‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 75 sur 218 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

1. Départ de Mgr Fallu pour le Tonkln. — Son arrestation aux Philippines. — Son départ pour TËurope. — II. Mgr de la Motte Lambert en Cochinchine. — Son retour à Siam. — Travaux des missionnaires.

— m. Mgr Fallu en Espagne. — Lettres des directeurs du Séminaire et du comte de Medellin. — Mort de la duchesse d'Aiguillon. — Mgr Fallu à Rome. — FV. Flan de Mgr Fallu pour Torganisation des églises d'Extrême-Orient. — Décret de nomination d'é\éques Vicaires apostoliques et d'administrateurs généraux. — Frojet d'alliance avec la Russie. — V. Conseils pour l'établissement d'une procure h Rome.

— Le serment d'obéissance aux Vicaires apostoliques imposé h tous les missionnaires. — Estime de Mgr Fallu pour les Jésuites. ^ Opposition de Louis XIV à la prestation du serment. — Mgr Lame go ambassadeur du Portugal, ses mémoires en faveur du patronage portugais. — > VI. Mort, rôle et éloge de Mgr de la Motte Lambert. «- Bref du Souverain Fontife à Mgr de la Motte Lambert et à Mgr Lancau.

— Départ de Mgr Fallu pour l'Extrême-Orient.

La Société des Missions-Etrangères ne s^éloignait pas des cours et ne dédaignait pas les négociations, mais elle ne s'y prodiguait et ne s'y attardait pas ; dès qu'elle avait obtenu quelque avantage, elle essayait d'en profiter. Le bruit de la réception brillante que le roi de Siam avait faite aux missionnaires s'était répandu dans toute l'Indo- Chine. En aucun pays privé de la vapeur et du télégraphe, les nouvelles ne vont plus vite et ne sont plus facilement grossies. Voyageant beaucoup, causant davantage, les Orientaux se racontent les uns aux autres,

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aussitôt qu'ils se rencontrent, tout ce qu'ils savent, llst^a ressentent une assez vive impression aug^nentée enconpar les nombreux et fantaisistes commentaires dout iU onient leurs récits.

Mgr Fallu, qui n'ignorait pas ce côté de leur caractère, pensa que les honneurs, qu*il avait re(:us à Siam, lui sen'iraient de recommandation au Tonkin dont il était le Vicaire apostolique depuis 1638 et qu'il n'avait pas encore visité. Craignant néanmoins la jalousie ou la défiance du roi Le-gia-tong-mi, et plus encore^ du chua Trinh-thac, qui le prendraient peut-être p<)»r un espion de Phra-naraï, il interrogea MM. de Bourtrc> et Deydier sur le parti à prendre. Les deux missionnaires commençaient à avoir quelque crédit à la cour. et étaient par conséquent en situation de donner un a>i> motivé; ils répondirent que l'évoque serait bien accueilli, et que d'ailleurs il devait venir, pour élever a» sacerdoce ou aux ordres sacrés vingt-cinq de leurs séminaristes.

Après s'être muni de présents pour le roi, Fallu s'embarqua le 20 août 1674, sur le navire d'un Françaiî*. M. du llautmesnil, qu'il avait sauvé de la ruine lors de son passage à Surate. A la hauteur de Hué, il fut assailli par une tempête, emporté sur les côtes des Philippines, et le 19 octobre, il entra dans le port de Cabite, à quelque distance de Manille. Son arrivée jeta l'émoi dans la population et dans le gouvernement. La guerre entre la France et l'Espagne était sur le point d'éclater ; aux Philippines, on la croyait déjà entamée, et excités par la peur toujours habile à faire prendre des fantômes pour des réalités, les Manillois racontaient qu'une flotte avait été envoyée par Louis XIV, afin d'attaquer la capitale des possessions espagnoles, et que Mgr Pallu venait se rendre compte des forces et des préparatifs de défense. Les craintes populaires vont vite à l'extrême, et se tradui-

sent facilement en actes. Un officier représentant le gouverneur vint à bord, k la tête d'un peloton de soldats, et ordonna au Vicaire apostolique de descendre à terre, pendant qu'on mettait sous scellés tout ce qui lui appartenait. Ses papiers furent examinés par les magistrats, ils faisaient foi de sa qualité d evêque; on le traita respectueusement, mais on le garda prisonnier.

Il fut conduit au collège des Jésuites et n'eut la permission de communiquer avec aucun habitant ou aucun étranger hors de la présence d'un de ces religieux. La charité chrétienne adoucit, autant qu'il était en son pouvoir, les amertumes de cette injuste détention. Fallu trouvait d'ailleurs dans sa foi en la Providence, le courage de supporter cette douloureuse épreuve :

« Dieu ne demande pas de nous le succès de nos affaires, écrivait-il à ses amis; il faut que nous tâchions de toujours trouver notre soutien dans son bon plaisir.

« Confions-nous au Seigneur qui ne nous abandonnera jamais, tant que nous lui serons fidèles, et notre œuvre ne manquera pas par le défaut de temporel : (Juœrite primtnn regnum Dei et hœc omnia adjicientar vobis^, »

Et ailleurs, il résumait son état d'àmc habituel par ces mots :

« Dieu me donne la patience et la paix du cœur dans l'acquiescement à son bon plaisir*. »

Au mois de janvier 1675, il écrivit au gouverneur cette lettre qui peint bien son caractère doux et fort :

« Déjà trois mois se sont écoulés depuis que dure ma détention, déjà est arrivé un temps propice à notre navigation, et comme je vois votre Altesse peu soucieuse de ma délivrance, malgré mes fréquentes rélamations,

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