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et dans quel endroit elles étaient cachées : il réponait que les deux personnes en question lui étaient absolument inconnues et qu’elles n'étaient jamais venues au Séminaire.
« Alors, fit l’un des interrogateurs, conduis-nous au supérieur. » Celui-ci était couché, sa porte fermée à clef fut enfencée, les pillards entrèrunt et s’approchèrent du prêtre, le menaçant de leur sabre et demandant toujours les deux hommes en question. M. Hody leur répondit « fort tranquillement que les deux messieurs qu'ils cherchaïent n'étaient pas dans la maison, et que même ils lui étaient inconnus. »
Ils insistèrent. M. Bilhère, qui avait toutes les clefs, les invita à le suivre, leur montra d’abord plusieurs chambres inoccupées, puis il les conduisit chez un pensionnäire, M. Bottex, curé du diocèse de Lyon, ancien député de l’Assemblée constituante. Averti quelques minutes avant, M. Bottex s'était, croyait-il, débarrassé de tous ses papiers compromettants, brochures et livres antirévolutionnaires, malheureusement, il avait oublié sur sa table une lettre d’un émigré. Cette lettre fut aperçue, lue à haute voix, et aussitôt le prêtre fut garrotté et emmené à la Force où il fut massacré.
Dans les autres chambres, les inquisiteurs ne trouvèrent rien de suspect; mais ils reprochèrent vivement au supérieur d’avoir souffert dans la maison un homme aussi dangereux que celui qu'ils venaient de prendre.
« Après leur visite !, et comme pour les récompenser de ce qu’ils avaient troublé le repos de la nuit, ou plutôt pour les calmer, on les régala de vin, et en s’en allant, ils dirent qu’il y avait d’honnêtes gens dans cette maison. »
4, Arch. M.-É., vol. 36, p. 73.
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Après avoir tremblé, on ne peut s'empêcher de sourire de ce revirement soudain dû à de si petites causes, et qui sert à mesurer la trempe du caractère des inquisiteurs.
M. Chaumont était moins en sûreté encore dans l'asile qu'il s'était choisi; il avait été dénoncé, et, à plusieurs reprises recherché.
Une première fois, il n'avait eu que le temps de se cacher dans une mansarde, sous un tas de bois, pendant que son hôte pliait son lit de sangle.
La seconde fois, les soldats mieux informés montèrent jusqu’au grenier, passèrent leur sabre à travers les fagots, heureusement sans atteindre le prêtre, qui abandonna cet asile, et, le 25 août, rentra au Séminaire. I n’y fut pas longtemps tranquille.
À la nouvelle du massacre des Carmes, qui épouvanta la France, les directeurs comprirent dans toute son étendue, le péril de leur situation, et l'impossibilité de pouvoir désormais, en restant à Paris, être de quelque utilité aux Missions: ils résolurent donc de s'éloigner. Après avoir caché chez leurs parents ou chez leurs amis
les objets facilement transportables, ils se dispersèrent.
Trois d’entre eux, Hody, de Beyries, Bilhère, partirent pour Amiens.
Chaumont, Blandin et Alary se rendirent en Angleterre avec deux séminaristes.
Bramany demeura avec quelques domestiques fidèles au Séminaire, où la municipalité plaça un poste de 125 gardes nationaux.
Dans cette dispersion, chacun des directeurs avait Son œuvre à faire, indiquée par les besoins des Vicariats àposioliques, et chacun occupait la place la plus propre à l'ascompair.
Deux étaient à Rome, où ils pouvaient vecevoir du Souverain Pontife et de la Propagande des secours pour
les missions, étudier les affaires, demander des dispenses ou des pouvoirs, transmettre aux Congrégations les questions de liturgie, de discipline et de dogme posées par les évêques, presser les solutions, envoyer les réponses; ils étaient près de leurs chefs et sous leur: commandement immédiat.
Trois autres habitaient l'Angleterre, où ils s'occupaient de recruter des missionnaires, de les envoyer en Extrêème-Orient, d'exécuter les commandes d'objets nécessaires au culte et d’expédier ïes correspondances. Aucun pays, en Europe, ne pouvait fournir, sous ce rapport, autant de ressources que l'Angleterre grâce au nombre de ses navires, à ses relations commerciales, à la situation et à la puissance de ses colonies. Les directeurs réfugiés en ce pays étaient les procureurs des missions pour le temporel, comme les directeurs réfugiés à Rome en étaient les procureurs pour le spirituel.
Les directeurs cachés à Amiens, à proximité de Paris, allaient veiller sur le Séminaire et essayer de le conserver à la Société.
Malgré leur séparation, ils maintinrent leur œuvre sans en changer notablement le fonctionnement, c’està-dire qu’ils conservèrent au Séminaire son existence comme institution, comme corps faisant partie intégrante de la Société des Missions-Étrangères, ils continuërent d'observer ses règles, de garder ses traditions, de poursuivre son but; ils travaillèrent de concert, et étudièrent comme par le passé, selon les règlements établis, toutes les affaires qui concernaient les Missions. La Révolution, en les forçant à s’exiler et en prenant leur demeure, leur causa un grave préjudice: elle n’entama pas leur volonté, et ne changea pas l’organisation du Séminaire et de la Société. La séparation ne fut qu une chose accidentelle et purement matérielle.
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De nombreuses lettres remplacent les conversations, des rapports et des mémoires les discussions du conseil; malgré les obstacles qui naissent chaque jour plus nombreux, de la guerre civile, de la guerre étrangère, de l’espionnage, des changements de domicile, de la maladie, de la mort, la direction des affaires reste tou- Jours une, et les résolutions ne sont exécutées avoir été prises d’un commun accord.
En ces circonstances grandement périlleuses et qui rappelaient les persécutions supportées par les missionnaires d'Extrême-Orient, les directeurs prennent des précautions de prudente habileté. Dans leurs lettres, ils emploient un langage de convention que nécessite la violation du secret des correspondances par la police révolutionnaire. Un billet de Boiret, daté du 5 septembre 1792, nous initiera à ce curieux style épisio-
laire 1 : « Cher associé, on à reçu vos deux lettres dans leur temps, nous vous remercions de nous donner les détails les plus longs possibles, ils nous sont nécessaires pour le bien du commerce que nous faisons ici ; les deux premiers commis de notre comptoir nous les demandent, et nous devons les instruire pour l'avancement de nos affaires. Nous avons vu hier le chef de tous les comptoirs, c'est notre premier commis qui nous a procuré cet avantage. »
Pour les initiés, le mot commerce signifiait les affaires des Missions: le chef de tous les comptoirs désignait le Souverain Pontife; le premier commis, le cardinal Antonelli, préfet de la Propagande; le second commis, le secrétaire de la Propagande ; le nouveau magasin, un nouveau séminaire.
Bilhère signait ses lettres, citoyenne Lucie ou citoyen Herebil, anagramme de son nom. Jamais il n’é-
qu'après