Histoire abr. des Progr, de la Relig, etc., p
qui touche encore plus sensiblement notre cœur, c'est la clémence, la justice et les autres vertus royales, qui vous portent non seulement à traiter avec votre équité générale, mais encore à favoriser avec une bonté singulière les prédicateurs évangéliques, qui pratiquent et qui enseignent à vos sujets les lois de la véritable religion et de la solide piété. La renommée a publié dans toute l'Europe la grandeur de votre puissance et de vos forces, l'élévation de votre génie, la sagesse de votre gouvernement et mille autres qualités éclatantes de votre auguste personne.
a Mais nul n*a publié plus hautement vos louanges en cette ville que l'évêque d'Héliopolis. C'est de sa bouche que nous avons appris que votre Majesté a donné à notre vénérable frère l'évêque de Bérythe, un terrain et des matériaux pour bâtir une maison et une église, et que votre libéralité a ajouté à ce bienfait d'autres grâces signalées, que nos missionnaires qui travaillent depuis si longtemps dans vos États n'avaient jamais obtenues. Mgr d'Héliopolis, plein de reconnaissance et brûlant d'un saint zèle pour le salut des âmes, nous demande de retourner dans votre royaume. Nous lui accordons volontiers cette permission, et nous vous conjurons de protéger et de mettre ces deux vénérables évêques à couvert de la haine des méchants, et des insultes de leurs ennemis, par votre autorité, par votre justice et par votre clémence. Ce prélat vous offrira de notre part quelques présents; ils ne sont pas d'un grand prix; mais je vous demande de les recevoir comme des gages de la parfaite bienveillance et de la grande estime que j'ai conçue pour vous. Il vous dira que nous prions jour et nuit le Dieu Tout-Puissant, et que, dans ce moment même, nous lui adressons nos prières dans toute l'effusion de notre cœur, pour obtenir de sa bonté et de sa miséricorde qu'il répande sur vous la lumière
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de la vérité, et que par ce moyen, après vous avoir fait régner longtemps sur la terre, il vous fasse régner éternellement dans le ciel *. »
La lettre de Louis XIV disait la même chose en d'autres termes; nous la citerons cependant, parce qu'elle est le premier acte important des relations entre la France et Siam, et le point de départ d'une série dtrapports diplomatiques auxquels la Société des Missions- Etrangères fut constamment mêlée *
«Très haut, très excellent, très puissant Prince, notre très cher et bon ami.
(1 Ayant appris le favorable accueil que vous avez fait à ceux de nos sujets, qui, par un zèle ardent pour noire sainte religion, se sont résolu de porter les lumières de la Foi et de l'Évangile dans l'étendue de vos États, nous avons pris plaisir de profiter de l'occasion du retour do l'cvèque d'HéliopoHs pour vous en témoigner notre reconnaissance, et vous marquer en même temps, que nous nous sentons obligés du don que vous lui avez fait, et à Mgr l'évoque de Bérj-the, non seulement d'un champ pour leur habitation, maïs encore de matériaux pour construire leur église et leur maison ; et comme ils pourront avoir de fréquentes occasions de recourir à voire justice, dans l'exécntion d'un dessein si pieux et si salutaire, nous avons cru que vous aurez agréable que nous vous demandions pour eux et pour tous nos autres sujets tontes sortes de bons traitements, vous assurant que les grflces que vous leur accorderez nous seront fort chères, et que nous embrasserons avec joie les occasions de vous en manjuer notre gratitude, priant Dieu, très haut.
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très excellent, très puissant Prince, notre très cher et bon ami, qu'il veuille augmenter votre grandeur avec fin heureuse.
« Votre très cher et bon ami
<c Louis. »
Cette lecture finie, Mgr Fallu s'excusa de ne pas apporter au rôi les présents qui lui étaient envoyés par Clément IX et par Louis XIV, il en avait été empêché par la difficulté des communications qui l'avaient obligé de les laisser à Bantam.
Phra-naraï le remercia en lui disant qu'il recevrait ces cadeaux avec plaisir quand ils arriveraient ; il affirma sa haute estime et sa vive sympathie pour le Souverain Pontife et pour le roi de France et promit sa protection aux missionnaires. Puis, s'adressa ut à Mgr de la Motte Lambert : « C'est vous, lui dit-il, qui avez commence cette agréable liaison, ce sera à voi^s aussi de trouver le moven de l'entretenir. » Le roi se tut, un mandarin fit un signe, et les musiciens jouèrent leurs airs les plus variés, pendant que les officici's présentaient aux prélats, dans des coupes d'or, Tarée et le bétel ; que les serviteurs apportaient des confitures et des fruits sur des plateaux d'or. Après le goûter, le roi oflPrit deux vêtements de soie violette à Mgr Pallu et à Mgr de la Motte Lambert, et un vêtement de soie noire à Mgr Laneau q!ii n'était pas encore sacré. Les Vicaires apostoliques furent ensuite reconduits chez eux avec les mêmes honneurs qu'à leur arrivée.
