Arch. des M.-É., vol. 60, p
mSSIONS-ÉTRANGÈHES. — I. 15
je me vois forcé de protester, et c'est devant votre Altesse que je proteste pour la défense de mon innocence. Je me déclare donc innocent de toutes les pertes, de tous les dommages et injures, que ma détention prolongée dans cette ville causera au Souverain Pontife, au Roi Très Chrétien et à Sa Majesté Catholique elle-même, au capitaine de notre vaisseau et aux négociants qui Tont chargé de leurs marchandises. Tout mon crime, si crime il y a, est d'avoir été poussé dans le port de Cabite par la violence d'horribles tempêtes, et là, manquant d'eau et dans la dernière pénurie, d'avoir demandé humblement qu'il me fût permis d'acheter les choses nécessaires à la vie, et de rester dans un coin du port jusqu'à un temps favorable à la navigation. C'était là toute mon ambition, et je n'ai pas négligé, très puissant prince, de vous prier de lire et de méditer les lettres authentiques qui font ma recommandation , les deux surtout que m'ont octroyées le Pape Clément IX par un bref, et le Roi Très Chrétien comme sauf-conduit. Carie Souverain Pontife, si bien appelé, non content d'avoir amplement répondu par le cardinal, son neveu, a voulu m'expédier un bref, pour témoigner de la protection et de l'assistance spéciale dont il m'entourait, selon les termes mêmes du bref, « Le roi Très Chrétien, de son côté, bien que non chargé du soin de nos Missions, après avoir accueilli ma demande, a fait expédier des lettres de recommandation en ma faveur, dans lesquelles il exprime que je ne suis pas seulement envoyé par le Souverain Pontife, mais par Sa Majesté pour le service du Saint-Siège apostolique, et qu'à ce nouveau titre, il prend en main mes intérêts et ma défense. Que votre Altesse considère donc si elle n'a rien à craindre de ma détention, et si la foule des calamités, dont j'ai parlé plus haut, ne pourrait pas retomber sur sa tête, ce qu'à Dieu ne plaise. Ainsi donc, très grand seigneur, que l'issue de ma cause, que
j'abandonne en toute liberté à la divine Providence, soit telle que d'autres ne souffrent point à mon occasion, c'est là ma très vive prière, et que je ne voie pas plus longtemps la détention du capitaine du navire et des autres marchands. Que votre Altesse reçoive donc ces lettres d'un cœur doux et bienveillant, comme du reste je les ai écrites, et je vous souhaite de longs et heureux jours ^ . »
Le gouvernement et les magistrats de Manille étaient fort embarrassés de cette cause que le code n^avait pas prévue; ils étaient désireux de respecter les droits du Saint-Siège et la dignité de Tévêque; d'un autre côté, ils voulaient concilier ces droits avec ce qu'ils croyaient les intérêts de l'Espagne. Les uns opinaient pour relâcher purement et simplement Fallu ; d'autres, s'armant d'un mémoire sur la compagnie des Indes-Orientales, trouvé dans ses papiers, parlaient de le juger avec sévérité.
A la fin, ils prirent un moyen terme qui, comme plus d'un moyen terme, les sauvegardait eux-mêmes et blessait l'équité. Ils rendirent, le 4 avril, 1675 un arrêt qui renvoyait Mgr Fallu au Conseil souverain des Indes siégeant à Madrid, et le laissait maître d'aller lui-même plaider sa cause.
Le prélat accepta, espérant pouvoir ainsi recouvrer sa liberté ; le premier juin, il quitta Cabite pour le Mexique tîur un galion commandé par don Antonio Rieto.
L'autorisation que Fallu avait en vain demandée au gouverneur de Manille, pour se rendre au Tonkin, de la Motte Lambert la demandait au roi de Siani