Description du royaume Tàai ou Siam, vol. 2, p. iC
DES WIWIONÇ-ÉTRANdÈRKS
Les [Kiissancos catholiques an'âtajont tes ouvriers aposloliqucs. les puissances païennes les pmtogeaient , et Uiufes ffiisaient l'œuvre de Dieu et eoutribuuieut dans une mesure plus ou moins importante à l'affennissciiient de la Société des Missious-Etrangères. C'est une des grandcui-s de l'histoire de montrer comment le plan divin se dégage des événements les plus contraires, et par quel enchaînement des faits il se continue et s'achève. Mgr Fallu exprimait ainsi cette pensée : « La divine Providence nous sert par sa bonté plus que nos ennemis ne noHH desservent par leur malice ; nous ne saurions lui rendre assez d'actions de grâces de prendre en main nos affaires et de les faire tourner à lu confusion de nos advei-saires ; elle n'a certainement permis mon arrestation à Manille, et mon i^tour en Europe que pour le plus grand bien de noire Mission. »
Ces dernières paroles de PitUu faisaient allusion à l'envoi, k Home, d'un ambassadeur portugais extittordinaire. au moment où lui-mérae quittait Manille pour l'Europe; le Portugal, en effet, ne se résignait pas au maintien des Vicaires apostoliques et tentait de les faire rappeler. C'était une fois encore le but. et, par conséquent, l'esistencc de la Société des Missions- Étrangères mise en question. Le premier de ses évoques arriva en Europe juste à temps pour gagner cette nouvelle bataille. Uébartjué k Acapulcu au mois de décembre 1673, Pallu reçut une lettre de l'archevêque de Mexico qui lui intimait l'oi-di-c de se rendre à pied au couvent franciscain de Xalopa. à vingt lieues de la Vera-Cruz, et d'y rester pendant qu'on examinerait ses papiers. L'examen fait, l'archevêque déclara hautement l'inno-
cencc du prélat, lui fit remettre des secours et voulut qu'on le traitât avec honneur jusqu'à son départ.
A la Havane, Fallu consola une soixantaine de prisonniers français, et enfin arriva à Cadix, au mois de novembre 1676. 11 était peut-être le premier voyageur qui eût fait le tour du monde en allant de Test à l'ouest. Immédiatement il écrivit au roi et à la reine d*Espagne, au comte de MedcUin, président du conseil souverain des Indes, pour protester de son innocence; au Nonce, pour le prier d'envoyer à Rome ses lettres et ses mémoires, et de demander au Souverain Pontife comment il devait se conduire dans une affaire, où les droits du Saint-Siège étaient lésés.
Profondément émus de cet événement, qui pouvait causer un si grand dommage à la Société, les directeurs du Séminaire, dès qu'ils avaient connu Tarrestation de Mgr Pallu, s'étaient adressés à la Propagande, à Colbert, à Louvois, à Letellier, à l'archevêque de Paris, au général des Dominicains, à tous ceux qui, par leur position, pouvaient aider à obtenir sa liberté.
Voici la lettre à CoD3ert datée du 3 mai 1676 ^ .
« Monseigneur Colbert est très humblement supplié d'informer le roi que le sieur François Pallu, évèque d'Héliopolis, et non le sieur Pierre de la Motte Lambert, évêque de Bérythe (comme on l'avait cru), après avoir présenté les lettres de Sa Majesté au roi de Siam, s'en allant au Tonkin, les vents Tout porté à Manille, capitale des Philippines, où le gouverneur l'a fait arrêter, l'ayant trouvé chargé des mémoires d'un projet pour l'établissement de la Compagnie royale des Indes dans le royaume du Tonkin. Et, comme il est à craindre que les Espagnols ne consentent pas facilement à la liberté d'un missionnaire de cette qualité, qu'ils croient être
î. \rch. des M.-É., vol. 6, p. lOo.
informé des affaires des Indes, s'ils n'y sont forcés par quelque grande considération, il semblerait à propos de retenir, par deçà, quelque prisonnier de conséquence, soit ecclésiastique ou autre, pour l'échanger contre ledit sieur François Fallu, évêque d'Héliopolis.
« C'est la très humble supplication que l'on ose faire à Monseigneur, dans la conjoncture de cette triste nouvelle, que l'on n'a sue avec assurance que depuis peu, par une lettre de Bantam du 29 septembre 1675. »
Ils avaient joint à cette supplique, ainsi qu'à celle qui était adressée à l'archevêque de Paris, un récit des principales circonstances de l'arrestation et de la détention de Mgr Fallu. Le gouvernement espagnol se douta-t-il de l'émotion anxieuse et profonde qu'avait soulevée l'acte étrange de son représentant à Manille? toujours est-il qu'il se montra extrêmement bienveillant. Le 24 novembre, le comte de Medellin adressa au captif cette lettre très respectueuse.
