‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 85 sur 218 · Luquet · texte numérisé non relu

Luquet

alors à peine connue en Europe, jouerait un i*ôle considérable en Asie et chercherait à y acquérir la prépondérance. Nous devions donc, suivant lui, nous allier à Tempire des Tsars, et, avec son aide, résistera la Hollande et à l'Angleterre, les deux peuples dont la supi'éniatie maritime était redoutable pour nous 2. » Il pensait que nous pouvions nous assurer le monopole d'un immense trafic, au moyen de caravanes qui partiraient de Pékin et se rendraient à Moscou, établir des communications régulières entre la Chine et le Tonkin, et de cette manière, relier ce dernier pays avec l'Europe. Les missionnaires accompagneraient ces caravanes, et, avec elles, pénétreraient sans trop de périls au cœur de la Haute- Asie.

Les esprits étaient trop peu préparés à ces vastes entreprises, pour attacher une attention soutenue aux idées de Mgr Fallu, il était bon néanmoins de les noter, ne fût-ce que pour relever les jalons posés longtemps à l'avance par un évoque de la Société des Missions-Etrangères, sur la route que l'Europe est en train d'ouvrir par la construction des chemins de fer sibériens, chinois et tonkinois.

Des plans les plus grandioses, Pallu passait aisément aux détails de l'administration de la Société ; il obtint pour le Séminaire la faveur de l'autel pri\ilégié, les indulgences spéciales de la fête de l'Epiphanie, et des Quarante-Heures. Dans les Instructions de 1639, la Propagande avait prescrit aux Vicaires apostoliques de fonder uueprocureà Rome; les circonstances et les ressources n'a-

2. Bull filin de la Société académique indo-chinotse. Années 1882- 1883, p. 83.

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vaientpasencore permis de le faire, l'évêque s'en occupa activement ; ub de ses amis, M. <Ie Pons, possesseur d'une grande fortune, lui fit part de son désir d'acheter une maison de procure et d'assurer un revenu au titulaire. Dans la pensée de Mgr Pallu, ce titulaire devait être un directeur du séminaire des Missions-Étrangères; mais il craignait de rencontrer une certaine répugnance chez celui qu'on prierait d'accepter cette fonction, et qui serait obligé de vivre éloigné de tous les membres de la Société et chargé dune assez lourde responsabilité. « Ma grande peine, disait-il, le 22 novembre 1678*, sera de trouver des sujets propres qui veuillent bien venir à Rome, y prendre le soin de nos Missions, et, s'il était possible, qui ne leur fussent point à charge ; et ma plus vive sollicitude est de donner un bel air au corps de notre procure, qui la fasse connaître et estimer de tous pour ce qu'elle est; d'y établir une police et tm gouvernement réglé, dont on ne se départe point, et qui détermine les emplois du procureur à l'égard de la cour romaine, des Congrégations, des Vicaires apostoliques, de leurs missionnaires, du Séminaire de Paris et autres semblables, ainsi que les bornes qui ne doivent jamais être franchies avec les uns et les autres, sous peine de s'exj)0ser à de graves inconvénients.

« Je ne sais si mes amis, qui maintenant composent le Séminaire, se laisseront facilement persuader que c'est là. leur gi-àce, qu'ils sont appelés aux emplois de lu procure , comme les Vicaires apostoliques et leurs prMres le sont aux emplois des Missions, qu'ils doivent en faire leur principale occupation, et ne pas souffrir aisément d'en être distraits, par ce qui ne les rcgartle pas absolument et dont Dieu ne leur demandera pas compte. »

Les vœux de Mgr Pallu ne se sont pleinement réaliséii

Aroh. des M.-Ë., i. lOi. p. 31 1.

que de nos jours (1866). Cependant on peut, dès la fin du XVII* siècle, constater un progrès dans Torganisation de la procure de Rome, puisque ses titulaires, au lieu d'être des prêtres étrangers, ce qui eut lieu pendant plusieurs années, sont généralement des membres de la Société : directeurs du Séminaire, missionnaires, ou même évoques.

Au nombre des autres questions traitées à Rome à cette époque, il faut citer celle du serment, tranchée par une bulle du 10 octobre 1678. Cette bulle obligeait tous les missionnaires alors dans les Indes orientales, ou qui plus tard y seraient envoyés, à quelque Ordre, Société, ou Congrégation qu'ils appartinssent, à prêter serment d'obéissance aux Vicaires apostoliques. La formule de ce serment exprimait : la reconnaissance du pouvoir absolu et universel du Souverain Pontife, la promesse de ne faire aucun office ecclésiastique dans les lieux soumis aux Vicaires apostoliques, sans leur permission, de ne pas se retrancher derrière les privilèges, de ne pas discuter les Constitutions apostoliques et les décrets de la Propagande, et particulièrement la bulle Decet Romanum du 23 décembre 1673, qui confirmait les brefs et les décrets antérieurs en faveur des Vicaires apostoliques.

Elle se terminait par ces paroles * : « J'obéirai fidèlement et intégralement non seulement à toutes les constitutions susdites et à tous les sentences et décrets de la Sacrée Congrégation de la Propagande, mais à tous les Constitutions et décrets faits à l'avenir en faveur des Vicaires apostoliques. J'observerai inviolablement toutes et chaque chose précitée et les accomplirai sans tergiverser. Mais si(que Dieu m'en préserve) je venais jamais à y contrevenir, je me soumets de bon cœur et librement,

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