‹ Histoire génerale de la Société des missions-étrangèresChapitre 99 sur 218 · Arch. M.-Ê., toI. 403, p · texte numérisé non relu

Arch. M.-Ê., toI. 403, p

S. A Formose.

300 nSTOU 6t5tlAU ftK UL SOCIÉTÉ

quelques années, contre le prince de Formose. J'écris un peu plus en détail de ce négoce à Messieurs de la Compagnie des Indes Orientales. Je souhaiterais que ma présence en ce rayaume lui pàt être utile en quelque chose: j'aurai soin qu'il y ait des missionnaires près de cette lie pour la servir dans l'occasion. J'ai déjà engagé un fort honnête honune, des places nouvellement conquises dans la Flandre, à s'établir avec sa famille dans rUe d'Emouy pour le service de la Compagnie. Il sait fort bien la langue du pays dont il a beaucoup de pratique; il parle aussi et entend bien le français '. »

A )Igr Laneau, Fallu donnait des avis sur le gouvernement des Missions en général, et en particulier sur la mi ssion de Chine , « qui . dit-il , ne peut se soutenir qu'à force d'hommes et d'argent et où il faut acheter tous les ans des maisons qui servent d'église conformément à l'usage presque universel dans ce royaume. »

Enfin, il adressa aux directeurs du Séminaire des conseils dont l'exécution assurait la vitalité et la perpétuité de la Société des Missions-Etrangères* :

<' Quoique je n'aie pas encore reçu les lettres d'Europe que j'attends de jour en jour, néanmoins de peur d*être surpris et de mourir sans vous donner les dernières marques de mon affection et de ma reconnaissance pour tous les bons offices que vous nous rendez continuellement, je vous écris par avance, ou plutôt je vous fais écrire cette lettre, pour vous assurer qu'à la vie et à la mort, je suis et serai éternellement uni de cœur avec vous.

« Si l'ouvrage, auquel vous contribuez tant, n'était pas l'ouvrage du Seigneur, je serais en peine comment

1. Arch. M.-È., Tol. 106, p. 229. Lettre du 26 mars 1684. 2- Arch. M.-fi., vol. 106, p. 265.

DES M1SSI0I«S-ÉTRAN6ÈRES 301

pouvoir vous remercier et reconnaître la constance et l'application que vous avez & faire du bien à la mission des Vicaires apostoliques; mais Dieu, qui vous a choisis pour Tavancement de sa gloire, sera lui-même votre récompense. Si j'avais une chose à vous recommander, ce serait l'union et la charité entre vous et les Vicaires et missionnaires apostoliques.

« Tant que la charité sera dans la Mission, tout ira bien ; ce sera le principal objet de mes prières et de mes vœux quand je serai devant Notre-Seigneur, si je suis assez heureux d'obtenir le pardon de mes péchés et j'espère des miséricordes du Seigneur qu'il ne nous abandonnera point; nous avons sujet de croire qu'il est avec nous, et s'il est pour nous et avec nous, guis contra nos?

i< Faisons en sorte, mes chers frères, qu'il y soit de telle manière que rien ne nous en sépare, ni la pauvreté, ni les dangers, ni les croix, ni les oppositions, tout cela sont des grâces du Seigneur qui réussiront à notre avantage, si nous en savons faire un bon usage. »

On dit que Jésus descendit du ciel sous la forme d'un enfant pour toucher de son doigt divin les lèvres du théologien Duns Scot ; ne croirait-on pas qu'à son tour, le bien-aimé disciple du Verbe incarné est venu caresser la lèvre de l'évêque mourant et lui inspirer ce commentaire si touchant de sa parole de prédilection : « Aimezvous les uns les autres. » Tel fut le testament de Mgr Pallu ; à la France et à son gouvernement, il recommandait lesMissions, indiquait de nouvelles alliances politiques et de plus vastes débouchés commerciaux ; aux missionnaires et aux directeurs, il donnait des conseils de zèle et de sagesse, et les exhortait tous à la charité, le lien le plus fort ou plutôt l'unique qui gaixlerait la Société contre les tempêtes de l'avenir.