« Illustrissime Seigneur,
<( Monseigneur, j'ai reçu avec beaucoup de respect la lettre de votre Seigneurie Illustrissime, du douzième de ce mois, et j'ai appris son heureuse arrivée en ce royaume, avec d'autant plus de joie, que j'ai su avec douleur que les ministres de Sa Majesté dans les Philippines n'ont pas eu toute la considération qu'ils devaient à la dignité de son caractère, au mérite de sa personne, et au zèle ardent qui lui fait essuyer depuis tant d'années de si grands travaux pour le service de Dieu, et pour amener au sein de l'Eglise catholique des âmes qui se perdent hors de la lumière de la vérité. Les avis, que la cour de Rome m'a donnés de toutes ces choses, augmentent ma vénération pour votre Seigneurie Illustrissime,
i. Arch. des M.-É., vol. 193, p. 366.
et son voyage en Espagne me donne bien du plaisir, par l'occasion qu'il me fait naître de lui rendre mes services et de pouvoir lui baiser les mains, pour lui marquer mon respect. Je ne puis assez dire à Votre Seigneurie Illustrissime la passion que j'ai de faire quelque chose qui lui soit agréable, et je prie Dieu qu'il la consente en toutes sortes de félicités durant plusieurs années.
« A Madrid, le vingt-quatrième de novembre 1676. Illustrissime Seigneur, je baise les mains à Votre Seigneurie Illustrissime, et suis son très humble ser\'iteur.
« Le comte de Medellin. »
Malgré ces protestations, Fallu fut conduit à Se ville, et placé sous la garde d'un prêtre qui avait ordre de le sur\'eiller, mais avec tout le respect dû à son caractère. Au mois de janvier, il fut appelé à la capitale; dès son arrivée, il fut reçu par le roi Charles II ; le Conseil souverain des Indes s'assembla immédiatement, et rendit un arrêt qui reconnaissait d'une façon éclatante l'innocence de l'évêque, ordonnait la mise en liberté du capitaine du Ilautmesnil, ainsi que de tout Téquipage, mais retenait le navire et la cargaison considérés comme prises de guerre, puisqu'ils appartenaient à un Français dont le pays était en état d'hostilité avec l'Espagne. Cette dernière partie du jugement provoqua une réclamation de Mgr Fallu, qui fît observer que lors de l'entrée dans le port de Cabite, la guerre n'était pas commencée; malgré la justesse de cette réflexion, l'arrêt fut maintenu. Dans sa sentence, le Conseil fit cette importante déclaration que ni l'Espagne, ni le Fortugal n'avaient le droit d'exercer une juridiction ecclésiastique sur les pays qui ne leur étaient pas temporellement soumis.
Fallu l'eçut du roi 500 écus pour subvenir aux frais de son voyage à Rome, il trouva dans la duchesse d'Arcos
DES KlS8IOSS-ÉTRA.M;f.BF,S iUl
iiii<> hîpiirttiti'ioe. iluiit la géiiérosilô lui rnppolu lii i)uclipsse d'AipuiUoii, morte au mois d'avril i(>7.'i. Jusqu'à U lin de sh vie. Madame d'Aiguillon n'avait pn?i Tailtli un instant dans son dévouement pour les Missions. Jacques Charles do Brisacicr, un ami du Séminaire, qui devait en ôtro directeur ou 8Ui>éripur pendant (H) «un. paya une partie de la dettu de reconnaissanee que la Société avait contractée envers elle, eu pi-oiionçaiit, d»ns Itt chapelle du Séminaire, son oraison funèbre, éloquent résumé de ses vertus et de ses liienfnits.
De Madrid, Paltu se rendit à Home. Son arrivée en cette ville fut, dit-il a un véritable coup du ciel, o
Comme nous l'avons expliqué, le Portugal rocommen- Vait la lutte contre les Vicaii-es apostoliques. 11 avait envoyé h [tome ambassadeurs sur ambassadeurs, a Les derniers n'ont i-épélé que ce que les premiers avaient écrit, lis ont feuilleté les archives les plus anciennes de leur État, ils ont eu leurs entrées favorables dans toutes les Coiifrrégatinns ; ils n'ont épargné ni promesses, ni menaces, ni bienfaits pour déterrer leurs droits prétendus. On ne leur a refusé aucune audience; on a oui, (ïiiniiné, pesé tout ce qu'il leur a plu d'alléiiUPri. a l,e IVirtupal offrait même ce que sa pauvreté lui défoa<iait de donner : la fondation et la dotation de Vicariats apostoliques en nombre suffisant pour le gonverncinent des Missions et la création d'un clergé indigène.
En )t)77, son ambassadeur à Rome était l'ai-chevéque. de Uraga, Mgr I.Hniego, homme hardi, résolu, légèrement infatué de sa personne, décidé à tout |jour faire triompher son gouvernement.
Cette politique, qui no prouvait pas absolument le bon droit du l'nitngai, était à Rome et â Paris racontée en ces termes :