‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 97 sur 218 · De son district · texte numérisé non relu

De son district

288 HISTOIRE GÉNÉRJŒ DE tk SOCIÉTÉ

ordres et les intentions du Saint-Siège, lorsqu*ii les a envoyés dans les Indes, se sont appliqués à soutenir le christianisme dans les lieux de leurs missions où il était déjà établi et à choisir parmi les chrétiens ceux qui leur paraissaient les plus propres au sacerdoce. Ce choix ne se pouvait faire à Siam où il n*y avait point encore de naturels convertis, mais comme on a trouvé dans ce rovanmelà autant de liberté de professer la foi qu*on en peut avoir en France, on a établi, à trois lieues de la ville capitale, un petit séminaire selon l'esprit du concile de Trente, pour y former à Tétat ecclésiastique des sujets de tous les royaumes voisins, rexpérience faisant voir tous les jours, qu'ils n'ont pas moins de disposition pour la vertu ni d'ouverture pour les sciences, qu'on en remarque dans les Européens.

« Il y a dans ce petit séminaire trente-neuf séminaristes, sous la direction de deux maîtres, savoir : onzeduTonkin, huit de la Cochinchine, trois de Manille, un de Bengale, trois de Siam, un de la Chine et les autres sont nés de parents ou Portugais ou Pégouans ou Japonais.

« Le grand séminaire est dans la ville royale, il renferme treize prêtres d'Europe outre les évêques vicaires apostoliques. Ils y apprennent, en arrivant de France, les langues des royaumes auxquels on les destine , et ils ne laissent pas cependant d'aller, chacun dans le quartier de la ville qui lui est marqué, pour y baptiser les petits enfants moribonds, sous prétexte de porter des remèdes aux malades.

« Ils y font tous les exercices que l'on fait dans les séminaires de France, et ils administrent les sacrements aux Cochinchinois et autres chrétiens qui viennent les recevoir dans la chapelle de cette maison érigée en paroisse sous le titre de saint Joseph, où l'on chante publiquement et solennellement la messe et l'office divin les jours de fôtc et dimanches. »

DES MISSIONS-ÉTBANGÈRES 289

VU

La Société des Missions-Etrangères était chargée d'autres contrées que le zèle des missionnaires ne voulait pas laisser plus longtemps dans les ténèbres de Tidolâtrie. Entre Siam, la Cochinchine et le Tonkin s'étendait une vaste zone dont les villes et les villages n'avaient jamais retenti d'un enseignement d'apôtre, le Laos, que Mgr Pallu avait eu autrefois l'intention de traverser pour se rendre en Chine. C'est vers ces régions inconnues que furent dirigés de nouveaux ouvriers apostoliques.*

Avant de jeter ses prêtres en plein paganisme, l'administrateur général rédigea des instructions qui entrent, et c'est leur grand mérite, dans les détails pratiques d'une première évangélisation chez un peuple entièrement infidèle. Voici les principaux points qu'il y traite : Quelles qualités doivent avoir les missionnaires ; quelle conduite ils ont à tenir; quelles tentations & supporter et comment ils peuvent les vaincre; quelle direction il faut donner aux néophytes et quelle administration indulgente et ferme doit les régir; en un mot, c'est une sorte de précis d'un code de cet apostolat particulièrement laborieux et rude, auquel est soumis tout prêtre qui fonde une nouvelle mission.

Elles comprennent dix articles assez longs; à notre grand regret, nous sommes obligés de nousborner à transcrire les articles 1 , 2 et 9 * :

« Tout missionnaire doit être orné de tout ce qui concerne la perfection. Cependant ceux qui, par un privilège spécial de la bonté divine, sont envoyés par le Seigneur là où le royaume du ciel n'a point encore été annoncé, ont d'autant plus besoin de surpasser les autres en vertu qu'ils

i. Arch. M.-É, Tol. 106, p. 217 et suiv.

ont & fournir un travail plus considérable et plus difficile. Ils ont, en effet, à se frayer une voie parmi les épines de l'infidélité, et, ce qui fait leur gloire ineomparable, ils ne profitent point du travail d'autrui, n'étant pas de ces moissonneurs qui n'ont qu'à cueillir et à manger les fruits mûrs d'une moisson déjà blanche ; non, ils sont plutôt le type de ces laboureurs robustes, auxquels le Seigneur a promis de louer sa vigne, pourqu'ils portent du fruit dauj» leur temps, après qu'ils auront semé dans les larmes, les veilles et mille angoisses ; et alors ils \îendront pleins de joie, chargés de leurs gerbes. Que si l'époque de la moisson tarde à venir, et qu'incertains du succès, ils se sentent découragés, qu'ils s'en souviennent : ils n'ont point été envoyés pour baptiser, mais pour prêcher; ils auront fidèlement rempli leur ministère, si comme de sagesarchitectes, ils posent les fondements et laissent les autres achever l'édifice avec de l'or, de l'argent ou des pierres précieuses. Qu'ils ne jalousent pas les autres qui, sur un sol fertile et déjà cultivé depuis longtemps, sont enivrésdu vin des consolations spirituelles, tandis qu'euxmêmes meurent de faim sur une terre déserte, aride et sans eau, car les jours viennent, dit le Seigneur, où le laboureur prendra ses moissonneurs, où le vigneron rassemblera ses tailleurs, et alors les montagnes répandront des flots de douceur et les collines se couvriront de verdure. Qu'ils se réjouissent donc toujours dans le Seigneur; qu'ils se félicitent à la pensée des récompenses réservéesàleurstravaux,etqui,auciel,serontd'autantplus complètes que sur la terre ils ont eu plus de peines et moins de consolations, eux qui auront porté le poids du jour et de la chaleur, ont servi Dieu sans éclat, sans applaudissements, et souvent pour salaire n'ont eu que des tracasseries à souffrir.

