‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 83 sur 218 · Arch. des M.-É., toI. 102, p · texte numérisé non relu

Arch. des M.-É., toI. 102, p

MISSIONS-ÉTRAJIGÈBBà. — I. J6

212 HISTOIRE GÉNÉRALE DE h\ SOCIÉTÉ

Cependant les Cardinaux, empêchés par des travaux qu'ils jugeaient plus pressants, n'étudiaient point le projet avec autant d'activité que Teùt désiré Mgr Fallu, qui en avertit le Souverain Pontife en ce touchant langage :

« Je lui dis que j'étais comme ce pauvre paralytique* cpii se trouvait toujours prévenu quand l'ange remuait l'eau, n'ayant pei*sonne qui l'y portât. Ce que je fis non pour me plaindre, mais pour la grande multitude d'affaires qui les occupent. »

Le Pape donna des ordres, et le mémoire fut rapidement et sérieusement examiné ; l'idée générale du projet fut conservée mais modifiée sur divers points.

Par une série de décrets, la Propagande divisa les Missions d'Extrême-Orient en six grands Vicariats, et assigna à chacun son Vicaire apostolique; elle préposa à la Chine septentrionale composée de six provinces le P. Grégoire Lopez, dominicain chinois , évêque de Basilée ; à la Chine méridionale renfermant neuf provinces et toutes les lies, Mgr Pallu; aux royaumes du Tonkin et du Laos, MM. Deydier et de Bourges; aux royaumes de la Cochinchine, de Ciampa et de Siam, Mgr de la Motte Lambert; au Japon et aux royaumes voisins, Mgr Laneau^.

EUe établit deux administrateurs généraux* : Mgr Pallu, cpii fut placé à la tête de toutes les missions de la Chine et eut pour coadjuteur le P. Bernardin, franciscain, évêque d'Argoli; Mgr de la Motte Lambert fut chargé des autres pays avec M. Mahot pour coadjuteur ^. L'érection de ces six Vicariats apostoliques et la nomination de ces huit évêques étaient de véritables événements pour les églises d'Extrême-Orient qu'elles constituaient;

i. Arch. des M.-É., toI. 408, p. 95 et 96. 2. Arch. des M.-È., vol. 108, p. a".

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tandis que l'élection de deux administrateurs généraux, directement dépendants de la Propagande, resserrait leurs liens avec Rome, unifiait leur gouvernement et préparait l'établissement de la hiérarchie.

On était loin du temps où Pallu et de la Motte l^ambert ne réussissaient qu'après des démarches multipliées à faire nommer trois Vicaires apostoliques, où la Société des Missions-Etrangères était obligée de combattre pour faire recevoir deux de ses évêques en Extrême-Orient, et pour délivrer ses prêtres du joug des Portugais. L'œuvre qu'elle avait commencée à promouvoir vingt ans auparavant avançait, s'étendait, devenait plus forte sous les assauts répétés qu'elle subissait, semblable à ces arbres vigoureux qui croissent au souffle de la tempête, et enfoncent plus profondément leurs racines à chaque rafale qui menace de les emporter.

La nomination d'un évoque indigène à la tête d'une partie de la mission de Chine pouvait être également grosse de conséquences. Le nouvel élu, Grégoire Lopez, semblait par ses talents, son activité, son dévouement et la pureté de sa vie, digne de cet honneur. Peut-être néanmoins, comme l'avait demandé Mgr Pallu, aurait-il mieux valu le placer directement sous l'autorité d'un premier Vicaire apostolique européen, car il manquait de la pondération et de la sagesse nécessaires dans le commandement ; il ne réussit pas aussi complètement qu'on le souhaitait, et son insuccès enleva à l'apostolat une de ses forces.

Les évêques indigènes, en effet, intermédiaires entre les Vicaires apostoliques européens et le peuple dont ils comprcnaientles ignorances, connaissaient les faiblesses, partageaient certains préjugés, qui en soi n'ont rien de mauvais et de condamnable, eussent apporté peut-être un élément adoucissant dans l'application des règles et des obser>'ances de la discipline; ils eussent aidé ainsi au

développement tranquille de TEglise, car c'est toujours une chose assez scabreuse d'établir une nouvelle société, fût-ce une société chrétienne, sur une table rase et par un mécanisme rationnel.

Les prêtres et les évoques des premiers siècles de l'Eglise étaient pris parmi leurs concitoyens, dont ils avaient les goûts, les idées, les coutumes; et cette harmonie de sentiments facilitait leurs prédications et augmentait leur ascendant.

Les prêtres européens ont à se défaire ^e leurs propres préjugés, et à triompher des méfiances de ceux qu'ils prêchent; et c'est là, pour le dire en passant, une des difficultés de l'apostolat dont il faudra toujours tenir compte dans l'appréciation des événements religieux en Extrême-Orient, surtout quand on les compare avec ceux d'Occident.

Ce premier projet sanctionné, Mgr Fallu, dont le génie clair\'oyant ne laissait rien échapper, sollicita et obtint pour le Vicaire apostolique de Siam, la juridiction sur les royaumes d'Ava et de Pégou, afin d'essayer de nouer des communications entre l'Indo-Chine, les provinces occidentales de la Chine et le Thibet.

Le plan conçu il y a deux siècles par le grand évêque, a tenté plus d'un prêtre de la Société des Missions- Étrangères. Dans la seconde moitié du xvni® siècle, M. Gleyo, qui travailla à Tévangélisation du Yun-nan, espérait atteindre la Birmanie. En 1834, Mgr Boucho, Vicaire apostolique de Malacca, conseillait à la Société d'accepter la mission de Birmanie afin d'envoyer par ce pays les missionnaires destinés à la Chine ; en 18S8, Mgr Bigandet, vicaire apostolique de Birmanie, se rendait à Bahmo * et y prenait toutes les informations désirables ; en 1883, Mgr Simon, alors simple missionnaire et aujour-

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