidences et des collèges. M. Mahot expédia aussitôt une circulaire aux chrétiens pour leur apprendre ces bonnes nouvelles, et oitlonner des prières d'actions de grâces. En même temps, il fit connaître ses succès apostoliques et diplomatiques à Mgr de la Motte Lambert et l'engagea à venir en Cochinchine. Celui-ci, retenu à Siam par les affaires qu'il avait à traiter avec Mgr Fallu, récemment arrivé, envoya immédiatement deux missionnaires, MM. Bouchard et de Courtaulin (juin 1674). Il donna à ce dernier des lettres de provicaire, en remplacementdeM. Guyard, qui venait de mourir, épuisé des fatigues endurées en visitant toutes les chrétientés du royaume, nu-pieds, déguisé en marchand, et exerçant sou ministère presque toujours pendant la nuit, de peur d'être reconnu et de compromettre les fidèles.

Un grand nombre de païens, connaissant le changement survenu dans les dispositions de Hien-vuong, se présentèrent au baptême. L'imprudence d'un missionnaire et la méchanceté d'un interprète des Portugais faillirent tout mettre en péril. M. de Courtaulin avait de grandes qualités, malheureusement gâtées par un esprit absolu, écoutant peu ou point les conseils.

Ignorant les précautions qu'il fallait prendre, il résolut de bâtir une grande église, pour y réunir publiquement les chrétiens. Il exécuta son projet, malgré les représentations des missionnaires et des principaux chrétiens; mais à peine les travaux achevés, un riche marchand chinois, à l'instigation de l'interprète Jean de la Croix, que nous avons déjà vu jouer un rôle perfide au temps de M. Hainques, adressa une requête au roi pour transformer cette église en pagode. Cette supplique fut repoussée.

Plus habile et plus haineux, Jean de la Croix présenta lui-même au roi un placet, dans lequel, mêlant le faux et le vrai, il dénonçait l'arrivée de nouveaux prêtres français et laprésence à Siam de plusieurs jeunes Cochinchinois, qu'on avait, disait-il, enlevés furtivement et fait sortir du royaume, ce qui, d'après la loi annamite, était un crime capital. Comme on était alors en guerre avec le Tonkin, Jean de la Croix rapprochait astucieusement le voyage de Mgr de la Motte Lambert au Tonkin en 1670, et sa présence en Cgchincl^ine en 1671, accusait le Vicaire apostolique et ses missionnaires d'être venus observer les endroits faibles du royaume et d'en avoir donné avis à la cour de Ke-cho * . Le délateur terminait son factum en témoignant de sa fidélité au roi, qu'il avertissait, protestait-il, afin qu'on ne put lui imputer les malheurs de l'Etat et la perte du royaume, si on laissait faire les prêtres français.

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