Nouv. Lelt. édif., vol. 1, p
peuple hébreu revenir à son Dieu qui appesantissait son bras sur lui. Mais l’endurcissement des cœurs étant porté à son comble, il est beaucoup à craindre que les calamités que la France a vu tomber sur elle, ne soient un pronostic de beaucoup d’autres qui lui sont préparées. La famine, la guerre, la peste sont les trois fléaux dont Dieu se sert ordinairement pour punir les Etats. La France a déjà éprouvé les deux premiers, et les éprouve encore en ce temps, peut-être plus que jamais ; qui sait si le troisième ne s'en suivra bientôt. » L'inquiétude sur le sort de leurs parents et de leurs amis se méêlait aux patriotiques et chrétiennes angoisses des apôtres et leur inspirait des pages admirables d'affection, de générosité et de foi.
« Mon tendre frère, s’écriait un missionnaire du Tonkin !, où êtes-vous ? Où êtes-vous, mon cher ami? Où sont tous mes pauvres enfants que je chérissais si tendrement en Notre-Seigneur?.. J'aime à me persuader qu'ils sont prêts à se laisser égorger mille fois plutôt que d’être infidèles en la moindre chose. J'envie votre bonheur, j'appelle votre bonheur ce qui est un malheur pour bien d'autres. Mon cœur est trop serré pour en dire plus long. J'embrasse les chaines de tous nos illustres confesseurs ; je baise les pieds de tous les glorieux martyrs; Je m'unis à tous vos maux et à toutes vos bonnes œuvres. Soyez toujours généreux envers notre bon Maitre, il n’a rien épargné pour nous témoigner son amour, n'épargnons rien pour lui témoigner le nôtre. »
Mis aucune douleur n'était comparable à celle qu'ils “prouvaient en songeant à leur œuvre, à l'œuvre de la Société des Missions-Etrangères en Extrème-Orient, au salut de tant d’âmes qui lui étaient confiées, au
4, Nouv, Lett. édif., vol. 7, p. 238,
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soin des églises qu'elle avait formées, et le cœur plein d'indicibles amertumes, ils faisaient entendre des cris de détresse.
«Nous n'espérons qu'en la bonté et la miséricorde de Dieu, écrivait Mgr Garnault; nous pleurons et nous sémissons de ce que notre Pays estaccablé de maux, qui nous privent d'en recevoir des secours. Si Dieu ne vient pas à notre aide, nous ne Savons comment nous pourrons faire; d'ici à quelques années, nous D’aurons plus personne, et vous savez bien que les indigènes ne suffisent pas ici, du moins, pour conduire 1
De Pondichéry, M. Magny disait! :
« Les anciens sont fort âgés; ils quittent peu à peu ce monde. Que deviendra la mission ?
«Si le Seigneur n'envoie des ouvriers, c'en est fait de nous et de notre œuvre.
à MISsion. »
€ Plus nous allons, plus nous sentons le besoin d'avoir des successeurs; au reste, ce besoin ne nous est point particulier, toutes les missions l'éprouvent comme nous, »
Les vétérans du Su-tchuen, ces vaillants qui avaient lant travaillé, et si souvent triomphé depuis vingt ans, iremblaient également pour l'avenir, Mgr de Saint-Martin, « l'homme pour qui l’ordre et la mesure étaient la pierre de touche de toutes choses », épanchait ainsi ses craintes dans le cœur d'un ami? :
« [nous est impossible de prévoir ce qu'il adviendra de nous, de notre chère mission: nous ne comprenons pas davantage par quels moyens Dieu nous préservera d'une perte entière, Prions et sanctifions-nous, afin que par nos mérites et nos prières nous attirions sur notre malheureuse patrie, sur notre chère mission, sur nous,
l Arch, M.-É,, vol. 966, p. 451.