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Arch. des M.-É., vol. 103, p

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aiin d'aller en Cochinchine. Phra-naral ne l'accordait pas: imbu des préjugés de son pays, il ne comprenait 4)u'imparfaitement le but des Vicaires apostoliques, et malgré sa confiance en eux, redoutait toujours de les voir se transformer en agents disposés à le dessenir près des rois ses voisins .

C'était un sentiment analogue à celui des Espagnols et qui se manifeste souvent dans l'Europe du moyen A^e et même du xvii« siècle. Aujourd'hui, nous avons iptelque peu changé ces idées sur les relations internationales. Beaucoup d'habitants d'Extrême-Orient les ont encore. Ils ne conçoivent pas que le désir de voyager et de s'instruire soit une raison suffisante de 4|uitter son pays et d'en parcourir un autre. Le commerce seul leur parait un motif valable. La fréquence des Kuen'cs, la faiblesse des armées, la facilité des trahisons, et par-dessus tout, leur patriotisme peu scrupuleux s<^)nt les causes générales de cette façon de comprendre et d'agir.

La question se complique pour les missionnaires, que leurs enseignements et leurs occupations assez incompréhensibles pour des païens rendent plus suspects. Aussi le roi de Siara, qui avait permis à Mgr Pallu d'aller au Tonkin, peut-être parce qu'il était mieux disposé, peut-être parce que le Tonkin était plus éloigné, refusa à Mgr de la Motte Lambert un passeport pour la Cochinchine. Cependant, après réflexion, il <lépêcha un mandarin pour sonder les vues du prélat, et chercher à pénétrer le mobile de son voyage. 1/évôque n'en avait d'autre que le bien des âmes; il le dit, cijoutant que si le prince voulait publier un édit proclamant la liberté de conscience et réprimer les tracasseries des bonzes envers les néophytes, il partagerait sa vie entre Siam et la Cochinchine.

L'officier rendit compte de son entrevue ; le roi ap-

pela Tévêque et Finterrogea à son tour; il ne consentit pas à publier Tédit, alléguant que son peuple le prendrait pour un commandement, d'où nfiiltrait une source de difficultés, mais il fit devant toute sa cour, en faveur du christianisme, une déclaration qu'il termina, en proclamant de nouveau la liberté religieuse. Quant au passeport, il regrettait de le donner, parce que, disaitil, il avait jeté les yeux sur Mgr de la Motte Lambert pour accompagner les ambassadeurs qu'il méditait d'envoyer en Europe. \

Raison ou prétexte, le coup était droit, Mgr de la Motte Lambert le para avec une exquise politesse et d'excellentes raisons :

« Sire, répliqua-t-il, quoique je sois peu propre à remplir dignement l'emploi honorable que Votre Majesté me destine, je suis prêt à tout entreprendre et à sacrifier ma vie pour le ser^'ice et la gloire de Votre Majesté. Mais vos ambassadeurs ne peuvent partir pour l'Europe pendant que la France et la Hollande seront en guerre. Avant que la paix soit conclue, je serai de retour de Cochinchine, où je ne puis me dispenser d'aller sans désobéir & Dieu et au Pape, j.c vous demande seulement quelques mois, et je vous donne ma parole d'honneur, qu'avec l'aide de Dieu, je me rendrai aux ordres de Votre Majesté en moins d'un an. »

A bout de motifs, et peut-être rassuré par cette promesse, le roi délivra le passeport, et l'évêque partit à la fin du mois de mai 1676 pour Fal-fo.

Cette fois, il n'eut plus besoin de se cacher, les bons rapports des missionnaires avec les ministres et les mandarins l'exemptaient de toutes précautions; il fut solennellement conduit à Hué, où il alla d'abord saluer le premier ministre dont l'influence s'exerçait en faveur des chrétiens, il sollicita ensuite une audience du chua Hien-vuong ; accablé par la mort de son fils qui l'avait

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surpris au milieu de ses triomphes sur les Cambodgiens* celui-ci remit Faudience à la fin du séjour de Mgr de la Motte Lambert en Cochinchine; il lui fît transmettre cpielcpies gracieuses paroles de bienvenue et lui permit de parcourir librement le royaume.

L'arrivée du Vicaire apostolique et l'accueil qu'il avait reçu à la cour furent bientôt connus dans toute:* les chrétientés; de toutes parts, les fidèles accoururent voir leur pasteur et recevoir les sacrements. Pendant son séjour à Hué, il confirma plus de 10,000 néophytes. Il commença ensuite la visite des provinces du nord; le Quang-binh et le Quang-tri le possédèrent pendant enWron quatre mois. 11 y eut autour de lui un incroyable concours de catholiques. A chaque instant, arrivaient des députations des villages éloignés, venant le saluer^ et le suppliant avec larmes de les visiter. On ne pouvait accéder à toutes les demandes de ces pauvres gens, « »bien qu'on en fit beaucoup plus que les forces humaines ne permettaient. » Ce fut, au rapport des missionnaires, un des plus heureux temps de Thistoire religieuse de la Cochinchine. Jamais, on ne vit en si peu de jours^ tant d'idolâtres baptisés, tant de pécheurs convertis,, tant de fidèles sanctifiés par la réception des sacrements.