Cette première audience fut suivie de deux autres dans la résidence royale de Louvo; elles durèrent plusieurs heures, à la grande surprise dos mandarins, et au vit mécontentement des Hollandais, jaloux de la faveur dont jouissaient les missionnaires français. Le roi interrogea les évoques sur la famille royale de France, sur
le chiffre et rarmement des troupes, sur les guerres de Louis XIV en Hollande et dans les Indes. Sa curiosit/r satisfaite sur ce sujet, qui, nous le verrons, intéressait également les souverains du Tonkin et de la Chine, il voulut connaître la nationalité du Pape, la grandeur do ses Etats et le nombre de ses villes, la puissance des rois et des royaumes chrétiens, les différences et les analog'ies de leurs croyances religieuses; les évêques répondirent assez longuement à toutes ces questions; puis, d'euxmêmes, ils racontèrent la conversion de l'empereur Constantin; le prince les écouta attentivement mais sans répondre, et il les congédia en les comblant d'affectueuses marques de politesse.
Quelque temps après, il leur témoigna de nouveau publiquement sa bienveillance. Le jour de la fête des Eaux, une des plus grandes fêtes religieuses de Siaui , Phra-naraï, dans tout l'éclat de sa puissance, suivi de sa cour, à la vue d'un peuple immense accouru à Juthia pour la solennité, ordonna à ses rameurs de quitter la voie ordinairement suivie et de le conduire à la résidence des évêques. Arrivé en face du séminaire, il s'arrêta, considéra l'édifice et le jardin qui Tentourait, remarqua leur exiguïté, y ajouta une vaste propriété voisine, et annonça son intention très arrêtée de faire bâtir une église magnifique. La démarche du roi devint naturellement le sujet de toutes les conversations et de plus d'un étonnement. De mémoire d'homme, et même aussi haut que les traditions pouvaient remonter, on ne se souvenait pas que le cortège royal eût changé la route fixée par le rituel et que les représentants d'une religion étrangère eussent été traités avec tant d'honneurs.
L'impression fut profonde, et comme il arrive toujours en pareil cas, elle hâta les conversions. Plusieurs oratoires furent élevés, de nouvelles paroisses créées,
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riitre autres celle de TéDussei-iin sur le jroifo de Beii-
Les inissiounaircs profitèn>iit de ces heureuses eii-coiistaitces pour solliciter l'autorisation explicite et ofticielle dp prêcher la foi dans tout le royaunio, car jusqu'alors s'ils étaient aci'cptés à Jutliia et dans (juelques pori», ils n'étaient que tolérés à l'intérieur. Plimnural acquicsi,'a à- cette demande, il déclara soleiinellelumit devant set; officiers, qu'il accordait aux pi-étres frani;ais la liberté la plus entiéi-o de faire connaître leur relîg'ion. et h ses sujets la permission de l'ombrasser. II promit secrètement à Mgr de lu Motte Lambert do coutirmer par un édit sa promesse verbale. Des conversions nombi-ousos semblèrei^t Se pi-éparer. «i Dieu réservait cette moisson au temps présent, écrivait alors un missionnaire ; les (alapouins et les mandarins aussi bien que les pauvres gens, et même des villages entieiti demandent le bajitéuie avec grande ardeur, tous courent iï la prédication avec une faim et une soif qui nous ravis- Kcnt. I- Le missioimaiii' qui signait ces lignes était récemment arrivé à Jutbiii, il avait encore l'espérance facile des esprits jeunes et des cœurs riches d'illusions; Si»m ne vit jamais mûrir la moisson que l'on disait en fleurs, tjuelques épis furent cependant cueillis, rendus plus abondants par la bienveillance dn roi, qui inclinait les sympathies de la foule vei^s les prêtres catholiques. Cet accroissement des lidélrs était le vraî but de toute la conduite des évé<[ues et des prêtres des Missions-Étrangères. En établissant des rapports directs entre Runie et les souverains ije r(.)rîent, en obtenant leurs entrées k la cour et en multipliant teui's relations avec les ministres et avec le» mandarins, ils ne faisaient qu'imiter les évèques des Gaules, de (jennaiiie, d'Angleterre qui s'étaient montrés tout à la fois hommes de prière et hommes de gouvernement, «pii avaient employé les moyens oflerts
par la Providence, pour arriver plus rapidement et plus complètement au terme vers lequel tendent les actes de tout ouvrier apostolique : l'extension du règne de Jésus- Christ. Ce sont des exemples qu'il est bon, à certaines époques principalement, de ne pas oublier et dont il est utile de méditer la haute portée.