« Ces missionnaires ont ordinairement à lutter contre la tentation suivante : à peine ont-ils purifié leurs néophytes

DES HIBSIONS-ÉTRAIIGÈRES 291

dans les eaux du baplèiae, qu'ils voudraient les voir tous dépouillés du vieil homme et devenir des hommes parfaits. Or, voyant que certains néophytes ne remplissent pas à la lettre les lois ou divines ou ecclésiastiques, voilà le découragement dans leur cœur, ils s'imaginent qu'ils perdent leur temps, ils reculent et demandent un autre poste, craignant que l'impuissance où ils sont de prouver le salut de leur peuple ne leur attire la colère du ciel, qu'ainsi ils ne se perdent ou qu'au moins ils ne soient condamnés à l'oisiveté, ce qui n'est pas rare. En effet, dès lors, craignant sans cesse que de nouveaux baptisés négligent de célébrer dignement le jour du Seigneur ou ne violent le jeûne, ils refusent de baptiser ceux-là mêmes qui sont convenablement instruits des saints mystères.

c( Voulant donc garantir les missionnaires de pareils scrupules, je les avertis de se bien souvenir du point sui* vaut : à la vérité, les néophytes sont tenus aux lois positives, selon le décret si connu donné sur les Chinois par la Sacrée Congrégation ; toutefois, l'espritdela sainte Église, notre Mère, n'est pas de porter les missionnaires à les faire observer dans toute leur rigueur, mais bien à user de quelque indulgence envers ceux-là qui, hier et avant-hier, ne connaissaient ni Dieu ni l'Eglise. Qu'ils se souviennent encore de cette vérité : bien que la religion chrétienne dans son entier consiste à fuir le mal et à faire le bien, il importe pourtant d'instruire d'abord les catéchumènes et les néophytes à s'éloigner de ce qui est mal, comme le culte des idoles, les sacrifices aux démons, les innombr€d>les superstitions qu'ils ont pratiquées dès l'enfance, et tout ce qui est contraire au droit divin et au décalogue.

« Mais en cela il n'y a pas de difficulté insurmontable ; c'est à peine si, çà et là, trouverait-on quelques personnes qui, après s'être données à Notre-Seigneur, soient revenues aux idoles, bien que plusieurs ne s'écartent pas assez encore des vaines observances qui sentent la superstition.

e#^ rpi Ils doivent £%ir^. U smûti*» a£ûre. Le zrmmà tr^Tidl n «^f pfi^ ^^ l^nr ^n donner nn^ ^ofinaL>{iaii£e!spêi;ii]atiTe. m^H rt^ l^H fkrrï^n^r a prati^pi^r ^^e «pi'ilâ enlmdnit. En Hf^t. d#^ l^ir pi 'J-* j^iine 4:re. n'a j ant pHXltt^ti^ae$lr«Hnfe aa yr^f^Y^^' ''^^ j'^'"'^ '^ feti*. aa jVûn^ et aux antres rites, iU i\nM^j\\ riifh^ilerri^nt leiirn aixcieanes habîtiides poor en pr^ndrede nonvirlliïs.

'^ Il ^rn\f. i^nWi qiie, ayant enti^nda ki» missionnaïres fpf*r\^r fie fli vene^ causes qui exemptent de robservatîon fïfn |fMî4, len fidèles, poor de?» motifs lésrers et frivoles ordiri;»irerrierit, qu'ils allèrent pourtant aver confiance f^omme de vdidfrs excu-ses. se di!)pen!»ent de la messe et du je^ine, l/où il résulte dans la pratique, cjue certains néophytes ne prennent l'habitude d'observer toutes les lois [Kisitives que plusieurs années après leor baptême; eela est vnti surtout làoù les chrétiens sont peu nombreux, ils ont beaucoup plus de fer\'eur quand ils atteignent un chiffre plus considérable, car les.tièdes et les nouveaux convertis suivent l'exemple des fer\'ents et des anciens. Kt tout ceci doit surtout s^appliqucr aux néoph\ies, qui fie sont qtrun ou deux fidèles, dans des villagres tout composés d*in(idè]es. C'est surtout envers eux qu^il faut user d'une extrême douceur, et accepter leurs raisons, pour légères et frivoles qu'elles soient, surtout quand ils viennent au saint tribunal. Si, au contraire, leur nombre s'élève k trente ou à quarante par villages, il faut les forcer, bien qu'avec douceur et bonté, à porter le joug <lu Sauveur avec un plus grand zèle et une plus grande iillention.