Prête à s'éteindre, la lumière projette des lueurs plus vives; à la vcDle de mourir, l'évêque laissait éclater plus

brillant et plus pur Tamour qu*il avait voué à l'Egliâ^. aux Missions, à la Patrie, et, ajoute M. Maigrot, « comme c'est une chose assez ordinaire que quand Diea veut appeler ses serviteurs, il leur donne ses grâces avccplo^ de libéralité et les prépare à une bonne mort par un redoublement de zèle et de ferveur, qui, en augmentai]) leurs mérites, les rend capables des plus grandes choses, j'ai remarqué, et je ne crois pas être le seul qui ait fait cette observation, même du vivant de Mgr d'Héliopolis, que la ferveur et le zèle, la charité pour servir soc prochain dans ses besoins, la résignation parfaite à la volonté de Dieu, l'assiduité & l'oraison et ses autres vertus ont paru en lui ces deux dernières années s ac* croître notablement et prendre comme de nouvelles forces. J'ai connu, par la lecture des résolutions dese» dernières retraites, que son entière application était à cette union intime avec Dieu qui fait les saints et les élève au comble de la perfection. »

11 expira le 29 octobre 1684, entre les bras de M. Maigrot qu'il avait nommé provicaire général ^ et vice-administrateur des missionsde Chine. Un religieux dominicain assista seul avec le prêtre français aux funérailles du premier des évêques des Missions-Étrangères.

Le corps fut déposé près du village de Mo-yang, dan^ un lieu connu des chrétiens sous le nom de la Sainte- Montagne ; il y repose encore, entouré des restes vénérés d'évêques et de missionnaires, attendant le jour du suprême réveil et de l'éclatante glorification.

Gardé pendant 160 ans par les prêtres indigènes et par les prêtres de la Société des Missions-Etrangères qui se succédaient dans la petite paroisse de Hing-hoa proche de la Sainte-Montagne, le tombeau de Mgr Fallu est aujourd'hui sous la protection des religieux de Tor-

l..Da Fo-kin, Tche-Kiang, Kiang-si et Hou-kouang*

dre de Saint-Dominique; et la seule consolation des mÎMÎonnaires qui, du pont de leur navire, aperçoivent les rivages du Fo-kien, est de le saluer d'un souvenir, d*un regret et d'une prière. L'un d'eux, cependant, M. Delamarre^, a eu la joie, en 1836, de s'agenouiller sur cette tombe dont il fit, en la quittant, la description suivante :

« C'est une simple pierre de deux pieds et demi montée verticalement sur un amas de briques ; derrière et dans une cavité creusée dans le flanc de la montagne repose le cercueil, recouvert par des briques en forme de dôme. En avant est une enceinte circulaire aussi en briques, qui peut avoir trois pieds de rayon. »

Ruiné par le temps, ce tombeau a été restauré, il y a quelques aimées, par les soins des directeurs du Séminaire, heureux de pouvoir donner cette marque de leur filiale vénération à la mémoire du grand et saint évèque.

Avec Mgr Fallu disparaissent les premiers Vicaires apostoliques des Missions-Étrangères.

Mgr de la Motte Lambert, le compagnon de ses travaux, l'associé de sa gloire, l'avait précédé de cinq ans dans la tombe.

Tous les deux ont été les principaux instruments de la Providence dans la fondation de la Société, et, parmi les membres de la Société qui coopérèrent à Torganisation des missions d'Extrême-Orient, ils furent les plus actifs, les plus valeureux, et jouèrent incontestablement le rôle le plus important*

1. De Rouen parti le 15 mars 1835, missionnaire au Su-tchuen mort le 3 octobre 1863 à l'Age de 53 ans.

Ensemble ils sollicitent et obtiennent la nomination d'évêques, ensemble ils préparent rétablissement du Séminaire et choisissent les premiers directeurs; mais ensuite Mgr Pallu a la plus grande part dans l'organisation de la Société ; il se fait le premier professeur des futurs missionnaires réunis à la Couarde, il travaille à instituer des associations de charité, soutien du Séminaire et des Missions ; il donne aux directeurs de nombreux conseils sur leurs fonctions, sur la formation des aspirants à Tapostolat, sur l'établissement d'une procure à Rome; il installe, sur la route de France en Chine, des maisons de correspondance qui augmentent la facilité des relations, garantissent l'expédition des ressources, resserrent les liens entre le Séminaire de Paris et les Vicariats apostoliques.

Tantôt avec Mgr de la Motte Lambert et tantôt avec Mgr Laneau, il nomme les procureurs généraux et réglemente leurs pouvoirs.

Dans les Missions, le rôle de ces deux premiers évoques fut également unique dans son but et double dans son action.

Nous avons expliqué celui de Mgr de la Motte Lambert plus entièrement môle à la xie des Missions, les organisant sur place, défendant et soutenant ses prêtres.