Deux faits merveilleux racontés dans les relations de l'époque redoublèrent cet élan. Un jour, on apporta à Mgr de la Motte Lambert un enfant de dix mois qui ne donnait aucun signe de vie, et dont les membres étaient froids et rigides. Le prélat, touché des larmes des parents, prit l'enfant, le plaça sur l'autel, et, s'étant mis eu prières, le rendit à sa mère, en lui disant de l'allaiter. Aussitôt ce petit cadavre, se ranimant, ouvrit les yeux, et souriant, comme s'il n'eût jamais été malade, prit le sein maternel.

Dans le même voyage, il délivra une femme possédée du démon en lui envoyant sa croix pectorale. Comme le

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catéchiste qu'il* députait, lui demandait d'y aller luimême, ou d'appeler la possédée en sa présence, il s*y refusa doucement, en disant : « 11 n^est pas dans l'ordre qu'un ministre de Jésus-Christ reçoive la loi du. démon; c'est à nous à la lui faire. Le démon sortira sans que je m'y transporte ; ou plutôt, allez, il est déjà sorti, et la femme est délivrée. » En eflfet, à ce moment même, la femme, qui était dans une maison éloignée, fit connaître que le démon l'avait quittée, et depuis elle conserva une paix entière.

Après avoir terminé ses travaux, l'évoque demanda au roi une audience publique, qui lui fut accordée. Accompagné de ses missionnaires, il se rendit au palais en rochet et en camail. Dans une harangue que rehaussait le génie emphatique des langues d'Orient, il mêla l'éloge et la reconnaissance, remercia le prince de lui avoir permis de visiter les provinces, et le pria de toujours regarderies chrétiens comme des sujets dévoués, disposés à verser leur sang pour Thonneur et la défense de leur patrie. Hien-vuong promit de donner la liberté religieuse et tint parole. La persécution qui, sur un point ou un autre de ses États, durait depuis près de trente ans, ne se renouvela plus sous son règne; l'église de Cochinchine eut alors une période de vingt années de tranquillité.

De retour à Siam, Mgr de la Motte Lambert continua d user de son influence, afin d'arriver s'il était possible à la conversion du roi et à celle du peuple. Ses efforts ne furent pas sans succès. Phra-naraï, ayant appris que Louis XIV avait reçu ses lettres et qu'il avait promis de traiter avec honneur les envoyés siamois, en éprouva une joie telle, que par reconnaissance pour les évêques, ou dans Tespoir de cimenter plus sûrement une alliance avec la France, il défendit à tous ses sujets d'aller aux temples des idoles, exprima le désir d'avoir

plusieurs entretiens avec Mgr de la Motte Lambert et Mgr Laneau, fit achever une des ailes du séminaire, oflPrit une chaire dorée à Téglise Saint-Joseph, et ordonna à ses ministres de choisir parmi les mandarins ceux qu'ils jugeraient le plus aptes au rôle d'ambassadeurs en France et à Rome.

a Si on n'avait connu la pi*ofonde politique de ce prince, dit Mgr Pallegoix, on se serait pei*suadé qu'il était déterminé à embrasser la religion chrétienne* . » Il en était bien éloigné, et sa défense d'aller aux pagodes ne fut qu'une de ces paroles qu'il prononçait volontiers, mais dont ses sujets, sachant ce qu'il en fallait penser, ne tenaient compte que selon leur volonté ; c'était néanmoins une preuve de plus de sa bienveillance envers les missionnaires et une affirmation nouvelle du droit qu'il reconnaissait à son peuple d'embrasser le catholicisme.

A cette époque, Langlois fondait définitivement la chrétienté de Phitsilock ; Charbonneau, chirurgien français venu avec les vicaires apostoliques, se faisait une éclatante réputation dans le vaste hôpital que le roi avait fait bâtir à Juthia, et confié aux missionnaires. Presque chaque jour, Mgr Laneau se rendait à cette maison, où son humilité et sa charité trouvaient un aliment dans le soin et l'instruction des malades. De Chandebois, à la tête d'une paroisse voisine de Bangkok, soignait et guérissait un nombre incalculable de malades réputés iucui*ables. t Le bruit s'en répandit dans ^tout le royaume, et on amenait chez lui des malades des provinces les plus éloignées. Ce don des guérisons était en quelque soHe la récompense de sa vie austère et laborieuse. Peu de missionnaires ont égalé sa pénitence, son zèle et ses travaux, p

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