« Telle a été d'ailleurs la conduite de Notre-Seigneur vJH-ii-vis de ses disciples : « J'ai encore, leur a-t-Udit, beaucoup do choses à vous apprendre que vous ne

DES MISSI0NS-ÉTRikN6ÈR£S 293

pourrez porter à cette heure. » Et TApôtre s'en explique ainsi : « Comme à de petits enfants dans le Christ, je vous ai donné de la boisson et non du pain solide. » Qu'ils considèrent ce que la Sacrée Congrégation a écrit & saint Augustin au sujet des Anglais nouvellement convertis et ce qu'a fait saint François Xavier dans les Indes composées de peuples excessivement lâches et insouciants.

« La Sacrée Congrégation enseigne qu'on peut changer en sacrés les rites profanes des Gentils, et c'est ce que confirme l'autorité antique de l'Eglise naissante. En conséquence, si parmi les rites païens le plus grand nombre ne peuvent être tolérés, il s'en trouve quelquesuns qu'on peut changer et il faut y faire son choix. Par exemple, il faut détruire les oblations faites aux démons ; pour celles qu'on fait aux anges, il faut les permettre aux conditions suivantes : 1® que les néophytes soient bien instruits de la doctrine catholique sur les anges, afin qu'ils présentent leurs offrandes aux vrais anges et non aux faux anges, qu'ils offrent des fleurs, des cierges, mais non des aliments. 2^ Ils élèvent de petites maisons qu'ils dédient aux esprits ou anges chargés de la garde du village ou du foyer, ils y placent des figures et des statues d'éléphants; qu'ils bâtissent ces demeures en l'honneur des saints anges gardiens et qu'ils y placent les images de saint Michel et rien autre chose. 3<* Que les caractères, qu'ils tracent sur les feuilles de palmier ou sur les lames de plomb et d'argent et font porter au cou de leurs enfants ou attachent aux mains des malades, qu'ils appellent Tali et ont en grande vénération, soient remplacés par les noms de Jésus, Marie, Joseph, en lettres latines ou autres. SurtA)ut que les néophytes soient instruits de la signification de ces noms, de leur vertu pour obtenir les grâces de Dieu, afin qu'ainsi ils se gardent de toute superstition. »

Ces Instructions furent remises à M. Pierre Grosse * et au P. Angclo, religieux franciscain, destinés à prêcher l'Évangile aux populations laotiennes. Aux autres missionnairesfurent assignés les postes suivants; àArdîeux', Jongselang; à Monestier', Pourcelouc; à Genoud*, le Cambodge ; & Féret^, le Ciampa; de Lionne, le fils du ministre de Louis XIV, resta à Julhia près de Mgr Laneau , qui faisait de lui cet éloge dans une lettre de décembre 1683 « :

« Il est l'exemple des missionnaires et le modèle de la régularité apostolique. Il gagne l'affection de tout Je monde par sa politesse, par sa modestie et par sa piété ; quoique sa santé soit délicate, il remplit ses fonctions avec une vivacité qu'on admire. Dans tout ce qui intéresse la gloire de Dieu ou l'avancement de la mission, il s'y porte au delà de ses forces. Il ne veut nulle préférence pour lui ; mais son humilité n'a pu le dérober à l'estime du public et de la cour. »

En même temps, Mgr Pallu faisait ses préparatifs pour se rendre en Chine et perfectionnait le mode d'administratiou des Missions. On a pu remarquer que, pendant ses deux précédents séjours à Sîam, il travailla k l'organisation de la Société et des Missions qui lui étaient confiées. En 1664, de concert avec Mgr Lambert et ses missionnaires, il composa les JlfoniVa; en 1673, il établit la procure générale et en chargea un seul prêtre ; ce système lui ayant paru défectueux, il décida, en 1683, avec Mgr Laneau, de nommer, au lieu d'un quatre procu-

1. Du diocèse de Qennont parti en décembre IS'ÎS, par I& lole de terre, mort en Juillet 1683 à l'AKe de 33 sns.

3. De FHboui^, pnrtl le 23 décembre I67S, mort b iongsetting le SU [évrier ISBt, 3t an».

3. Du diocèse de Clermont, part) de France, par la vole de terre en décembre 1679, mort le 30 sepiemhre 1690, 3* ans.

Page 1