Pendant ce temps, Mgr Pallu obtenait de Rome les armes, c'est-à-dire les décrets, les brefs et les bulles nécessaires à la juridiction des Vicaires apostoliques, aux travaux des missionnaires, à la lutte contre les Portugais.

Tous les deux se complètent; si l'un eût manqué, l'autre eût senti vaciller sa force. Sans Mgr de la Motte Lambert, que seraient devenues les Missions pendant les longues absences de Mgr Pallu? et Mgr de la Motte Lambert aurait-il pu soutenir les attaques des Portugais et diriger les Missions, sans l'appui que Mgr Pallu lui assurait à Rome ?

Leur existence ne ressemble en rien à celle des Vicaires apostoliques ordinaires; il faut s'en souvenir quand onles juge, sous peine de les apprécier faussement et de les méconnaître. Ils sont des généraux et non des capitaines, ils conçoivent plus qu'ils n'exécutent, ordonnent plus qu'ils n'agissent ; mais ils tiennent la main à Taccomplissement de leurs ordres, et en garantissent ainsi le succès.

En face de leurs travaux et de leur influence considérable sur la Société, certains esprits se poseront peut-être cette question : Peut-on donner à Mgr Pallu seul ou à Mgr Fallu conjointement avec Mgr de la Motte Lambert le titre de fondateur des Missions-Étrangères? On ne l'a jamais fait; ni leurs contemporains, ni leurs successeurs n'ont ajouté ce grand titre à leur nom; et, sans doute, ils ont eu raison, s'ils ont considéré uniquement comme fondateur l'homme qui conçoit une société avec son but, qui crée son organisation et fixe son règlement, en un mot, qui en suscite tous les éléments et les met en jeu.

Les Vicaires apostoliques n'ont fait que tracer des lignes générales, ils n'ont déterminé aucune règle précise, ni prescrit aucune observance absolue ; ils ont, et ce dernier point seul empêcherait sans doute qu'on ne leur donnât le titre de fondateur, dans leur première réunion à Siam, voulu changer le caractère d'association libre de prêtres séculiers, que la Société eut à ses débuts, et qu'elle garda, parce que l'opinion des directeurs du Séminaire eut gain de cause à Rome.

Mais si Ton veut prendre le titre de fondateur dans un sens plus large, si l'on pense que pour être le fondateur d*une œuvre, il suffit d'avoir la principale part dans sa naissance et dans son développement primordial, de poser des principes d'où sortira l'ensemble de son organisation, il nous parait difficile, d'après ce que nous avons dit plus haut, de refuser ce titre aux premiers

rnSSIONS-ÉTRANGÈRES. — I. 20

306 BiSTOtHE g£n£eal£ de la société

Vicaires apostoliques et surtout à Mgr Fallu. Quelque soit le nom qu'où leur donnera, et qui résumera pins ou moins exactement leur rôle, il ne peut être mis en doute que Ja Providence les choisit pour établir la Soeiété, pour la guider à son origine, et pour assurer ses premiers progrès.

A leur mort, la Société des Missions-Étrangères commencée avec eux et par eux était formée par la réunion de cinq corps particuliers : quatre missions, le Siam, la Gochincbine, le Toukiu, une partie de la Chine et le Séminaire de Paris légalement associé aux Missions par les Lettres patentes ; elle avait réussi en 26 ans à faire créer six Vicariats apostoliques, à faire sacrer huit évéques dans des contrées, où en 1658 on n'en comptait pas un seul, à établir un séminaire général à Siam, uu séminaire particulier au Tonkin, à instituer un clergé indigène, & discipliner des catéchistes, à former des religieuses, & baptiser plus de 60,000 infidèles; elle avait donné le premier coup à cette formidable forteresse du patronage portugais, qui compromettait le salut des Ames et assujettissait le Saint-Siège à une si pénible contrainte. En dehors de l'Extrême-Orient, le centre de son action, elle soutenait Je séminaire de Québec et envoyait des prêtres dans la Perse. Mais son œuvre principale, celle qui domine toutes les autres, est d'avoir appliqué et fait triompher dans les Missions le principe fécond de l'organisation et de la constitution des églises par les prêtres indigènes et par les évêques.

Depuis cette époque, l'apostolat, dans sa marche progressive, a sui\-i ce même plan avec une rigoureuse fidélité et un succès croissant, non seulement en Asie, mais encore en Afrique, en Amérique et en Océanie; partout où il porte ses pas, partout il adopte cette organisation, telle que les Apôtres l'établirent, telle que Rome la voulut toujours.

Page 1